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SUR I,ES MONUMENTS DE LA SIDÉRURGIE GAULOISE

DÉCOUVERTS PAR M. QUIQUEREZ

{Rgaae det iociiUr laBanlen, 1SS7. — Bibliogr., a' 144.)

Je reprends, d'après le vœu du Comité, la communicalion que j'ai déjà eu l'honneur de lui faire verbalement, sur de très anciennes foi^esdéoouvertesdansle Jura bernois, par M. A. Quiquerez'. Gomme ce savant, dans l'intervalle, nous a fait présent de l'intéressant mémoire où sont [■éunies ses observations', je ne puis mieux faire que de me livrer à l'analyse de cet ouvrage,

Je dois dire d'abord que M. Quiquerez, quoique citoyen suisse, n'est pas un étranger pour nous. Outre que le fi-ançais est sa langue maternelle, il appartient à presque toutes les Sociétés savantes de ceux de nos départements qui confment à la Suisse et, grâce à sa collaboration active, son nom paraît souvent dans les recueils de ces Sociétés. Ii^^énieur des mines par état, il publia en 1855 une notice sur les mines, les forêts et les forges de l'ancien évéché de Bàle. Il n'avait point alors l'expérienre archéologique qu'il a acquise depuis. Jugeant tnsuflisanle la partie de son livre où il traitait des origines de l'industrie, il soumit à une nouvelle exploration la contrée sur le sol de laquelle étaient écrits les seuls documents à consulter en pareille matière. Dès ses premières courses, Il vit apparaître les traces d'une aniiquité bien plus reculée que celle qu'il cherchait; puis, la piste qu'il venait de découvrir dans le Jura bernois, il la suivit avec

t. Cuniple-rei)dudelaiéaiicedelasectioad'arct)éatogledal9Doveinbre 1866, RfB. des Soeiélét lavaaUa. i> série, t. V, I86T, 1*' semeetre, p. 13. A. G.

2. De Mge du fer, recherchet sur Ut anciennes forges du Jura bernait (publié par la Société jurassienne d'émalattoD). Porrentruy, 1866, in-R''. A. G,

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sjoriiËNTS DE LA sidérurgie: RArmiSË 133

un tigal sucnès dans les cantons de Soleure et de Neufchûtel. Après la même rencontre plus de deux cents fois renouveléo, il put dire qu'il tenait les monuments de la sidérui^ie gauloise.

C'est par des amas de scories que l'attention de M. Quiquerez fut d'abord éveillée. Le volume de ces dépdts n'était pas considérable; il variait entre 100 et 400 mètres cubes. La matière n'avait pas l'aspect vitreux du laitier de noe foires, indice que la fonte avait été opérée sans le secours de fondants. C'était un résidu terne et poreux, riche en métal, laissant facilement reconnaître la nature du minerai employé. Le fer pisolitique qui abonde dans le Jura, qui souvent y afrienre le sol, était le seul dont on eât fait usage. D'ailleurs ce n'est pas toujours à côté des g:isement!! que le travail avait A lieu. Les scories ne montraient plutôt dans les gorges boisées, sur des espaces étroits et inhabitables, comme si la préoccupation exclusive des ouvriers avait été d'avoir le combustible sous la main, et en même temps de se dérober aux regards.

La réunion de ces circonstances annonçait quelque chose de très ancien. Un premier élément chronologique fut fourni à M. Quiquerez parla rencontre de tumulus funéraires, dans la consliuction desquels avaient été employées des scories absolument pareilles à celles que je viens de décrire. Alors l'infatit^fale investigateur s'attaqua, la pioche i la main, aux dépôts qu'il avait remarqués. Il fouilla les amas de scories et le sol tout autour de ces amas. Il recueillit des tessons de poterie celtique et des outils en silex; il découvrit des places & charbon séculaires, enfouies sous la couche v^étale; il reconnut les fourneaux d'où les résidus étaient soriis.

Ces fourneaux sont l'objet sur lequel il convient surtout d'insister. Ils se sont présentés à M. Quiquerez avec des différences de dimensions et de construction, qui, aux yeux du savant ingénieur, révèlent trois âges successifs de l'industrie. D'une manière & l'autre il y a eu progrès, sans que cependant les Gaulois jurassiens soient parvenus aux procédés considérés aujourd'hui comme les plus piimitits. Corn* parés par exemple aux forges catalanes, leurs fourneaux ne sont que des appareils de sauvages. Ils consistent en des trous, qui ont pour caractère commun d'avoir été creusés dans des terrains en pente, cette disposition ayant paru la plus commode pour retirer le métal fondu. I-es plus anciens n'atteignent pas une profondeur de plus de 30 à 40 centimètres; ils sont de forme cylindrique avec un fond creusé en cuvette. Tous ont été garnis intérieurement d'un fort crépissage en argile, et c'est l'argile toute seule qui forme la paroi du cdté oii s'abaissait le sol. Comme ce c&té, qui était le devant du four-

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neau, se monlre toujours ébréclié, il en i-ésulte que c'est en crevant le creuset qu'on faisait sortir le lopin du métal obtenu par la fusion.

Les fourneaux de l'époque intermédiaire (ce sont les plus nombreux) ont, en hauteur, de 2" ,30 à 2"" ,50. Ils sont construits en argile réfractaire, et d'une épaisseur de plus de 30 centimètres. Lorsqu'ils ont été établis sur une pente rapide, ils sont engagés de toute leur hauteur daas le sol qui enveloppe les deux tiers ou les trois quarts de leur pourtour. Là où la déclivité n'était pas assez prononcée, le fourneau a été élevé en partie au-dessus du sol et eontrel>uté par un amas de pieiraille et de lerre. La partie antérieure, qui dans tous les cas restait dé)ragée, était soutenue par de grosses pierres empilées. Cela fait comme un petit mur en maçonnerie sèche, au bas duquel se présente une ouverture carrée, ménagée à dessein à quelques centimètres au-dessus du creuset qui occupe le fond du fourneau, fermée à moitié au moyen d'une motte d'argile que M. Quiquerez a trouvée encore en place. Cette ouverture était à deuK fins. C'est par là qu'était établi le courant d'air indispensable pour activer le feu, car il n'y a pas trace d'évent, ni d'un conduit quelconque qui aurait amené le vent d'un soufllet. D'autre part, la même ouverture servait k passer un bâton pour brasser le métal et faire sortir les scories lorsqu'il en était temps. La preuve du brassage au moyen d'un bâton se voit par les scories qui ont conservé ici l'empreinte du rondin, là des parties d'écorce carbonisée.

La troisième espèce de foumeauic consiste en un cylindre légèrement obliqué, de 2 mètres d'élévation, construit ordinairement en mollasse avec revêtement et jointoiement d'argile. L'appareil est engagé dans un masxif en ai-gile plastique, de 45 à 55 centimètres d'épaisseur, extérieurement muré de pierres calcaires en maçonnerie sèche. La cuvette du fond est placée à environ SO centimètres audessus du sol. Dans celui de ces fourneaux qui était le mieux conservé, on a cru reconnaître le conduit d'un soufllet. C'était une ouverture construite en mollasse, qui allait se rétrécissant de dehors en dedans et qui débouchait au-dessus du creuset.

U n'est pas douteux, pour M. Quiquerez, que ces fourneaux aient brûlé en plein air. Non seulement les vestiges de constructions qui les auraient abrités n'existent pas, mais autour de la plupart ne se trouve pas la place où aurait pu être élevée même une simple hutte. Cette circonstance s'accorde d'ailleurs avec une tradition générale dans le pays. Partout où il y a des vestiges de forges, on prétend que jadis de petits hommes noirs (d'autres disent des Sarrasins) étaient vus de nuit danser des rondes autour de grands feux.

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lUONOMENTS DE LA SIDËaURGIE GAULOISE 137

Si on réfléchit à la lenteur des progrès qui s'accomplissent dans les procédés manuels des peuples encore voisins de l'état de nature, on sera obligé d'admettre qu'entre chacun des ré^raes auxquels ae rap- I»j|-tent les diverses espèces de foiirneaiix jurassiens, un grand nombre •le siècles s'est écoulé. M. Quiquerez, partant de cette conclusion si l^itime, recule bien au delà du terme indiqué par la nouvelle école aivhéolt^ique, la période de civilisation qu'on appelle Fâge du fa: A l'appui de sa conclusion, il invoque d'ailleurs des inductions auxquelles il avait d^à eu l'occasion de se livrer sur VAme d'objets par lui découverts à dîvei-ses profondeurs dans une tourbière de son pays. La place où s'étaient ti-ouvées des monnaies du xv* siècle, lui ayant permis de calculer l'accroissement pr(^ressif du dépdt tourbeux, il a évalué à deux mille cinq cents ans l'antiquité d'un fer de cheval qui (nsail plus bas, et à quatre mille ans celte d'une 311*6 à charbon, battue sur le sol que recouvrait la tourbière.

Par ces raisons et par le résultat des fouilles qui lui avaient prouvé que les foirerons [gaulois avaient dans leur oulillajfe des instruments de pierre, le savant Bernois aurait été autorisé à afQrmer que l'emploi de la pierre, du bronze et du fer ne se présente pas séparément aux yeux de l'archéolt^e attaché k la recherche des antiquités (gauloises, que, par conséquent, conserver la distinction des âges de pierre, de bronze, de fer, c'est entretenir la confusion dans les esprits et l'erreur dans la science. Par déférence pour une opinion très accréditée, M. Quiquerez ne s'est pas exprimé d'une manière si catégorique. Je n'userai pas de la même réserve, ayant toujours été l'adversaire déclaré de cette opinion; et puisque des observations d'un ordre tout nouveau viennent encore la contredire outre et par-dessus tant d'autres arguments que j'ai déjà fait valoir dans la Heoue des Sociétés savanlei, j'enr^stre le fait, en signalant à l'attention des critiques toute sa gravité. L'âge de pierre serait le temps où l'on ne connaissait pas l'usage des métaux. Eh bien, voici des hommes qui ont connu le fer, puisqu'ils l'ont fabriqué, et ces mômes hommes se sont servis pour leur fabrication d'instruments de pierre.

Pour terminer, j'emprunterai encore quelque chose à M. Quiquerez. Dans un endroit de son Mémoire, il s'adresse aux antiquaires français des régions où le fer a été anciennement exploité. Il les exhorte à chercher, dans des sites analogues à ceux qu'il a décrits, s'il n'existerait pas des fourneaux de foi^, construits dans les divers systèmes jurassiens. C'est à cet appel que je m'associe, persuadé que, s'il est entendu, il ne peut pas manquer d'amener des résultats fructueux. L'année dernière, M. Boutiot lisait en Sorbonne un mémoire sur

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l'importance dps forges romaines de ta Cliampagne, constatée par le mâchefer qui servit à faire le nucleut des voies antiques. D'autres vestiges archtolt^ques ont permis de rapporter aussi aux Romains plusieurs des exploitations de la Normandie. Il appartient aux auteurs de ces découvertes de suivre la voie indiquée par H. Quiquerez.

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RAPPORT

AU COMITÉ DES TRAVAUX HISTOBIQUES

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