DANS LA QUESTION D'ALESIA
(Paru, llbnlrU de L. Haehetle et C», tSSS. — BtbUogr., ii> S.)
O trarail est le fruit d'une exploration allenlive de toute la portion de l'ancienne Séquanie mise en cauae dans le débat d'Alaise et d'Alise. Quicherat fit cette exploration au mois de septeinbre 1857, et le travail qui en résultait parut au mois de janvier 1858. En hfttant celte publioationt il eut princi paiement en vue de modifier le sentiment public au sujet d'une prétendue condamnation du système' d'Alaise par l'Académie des Inicriptions et Belles-Lettres. Cette compagnia avait bien, il est vrai, accordé une récompense à l'un des mémoirea publiés contre Alaise ; mais le jugement d'une commission de concours ne ressemblait en rien à une sentence qui aurait jeté l'interdit aur la solution franc- comtoise de la question d'Alesia. M. le duc d'Aumale relarda la publication de son élude, t l'enel d'y ajouter quelques notes en réplique aux arguments de la Conclusion pour Alaite. « Le savant professeur, diaait le prince, soutient son opinion avec la verve, le
talent et la science qu'on lui connaît Ceux, ajoutail-il, qui ont le gobt des
dissertations historiques feront bien de lire la Conclutim pour Alaiiei'At y trouveront une lecture fort attrayante, et, avoni-noug besoin de le répéter, autant de talent que d'érudition. »
Nous reproduisons la seconde partie de ce mémoire, celle qui donne une iaisissante peinture de cette nature franc-comtoise dont Quicherat demeura, jusqu'à son dernier jour, si vivement épris,
J'ai visité le lieu qui avait été signalé comme l'emplacement de l'antique Aleaia ; j*ai parcouru les champs de bataille qui l'environiient ; J'ai recherché les chemitis par oii purent arriver sur ce point les masses d'hommea qui s'y heurtèrent ; je suis allé voir, là où j'ai su qu'il y en avait, les restes tirés de quelques-unes des sépultures qu'on rencontre encore de tous cités sur une régiou aussi vaste que le département de la Seine en son entier.
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SOM coNCLUsinN pour alaise
J'ai fait tout cela sans précipitation comme sans mystère, marchant un nombre d'heures que je ne saurais additionner, préparé comme i) fallait pour une excursion de ce genre, ne fuyant les yeux de personne et possédant toute }a liberté des miens. Je n'étais pas engagé d'honneur à trouver ce qui n'existerait pas. I^ question a élé portée par moi sur un terrain tel, qu'Alise ne Eurvivait pas quand bien même Alaise ne m'aurait pas satisfait. D'ailleurs j'avais prévu le cas d'une déception. Si les nombreux renseignements sur la foi desquels je m'étais mis en route s'étaient trouvés faux, je savais un autre lieu de la Franche-Comté ou j'aurais porté mes pas, et, trompé une seconde fois, j'aurais eu la résignation de laisser une place vide dans mon esprit, en attendant la solution à venir.
Je n'ai pas commis la maladresse de m'avenfurer tout seul en nn pays de montagnes; je sais trop bien que là où le sol est tourmenté, on peut passer à cdté des choses sans les apercevoir. M. A. Castan, l'un de mes meilleurs élèves, m'a prêté tout le temps son utile assistance. M. Delacroix avait bien voulu se proposer pour nous conduire, et, parce qu'il était l'auteur de la découverte que j'allais contrôler, il ne m'a pas semblé que je pusse me confier à un meilleur guide. Son attitude dans le débat ne' me coiili^ïgnaît en aucune façon. Je ne m'étais point abdiqué devant lui. Depuis le commencement, je lui ai fait de l'opposition sur divers points, et sur le terrain je lui ai mondé toùtàutant d'indépendance. Il est de Ses idées auxquelles je m'étais rendu d'abord, qu'il m'a vu réformer en sa présence. Il ne l'a pas .trouvé mauvais, parce qu'il n'est pas dans ses principes qu'on' doive recevoir ses idées d'autrui comme on prend le pain de ceux qui vous l'oflrent ; et moi, de mon côté, j'ai trouvé très bon d'avoir à mon service l'inépuisable répertoire d'un observateur plein de tact et d'expérience, qui connaît non seulement les lieux que je voulais parcourir, mais le département du Doubs tout entier, comme un propriétaire Connaît son domaine. D'ailleurs je ne me suis pas fait faute de recourir ft d'autres moyens d'information. J'ai entendu parler, et les hommes instruits qui depuis des années donnent leur attention aux choses, et les hommes simples qui possèdent la tradition des siècles. Du voyage accompli dans les circonstances qiie je viens de dire, il me restée faire connaître le résultat, non pas à raconter lés journées ni le détail. Je n'aspiré pas à l'agrément d'un touriste. Je suis un juge d'instruction. II faut que les faits que j'ai recueillis viennent se rai^fW comme il convient, pour la démonstration de la vérité sur laquelle j'appelle le jugement du public. -
Lorsqu'on part de la donnée des Commentaires, que César se ren-
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DAMS U QUESTION d'aLESIA S09
dail de chez les LingODS dans la Province romaioe en traversant la Séquauie '', par conséquent qu'il voulait gagner Genève ou les eovirons de Sej&sel, il est impossible de ne pas arrêter son attention sur Alaifie, dont le nom répond exactement à la forme latine Alesia, dont le site est dans la direction voulue. Cela toutefois n'est pas assez : il faut constater qu'une voie antique a existé là, qu'il y a eu un temps où l'on gagnait les cimes supérieures du Jura en traversant le territoire d'Alaise. En effet, nous voyons que Vercii^étoriz, après ume tentative infructueuse pour détruire le matériel des Romaina, a précipité sur Alesia le gros de son armée qu'il ne voulait engager à aucun prix'; noiu voyons encore que César s'est mis aussitôt en marche dans la même direction, sans chercher, lui non plus, à engager une véritable bataille '. C'est bien un indice que les deux antagonistes n'avaient en vue que la possession d'un chemin, et d'un chemin qui ne laissait pas de choix, sur lequel les Gaulois voulaient garder l'avance, tapdis que le général romain le suivait forcément, attendant de la fortune et de son génie l'occasion de le pouvoir disputer.
Alaise a été un passage pour arriver au sommet du Jura, le premier passage qui s'offrait lorsqu'on venait de la Saône supérieure avec le dessein d'éviter Besancon. Derrière le massif sur lequel est assis le village d'Alaise, dans un déQlé appelé la Languetine, existe une fondrière où le roc, mis à nu, laisse voir des ornières d'une profondeur extrême. Ce sont les traces qu'ont imprimées sur le sol des chariots comme il n'y en a plus depuis des siècles dans le pays, chariots étroits, portés sur des roues basses et massives. Cela se déduit de l'écartement des deux sillons (1 mètre 20 c.), de leur largeur, des marques laissées par le frottement des moyeux contre la bei^e du chemin. De pareilles ornières, fournissant les mêmes mesures, se voient au-dessus de la, citadelle de Besançon, et ont toujours passé, depuis qu'on les a reconnues, pour les vestiges d'une route gauloise qui suivait par les crêtes la chaîne du Lomon.
Beaucoup d'autres voies du même genre existent en Franche- Comté, toujours dirigées par les sommets, ne descendant dans les vallées que pour les traverser, antérieures à l'état moderne du pays, parce qu'elles ne mettent pas les villages en communication, antérieures aussi & la domination romaine, parce que là oili elles ont
1. Alaia rendue à la FraacheCointé, voy. plut haut, p. fM. i. ■ Peditatu qiiem anle babuerit ae fore contenUim dlclt, neque forbioaiD leutalunim sot in acie dlioicaturaïu. v De bello gaUieo, I. VII, c. ii. . .