MOSAÏQUES DK SAINT-CRICQ
par M. Durand, architecte diocésain ; un autre plan sans nom d'auteur, qui représente les fouilles dans un état plus avancé, et one suite de dessins coloriés représentant les mosaïques ; enfin une notice de M. le docteur Sorbets, imprimée à Mont-de-Marsan, à la fin de 1868. C'est d'après ces documents que je vais faire connaître au Comité la découverte dont il s'agit.
Il n'est pas inutile de rapporter d'abord que cette découverte a causé une véritable émotion dans le pays. Les Uarsanais ne voulaient pas croire que les restes d'une habitation somptueuse existassent dans une r^on aujourd'hui pauvre et déserte. Tout le monde a voulu voir les vestig^es de la « cité détruite v ; car loi^ue des substructions un peu considérables apparaissent aux yeux de ceux qui ne savent rien de l'antiquité, c'est toujours une capitale qui sort de terre. L'afflaence iUt telle que le propriétaire du terrain jugea que la curiosité publique pouvait lui être d'un bon rapport. Il établit une enceinte de planches avec un petit bureau à la porte. Il faut payer un franc, cinquante centimes ou vingt-cinq centimes par tête, selon la condition des personnes, pour voir les mosaïques.
De toutes les hypothèses auxquelles se sont livrés les savants du pays, il n'y en a qu'mie qui soit acceptable. C'est que les substructions ,de Saint-Cricq sont celles d'une vil/a ayant appartenu à quelque patricien romain. M. Lugat assigne à cet établissement une date trop récente en le faisant remonter seulement à l'époque 'wislgothique. L'étendue des constructions et la nature des sujets figurés dans les mosaïques décèlent un âge plus reculé. D'ailleurs le plan sur grande échelle qui m'a été soumis est complété par une coupe du terrain, et sur cette coupe sont portés des reliefs annonçant qu'un camp retranché, du genre de ceux dont la Gaule s'est couverte aux iv* et v> siècles fut établi sur les ruines de la villa. Celle-ci dut être détruite dans la terrible invasion qui signala le règne de Callien, et sa construction appartenait selon toute apparence au ii* siècle de notre ère.
Sans être de premier mérite comme œuvre d'art, cette maison était cependant celle d'un propriétaire qui aimait la magnificence et qui n'avait rien épargné pour être somptueusement \otgé. La disposition des parties jusqu'ici reconnues se rapporte à ce qu'on sait de ces sortes de résidences. Un vaste atrium est entouré de bâtiments divisés en une infinité de chambres, la plupart petites. Au corps de logis qui règne sur le côté aud-ouest est appliquée en contre-bas une galerie extérieure de 56 mètres de longueur. C'est celle dont le pavement s'est montré en premier lieu. Elle donnait sans doute sur le jardin de l'habitation. A. l'une de ses extrémités est une
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grande salle carrée garnie d'absides sur trois de ses clUés. La présence de Balles pareilles avec des renfoncements en hémicycle qui donnent à leur plan la forme d'un trèfle a déjà été signalée plusieurs fois dans des subslructions de villa gallo-romaines.
J'ai déjà dit un mot de la mosaïque qui servait de pavement à la galerie. Elle est composée d'une suite de panneaux d'ornementation variée, avec des bordures d'encadrement où l'on distingue des méandres, des entrelacs, des torsades. L'un des panneaux est orné à son centre d'une croix grecque évidée. C'est probablement ce qui a déterminé M, Lugat à voir dans cette mosaïque un ouvrage du v* siècle. Il se sera dit qu'An emblème chrétien ne pouvait se rencontrer qu'à une époque où le christianisme était déjà répandu. Mais comme la croix à branches égales décore certaines pièces de poterie gauloise, elle peut très bien décorer une mosaïque gallo-romaine du haut empire. D'ailleurs si la croix de Saint-Cricq était chrétienne, commeol s'expliquerait la rencontre au même lieu d'une autre mosaïque dont je vais parler î
C'est un tableau de la plus grande dimension. Il occupe en entier l'aire d'une salle carrée de 11", 65 de côté, qui est au milieu du bâtiment longé par la galerie. Il représente diverses figures ou groupes de ligures dont il est difficile de deviner le sujet tant la composîtioo semble incohérente. A droite est la figure debout de Bacchus armé du thyrse et nimbé. A gauche est un jeune homme vu de doB, avec la peau de chevreuil qui est l'attribut des bacchanis. Entre ces deux personnages, il y a deux groupes, l'un d'un adolescent ayant une couronne à la main, qui semble s'approcher d'un petit amour assis par terre sous les pieds du Bacchus, tandis que de l'autre côté un combattant, peut-être un gladiateur, couché par terre avec son bouclier sous lequel il s'abrite, semble recevoir l'assistance d'une femme debout. Celle-ci tient à ta main gauche un objet que les uns prennent pour une boite et les autres pour une palette de peintre. La partie supérieure du tableau est occupée par une autre femme qui semble suspendue dans les airs. Sa position est à peu près horiaontale relativement aux personnages dont je viens de parler. Elle tient d'une main un maillet, et de l'autre un ciseau. Son attitude est celle du sculpteur dans l'attitude du travail. Elle applique son ciseau contre la face d'un silène ligiiré à mi corps, dans une position tout a fait horizontale.
Je n'essaye pas de donner l'exi^ication de ce bizarre assembii^- Le dessin est mauvais, mais les altitudes décèlent une époque où il y avait encore de bons modèles, et les couleurs sont d'un grand éclat.
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Une seconde mosaïque à figures a été découverie dans un autre corps de logis. Elle décorait le fonds d'une piscine pentagone. Le sujet consiste en monstres marins, poissons et insectes de mer posés dans tous les sens, comme un semis.
Le Comité n'a pas de décision à prendre à l'yard de ces curieux monuments. Il ne peut que souhaiter qu'on les préseive de la destruction en les transportant dans un musée.
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