INTAILLES HÉBRAÏQUES
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INTA1I.LES HEBRAÏQUES.
ni
intailles hébraïques
Cône de calcédoine, de ma collection, rapporté d’Alep par M. Waddington.
Taureau passant à droite.
îrrm? p îrryawS
A Schemaia/ioti fils de A’zariahou.
I-cs noms propres ne peuvent être qu’hébraïques, ils sont même très-communs dans la Bible; le premier signifie -.Jéhovah exaudivil , le second, Jehovuh adjuvil. Il n’y a aucun doute sur la nationalité de ce petit monument. Quant à sa date, on peut latrouver par l'analogie. En le comparant aux nombreux cachets babyloniens de nos musées, cachets dont il a la forme, le style, la matière, on est amenéàleconsidérer comme étant du septième siècle au plus tard; l’ondulation simultanée du schin et du mim confirme encore cette manière de voir. C’est donc très-probablement le plus ancien monument hébraïque découvert jusqu’à présent : il aura été gravé sur les bords de l’Euphrate pour un Juif déporté qui, tout en conservant les noms et l’écriture de la mère patrie, s’est laissé aller à enfreindre la loi mosaïque sur la représentation des animaux vivants. Cette loi, d’ailleurs,
132 INTAILLES HÉBRAIQIES.
n’a jamais etc très-rigoureusement observée, je crois, avant les temps pharisaîques. Salomon avait donné l’exemple du relâchement en introduisant les lions et les taureaux dans la décoration du temple et du trône royal : ses successeurs, moins orthodoxes encore, quelques-uns même tout à fait idolâtres, tels que Achaz et Manassé, les rois d’Israël, presque tous adonnés aux cultes phéniciens et syriens, habituèrent les yeux du peuple juif au spectacle des symboles figurés et des représentations animales. Il faut donc s’attendre à trouver, sur les monuments juifs de ces époques, des figures d’animaux et des images empruntées aux croyances des peuples voisins : le taureau qui se voit sur notre cachet est le symbole de la déesse syrienne ou phénicienne , spécialement d’Asthoreth, la déesse lunaire de Sidon; comme tel, il était sans doute représenté dans les sanctuaires de Samaric où Jezabel entretenait quatre cents prêtres d’Asthoreth; à Betliel, sous le nom de « veau d’or» (3 Reg. i-a, 28) il avait un temple spécial élevé par Jéroboam (975) et détruit seulement par Josias, trois siècles plus tard (612) : enfin il était sans doute au nombre des « abominations » dont Manassé avait rempli le temple deJcrusalem lui-même. Il n’est donc pas étonnant qu’un Juif, transporté en Assyrie de Samaric ou de Jérusalem, ou bien habitant la Palestine sous le règne d'un de ces rois prévaricateurs, ait fait graver sur son cachet la figure d’un taureau.
INTAILLES HÉBlUIQl ES.
Cône d'agate, de la collection de Luynes.
Deux bouquetins couchés.
îmaj p îrpanab
A Nnthtuduhnu fils de A' bdiahou.
Ces noms sont aussi incontestablement bibliques que les précédents, et le cachet est hébraïque, malgré la présence des bouquetins, animaux consacrés à la déesse syrienne, plus spécialement, je crois, sous la forme d'Anat.
Cette inlaillc et la précédente nous donnent deux très-bons exemples de l’écriture primitive des Juifs. Elle diffère à peine, on le voit, de l’écriture phénicienne archaïque, avec laquelle elle se confondait évidemment à l’origine. La forme la plus caractéristique est celle du «v/ic, dont la tête est chargée d’un trait transversal, reste d’un ancien type phénicien disparu dont le souvenir se retrouve aussi dans le digainma ou F des alphabets primitifsde la Grèce '.
1 L'origine île cette forme doit être cherchée dans l’alphaliet égyptien duquel est sorti l'alph ihet phénicien primitif; le uaw dérive du céraste hiéroglyphique , et le trait transversal est le reste des rornes dont la tête de ce petit animal est chargée : la même influence se retrouve dans le waw carthaginois, particulièrement sur la pierre fie Marseille. C’est aussi du céraste que le waw lient l'inclinaison de franche à droite qu'il affecte toujours plus ou moins.
intailles hébraïques.
Cachet <lu musce liritannique, provenant d’Assyrie (?).
ma p manS
.4 flananinh fils de Gadinh.
Les deux traits placés après le second mot sont des traits explétifs sans aucun sens, et destinés à remplir l’espace resté vide à la fin de la ligne. M. Rawlingon [o. c. p. a4a) les considère comme un ri; la lettre précédente est pour lui un D, ce qui lui donne le nom très-barbare riD'l' Utlisakh , auquel je préfère de beaucoup mon explication.
Les noms obtenus ainsi sont tout à fait hébraïques, mais ils sont écrits en caractères se rapprochant de l’araméen.
Cachet «le calcédoine , de style babylonien : ma collection; rapporté de Damas par M. Waddington.
incDJzi p rrnoS
.4 Stiriah fils de Den-Sonierner.
I^e premier nom est tout à fait juif, il équivaut à îTHUf’ Pugnat Jéhovah ; le second est moins caractérisé ; néanmoins, comme le nom Ben Ahiuadah, il peut être considéré comme formé du mot p
1NTAII.LES HÉBRAÏQUES. 133
fi/ias et d’un nom complet "I212C == ctufos
lucenue.
L’écriture employée est l’écriture araméenne. La langue est elle-même aratnaïséc par la substitution du D au : je crois aussi que le mot ^2 fils (le, était primitivement écrit ”12; une correction, très-visible sur la pierre, a fait disparaître un côté de la boucle du 1 et l'a transformé ainsi en Le hé a la forme caractéristique que nous avons déjà remarquée sur les pierres gravées araméennes ; mais les lettres bouclées sont fermées, le mini est encore ondulé, ce qui nous indique une époque contemporaine des cylindres n° a/j. n° a 5, n° 3o, c’est-à-dire le septième siècle au plus tard. Notre cachet hébraïque est donc à peu près contemporain du cachet n° 3/j, hébraïque lui-même, mais exécuté à l’aide d'un alphabet différent. J'ai déjà eu l’occasion de démontrer 1 que les Hébreux se sont servis de deux alphabets distincts, l’un que j’ai appelé, avec saint Jérôme, archaïque , tx àpyaïa CTOiyeîa, dérivé du phénicien, conservé par archaïsme sur les monnaies juives et aboutissant à l’écriture samaritaine, l’autre, connu sous le nom d’hébreu carré , ou asc/iourif , dérivé de l’arainéen et suivant les phases paléographiques de cet alphabet jusqu’au jour où il s’était immobilisé dans les formes qui servent encore aujourd’hui. Sans pouvoir préciser l’époque à laquelle l’écriture araméenne avait commencé à être employée par
Revue «rcAco/ogé/uc, art. cité, p. 333-340.
1J6 jntaili.es hébraïques.
les Juifs simultanément avec l’écriture archaïque, je supposais qu’elle coïncidait avec les grandes invasions assyriennes, et j’ajoutais que les premiers monuments écrits par les Juifs en caractères asc/iourit devaient ressembler beaucoup aux cylindres assyriens à légendes araméennes qui sont reproduits sur notre planche VI. Les cachets que nous publions en ce moment confirment entièrement notre opinion, et nous permettent en même temps de constater, dès le septième siècle, l’emploi par les Hébreux du double alphabet.
L’alphabet archaïque, avons-nous dit, a conservé jusqu’après l’ère chrétienne les formes du phénicien primitif. Il est certain pourtant que, pendant cette longue période, des modifications de détail ont dû y être apportées : c’est en effet ce qui a eu lieu : et il suffit de comparer l'écriture samaritaine à celle de nos pierres gravées pour en être convaincu. J’ai réuni, eu i865, sur un même tableau' les principaux types connus alors, et j’y renvoie le lecteur. Il y verra que les traits qui distinguent l’alphabet archaïque hébreu de basse époque sont les suivants :
I.C cap/i , le /ai/n et le nottn ont leur liaste inférieure retournée presqu’à angle droit vers la gauche; de cette façon le noua ressemble à un ùel/i araméen du cinquième siècle.
I.c zain voit ses deux branches s’allonger, puis il reçoit un petit appendice qui lui donne une forme toute spéciale.
1 Voy. l'art, cité, pl. IX, 11“ II.
imailles hébraïques. 137
Lesc/iin, tout en restant ondulé, s’arrondit parfois de manière à ressembler à un CO grce.
Le iiwt' garde sa double branche transversale et affecte souvent une forme qui se rapproche de celle de l’Y grec.
lorsque ces caractères se rencontrent sur un monument, on est en droit, je crois, de le considérer comme hébraïque (juif ou samaritain) même quand la forme des noms ou des symboles semble accuser une autre nationalité. Nous avons indiqué les causes qui sous la domination des Assyriens ou des Perses ont fait fléchir sur ce point l’orthodoxie judaïque.
fies considérations paléographiques nous ont amené à classer parmi les intailles hébraïques les cinq cachets qu’il nous reste à décrire.
Pierre du musée britannique.
Imitation d’un sphinx égyptien ailé à tête d’épervier coiffé du pschent.
-diS
Pour le souvenir d’Hoschea.
Le nom est tout à fait juif: et quant à l’écriture, elle reproduit tous les caractères que nous venons d’énumérer: le zain est particulièrement remarquable, il est presque identique à celui que j’ai retrouvé sur les monnaies du prêtre Éléazar 1 (l’adversaire de
1 Hei ne numismatique. 1860. p. 383.