I&id., c. 67 cl 6S
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510 CONCLUSION POUR ALAISK
conservé leur physionomie primitiTe, on ne reconnaît pas le système des in^nieurs romains. Le plus souvent elles sont déugnées soiu les noms de charrières et de voiei det relies^. Plusieurs partaient des divers passages de la Sa6ne, montaient vers le sud-est, et se reliaient incontestablement au chemin de la Languetine. '
Passé le défilé, celui-ci se continue presque intact jusqu'à Miigt (prés de Noeeroy), où il se sépare en deux branches. L'une gagne les crêtes qui dominent le Léman, l'autre atteint le sommet du mont auquel s'appuie le fort de l'Ëctuse.
Un autre trait remarquable de la routa que je viens de signaler, c'est qu'en deçà comme au delà d'Alaise, elle n'oflVe pas de difficulté sérieuse. Les collines par lesquelles elle se dirige ont des montées commodes, des plateaux étroits, et partout du découvert à droite et i gauche sur les vallées qui sont à franchir. Mais les gorges de la Languetîne sont de véritables Tbermopyles, Là il a été possible d'arrêter à toutes les époques les armées du dehors aussi bien que les armées du dedans '. de sorte que si Alaise est Alesia, l'existence de ce défilé nous explique aussitôt la manœuvre, autrement inintelligible (le chevalier Folard a dit ridicule'} de Vercingétorii. Il court fermer la porte par où son ennemi sera obligé de passer.
Le lecteur va voir si cette présomption si légitime sera justifiée par les indices qu'il est permis de recueillir sur toute la longueur du trajet.
César vient de quitter les Lingons en traversant leur frontière, c'est-à-dire la Sadne. Son point de départ, placé au cœur du pays lingon, et son but, qui est le sud-est de la Séquanie, nous indiquent approximativement le lieu du passage. Il est quelque part aux envi* rons de Gray. M. Delacroix a désigné la presqu'île de Hantâcbe : je croîs qu'il a raison, mais je n'affirme pas, parce que je n'ai reconnu là aucun témoignage certain d'un fait si éloigné, et que les traditions que j'y ai recueillies se rapportent évidemment aux invasions des barbares'. Mais ce que je puis certifier, c'est que ceux qui se sont
I. HetU n'est pu autre choae que la forme Irançaiie de rlteda, et QuIatUien aoiit apprend que rheda était nn luot gaulois.
3. Àbrtgé det commentairei sur rhUtoire de Potybt, X. IIl, p, IS6.
3. Od dit que daai un temps trà* éloigna, où HautAche n'était rien, la preiqu'lle itait occupée par uoe grande ville du nom d'Ancloetie. L'ennemi ayant aorpria cette ville, loua lei habitant* s'enfuirent par la Saône sur la rire tranccomtolae, et ee cacbËrtuit dans des bola où l'on ajoute que la volent enivre eur« tombeaux. L'exislenca iTADCloelie est incontestable ; le terrain d« la presqu'île est semé da briqnes Tomalnea. On en a tiré nn magnifique uztaphage qui est à la mairie de Gray. Un eatltUitn Irèi bien consarré, Dommé la Château d'Amange, domine l'emplaccmeDl do la Tille.
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DA^S LA QUESTION d'aLESIA 511
récriés sur la difficulté du passage, auraient mieux fait d'y aller voir que de s'exposer à la déconvenue d'une objection aatis fondement. La Sadne au-dessous de Gray a environ quatre-vingt-dix mètres de lar> geur; ses rives sont celles d'un cours d'eau disposé pour l'agrément; les gués y abondent au point de ne laisser que l'embarras de les choisir. Il y en a Jrois qui ont chacun plus de deux cents mètres d'étendue, entre Gray-la-Ville et Mantôche : l'uu à Essertey ; l'autre sous Esserley, appelé le gué du Poiron ; le troisième tout de suite après Hantdche. Traverser une telle rivière n'a pas été plus difRcile que de traverser l'Yonne auprès d'Auxerre; et comme César a traversé l'Yonne sans la nommer, il est absurde de prétendre qu'il n'a pas pu traverser la Saône parce qu'il ne la nomme pas.
En même temps que les légions franchissaient la Sadne, Vercli^lorix s'arrêtait sur utis autre rivière à environ dix milles de distance ' Les dix milles environ font quinze ou seize kilomètres. A vingl>deux kilomètres sud-est de la Sa6ne prise vers Gray coule la rivière d'Ognon. De vingtrdeux kilomètres Atons-en quinze, restent sept; et la distance de sept kilomètres est bien à peu près celle que la tête de l'armée romaine devait avoir atteinte lorsque la queue était à effectuer l'opération du passage. Ainsi la direction connue des Romains et la mesure donnée par les Commentaires concourent à indiquer l'Ognon comme la rivière à laquelle s'étaient appuyés tes Gaulois.
La nature du sol franc-comtois se révèle aussitôt qu'on a passé la Saône. Le terrain ondoie sans discontinuer, prenant plus de relief à mesure qu'on avance. Ce sont d'abord des coteaux qui se relèvent et s'abaissent sur ta ligne où Us sont disposés, en même temps que d'autres rangs parallèles se prolongent avec de semblables mouvements. Ces petites chaînes forment entre Gray et l'Ognon un {>remier massif à travers lequel a dû a'elTectuer d'abord la marche des Romains. Là, leur cavalerie a eu ik soutenir un combat contre celle des Gaulois, qui s'était portée au-devant d'eux pour leur barrer le passage.
Si entre Gray et Maatôche on cherche la direction la plus courte pour atteindre l'Ognon, en suivant autant que possible les vieux chemins et en joignant à celte condition la proximité d'un cours d'eau, qui est nécessaire pour fixer la marche d'une armée, on arrive au mont Colombin.
Le mont Colombin n'est pas un mont, à proprement parler, mais
1. • Orciter millls puiaam X «b Homanls trinia culHa Verciogetorlx eoD- Mdît.... Fugientss UDqne ail flumen ubi Vtrcingetorii cum pedcstrilHiB eopiis eoniedenit, p«r»equunlur. " Capp. 66 ol S7.
512 OOMCLUStOK POUR ILAISE
plulàt une longue friche bosselée. 11 a é\é le tbéûtre d'une bataille dont la mémoire existe encore à plus d'un myna^ëtre à la ronde. Une légende était même racontée à ce sujet, I^ade que les vieillards, qui en ont retenu quelque chose, affirment avoir été dite autrefois toujours dans les mêmes termes; mais depuis que les générations, instruites aux écoles, sont devenues moins curieuses des anciennes histoires, des variantes se sont introduites, des lacunes ont défruit la continuité du récit. Je rapporte la version que M. Delacroix est parvenu à reconstituer en comparant et complétant l'un par l'autre les -dire de beaucoup de personnes. Elle ne concerne qu'une circonstance fabuleuse du combat, et s'applique à une petite rivière du nom de Cliarsenne, qui prend sa source au pied du Golombin : . c Autrefois, la Charsenne portait un autre nom. On l'appelait Senne, et alors Serme voulait dire de l'eau. Or, Jules César ayant remporté une grande victoire sur Golombin, la terre fut trempée de sang jusqu'aux conduits souterrains de la source. Lorsque le général, mourant de soif, y accourut pour boire, le sang l'avait devancé, € 0 Senne, dit-il, pour mon empire, pour mon nom, une goutte d'eau pure ! ■ Et la Senne continua à rendre du sang, c 0 Senne, que la victoire m'aura coûté cher ' I > « Je retiens ce mot, répondit la Senne, je reliens ce mot qui fera durer le souvenir de ta visite. Va, tu ne me reverras plus.» Et depuis lors la Senne a pris le nom de Cbarsenne. C'était au temps des Gaulois. Maintenant la terre du mont Golombin, britlée par le sang, ne peut plus se labourer, et les bruyères qui y poussent sont tachées de rouge. >
Voilà une véritable et antique légende, marquée au coin de l'érudition populaire, et conforme autant qu'on peutle désirer à ces sortes de récits, où les événements sont toujours traduits par une idée poétique. Je ne tiens pas au nom de César : on le prononce à Gharsenney *, au bout du mont Golombin, et à Mamay ; mais il est ignoré iGyet dans d'autres endroits ou l'on dit tout simplement i un général. D I! en est de même des Gaulois : ces noms peuvent avoir été suppléés par les savants. Mais le sang qui a été répandu à si grands flots que ta source voisine en a été infectée et que la terre en est encore stérile, mais la pause que le général a faite à cette source, mais le discours qu'on lui fait tenir, ne décèlent-ils pas César et son premier
1. VoriaDte : <> 0 Senne, tu m'annw cuHlé cfaer. ■ C'est dam c«Ue partit (|M a légeode est «urlout tltérée.
S. £t non poi Ckareimeg cDumu cola mt luerquè sûr la carte Je l'État-
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DANS LA. OUESTIOiV DALESlà 513
exploit en Séquanie? Examinons, pour nous en assurer, le récit des Commentaires et celui de Plutarque.
Les cavaliers gaulois étaient nombreux. Ils s'étaient liés par un serment redoutable. Si chacun d'eux ne travei'sait pas deux fois les rangs de l'ennemi, il renonçait & rentrer dans sa maison et à revoir les objets de sa tendresse '. Distribués en trois corpsj ils s'avancent à la fois sur le front et les flancs de l'armée romaine. César leur oppose sa cavalerie, formée aussi en trois divisions. Le reste de l'armée fait halte, et les légions conservent leur ordre de marche; mais elles se déplacent pour rétablir le combat partout où la cavalerie romaine fait mine de reculer. A la fin, un mouvement de droite exécuté par les Germains dépossède les Gaulois d'une crête qu'ils occupaient. It^elés sur les pentes, ils commencent à fuir '.
Ainsi s'explique César. Plutarque, indifférent aux évolutions militaires dont il ne parle pas, se borne à dire que ce ne fut qu'après lieaucoup de temps et beaucoup de carnage qu'on put venir à bout des Gaulois; que le commencement de l'action passait pour n'avoir pas été à l'avantage des Romains ; enfin que César y paya de sa personne et courut te plus grand danger, car, à un moment, il se trouva serré de si près que son épée lui fut ôtée des mains ',
Donc la lutte a été santçlante, et la légende a trait à une bataille sanglante; César a combattu, et l'on parle de César ou d'un g^énéral, possesseur d'un empire *, que la fatigue du combat avait réduit à mourir de soif; le succès a dépendu pour les Romains de l'occupation d'une crête, et c'est par la crête du Colombin qu'était tracée leur route; enfin les Gaulois, chassés par la droite, ont été précipités l'épée dans les reins sur les pentes de la colline, et au bas du mont Colombin efit le vallon de la Charsenne où le vainqueur de la l^ende arrive en dernier lieu.
Des témoignages d'une autre nature complètent les étonnantes conformités qui existent entre l'histoire et le récit populaire.
La victoire a été décidée sur le mont Colombin; mais l'action, continuée par la poursuite des vaincus, n'a fini qu'en vue des lignes de Vercingétorix. César rapporte qu'il y eut là un nouveau carnage".