‹ Mélanges d'archéologie et d'histoireChapitre 63 sur 240 · Deuii^roc ^-dilloa. Un vol. in-S". [>nrls, 1S · texte numérisé non relu

Deuii^roc ^-dilloa. Un vol. in-S". [>nrls, 1S

DigitizsdbyGOO'^le

DU PfcKRAGE t>ES CHEVAUX EN GAULE 169

garniture complète dont furent trouvés chaussés les quatre pieds d'un même animal enseveli sous les ruines d'un établissement romain & Granges dans le canton de Vaud (Suisse). Cette précieuse découverte a fourni k un vétérinaire du pays, M. Bieler, le sujet de la disseiiation la plus instructive qui ait été écrite sur la matière'; elle a mis hors de doute l'identité de l'objet dout il s'agit avec la tolea fen-ea des auteurs latins. Elle a légitimé le terme d'hipposandale qui avait été adopté un peu à la lég:ëre.

Le nouvel échantillon produit par M. Chevrier (c'est celui auquel j'ai renvoyé le lecteur il n'y a qu'un instant) a été trouvé à Lux, près de ChAlon, À une profondeur de l'tSO, dans un terrain d'altuvion. La semelle est forée. L'un des oreillons est muni d'un anneau par où passait la courroie destinée à lier l'appareil autour du pied. 11 y a an quartier de derrière des rivures sur lesquelles notre correspondant ne s'explique pas. Elles indiquent la présence d'une gâchette, qui maintenait la courroie sur le talon. La gâchette existe à l'un des types reproduits par M. Rey ; mais elle est placée en dedans. Sur les quatre pièces trouvées à Granges, elle est remplacée par un crochet rabattu derrière le talon.

Je puis ajouter que la talounière n'était pas une partie indispensable de la soleafeirea. Elle manque à l'un des échantillons tirés des ruines du VieilÉvreux, que M. de Caumont a fait connaître'. Un autre type que j'ai vu au musée d'Autun, est dans le même cas, mais avec une différence digne de remarque. I^ semelle est non seulement forée, mais ouverte jusqu'au talon, de sorte qu'elle se rapproche de la forme des fers. C'ist un fer très couvert, cannelé en dessous, et muni sur les côtés de deux oreillons avec boucles et anneau.

Sans doute il se présentera encore d'autres variétés d'bipposandales, quand on aura fait l'inventaire de tout ce que possèdent en ce genre les collections publiques et privées.

Pour ce qui est des sabots munis de crochets par derrière et par devant, M. Chevrier déclare que de pareilles chaussures eussent infailliblement blessé les jambes des chevaux, et il est conduit par 1& à leur chercher une autre destination. Il se demande s'ils n'auraient pas servi d'étners. Cette hypothèse ne le satisfait pas pleinement. Il y voit bien des objections; mais, somme toute, il lui parait plus ratsonnnable de se prononcer pour des étriera incommodes que pour des fers impossibles.

t. Note «ur l'hUloIre de la ferrure, daDa le Jmtmal de médecine vélfrinaire de féeole de Lyon, t. XIII 11851), p. îil. 3. Bulletin moaumentat, t. VI. p. 413, Bg. 3 de la planche.

DigitizsdbyGOO'^le

Impossibles, oui, en tant qu'il se serait a^i de cliausser ainsi les chevaux; mais, si ces appareils ont été destinés â des bœufs, la difficulté n'est plus la même. Les bœufs, avec leur démarche et la con ■ formation de leurs jambes, ont pu porter impunément cette chaussure.

Or, plusieurs fois déjà, on a proposé de rapporter aux bœufs ceux des sabolB antiques qui, à cause de leur conformation, ne pouvaient de toute évidence convenir aux chevaux. Cette opinion fut énoncée dans une séance de la Société française pour la conservation des monuments, tenue à Dieppe en 1840 ', < Les antiquaires d'Autun, est-il dit dans le rapport d'où je tire ce fait, pensent que ces objets étaient à l'usage des bœufs engravés. s

Plus récemment, M. A. Delacroix a émis la même opinion à propos d'une découverte faite à Besançon 2, L'objet était d'une conseri'ation parfaite, et par sa forme annonçait mieux que d'autres pour quel genre de pied il avait été fait. Le savant franc-comtois ne voulut pas cependant s'en rapporter à sa seule impression. Il porta le sahol dans un atelier de maréchalerie fréquenté par les gens de la campagne. A première vue, un ouvrier dit que c'était un fer de vache. Des paysans qui étaient là furent du même avis, et ajoutèrent que cette chaussure ne conviendrait pas pour le travail, mais qu'elle serait très utile pour remédier aux hlessures que se font les bêtes quand les troupeaux sont en marche. M Delacroix écrivit là-dessus un petit mémoire dont la conclusion est que cette pièce et toutes celtes qui lui ressemblent doivent être appelées busandales.

Le musée lorrain de Nancy possède un monument qui confirme pleinement l'opinion des paysans franc-comtois et la conclusion de M. Delacroix : c'est une stèle funéraire sur laquelle est représenté en bas-relief un personnage qui n'a pu être qu'un conducteur de bœufs. La sculpture est grossière; elle est de plus mutilée; mais on en voit assez pour reconnaître tout d'abord un homme de la campagne. Il est affublé d'une large et courte blouse que je crois être le àirrus. Il porte au cou un sachet d'amulette, dont la forme semble indiquer qu'il contenait une petite hache celtique, c'est-à-dire le talisman dont on se sert encore aujourd'hui dans les montagnes du centre de la FYance pour toucher les bestiaux malades. Mais la profession de notre (■allo-Romain est indiquée d'une manière plus certaine par l'objet qu'il tient dans sa main droite. C'est un bâton pointu d'un bout et de l'autre terminé par un pommeau, qui nous représente l'aiguillon des

t. Bulletin monumenlal, I. VI. p. 41i.

3, Mémùirti de la SociéU d'tmulation du Doubt. t. IX (3* «érie), p. 443.

DigitizsdbyGOO'^le

anciens, tel que Rich l'a figuré dans son dictionnaire, au mol Stimulus. Il est donc hors de doute qu'on a voulu représenter un bouvier. Or il tient dans sa main g:auche une courroie au bout de laquelle pend le sabot à deux crochets. Le complément de ses attributs est l'instrument qu'il portait par précaution pour mettre au pied de ses bètes, s'il arrivait que quelqu'une se blessât en chemin.

^ Conclusion de tout ce qui précède est que, pour être en posses- "or» <j^ j^ vérité, la doctrine archéologique devra combiner la distinc-

DigitizsdbyGOO'^IC

172 DU FERRAGE DES CHEVAUX EX ttAULE

tion établie par M. Chevrier avec l'attribulion et la dénomination proposées par M. Deiacrois. Les sabots de fer qu'on déterre en si grande quantité sur le parcours des anciennes voies seront, suivant leur forme, des hipposandales ou des busandales.

Passons aux fers de cheval.

Les deux dont M. de Chevrier nous a envoyé le dessin ont déjà été gravés par lui pour les Mémoires de la Société historique et archéologique de Châlon-sur-Sadne'. Il les a trouvés lui-même dans une sépulture qui était incontestablement de l'époque mérovingienne. Ces fers, quoique ayant, selon toute apparence, appartenu au même cheval, sont de façon dilTérente. L'un est percé de six étampures, ondulé sur ses rives et dénué de crampons aux éponges, tandis qii<* l'autre, bigorné sur ses contours, porte des crampons et présente huit élampures pratiquées dans les rainures. Cette diversité, qui s'explique en supposant que les deux fers auraient été posés dans des lieux diUérents, n'est pas ce qui frappe le plus le savant châlonnais. Il attache plus d'importance à la date du dépét, parce qu'il voit un point . de repère au moyen duquel pourra être fixée l'époque « où la solea ferrea cessa d'être employée pour taire place au système plus pratique du fer à clous, »

Ctes dernières expressions, que j'emprunte k la note de M. Chevrier, mettent sufSsamment sa pensée à découvert. Selon lui, il y a eu gradation dans la pratique qui consiste à garnir de fer les pieds des chevaux. D'abord on leur attacha, au moyen de courroies, deï sabols postiches; on n'en vint que plus tard à leur clouer des patins BOUS les ongles. Telle est la doctrine, ou plutôt telle est la doctrine i laquelle il s'est rallié; car il n'est pas le premier qui considère les fers à clous comme un perfectionnement tardif des hipposandal«s. La même opinion est exprimée dans la plupart des traités spéciaux; elle a dirigé les (■echerches d'où est sorti le v" chapitre du Tombeau de Childéric de M. l'abbé Cochet; c'est celle qui prévaut aujourd'hui.

Elle est acceptée par le plus grand nombre; mais elle a aussi des adversaires, et plus d'une atteinte sérieuse lui a été portée.

M. Bieler, le vétérinaire de Rolle qui a disserté sur les hipposandales, ne la partage pas.

M. Rey, après l'avoir exposée dans la dernière édition de son tiaité, présage qu'elle devra être modiGée par suite de découvertes nouvellea qu'il ne connaissait encore qu'imparfaitement'.

Page 1