Bulletin des Comitit, 1. c
2. Paris en IMO, iianui h» publlcaliDns de Vllûloire ginéi-ale rfe PaH'.
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452 LA RLE ET LE CUATEIAU HAUTEFBUILLE A PARIS
puis, lorsque les invasions eurent cessé, ils devinrent pour la plupail des carrièi-es où l'on allait chercher de la pierre à bûlir. Telle est l'histoire plus que probable de celui de Lutëce. Bonamy lui usslgnail pour auteur Constantin'. Peut-être eilt-il mieux valu dire Constance Chlore qui (jouvcrna la Gaule avec le titre de César puis d'Auguste de 293 à 306 ; et je ne m'étonnei'ais pas si, de l'examen des antiquités qui ont été trouvées avec les fondations, quelqu'un tirait la preuve qu'il faut remonter jusqu'àProbus, sinon ma me jusqu'à Aurélien.
Quant à la ruine de cette forteresse, qu'elle ait commencé avant ou après l'établissement du régime barbare, elle était certainement consommée depuis plusieurs siècles lorsque Philippe-Autiste étendit à la rive gauche de Paris le système de fortification déjà appliqué par lui à la rive droite. J'en juge ainsi d'après ce fait que les fondations des murs romains se trouvaient si profondément enfouies qu'elles ne furent pas atteintes dans le déblai que motiva la construction de la nouvelle enceinte. Combien d'années n'avait il pas fallu pour la formation d'une couche de terre si épaisse !
En me reportant à l'ouvrag'e des ingénieurs du xiii'^ siècle, je suis frappé d'une chose qui me paraît n'avoir pas été sans rapport avec l'idée qu'on avait d'un château anciennement construit sur ce terrain.
Contre la partie de la muraille située entre les deux portes Saint- Michel et Saint-Jacques (c'est-à-dire la partie qui passait par-dessus l'aire du camp romain), tous les anciens plans de Paris, jusques et y compris celui de Gomboust, figurent un gros bâtiment carré, adhérant à l'une des tours de l'enceinte, qui s'avançait très avant dans le
Les idées des modernes sur cet édifice sont fort incertaines, quoiqu'il soit clair comme le jour qu'il nous représente l'ancien Parloir aux Bourgeois qui fut au xiii" siècle le siège de la jui-idiclion exercée par la hanse des marchands de Paris. Un débat soulevé à l'hùtel de ville en 1504, dont nous possédons lu procès- verbal, ne laisse pas de doute à cet ^ard'.
La nue propriété de la tour cari-éc, qui n'avait pa» cessé jusque-là de s'appeler le Parloir aux Boui^eois, appartenait à ia ville, et les Ja-
1. Uèmoîrti de FAcadémie det inscri/jtions el belUs-leltret, t. XV, p. 618.
3. Voy. le plan aoneié a ce mémoire. Les plans d 'A ad rotiet-Do cerceau (ISSâ) et de Bellerorest (1575) doDOCDt de cal édiBce la Tue la plus nelte. Une rcBlitulion conforme, maia auv plus grande fcbellc, a tli' iatrodaite par M. HolTIianer dans aou Paris à travers les âges.
3. Le Rous de Lincj-, Hôtel de ville de Parit, seconde partie, pièce juîIICm-
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LA RUE ET LE CHATEAr IIAUTEFECILLE A PARIS 4S8
cobïns en étaient usufruitiers à chaire de cens. La lon^e jouissance ayant habitué ces religieux à se regarder comme les maîtres de cet immeuble, ils voulurent le rendre d'un usage plus commode pour le servies de leur maison, en le haussant d'un étage et en le rattachant à leurs autres bâtiments par la suppression du chemin de ronde qui régnait à l'intérieur du mur d'enceinte. Pour ce faire, ils jugèrent n'avoir besoin que de la permission du roi; et cette permission leur fut accordée sur l'avis favorable d'une commission de gens de guerre qui avait été nommée pour examiner le cas.
C'est là-dessus que l'orage éclata à l'hôtel de ville. A la suite de la discussion la plus vive, le prévôt des marchands et les écbevins furent chargés de se rendre au Parlement pour mettre opposition à l'enregistrement des lettres royales. Il faut que leur démarche soit demeurée sans succès, car le chemin de ronde fut supprimé et la tour mise en connmunication avec un des corps de logis du couvent. Elle servit d'infirmerie jusqu'en 1676 qu'elle fut démolie en vertu de l'ordonnance qui lit disparaître les anciennes fortifications de Paris.
Sauvai vit encore cette tour debout, et, qui plus est, il eut connaissanctt de la contestation de 1504 qui est consignée dans l'un des registres de l'hôtel de ville '. Il ne jugea pas cependant que l'édifice qui avait fait l'objet du débat sous Louis XII fût celui qu'il avait sous les veux. Mêlant à l'interprétai ion du leste le plus décisif des réminîs' renées erronées qui lui restaient d'autres lectures, il en vint à celle conclusion insoutenable qu'entre les portes Saint-Jacques et Saint- Micbel, c'est-à-dire sur une étendue de murs de 200 métrés au plus, outre la tour carrée qui existait de son temps, ii avait dft y en avoir une autre qui aurait été démolie depuis lôOi, sans laisser trace de l'endroit où elle avait été soudée à l'enceinte.
C'était là une conjecture tant soit peu téméraire. Sauvai l'émit avec un ton d'assurance qui fit que tout le monde l'adopta tes yeux fermés. Klle a pris place dans la plupart des travaux dont l'histoire ou la topographie parisienne ont depuis loi-s été l'objet, et par suite on n'a plus su que faire de la tour carrée qui figurait sur les cartes *. Berty est le seul qui ne se soit pas laissé imposer par l'autorité du vieil historien de Paris. Il ne lui a pas été donné de discuter la question comme sans doute il se proposait de le faire. Mais son plan de l'Universitéau moyen âge met son opinion en pleine lumière. I^ nom de Parloir aux Bour-
1. Hiiloire et recherche/ dei antiquités de la ville de Parit, L H, p. 4SI. 3. Ce* iDcertitudei sont résumées [lar Gtraud. qui leR partage. Parit sOta Philippe le Bel. p. 3S».
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4Î)4 I-A RI'E ET r.E CHATEAU HAUTEFEBILLE A PARIS
geois est gravé sur l'unique tour carrée qui s'appuie au mur de ville derrière les Jacobins.
Pour l'objet que je me propose, ce n'est pas assez d'avoir fixé les idées sur l'emplacement du Parloir aux Bourgeois, il faut chercher i - démêler quel rapport eut cet édifice avec le reste de la constructiou militaire à laquelle il adhérait.
Faisant saillie de 20 mètres ' sur le mur d'enceinte, garni de contreforts et couvert en terrasse, il était l'équivalent d'un bastion. Mais On ne bastionnait pas les murs de fortificatigns au treizième siècle. Le système alors en vigueur ne comportait d'ouvrages avancés qu'aui portes et poternes, et les seuls saillants qu'il y etlt sur les fronts étaient ceux des tours. Une grosse construction comme celle dont il s'agit, et à la place où nous la trouvons, doit sembler d'autant plus étrange que les tours de l'enceinte de Philippe-Auguste, constamment désignées dans les textes par le nom diminutif de toumeUes, étaient efTeotivemenl du plus petit diamètre.
Il y a là une anomalie dont la seule explication à donner est que la grosse tour carrée et l'enceinte furent deux ouvrages d'époques différentes, qu'un motif étranger aux besoins de ta défense avait fait raccorder l'un à l'autre; et, sans hésitation aucune, on peut dire à qui des deux appartient la priorité. Si imparfaites que soient les figures qui nous sont parvenues du Parloir aux Bourgeois, elles sont la représentation très reconnaissable d'un donjon féodal, dans la forme que ce genre d'édifice affectait sous Louis VII, et qui cessa de lui être donnée vers le temps de l'avènement de Phi lippe- Auguste. Par conséquent le Parloir doit ctre antérieur de plus d'un demi-siècle à 1» muraille méridionale de Paria, laquelle on sait avoir été construite en
mi'.
Le témoignage des textes s'ajoute à celui de l'archéolt^ie pour aula. riser à voir un donjon, un vrai donjon doté de toutes les prérogatives seigneuriales, dans la maison forle du xii* siècle qui fut le premier palais municipal des Parisiens {du moins le premier que l'on connaisse). Dans le procès-verbal de d504 mentionné ci-dessus, à la dénomination de Parloir aux Bourgeois est ajouté le titre de fief. Le vieil édifice est appelé « le fief du Parloir aux Bourgeois », et il est défin'
1. C'est la lueBuro doouf^e par le plan de Uertj. Le procès-verbal de 131)4 allégué ci-deBBus dit, par approiimation, 9 [oises qui feraleut Beulemeat )1>,S41 ; mais Bert; s'est aidé des mesures prises par M. Albert Leaoir sur let tondations, quand elles furent mises b découvert,
3. Guillaume le Breton . dans Duchesne , Bintorir Francorum Srnptortf t. V, p. 52.
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LA KVF. ET I.E CHATEAC IIAKTBFEL'ILLE A PARIS 4K5
comme « le propre héritage de la ville, d'où sont mouvans les droits, baux et censivea de ladite ville et à cause dudit fief. »
A la vérité le fief était tombé à rieit à la fin du moyen ilge; mais, grâce à une suite de chartes qui constatent plusieurs de ses démembrements, nous pouvons nous faire une idée, sinon de ses contenances primitives, du moins de ce qu'il lui en restait encore du temps de saint Louis.
Ainsi, du côté du midi, il confinait, avant 126:)', au domaine de Vauvert (où finit aujourd'hui l'École des Mines), tandis qu'au nord i] embrassait la totalité du terrain sur lequel s'étendit par la suite le couvent des Jacohins. Dès le commencement du xiii" siècle cette partie était couverte de maisons habitées par des suppôts de l'Université naissante. On y voyait une chapelle dédiée à saint Jacques, un hâpital et un édifice appelé la Voûte Saint- Quentin, à cause d'un doyen de la collégiale de Saint -Quentin, médecin de Philippe Auguste, qui en était le propriétaire'.
Celte voftte, mentionnée dans plusieurs actes de la même époque, est faite pour donner à réfléchir'. Faut-il penser qu'elle ne faisait qu'un avec la maison du doyen, que l'on trouve désignée en 1225 par l'expression de àomus turrita*? Je ne saurais l'affirmer; mais, dans tous les cas, elle était propre à servir, sinon d'habitation, du moins de lieu de réunion, car on sait que l'abbaye de Saint-Denis l'eut en location pour ceux de ses religieux qui f risquent aient l'Université *.
1. u Coorratres magoœcoalratriœ parialensis leneatur redilere coofraU'ibuR coDrratrUe merçatorum paiisieDBium annuatlin Bnptem denariOB et obolnm parislenaei, pro qulnque qnarterlU viaee alUs a latere Valllt ^^ridii. ■ Le Rouz de Uncj, Rtcherthei sur la grande confrérie Notre-Dame, pièce 3S [dans les Mimoirei des Antiquaire/ de France, t. XVil).
2. Son Dom ètall Jean Bnraatre, et il élail ADgloia, natif de 8ainl-A)bau. ÛUboulai, Hittoria vnivtriilatii paritientii, III, 93 ; GaUia Chritliana, IX, col. 1047.
3. ■ La volte SaiDt-Qaeulia a totea les appertenaDceB. > Amortisiemeilt du mole de février I2SI (v. st.] par Philippe le Hardi, après la veDte que la ville avait faite oui Jacobins de ses drolla de seigneiiriH sur Bliproprli^téa (Archives nationales, S iS29); IransectJon dont l'eSet resta loofctempa ajourué, car lea bIz propriétéB aont diclarées en 1292, dans te Livre des senteDces du Parloir aux Boargeois, comme des choses tenues de la ville par les Frères PrËcbeura jusqu'à ce que le prévAt des marchands et Ëcbevins auront acquis ailleurs l'éqnivalent en hit de cens et de fonds de terre. '
4. s In qnadsm domo sjta, ut dicltnr, juita domum turritom que fuit qnonr dam Johannis, decani quondam Sancti Quintinl. » ReDonelatlan en ISID pa- Hobert de SaiDt-Qacntio i tous ses droits sur cette maison (Archives dbUonales, 8 42S9].
r>. >. Donius slta, ex opposito novi rerectorii dlctorum fratrnm, jiizladoiniiq)
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i56 1.4 RUE ET LE CHiTEAU BAtJTEFECItXE A PARIS
Comme on ne voit pas qu'une voûte ait pu faire partie d'aucune des chétives constructions qui répondaient alors aux besoins de ta vie civile ou de la vie scolaire, je soupçonnerais celle-ci d'avoir été une ruine romaine. Sa situalion à peu près dans l'axe de la rue de Soriwnne m'a fait penser à la porte septentrionale du camp romain qui avait dû épouser la même direction, et je me demande s'il n'y avait pas là le berceau déj^radé et transformé en satle d'èlude d'un arc de triomphe qui aurait été dressé autrefois aux abords du camp, en regard du palais impérial '.
Le doyen de Saint-Quentin'ayant fait don aux Dominicains, installés par lui dans ce quartier, à la foisde sa maison et de sa voAte *, la ville ne laissa pas de garder la seigneurie de l'une et de l'autre ; mais, invitée plus tard par le roi Philippe III à laisser amortir, moyennant compensation, foute la partie de son fief que détenaient déjà les mêmes Dominicains depuis la voûte jusqu'à la rue Saint-Jacques, elle en passa par cet arrangement on prenant du temps pour l'accomplir'. Dans le siècle suivant elle nJsigna pareillement, h la demande de Charles V, les droits qui lui restaient sur l'autre partie intra mttros, depuis la voûtejusqu'à la porte Saint-Michel '.
Quant aux consistances du fief extra muros, du cAté de Vauvert, il y a grande apparence qu'elles avaient été aliénées, fonds de terre et seigneurie, dès avant i200, et cela en faveur de la grande Confrérie aux Bourgeois, institution à laquelle il n'est pas possible que la hanse parisienne n'ait pas contribué par quelque sacrifice. Ce qui est certain, c'est que le principal domaine de celte confrérie, appelé le
que fuit quoDilam acolarinm Saocli DyODiall qne vocatar Volta SaocU Quintini. u CoDceMioQ du prévAt des niarchoada et des ficfaevins aux raUgiMii Jacobins, 126B (Archives Dat., I. c.J.