ET L’ALPHABET HEBHA1QUE
saint Jérôme signale entre l’écriture liébraïque et celle des Syriens et des Chaldécns de son temps; en effet, la première était restée carrée ; les autres avaient, au quatrième siècle, la forme cursive que les monuments de Palmyre et de la Nabatène constatent ; ensuite l’analogie du samaritain et de l’hébreu archaïque.
la dernière remarque sur le nom ineffable n’est pas moins caractéristique; rédigée presque dans les mêmes termes que le passage d’Origène cité plus haut, elle prouve qu’au quatrième commcau deuxième siècle, on savait parfaitement faire la différence de l’alphabet archaïque et de l’alphabet carré. L’usage était, dans certaines éditions grecques de la Bible, de laisser le tétragrammaton sous sa forme hébraïque ; on l’écrivait ordinairement en lettres carrées, car saint Jérôme ( Epi il . ad Mnrce.llnm a 5, alias i36) nous apprend que les lecteurs ignorant l’hébreu prononçaient ce mot pipi 1 : rien ne ressemble plus en effet au grec mm que le mot rPH’' transcrit en lettres carrées du temps ; on peut en juger par les deux figures suivantes, obtenues en appliquant à sa transcription les deux plus anciens alphabets de notre tableau n° III, l’un du premier, l’autre du troisième siècle.
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1 Ce fait est confirmé par cette circonstance que plusieurs manuscrits renfermant ce singulier contre-sens sont parvenus jusqu’à nous. Montfaucon ( Prœlim . in Uexapla Orig., Il, I) en a tenu deux entre scs maiDs. Le P. Cotelier ( Eccl. Gnrr. Mouumenta , 111, p. 1 16) en a putdié un autre.
L'ALPHABET ARAMEEN
Certains manuscrits plus soignés (èv toi; ctxpiÇect Twv àv-riypaç ,ù>v, Origen.), et sans doute plus anciens, renfermaient le même même mot , non plus écrit comme ci-dessus, mais écrit en caractères archaïques ;
l’exception frappe Origètie et saint Jérôme; elle les frappe d'autant plus que la confusion avec un mot grec ridicule n'était plus possible, et ils la consignent dans les passages que nous avons cités.
Ces textes suffisent, je crois, pour appuyer les conclusions que nous avous tirées de l’étude des monuments sur l’âge relatif des deux écritures hébraïques, et pour prouver que, du premier siècle au quatrième, l’opinion de l’école juive, représentée par Josèphe, le Thalmud, Origène, Eusèbe et saint Jérôme, était celle que le présent travail a pour but de défendre.
Depuis que les tableaux joints à ce chapitre ont été composés, M. Chwolson a fait paraître «à Saint-Pétersbourg un très-important mémoire 1 sur un véritable trésor épigraphique découvert en Crimée , c’est-à-dire sur dix-huit épitaphes juives datées , trouvées dans les anciens cimetières des communautés karaïtes établies dans la presqu’île. L’authenticité de ces monuments et d’une série de manuscrits de même
1 Arhtzehn hebr. Grabschriften. Saint-Pétersbourg, 1865, eitr. des llém. de l’Académie.
ET L’ALPHABET HÉBRAÏQUE, provenance a été contestée*. Ce n’est pas ici le lieu d’entreprendre à ce sujet une discussion pour laquelle manquent les principaux éléments d’appréciation, la vue des monuments et la connaissance des conditions archéologiques de leur découverte. Je me bornerai donc à exprimer mon opinion personnelle.
Autant que je puis en juger par l’inspection des planches de M. Chwolson et la lecture de ses arguments, l'authenticité des inscriptions me parait certaine. Je n’en dirai pas autant des dates des manuscrits s ; ce que j’ai vu en ce genre dans les manuscrits samaritains de Naplouse me met en garde contre cette espèce de monuments, et je me rappelle les doutes soulevés par M. Munk ; néanmoins je reconnais que l'enchaînement de faits et d’arguments donné par M. Chwolson est très-solidement agencé, et je suis tout prêt à me rendre à son avis aussitôt que j’aurai pu me former une opinion positive. Quand même les renseignements fournis par les manuscrits devraient être rejetés, les inscriptions n’en resteraient pas moins des monuments du plus haut intérêt et fort anciens; moins anciens sans doute de i5i ans que ne les croit .M. Chwolson, mais, néanmoins, d’une antiquité fort respectable ; j’avoue même que, paléographiqucmrnt, les dates qu’il conviendrait alors de leur donner me
1 Voy. Journal asiathpir, t8(n>, p. 543. Rapport de M. Neubaucr et observations de M. Munk.
* Ce sont des exemplaires de la Bible portant à la (in la mention du nom de l’écrivain, du possesseur du livre ou du donateur, avec des dates.
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L'ALPHABET ARAMÉE.N
sembleraient plus en rapport avec le caractère de l’écriture que les dates adoptées par M. Chwolson.
Quelques mots d’explication sont nécessaires.
Ces épitaphes renferment des dates rapportées à trois ères différentes :
L’ère de la création, rn'ï 1 •
L’ère de la création suivant les Matarchiens, c’est-à-dire suivant le comput usité par les Juifs de Tamartacha, aujourd’hui Taman, petite ville de Crimée, près de Phanagoria.
L’ère de notre exil,
Trois doubles dates ( Insc/i ., II, V, XII) établissent entre ces trois ères le rapport suivant :
L’ère des Matarchiens est de i5t ans plus ancienne que l’ère de la création.
L’ère de l’exil, 3i 1 5 ans plus récente que celle de la création.
A ne considérer que les monuments, on serait conduit à regarder l’ère île In création tout court comme l’ère vulgaire ou grand comput des Juifs, 3760 avant J.-C. ; alors l’ère selon les Matarchiens daterait de l’an 3t)i 1 avant J.-C., et l’ère de l’exil de 545 avant J.-C. Ces deux ères seraient le résultat de circonstances locales ou générales qui nous sont inconnues; l’année de l’exil viendrait sans doute d’un faux calcul sur l’époque de la captivité de Babjione, généralement placée en 586.
Mais les notes chronologiques des manuscrits ont servi de base à M. Chwolson pour un calcul tout différent. Par des combinaisons de noms propres et
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de filiations habilement rapprochées de deux dates de l’ère des Séleucidcs, il a prouvé que l’ère suivant les Matarchiens était la grande ère vulgaire des Juifs ; alors l’ère de la création tout court devient une ère locale plus ancienne de i 5 i ans, et l’exil tombe en (>96 avant J.-C., date que M. Chwolson assigneà la prise de Sainarie et à l'exil des dix tribus 1 . Si les documents fournis à M. Chwolson sont authentiques, il 11’y a rien à dire à son argumentation, si ce n’est qu’elle conduit parfois à des résultats inattendus, comme la présence de noms tartares tels que Toqtainisli, fils de Bakshi, au commencement du cinquième siècle ap. J.-C. ( Insch ., n° XI). H faut remarquer aussi que plusieurs des dates de lu création tout court, sans mention des Matarchiens, doivent être comptées suivant le comput juif vulgaire; cela résulte d’une double date séleucide (manuscr. n° i 3 ) et d’autres circonstances reconnues par M. Chwolson. Dès lors rien 11e prouve absolument, quand on rencontre une date de la création sans autre indication, que l’on a affaire à 1 ere criméenne locale plutôt qu’à l’ère vulgaire.
D’après le système de M. Chwolson, les trois plus anciennes inscriptions de Crimée sont des années 6, 3 o et 89 ap. J.-C. Sans le secours des manuscrits , les dates qu’on leur aurait assignées auraient été plus récentes de i 5 i ans; elles auraient été rapportées aux années 167, 181, a 4 o de notre ère. Paléogra-
1 Au lieu de 720, date généralement adoptée.
L’ALPHABET ARAMÉEN
phiquement, ces dernières dates me conviendraient mieux; on en jugera en comparant à mes tableaux les fac-similé suivants, qui reproduisent les deux plus anciennes inscriptions. (Cliwolson, n°‘ IX, I).
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Monument sépulcral de llouqi, fils d'Isaac le prêtre ; son repos soit dans le Paradis ! /du temps de la délivrance. d'Israël, année. 70a; années de notre exil. (Suivant M. Chwols., Gap. J.-C.)
M. Cliwolson lit le premier mot T"W, ce qui est, je crois, une erreur; le mot \yS3, quoiqu’un peu défiguré par une altération de la pierre en cet endroit, me paraît certain : son emploi, dans un sens funéraire est tout à fait conforme aux habitudes épigra-