D'UN MAM'EL D'ARCHÉOLOGIK
(FrïRinent Jndlil écrit ver» I8C7.)
Vers 1867, J. QuicheraL avait formé le ilessein d'écrire i l'usa^ de ceux i|u'il nommait Ifs pourvoyeurs naturels de l 'archéologie, c'est-î-dire des habitants de la camjiagne, des iasliluteurs, des paysans, des ouvriers, un court manuel qui les aurait renseignf's sur les divers monuments de l'antiquité qu'il» peuvent rencontrer. En leur apprenant à connaître les objets que recèle lisol de la France, il espérait éveiller suFlisammenl leur curiosité pour les pousser à entreprendre des recherches ; à tout le moins il pensait pouvoir les intéresser aux découvertes amenées par le hasard el 6. la conservation des monuments de tous genres qui se trouveratenl à leur portée. Dans ce but, il «vait recueilli tout un 'dossier de noteii sur les vestiges laissés par les anciens babitanls de notre pays et avait esquissé le pian de l'ouvrage. La préraoe de ce petit livre devait retracer 6 grands traits l'hisLoire des civilisations qui se sont succédé en France depuis l'antiquité la plus reculée; c'est la seule page ds ce travail qu'il ait écrite. Bien qu'elle soit inachevée, nous pensons qu'elle mérite d'être donnée au public et nous la plagons ici coranie l'introduction naturelle <ie ce recueil d'articles et de mémoires.
La terre eut bonne gardienne de ce qu'on lui a confié ; tous les jours elle rend sous le soc de la charrue ou sous la pioche du lerrassier des objets enfouis depuis nombre de siècles. Ce sont les débris d'édifices qui couvrirent le sol, les restes des hommes qui le ciillivèrent ou qui s'abattirent dessus pour le ravag:er ; et la plupart du lempR nous n'aurions aucune connaissance des uns ni des autres tmns ces choses qui viennent nous apprendre qu'ils ont exislti. Il im-
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porte donc de ne rien perdre de ce qui se trouve. S'il est impossible de conserver, au moins qu'on ne détruise qu'après qu'il aura été pris note des objets, ou mieux encore, apcès qu'on les aura dessinés. Car, de même qu'à l'aide des plantes et des animaux pétrifiés nous sommes parvenus à nous faire une idée de ce qu'était le monde avant qu'il eût pris la figure que nous lui voyons aujourd'hui, de même nous referons l'histoire ignorée des temps anciens en tenant registre des vestiges que l'homme a laissés de lui dans chaque lieu.
L'ouvrier qui travaille la terre est celui de qui il dépend que rien ne se perde. Il faut qu'il sache quels services il est appelé à rendre en cette partie, et qu'il se regarde comme le collaborateur du savant. Mais pour qu'il sache cela, il faut qu'il l'ait appris. On gémit de l'ignorance qui est la cause de tant de destructions. Que fait-on pour la dissiper? Sans doute la raison publique abandonnée à elle-même accomplit d'incontestables progrès. On ne croit plus, comme autrefois, que les pots enfouis dans la terre y ont poussé comme des trulTes, ni que les silex taillés sont tombés du ciel. On ne broyé plus les beaux vases antiques pour extraire de leur pâte l'or qui n'y fut jamais mêlé; on a cessé depuis longtemps de briser comme idoles les statues et autres ouvrages façonnés à la ressemblance humaine. Mais l'indifférence exerce ses ravages à la place de la superstition, ou bien la cupidité suggère le brocantage, presque aussi désastreux pour la science que la destruction.
11 ne coAterait pas beaucoup d'introduire dans l'enseignement des écoles primaires, surtout des écoles rurales, la notion de l'antiquité. Dût-on se borner à prévenir les enfants qu'elle a laissé partout des vest^es, que ces restes reposent sous leurs pieds, que lorsque devenus grands ils en feront sortir de terre à la faveur de leurs travaux, ils devront les recueillir avec soin pour les montrer à ceux qui s'y connaissent. On leur ferait comprendre par comparaison que tout est digne d'attention, même les choses les plus informes, même les débris de la matière la plus vile; ne savent-ils pas la plupart comment, à l'aide des indices les moins apparents, on reconnaît le passage des bêtes dans la campagne ou dans les bois. Quant aux objets de prix, on leur apprendrait qu'ils gagnent à être connus avant d'être vendus ; que celui qui a trouvé quelque chose de cette espèce et qui s'empresse d'aller s'en défaire à la ville, est trompé infailliblement, car le marchand lui en donne toujours le moins passible; qu'au contraire, la même pièce soumise au contrôle des savants, estimée par l'un et par l'autre, aurait atteint sa valeur réelle ; enfin, que ces marchés hâtifs sont préjudiciables non seulement au vendeur, mais à tout le monde.
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parce que l'acheteur qui revend très cher ce qu'il a acquis à bas prix, d^uîse d'ordinaire la provenance, et que par ik se trouve perdue l'instruction qu'il y avait à tirer de la découverte pour le lieu où elle s'est effectaée.
De même que lea paysans sont les pourvoyeurs naturels de l'archéolt^e, les instituteurs primaires devraient être pour elle autant d'agents attentifs à l'informer des découvertes. Quelques-uns déjà se sont donné cette mission dont ils s'acquittent très bien. Les savants habitent les villes; ils n'apprennent que par hasard ce qui se passe à la campagne. Le maître d'école, au contraire, peut savoir jour par jour les nouvelles de la commune ou il est fixé; il en connaît tous les habitants ; il n'a qu'à leur recommander de le prévenir de ce qu'ils trouveront. Lorsque des antiquités seront sorties de terre, qu'il en dresse procès-verbal ; on ne lui demande pas de faire de l'érudition, il ne s'agit que de décrire exactement la façon dont les objets se sont présentés, leur matière, leur forme, leur couleur, leurs dimensions. La note où ces diverses circonstances seront clairement consignées aura le prix d'un renseignement utile. Elle sera accueillie avec reconnaissance soit par les journaux du département, soit par la société savante qui a son siège au chef-lieu; ou plutôt, comme la correspondance entraîne des frais, les instituteurs useront d'un autre moyen de publicité qu'ils ont tous à leur disposition : c'est d'écrire à leur chef suprême, le Ministre de l'Instruction publique. Le Ministre reçoit toutes les communications qu'on lui adresse en matière d'antiquités. Il les fait examiner par un Comité attaché à son administration; elles sont ensuite publiées dans une revue spéciale.
Insister sur les services que les instituteurs sont appelés à rendre à l'archéolc^e, ce n'est pas en détourner les autres qui s'y sentent attirés par leur goût. 11 importe que le plus grand nombre possible prenne intérêt aux découvertes. Plus il y aura d'yeux ouverts, plus la conservation des choses sera assurée et plus aussi les renseignements se multiplieront au profit de nos connaissances.
Ne désirant rien tant que de voir les esprits s'ouvrir à un genre d'attention qui est si digne d'un peuple éclairé, j'ai composé ce livre, avec l'idée qu'il pourrait, non pas faire des savants, mais guider les curieux. Il n'y faut pas chercher la doctrine transcendante. Je me suis borné à exposer d'une manière succincte et dans l'ordre qui m'a paru le meilleur, les résultats produits par les trouvailles et par les fouilles qui ont eu lieu en France depuis une quarantaine d'années, c'est-à-dire depuis que l'esprit scientifique est entré dans ce genre d'observation. £n voyant ce que la terre a coutume de rendre en notre
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ji.iys, ou aura des Icriiies île i,onipamif<oi) (hiiir juger nu moins à pfii près des objets qui se présentcut. On saura direàquniilsressemblenl, s'ils se rattaclient à des séries connues, ou s'il y a apparence qu'on puisse les considérer comme conquêtes nouvelles.
Mais avant de descendre dans le détail des choses, il est bon d'esquisser le tableau des civilisations différentes qui se sont succéd<sur notre sol, et d'indiquer les catastrophes qui les ont détruites au point que de tant d'ouvrages qu'elles ont produit)^ pendant des suitefi lie siècles, i) ne subsiste que de si faillies débris.
l..es plus anciens hommes dont nous feti-ouvions les vestiges furent des sauvages peu différents de la brute, !i en juger par la conformatini) (le leurs crîlnes. La France, de leuv temps, était une contrée glaciale. IIk y vivaient dans la neige pendant la pluK grande pailie de l'annéo comme font aujourd'hui les Lapons au nord de la Suède. I^ur existence est attestée par leurs ossements et par de grossieift outitf dipierra qu'emportèrent les débâcles. Il faut renoncer à repré-ienter par un nombre d'années l'époque à laquelle ils appartiennent. Une inflnité de siècles tes séparent de nous, comme une infinité île siècles les séparait eux-mêmes des temps où se formèrent les roches qui contiennent dans leur pâté des animaux pétrifiés.
D'autres sauvages plus intelligents succédèrent à ceux-là. Ils habi- It'rent les cavernes ouvertes dans les côtes i-ocheuses le long des l'ivièi'es, lorsque le climat était encore rigoureux, mais que les eaux des dégels n'étaient plus assez abondantes pour couler à pleins bonis dans les vallées. Ces hommes possédèrent les premiers rudiments de la civilisation. Ils crurent déjà que la vie se prolonge au delà du trépas, car ils déposaient des aliments auprès de leurs mort."; ils surent dessiner sur les os des figures de bétes et donner à leurs outils des formes ingénieuses.
Le sol devenant de plus en plus habitable par l'adoucissement gmdnel de la température, il reçut des émigrations de peuplades êtran- (^res, celles-ci chassées du lieu natal par le trop plein de la population, ou par des tribus belliqueuses, ou par des calamités naturelles. Il dut en venir de toutes les directions, même par mer, sur des pirogues; mais c'est surtout par les passages des Pyrénées et des Alpes qu'elles entrèrent sur notre territoire. Hommes non moins primitifs que ceux qu'ils déplaçaient, réunis d'ailleurs en bandes peu nombreuses, ces nouveaux venus furent incapables de changer l'ordre établi avant eux. l.es générations se succédèrent longtemps dans rimmotiilité qui est
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Il I *^ MWitRi. Il .iRriii^:oLOiiiK i.j
■nkcoii- uiijnunriiiii. le par(at;« îles pt!U)ilês ite l'Arrîquo îiilêi'i«iit«. 11 arriva à la lin <les r^ïoos de l'Orient une grande nation qui extermina ou aHsujeltit à ses mœurs ou à son langage toutes les autres qui l'avaient précédée. C'est la nation des Gaulois ou des Celtes.
Les Gaulois apportèrent avec eux une civilisation très avancée pour le temps où ils parurent; mais la religion qui les avait tirés de l'état sauvage les tint enchaînés k l'état barbare, de sorte que leur industrie demeura statioonaire quoiqu'ils fussent adroits de leurs mains, ingénieux et excellents imitateurs, quand ils le voulaient, de ce qu'ils voyaient faire aux autres. Instruits par les druides, leurs prêtres, que ' la vie est une épreuve et que l'iiomnie doit éviter de s'attacher trop étroitement à la terre qu'il habite, ils méprisèrent des choses sans lesquelles il est impossible aux arts de se développer, lis n'eurent pas de villes, mais seulement des refuges fortifiég où ils allaient s'enfermer en cas de danger avec leui-s effets et leurs troupeaux. En temp» de paix ils habitèrent de misérables villages composés de huttes ; leurt^ lemples furent des enclos en plein air. Comme il leur était défendu de sculpter et même d'appareiller la pierre, ils n'ont laissé aucun ouvrage d'architecture ni de maçonnerie; il ne reste d'eux, en fait de construction, que des entassements de pierraille ou des blocs de pierre brute, les uns dressés debout, les autres assemblés en manière do table DU de galerie couverte. C'est seulement par les tissus, par le Iravail du bois et des métaux qu'ils montrèrent ce dont ils étaient capables. Les étoffes et le bois ont péri ; le fer ne s'est conservé que par ■le rares hasards. Des objets d'or et de bronze, et plus souvent encore (les outils en pierres dures dont les Gaulois ne cessi'rent jamais de se servir, sont la dépouille que nous recueillons de ce puissant peuple pour la période de deux mille ans peut-élre pendant laquelle il ganta "On iodépendance.
Six cents ans avant Jésus Christ, les Phocéens d'A.sie-Mineure aborilërent en Gaule. Ils étaient une fraction de ces Grecs qui furent les civilisateurs de l'ancien monde. Us fondèrent Uarseille, puis jetèrent des colonies sur la côte de la Mé<literranée et sur les bord.t du bas Rhône. Quoique leurs établissements aient longtemps prospéré, ils ont laissé peu de traces de leur présence. Au lieu d'importer les arts par lesquels se distinguait déjà leur nation, ils se conformèrent à la simplicité gauloise. Manteillo, qui passa dans l'antiquité pour la plus sage de« républiques, n'avait encore, du temps de César, que des maisons de bois recouvertes de chaume. Cependant, comme les Marseillais faisaient le commerce dans toute la Gaule, il est impossible que de.s olqels de fabrication grecque colportés par eux ne se trouvent pas
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mêlés à la dépouille des Gaulois. On ne s'est pas encore appliqué à en faire la distinction.
Les Romains, que les Gaulois étaient allés autrefois attaquer dans leur pays, vinrent à leur tour prendre position dans la Gaule. Ils s'établirent derrière les Marseillais et conquirent le bassin du Var avec celui du Rhdne presque tout entier. Ensuite César soumit en huit ans le reste de la nation. L'an 50 avant notre ère, les Romains étaient les maitres de tout le pays depuis les Alpes jusqu'à l'embouchure du Hhih, depuis les Pyrénées jusqu'à la Manche.
IMeur fallut plus d'un siècle et toutes les ressources du pouvoir absolu qui succéda chez eux à la république pour arriver à détruire la nationalité gauloise. Le régime de l'état de siège fut établi en permanence, l'ordre administratif créé, la jeunesse recrutée pour aller servir au loin à la suite des légions, la noblesse corrompue par l'ambition de parvenir aux honneurs. On ouvrit des routes, on construisit des villes, on chercha à séduire les imaginations par des monuments élevés à la gloire de Rome; puis, comme les séditions recommençaient toujours, on prit le parti d'abolir la religion druidique. Les convulsions qui suivirent cette mesure violente furent les dernières. Rieutât il n'y eut plus de Gaulois, mais des Gallo-Romains. L'œuvre de transformation fut consommée sous le règne de l'empereur Vespasien, soixante<diK ans après J.-C.
La Gaule entra alors dans tine période de paix et de félicité qui ne s'est pas renouvelée depuis, même pour la France moderne. La force armée, échelonnée sur toute la longueur du cours du Rhin, protégeait la frontière contre les barbares; à peine comptait-on dans l'intérieur deux mille hommes de troupes, qui étaient distribués entre les grandes villes pour escorter les fonctionnaires suprêmes de l'administration. Le pays fiit sillonné de routes. Il y eutpartout des villes décorées de statues, de temples, de bains publics, de théâtres oii pouvaient tenir des milliers de spectateurs; même de simples villages possédèrent de ces monuments. Les campagnes se couvrirent de vastes habitations où l'on trouvait tout ce qu'il faut pour l'utilité et pour l'agrément. Les eaux vives, soigneusement recueillies, furent conduites dans'les établissements publics et chez les particuliers par des aqueducs établis à grands frais. La Gaule rivalisa de splendeur avec l'Italie.
Après un siècle et demi de cette prospérité on éprouva ce qu'il faut attendre d'un régime sous lequel les hommes n'ont qu'à penser à la jouissance. La ligne défensive du Rhin s'étant trouvée un jour moins bien garnie qu'à l'ordinaire, les barbares Germains firent irruption. Ils se répandirent pariout, ne trouvant devant eux qu'une multitude sans
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patriotisme et sans énei^ie, éperdue, incapable de pourvoir à son salut, tant les sujets de l'Empire avaient été habitués à tout attendre du ^uvemement. La dévastation fut épouvantable. Tout périt sur le passage des envahisseurs, non seulement les maisons de campagne et les villages, mais aussi bien les villes, dont aucune n'était alors fortifiée.
Ce fut le commencement de calamités sans lin. Ce qui s'était fait une fois devint une habitude pour les barbares. Tous les dix ou quinze ans depuis leur première invasion, ils revinrent visiter la Gaule. A mesure que les ruines qu'ils avaient faites étaient réparées, ils recommençaient le ravage. Les décombres s'entassèrent sur les décombres.
Pour se préserver du fléau, les villes s'environnèrent de murailles. Le territoire fut hérissé de citadelles; des postes d'observation occupèrent tous les points culminants, et dans les lieux d'un accès difGcile on disposa des camps retranchés prêts à recevoir les habitants des campagnes à l'approche de l'ennemi. Cet état d'alarme perpétuelle amena la misère, la dépopulation, l'abrutissement, l'aversion pour un gouvernement qui devenait plus oppressif, à mesure que son impuissance se manifestait davantage. On vit des masses d'hommes, renonçant à la vie civilisée, se réfugier dans les forêts et constituer au cœur du pays une barbarie non moins redoutable que celle du dehors. D'autres vécurent dans les conspirations et suscitèrent, en vue de la sécurité publique, des usurpateurs dont le r^ne éphémère n'était qu'une cause nouvelle de désastres. Le reste tomba dans l'apathie du désespoir. Il n'y avait plus de nation. Les Empereurs essayèrent d'en refaire une en transplantant sur notre sol, ici des peuplades enlevées des bords de l'Elbe, du Danube et du Volga, là des colonies militaires d'Asiatiques et d'Africains; ils ne réussirent qu'à augmenter la confusion.
C'est au milieu de ces circonstances que le christianisme prit racine dans la Gaule. Préchant le mépris des biens terrestres il convenait à des misérables. D'autres religions qui procuraient, par des dc^^es et par des rites différents, l'oubli des choses du monde et auxquelles tenaient très fort ceux dont elles faisaient la consolation, entravèrent longtemps ses progrès. II finit par l'emporter, et lorsqu'il se sentit le plus fort, il voulut régner sans partage. Il devint violent et démolisseur. Les monuments des anciens cultes qu'avaient épargnés les ravages antérieurs périrent de la main des chrétiens.
Telle est l'origine de la couche épaisse de débris que recouvre encore sur tant de points la terre de notre France. Ce sont les restes de la magniGceace romaine anéantie par un concours de destructions
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saiis exemple ; c'est l'ouvrage des fuieuis léuiiies de la IjuiltHiii', dti briganda^;)^, delà ^erre civile et du fanatisme.
Aprèw deux cent cinquante ans de ces tempéteis, à la fin du v siècli' de notre ère, l'Empire romain avait cessé de peser sur l'Kurope occidentale. La Gaule ne di'pendit plus de l'Italie ; elle fut au pouvoii* des L'rermains établis sur son territoire. Ceux-ci avaient pris domicile â l'Vité des anciens habitant^*, sans se mêler à eux. Comme ils vivaieni sous des lois distinctes, ils eurent leurs villajrés, leurs lieux de iV;tinion, leurs cimetières séparés. La fusion qui devait finir par s'opéror entre les deux races, ne s'annonça d'abord que par leur rencontre dans les emplois du gouvernement et dans les ordres du l'Ëg-lise.
Il y eut de terribles conllits entre les (ierniainii de diverse orïg'ïne. Allemands, Bourguignons, (îoths. Saxons, Francs; ils étaient sans cesse aux prises, chacun cherchant à t^randir son lot au détriment du voisin. Les Francs eurent l'amliitioii de dominer tous les autres. t>l ils réussirent à les soumettre. Alors il fut loisible de respirer. Lp travail put arriver à produire ijuelque chose; on laissa tomber en ruines les anciens asîlec^ où la multitude était alIcV- chercher tant ào. fois son salut. Mais l'heure où devait se formel- uni- nation n'était pas uiicoi-e' venue. Si tes liarbares s'étaient adoucis, les Oallo-Romainp s'étaient barbarisés. Leurs yeux s'étaient fermés à toute viie d'intérèl public, et les hommes (flairés n'avaient qu'une chose en tète : réaliser ce qu'on croyait être le règne de Dien sur la terre. La riches^se eut pour unique emploi de fonder des monastères, et tout ce qui s'était conservé de l'ancienne industrie fut appliqué exclusivement à construire des élises. Le pays, absorbé dans la dévotion, devint la proi»^ des Musulmans. Il ne ^^e réveilla que lorsque la luoitié de son territoire avait été ravï^fée de nouveau avec cette rage qui s'applique à ne rien laisser debout.
La (ïaule fut sauvée par Charles Martel, restauiée par Pépin le Bref et par Charlemagne, mais fourvoyée par ce dernier dans une entreprise dangereuse autant que chimérique. Elle relit un nouvel empire romain, qui produisit absolument les mêmes fruits que le premier; car il donna vingt ans de paix, vingt ans de guerre civile, el cent ans de tribulations au milieu desquelles la société tomba de nouveau en dissolution. C'est encore par des barbares que fut accomjilic l'o'uvre de destruction, les Sarrasins exeiçant leurs ravages au midi, les Hongrois à l'est, les Nonnands partout. Pas un coin ne fut épai-- ;fné, pas uni-, r";;lis(^ n'échappa aux flammes. Tous les ouvraj^^es qui ■ s'étaient faits sous la domination des Kraucs, el toits ceux qui poiivaienl sulwistHr emor*- ilu temps dos Itomiiins. périnml sjnis rémission.
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|> LN HANUKL U AHCHÉOUnilK iV
O muinent est celui où se place, à proprement parler, la lin tic l'antiquité. C'est alors que furent abandonnés les anciens errements sur lesquels on s'était traîné jusque-là. Dans l'ordre matériel, le fîl de toutes les traditions fut rompu, et dans l'ordre politique, sous leK vieux Doms qui se conservèrent, les choses subirent une complète transformation. Les hommes commencèrent à connaître la puissance des deux forces au jeu desquelles allaient tenir désormais les destinées de l'Europe occidentale : à savoir, l'association et la liberté. Formés en pelits groupes pour le besoin de leur déiense, ils apprirent a compter sur eux-mêmes. L^union de ceux qui vivaient du travail de leurs mains procura à l'industrie une vigueur qu'elle n'avait pas eue jusque-là. L'activité, l'invention, la fécondité redevinrent le partage des esprits, ou du moins d'un certain nombre d'esprits. Cette rénovation, qu'on peut regarder comme l'enfantement de la nation fran- Vaise, a pour époque le x' siècle.
Le X* siècle ne fut pourtant pas un temps de paix, non plus que ceux qui )e suivirent. Loin de là. Jamais, peut-être, on ne vit aux prises un si grand nombre d'intérêts ennemis. Les seigneui-s entiv eux, les villes contre les seigneurs, les provinces contre les provinces soutinrent des luttes acharnées; et plus tard, l'autorité d'un seul ayant repris le dessus, les rois jetèrent leurs sujets dans de crueller' aventures; la guerre sous toutes ses formes causa d'eifroyablos dégflts. Mais il n'y eut plus de ces chocs qui renversent tout ce qui existait auparavant, il ne se fit plus qu'exceptionnellement et sur des ]>oints isolés de ces ruines pardessus lesquelles un sol nouveau a le temps de se former. L'agent le plus énergique pour effacer les œuvres de la civilisation fut, depuis lors, la civilisation elle-même. D'âge en agv, par le progrès des idées ou jiar la mobilité du goAt, un délit ix <(ui avait été fait auparavant. La matière fut transformée incessamment.
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ANTiaUITÉS CELTIQlES
RAPPORT AU COMITÉ DES TRAVAUX HISTORIQUES