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SUR LE BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ

POUR LA CONSERVATION DES MONUMENTS HISTORIQUES UE l'aLSACE

(1S37-I860, T. Il ET iri)

:S DE TUHULUS DANS LA PLAINE d' ALSACE. — ENCEINTES EN PIEHHES ÈCHEB. ANTlgL'ITÉS DU ZIEGENBEEtO ET DU WASENDOUHG.

lBevucdetSociéUiiai!anlesAW3. — B\hliogr.,a-in.)

Les renseignements contenus dans ce recueil sont si nombreux qu'il serait impossible de les mentionner tous. Je ne m'arrêterai qu'à ceux qui ont un intérêt général.

L'antiquité celtique est celle qui a été l'objet des travaux les plus considérables. Dans les quatre années sur lesquelles s'étendent les deux volumes que nous avons sous les yeux, dix Mémoires ou rapports ont été lus à la Société strasboui^eoise rien que sur des fouilles de tumulus. M. Maximilien de Ring a présidé à la plupart de ces explorations. Elles ont eu pour théâtre les forêts de la plaine d'Alsace entre Brumatb et Colmar.

Dans toute cette région, le sol, naturellement humide, n'a pas été favorable à la conservation des corps ; ce n'est que par une rare exception que des squelettes ont été retrouvés dans leur entier, et il s'en faut que toutes les inhumations aient pu être constatées par des débris d'ossements; mais, même dans le cas d'une destruction complète, assez d'autres indices se sont réunis pour établir la destination funéraire des tombelles.

Un Kiit capital signalé par M. de Ring, et qui s'est trouvé conQrmé par les recherches du même genre qui ont eu lieu simultanément en Franche-Comté et en Suisse, c'est la présence d'un ou de plusieurs foyers dans tous les tumulus. La terre brûlée et des amas de cendres plus ou moins considérables attestent que sur le lieu choisi pour déposer le mort on commençait par allumer un feu, et ce feu est visiblement celui dont a voulu parler César, lorsqu'il a indiqué comme

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le trait principal du lile funèbre des Gaulois qu'ils jetaient dans le feu tous les objets auxquels les gens avaient tenu pendant leur vie, même les animaux : explication incomplète, comme toutes celles que donne César, et d'où il semblait résulter que les Gaulois brâlaient ces choses en même temps que leurs morts. Telle fut efTectivement l'opinion jusqu'à ces deiTiiers temps. L'archéologie seule a mis en lumière le sens véritable du texte.

II n'est pas rare de rencontrer dans la couche de cendre des os calcinés et concassés. C'est la preuve de l'incinération des animaux qui avaient été cbers au défunt.

Si dans ces débris il s'en trouvait que l'on pût attiibuer au squelette humain, cela reporterait l'inhumation à cette époque antérieure de peu à la conquête romaine, où, d'après le témoignage de César, les esclaves et même les clients des grands propriétaires gaulois étaient brûlés comme les animaux sur le lieu de la sépulture de leur patron. Ce fait s'est produit une seule fois dans te cours des investigations de M. de Ring. Un tumulus de la forêt d'Ensîsheim a livré une urne qui renfermait des ossements brûlés d'homme et de cheval. L'urne étaif vers la tête de la personne inhumée.

Sur le foyer ou à côté du foyer, après qu'il avait été éteint, le défunt était couché tout de son long et revêtu de ses habillements. Cette dernière circonstance résulte de la présence des bijoux, colliers, bracelets, armilles de jambes et autres décorations en métal qui se trouvent engagés dans le squelette lorsqu'il subsiste encore, ou qui indiquent sa position lorsque le temps l'a consommé.

Quelquefois on a pourvu à la conservation du corps en l'enfermant entre deux couches de charbon. Ce rite exceptionnel s'est présenlé deux fois à M. de Ring. Un enfant de moins d'un an et un homme de haute statiu-e ont été trouvés préservés de la sorte, l'un dans la forêt de Brumath, l'autre dans celle d'Eusisheim.

11 n'y a pas d'uniformité quant à l'orientation des corps. Chaque tumulus offre à cet égard une disposition particulière, différence qui a sans doute eu sa raison ; mais celle-ci nous est inconnue.

Dans tontes les grandes tombelles attaquées par M. de Ring, le centre a apparu comme l'emplacement d'une sépulture principale autour de laquelle étaient disposées d'autres sépultures. Celles-ci, par la situation qu'elles occupaient, figuraient les côtés d'un polygone inscrit dans la circonférence du tertre.

Plusieurs tumulus de la forêt d'Ensisheim, remarquables par leur relief qui atteignait jusqu'à trois mètres, ont présenté deux couches superposées de sépultures.

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Des pièces de poterie plus ou moins endommageas par rabaissement des terres ont été rencontrées invariablement auprès de chaque mort. M. de Ring est parvenu à rétablir dans leur entier plusieurs de ces rases. Il y a dans le nombre des écuelles, des tasses à anse, des cruchons et des pots à gros ventre avec un bord renversé. Presque tous les tumulus de la forêt d'Ensisheim ont fourni l'assemblage de deux grandes écuelles, dont l'une, renversée par-dessus l'autre, lui servait de couvercle. La poterie s'est montrée en plus grande abondance dans la région d'Ënaisheim, et avec cette pailicularité que la plupart des pièces étaient d'une grosse terre rouge. Le fond d'une sépulture, couvert de tessons qui étaient séparés sauvent par de grands intervalles, quoiqu'ils appartinssent à la même pièce, a fait naître la coi^ecture que l'on avait ajouté au rite ordinaire une cérémonie consistant à casser de la vaisselle autour du foyer.

Les vases que l'on trouve entiers ou presque entiers servaient vraisemblablement à contenir les aliments que les Gaulois déposaient auprès de leurs morts, M. de Ring a répété cette opinion, que d'autres avaient déjà émise avant lui. Il ajoute que les vases reposaient sur une tablette de bois revêtue d'une plaque de bronze, et il cite comme preuve de cela les débris d'une plaque estampée qui a été tirée d'un tumulus de )a forêt de Schlestadt. Hais M. de Ring, n'ayant pas assisté à la touille de ce tumulus, s'est certainement mépris sur le véritable gisement de la plaque. Cette pièce, figurée sur une planche du Bulletin, est identique aux lames de bronze estampé qui dans ces derrdera temps ont été trouvées en si grande abondance soit en Suisse, soit en Franche- Comté, et qui ont l'air d'avoir servi d'omem^it'sur le devant du corps. J'invoque à cet ^rd les Mémoires de M. A. Castan publiés dans le recueil de la Société d'émulation de Besançon, et le bel ouvrage de M. de Bonstetten sur les antiquités helvétiques. J'ajoute que M. P. Raymond, archiviste des Basses-Pyrénées^ m'a signalé récemment une plaque de ce genre trouvée par lui dans un tumulus près de Pau et qui adhérait à un fort cuir encore conservé.

Deux fois M. de Ring a constaté la présence d'une boite de bois déposée auprès du mort. Dans l'un et l'autre cas, il ne restait de la boite que des ais en décomposition formant deux couches entre lesquelles se sont rencontrés des objets de diverse nature : ici un bracelet d'une substance analogue au jais, là une lame en bronze à deux tranchante avec une hache celtique également en bronze. M. de Ring voit dans la lame et dans la hache des instruments de sacrifice. Je ne voudrais pas m'associer à toutes les considérations que lui su^ère cette pensée, mais j'ai vu tant de fois la hache celtique sortir des tumulus, et sou-

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vent avec iiœ forme ou des dimensions qui excluaient l'idée d'un instrument propre aux usages de ta vie, que je la considérerais volontiers, lorsqu'elle se rencontre dans les sépultures, comme un symbole qui caractérise un certain rite funèbre des Gaulois. Il y a plus ; quand je vois la deroiëFe forme à laquelle est arrivée ia hache celtique par suite de ses perfectionnements successifs, et que cette forme faisait de l'instrument, lorsqu'il était emmanché, l'équivalent exact de l'ascia romaine, je suis tenté de conclure que la fameuse formule des tombeaux gallo-romains dédiés iub aseia ne désignait pas autre chose' qu'une particularité du rite funèbre conservée des anciens temps. Il est digne de remarque que la hache recueillie par M, de Ring est de celles qui se rapprochent le plus par leur forme de Voicia romaine.

L'expérience m'a convaincu que dans les tumulus oit ne se trouve pas ta hache celtique il y a presque toujours un autre objet qui me semble avoir aussi la valeur d'un symbole. C'est une pierre brute, ou ëpannelée, ou usée par le frot'.ement, quelquefois assez grosse, dans d'autres cas extrêmement petite, car elle peut n'être pas autre chose qu'un caillou i mais, pierre ou caillou, l'objet dont je veux parler se reconnaît toujours en ce qu'il n'appartient pas au terrain sur lequel le lumulus a été construit. Une sépulture delaforétd'Ensisheim a livré, avec des ossements, de la poterie et des parcelles de bronze, un petit cube de grès vosgien.

Parlons des bijoux et autres objets de toilette. Ce sont des torques, des bracelets, des armilles, des anneaux de doigt ou d'oreille, des épingles, des fibules. Toutes ces pièces sont généralement en bronze. Une paire de boucles d'oreille en or creux est le seul objet de ce métal qu'on ait recueilli. Il s'est présenté en fait de fer une fibule, un petit anneau enfermé dans un vase et un autre anneau avec une rainure dans laquelle étaient disposés des grains perlés d'une substance anal<^e à la craie. On a eu à constater aussi de ces anneaux de bois, qui ressemblent & des coulants de serviette.

Les bijoux de bronze, sans être aussi beaux que d'autres déjà découverts par M. deRing,enl855etJ856, portent cependant l'empreinte du même goàt et proviennent évidemment de la même fabrique. La circonstance ai remarquable de perles d'ambre incrustées dans les colliers ou montées en tètes d'épingle s'est notamment reproduite.

Aux Mémoires dans lesquels M. de Ring a consigné le résultat de ses propres recherches, il en a joint un autre pour conserver le souvenir d'une fouille opérée en 1851 sur un tumulus exceptionnel de la forêt de Hatten. M. /.aepfel, auteur de la fouille et possesseur de la plupart des objets qu'elle a fournis, avait heureusement conservé des

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notes qui'ont permis de rédig^er un compte rendu assez satisfaisant, quoique postérieur de tant d'années à l'opération.

Le tumulus en question était comme une borne, haut de quatre mètres, large de huit. On trouva dedans, à deux mètres au-dessus du sol, les bandes en fer de quatre roues, seul débris reconnaiesable d'uo char qu'annonçaient des traces de bois consommé.

Au-dessous reposaient trois pièces de vaisselle en bronze extrêmement mince, savoir : une bassine dont le fond adhérait à la foime par 'des clous rivés, et deux aiguières, dont l'une avec une anse ornée d'une tète d'animal. La bassine était remphe de cendres sans ossements. Il n'y avait pas trace de poterie de terre. Sur le même point on a recueilli un cercle en or fin, aplati comme un ruban, qui parait avoir servi de bandeau, un fer de lance très oxydé et une dent de sanglier. Plus bas de cinquante centimètres et vers le bord de la sépulture, s'est rencontré un foyer composé de tuiles à rebords, posées bout à bout dans le sens de leur longueur, le rebord en dessous. Le feu allumé sur ces tuiles avait été si violent qu'elles étaient calcinées par endroits et vitrifiées dans d'autres. Là, entre les cendres, on ramassa des ft^ments de colliers creux dans lesquels avaient été introduites des baguettes de bois, un autre fer de lance, plusieurs bracelets et un anneau de fer, orné intérieurement de quinze dents humaines qui avaient été enchâssées dans le sens où se montrent les fleurons du trescheur héraldique.

L'auteur du Mémoire hésite sur la date qu'il convient d'attribuer à cette singulière sépulture. Il me semble que la présence des tuiles à rebord indique assez claii^ment les premiers temps de la domination romaine.

J'ai insisté sur les tumulus parce qu'il devient de mode de les fouiller, et qu'il est utile d'éclairer les personnes qui se livrent pour la première fois à ce genre d'exploration par l'expérience des savants qui en ont déjà l'habitude. M. de Ring est de ceux qui ont lait le plus en cette partie. On peut trouver qu'il a l'imagination un peu vive et que parfois il va chercher trop loin l'explication des choses; maison n'est pas forcé de le suivre dans le champ des hypothèses, du moment qu'il donne minutieusement le détail de ce qu'il a trouvé. 11 a d'ailleurs la bonne habitude de mettre sous les yeux de ses lecteurs les coupes et plans des tumulus fouillés par lui ; de sorte qu'à ses descriptions, qui sont déjà très claii-es, se joint la vue des positions occupées par chaque objet. C'est une excellente méthode dont la pratique ne saurait être trop recommandée.

Je place l'ésolument parmi les antiquités celtiques des monuments

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sur l'âge desquels les savants alsaciens hésitent encore, car ils les appellent gallo-romaina. Ce sont ces enceintes en pierres sèches qui enveloppent les plateaux les plus élevés des Vosges, et dont la montagne de Sainte-Odille ofilre un exempte sur lequel on a tant de fois disserté. Deux ruines de ce genre beaucoup moins connues, le Gross-Limmersberg et les Heidenniauern de la forêt de Haberacker, ont attiré l'attention de M. Alfred Goldenbei^, qui en a donné des plans et une description.

Le mur du Gross-Ltmmersberg, qui est double en quelques endroits, surmonte la crête rocheuse d'un plateau qui n'a pas moins de vingtquatre kilomètres de tour. Ce mur, dont l'épaisseur moyenne est de i'iSO, est formé de pierres non appareillées qui cependant présentent une certaine régularité. D'autres murs descendent de l'enceinte dans les vallées adjacentes. Dans l'intérieur il y a des murgers qui s'étendent en divers sens et des tas de pierres en forme de tumulus. Les Heidenmauem de Haberacker consistent en deux épaisses murailles de 2^,50 d'épaisseur, qui coupent en travers le plateau d'un rocher ërainent appelé Krappcnfelsen. Ces murs, à cause de leur épaisseur, ont été formés d'un noyau de pierraille entre deux parements d'une construction pareille à celle de Gross-Limmersberg. L'un est tout droit dans son plan, l'autre présente à son extrémité un retour d'équerre pour couvrir un défaut dans l'escarpement naturel du plateau. Dans l'une des enceintes qu'ils pi-oduisent, est une roche longue posée sur deux pierres basses, comme un banc, et à l'un des bouts de cette roche on voit une excavation ronde, très ré^lière, faite înconstestablement de main d'homme.

M. Goldenberg a rencontré en ce lieu une meule romaine ; sur le Gross-IJmmersberg, il a vu plusieurs monuments votifs à Mercure et les débris d'une colonne. Cela paraît l'avoir détourné d'attribuer la plus haute antiquité aux constructions des deux localités. Cependant il ne laisse pas de dire que le Gross-Limmersberg n'a pas pu servir à autre chose qu'à abriter une population réfugiée sur la montagne avec ses troupeaux, et quant au Krappenfelsen, il établit par d'excellentes raisons que ce rocher se serait prêté dii^cilement à l'usage de citadelle.

Pour moi, je le répète, les murailles décrites par M. Goldenberg sont gauloises; elles sont sœurs des constructions qui entourent le Hohenboui^, le camp d'Habend, et tant d'autres enceintes grandes et petites disséminées sur les cimes des Vosges allemandes et françaises. J'appellerai le Gross-Limmersherg un oppidum celtique, le Krappenfelsen, un temple de la même époque, et la rencontre d'antiquités

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romaines sur l'un et sur l'autre n'inÛrme pas cette opinion, car il est tout naturel de supposer ^e d'anciennes habitudes ou des nécessités impérieuses aient ramené plus d'une fois les populations en ces lieux après leur abandon.

C'est encore un temple ou enceinte sacrée que M. Oppermann a décrit dans une notice du bulletin intitulée : Let Antiquités du Ziegenberg. Le Zieg^enbei^ est une montagne conique qui s'élève au-dessus de Niederhronn. Un petit plateau qui forme la cime est bordé d'une muraille construite autrement que celles dont je viens de parler, car elle est formée de pierres irrégulières de médiocre dimension entremêlées de blocs de ^r^. En dehors de l'enceinte, sur le versant du mont, on voit une pierre debout qui a été fendue en deux par la gelée.

Le Ziegenbei^ se relie par une dépression à une autre montagne un peu plus élevée. Là une roche de grès fait saillie hors du sol par un accident naturel on ne peut plus fréquent dans la région vosgienne de Niederhronn. Cette roche, comme taules ses pareilles, a été consacrée etelleenofTre une preuve curieuse. Une statue de divinité a été sculptée devant, à l'époque romaine. L'image est celle d'une femme assise, nue jusqu'à la ceinture; elle tient à la main une patëre; des trous pratiqués sur son front indiquent qu'elle eut autrefois une couronne de métal. M. Oppermann a donné un dessin de ce précieux monument. Il est connu dans le pa^s sous le nom de Gmler-Ust, qui n'a pas de sens dans le patois alsacien, ou du moins qui n'a qu'un sens incomplet, car une personne à qui ce tangage est familier m'a dit qu'elle voyait dans lia l'équivalent de meretrix, mais pei'sonne ne sait ce que veut dire gaîler.

Je r^rette que M. Oppermann n'ait pas rattaché à la description du YÀegeaberg celle du Wasenboui^, autre montagne située en face, du cdté opposé de la vallée de Niederhronn. On a souvent parlé du Wasenhourg, mais seulement pour signaler les ruines d'un château féodal qui le couronnent, et une inscription romaine gravée dans le roc, sous les murs du château. Cette cime a eu aussi son usage à l'époque celtique. Elle fut associée par la religion à celle du Ziegenberg : témoin une tradition qui prétend qu'autrefois on allait d'une montagne à l'autre par un pont jeté au travers de la vallée; témoin encore le sens de l'inscription, rapproché des singuliers accidents naturels qui se présentent sur le plateau.

Ce plateau, excessivement étroit et long d'environ cent mètres, est terminé, du cAté où la montagne s'abaisse dans la vallée, par une roche plate comme un mur, haute d'environ dix mètres, longue de quatorze. A. cinquante pas plus loin, d'autres roches, moins régu-

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lières et moins élevées, sortent également du sol et circonscrivent une enceinte qui est devenue celle du château féodal. C'est sur la face extérieure de l'une de ces roches qu'est gravée, en grands caractères de la plus belle époque, l'inscription dont j'ai déjà parlé. Elle nous apprend qu'un certain Severinus SatuUinus éleva là, en vertu d'un vœu qu'il avait fait à Mercure, le dieu local, une hutte composée de

tuiles : Deo Mercurio attegiam tegulitiam composiiam ex voto

posuU. Je ne doute point d'après cela que l'enceinte naturelle de rochers n'ait été primitivement un temple du dieu gaulois qui fut plus tard assimilé à Mercure, ni que la roche allong^ée de l'autre bout du plateau n'ait figuré le dieu lui-même, tout ainsi que la roche du Ziegeubei^ figura une déesse du même olympe.

La hutte consti-uite par SatuUinus fut comme une chapelle extérieure adossée au temple. On voit au-dessus de l'inscription des trous de scellement, où furent engagées des pièces de bois. Je ne suis pas parvenu à me faire d'après ces indices une idée exacte de la forme qu'avait l'édifice. Les Romains appelaient atleyia le genre de cabane que se construisaient les peuples de la Mauritanie ; mais à quoi ressemblaient ces cabanes? C'est ce qu'on ne dit pas. Celle du Wasenboui^ était formée tout entière de tuiles, et de tuiles creuses, car tegula, pour les Romains, était la tuile creuse qui se posait à recou- \Tement sur les rebords de la tuile plaie ou imbrex. Le dictionnaire de Forcellini a donné une interprétation inexacte de leguiilius (mot qui ne s'est rencontré jusqu'ici que dans notre inscription), q'uand il dit que cet adjectif signifie ce qui est couvert de tuiles. De même que iaterititis veut dii'e ce qui est fait de briques, leguiilius veut dire ce qui est (ait de tuiles creuses. Le participe composiiam, qui vient après, lève tous les doutes à cet é^ard. La hutte était construite en tuiles creuses avec fart que de tels matériaux comportaient, et l'inspection des lieux confirme celte interprétai ion. Non seulement on trouve encore une masse de débris de ces tuiles à l'endroit où était la cabane sacrée, mais un terre-plein de soixante mètres de long, construit sur le bord du plateau et qui parait remonter au temps des invasions barbares est, à la leltre, farci de tessons di* même genre.

Voilà ce que m'a fait remarquer une étude de près d'une journée que j'ai consacrée au Wasenboui^. Il serait à désirer que les savants strasbourgeois complétassent celle exploration, surtout en visitant le fourré qui couvre le prolongement de la crête du mont.

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RAPPORT

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