‹ Mélanges d'archéologie et d'histoireChapitre 188 sur 240 · I. Muméroda <0 mai ISSS · texte numérisé non relu

I. Muméroda <0 mai ISSS

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476 l'alesia se cAsar rendue a la franche-covté

Quoiqu'il me îài arrivé d'avoir écrit et imprimé au moins une fois en ma vie qu'Alesia était Alise, cependant la thèse de M. Delacroix ne me choqua en aucune façon. Au contraire, il me sembla du premier coup d'œil que les choses s'expliquaient bien mieux en les plaçant comme il faisait. J'examinai ses arguments avec le plus grand soin : je les trouvai irréprochables, et je lui donnai raison.

Bientôt j'eus la satisfaction de voir abonder dans le même sens un homme spécial, M. Ernest Desjardins, professeur d'histoire et de géographie, qui a l'habitude de contrôler les textes par l'inspection des lieux, et que recommandent divers travaux de ce genre '. Mais bientôt aussi tes contradictions se Crent entendre. Il en parlit d'Auxerre, de Dijon, de Paris, de Besançon même, et ce fut un tel concert, qu'à l'heure qu'il est le vacarme n'est pas fini. Sans doute, entre le moment où j'écris ceci et celui où je paraîtrai, un nouveau mémoire sera venu enrichir la bibliothèque qui s'amoncelle sur le tombeau d'Alise.

Rien de plus naturel. Il y a des siècles qu'Alesia fut confondue pour la première fois avec Alise : une erreur si ancienne ne se déracine pas du premier coup ; la force de l'habitude et le point d'honneur s'y opposent :

Turpe pul&Dt, quEB

imberbes dldicere, aeaee perdenda fateri.

Mon expérience le sait. Elle se hausse même jusqu'à concevoir que la discussion à propos d'une ville perdue, qu'on retrouve, premie de la part de certaines personnes le ton de l'aigreur et de l'emportement; qu'un adversaire ait cherché à paraître redoutable en ne faisant qu'un massacre de M. Delacroix, de M, Desjardins et de moi ; que le même adversaire, pour mieux triompher de ma personne, ait par deux tâs cité comme miennes, entre guillemets, des paroles de moi qu'il a travesties, et qui par conséquent ont cessé de m'appartentr. Mauvaise humeur, fanfaronnades, altération de textes : j'ai vu plus rare que tout cela. Et, en somme, puisque les choses se sont passées jusqu'ici

I, M. Emetl Desj&rdtnB, aujonrd'liut membre de l'IniUtat [Acadéoiie ilet iDgcripUoQg et Bel les- Lettres) et profeeseor au Collège de France, aèUTamenév par tes découverleB faites autour du mont Auiois, ■ & l'ancleiiiie opinioii, qui, bleu qa'élayée par des argumeala fort séricui, dit-il, ne répond pas encore parlaitetueut à toutes les conditions exigées par le texte des CommtiUalrt*. • {Géogi-aphie Mitorique et adminiilrtuive de la Gaule fwttmte,\. H, 181^ pp. 69S-63e.) - A. C.

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suivant l'ordre accoutumé, j'espère que jusqu'au bout il en sera de même, c'est-à-dire que la raison finira par avoir le dessus.

Les deux points fondamentaux du mémoire de M. Delacroix sont:

1° Que la campa^e de César, qui s'est terminée par la prise d'Alesia, eut pour théâtre, non pas le pays d'Âuxois, mais la Franche- Comté;

2* Que le territoire d'Alaise, village du département du Doubs, répond & toutes les données de César D[uant au site d'AJesia et à ses opérations autour de cette ville.

Présentement, je me trouve assez édifié pour donner les mains k cette double conclusion. Maisjen'aipoint encore vu Aiaise, et, comme les assertions au sujet de cette localité sont telles, que ce que l'un avance, l'autre le nie, et que des deux côtés on en est à s'envoyer des démentis, dans un débat d'une conséquence si grave, je ne saurais m'aider du témoignage de personnes tierces. Je difTérerai donc de me prononcer sur l'attribution : je traiterai seulement la première des questions résolues par M. Delacroix, celle qui forme la base inébranlable de son système, et qui dépend de l'interprétation de tous les auteurs anciens qui se sont étendus sur la campagne d'Alesia.

Mais cela tout seul ne suffirait pas. Un examen auquel M. Delacroix ne s'était pas livré, parce qu'il n'avait pas besoin de le faire, est devenu, par suite de la controverse, le préliminaire indispensable de la discussion que j'entreprends. Il faut prouver le peu de valeur deâ titres d'Aiise, dont ses défenseurs font tant de bruit, C'esl par là que je commencerai.

AtlSE n'est point ALESIA

Un moine du ix* siècle parait avoir le premier confondu Alesia avec Alise en Auxois. Il s'appelait Herric, et suivait la profession de Saint- Benoît dans le monastère de Saint-Germain d'Auxerre. Homme instruit, judicieux pour son temps et d'une vive imagination, il lu les Commentaires de César. Ayant vu, selon toute probabilité, les ruines encore considérables d'une ville appelée Alise, dont le nom, dont le site semblaient cadrer d'une manière étonnante avec ceux de l'endroit où la Gaule acheva d'èlre vaincue, il conclut & l'identité, et

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il exprima son opinion dans quelques vers qu'il ajouta au récit de l'un d&^ miracles de saint Germain'.

En face de la montagne d'Alise était l'abbaye de Flavignj, aussi de l'ordre de Saint-Benott ; mais la règle y était tombée en désuétude au X" siècle. Hildric, abbé de Saint-Germain d'Auxerre, l'y porta de nouveau vers l'an 1000*, et après le passage d'Hildric, l'opiDion d'Herric fut professée à Flavigny. Ce fut pour Cette abbaye un titr« de gloire et un article de foi d'avoir à sa porte un champ de bataille fameux. Ses religieux en gardèrent soigneusement la mémoire; ils l'inscrivirent dans leur bréviaire, ils l'offrirent aux savants du XVI' siècle, qui l'acceptèrent ; et ainsi la critique d'un homme des temps barbares s'est imposée à l'érudition moderne.

Il n'y a que cela de sensé à déduire des vers d'Herric, du bréviaire de Flavigny ' et de l'accord des énidits, qui, depuis Paradin ou je ne sais quel autre Bourguignon, ont affirmé, sans la discuter, l'identité d'Alise et d'Alesia. 11 ne fallait pas, comme on l'a fait, aller chercher ces témoignages pour en forger le système historique le plus monstrueux, pour supposer une. tradition qui, soit à Auxerre, soit aux environs de Flavigny, se serait transmise de bouche depuis le temps de la république romaine jusqu'au règne de Charles le Chauve, pour donner enfin comme les échos de cette tradition, au moyen de laquelle on prétend interpréter César, des gens qui n'ont pu tirer que de l'interprétation même de César tout ce qu'ils ont su et dit au sujet d'Alise.

1. Le poème des Miracles de saint Germalu est dans le recueil des Bollsndistes, t. VIII du mois de juillet, col. 2il. 3. Gallia ehriitiaaa, t. IV, col. iS9.

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