DU RIRE
ESSAI l'HlLüSÜPUlQUE SUR UN SUJET DIKFICII.E'
qu’est-ce que le rire?
Hobbes (lit que celte convulsion des poumons et des muscles de la face est l’effet de la « vue impriivue et bien claire de notre supériorité sur un autre homme.» (De la Nature humaine.) Ce contraste, avantageux pour nous, nous fait jouir de notre propre supériorité. Si le
* II y a entre cet essai et celui qui a pour titre Racine et Shakspcarc, une certaine affinit(5. Ce dernier, dans plusieurs de ses parties, s'occupe également du rire. — Joubert écrivit en latin, à Montbrison,, vers 1559, un livre sur le ris.
malheur de cet autre homme est assez lort pour nous faire songer que, nous aussi, nous pouvons être malheureux, alors il n’y a plus jouissance de notre supériorité ; il y a, au contraire, vue du malheur pour nous, il n’y a plus rire.
Il faut que le comique soit exposé avec clarté (j’entends par comique ce qui fait rire : un geste, un mol, une grimace) ; il est nécessaire qu’il y ait une vue nette et rapide de notre supériorité sur autrui. Mais celle supériorité est une chose si futile et si facilement anéantie par la moindre réflexion, qu’il faut que la vue nous en soit présentée d’une manière imprévue.
Voici donc deux conditions du comique : la clarté et l’imprévu.
Seule borne du rire : la compassion et l’indignation.
D.ins l’indignation, nous songeons à des intérêts plus directs et plus chers, nous songeons à nousmème mis en péril.