LE VOISIN
Diable, c’est un jieu fort !
l’industriel.
Seriez-vous un aristocrate, par hasard ?
Tel est l’extrait fort clair des catéchismes de M. de Saint-Simon, et des six ou sept premiers numéros d’un journal écrit en style obscur, et qui a l’air de se battre pour l’industrie.
M. de Saint-Simon a dit : « La capacité industrielle est celle qui doit se trouver en première ligne ; elle est celle qui doit juger la valeur de toutes les autres capacités, et les faire travailler toutes pour son plus grand avantage. »
Si nous n’y prenons garde, on va nous donner un ridicule.
Moi aussi, je suis industriel ; car la feuille de papier blanc qui m’a coûté deux sous, on la revend cent fois plus après qu’elle a été noircie. Nommer cette pauvre petite industrie, n’cst-ce pas dire que je ne suis ni riche ni noble? Je ne m’en trouve que rnieux placé pour apercevoir le ridicule des deux camps opposés, l’industrialisme et le privilège. ‘
Je veux croire que mille industriels qui, sans manquer à la probité, gagnent cent mille écus chacun, augmentent la foi'ce de la France ; mais ces messieurs ont fait le bien public à la suite de leur bien particulier. Ce sont de braves et honnêtes gens, que j’honore et que je verrais avec plaisir maires ou députés ; car la crainte des banqueroutes leur a fait acquérir des habitudes de méfiance, et, de plus, ils savent compter. Mais je cherche en vain V admirable dans leur conduite.
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Pourquoi les admîrerais-je plus que le médecin, que l’avocat, que l’arcbitecle? -
Certes , nous autres, petites gens, nous aimons mieux Tindustrie, qui nous propose de faire des échanges et qui veut commercer avec nous, que le privilège, qui prétend de haute lutte nous enlever tous nos droits. La profession des industriels est fort estimable; mais nous ne voyons pas en quoi elle mérite d’être plus honorée que tonte autre profession utile à la société. L’on aura beau faire, la classe chargée en France de la fabrication de l’opinion, pour parler le langage industriel, sera toujours celle des gens à six mille livres de rente. Ces gens-là seuls ont le loisir de se former une opinion qui soit à eux, et non pas celle de leur journal. Penser est le moins cher des plaisirs. L’opulence le trouve insipide, et monte en voiture pour courir à l’Opéra; elle ne se donne pas le temps de penser. L’homme pauvre n’a pas ce temps; il faut qu’il travaille huit heures par jour, et que son esprit soit toujours tendu à bien s’acquitter de sa besogne.
La classe pensante accorde sa considération à tout ce qui est utile au plus grand nombre. Elle récompense par une haute estime, et quelquefois par de la gloire, les Guillaume Tell, les Porlier, les Hiego, les Codrus, les gens, en un mot, qui risquent beaucoup pour obtenir ce qu’à tort ou à raison ils croient utile au public.
Pendant que Bolivar alTranchissait l’Amérique, pendant que le capitaine Parry s’approchait du pôle, mon voisin a gagné dix millions à fabriquer du calicot ; tant mieux pour lui et pour ses enfants. Mais, depuis peu, il fait faire un journal qui me dit, tous les samedis, qu’il faut que je l’admire comme un bienfaiteur de l’humanité. Je hausse les épaules.
Les industriels prêtent de l’argent aux gouvernants et les forcent souvent à faire un budget raisonnable et à ne pas gaspiller les impôts. Là, probablement, finit dont les industriels sont à la chose publique; car peu leur importe qu’avec l’argent prêté par eux on aille au secours des Turcs ou au secours des Grecs. Je trouve dans le dernier ouvrage de M. Villemain le petit dialogue suivant, entre Lascaris, qui fuit Constantinople pris par les Turcs, et un jeune Médicis :
«Mais quoil dit Médicis, les Génois qui occupaient vos faubourgs étaient vos alliés, vos marchands !
— ,Ils nous ont trahis, répondit le malheureux Grec. Pourquoi nous auraient-ils été fidèles? Ils feront le même commerce avec les Turcs. C’était le courage désintéressé qui seul aurait pu nous sauver. » {Lascaris, page 7.)
Les banquiers, les marchands d’argent ont besoin d’un certain degré de liberté. Un baron Rothschild était impossible sous Bonaparte, qui eût peut-être
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envoyé à Sainte-Pélagie un prêteur récalcitrant Les marchands d’argent ont donc besoin d’un certain degré de liberté, sans lequel il n’y aurait pas de crédit public. Mais, dès que le huit pour cent se présente, le banquier oublie bien vite la liberté. Quant à nous, notre cœur ne pourra pas oublier de sitôt que vingt maisons, prises parmi fout ce qu’il y a de plus industriel et de plus libéral, oni prêté l’argent au moyen duquel on a acheté et pendu Riego. Que dis-je I Le jour où j’écris, l’industrie, trouvant que le pacha d’Kgypte est fort solvable, ne lui bâtit-elle pas des vaisseaux à Marseille ? Les industriels usent de leur liberté comme citoyens français ; ils emploient leurs fonds ainsi qu’ils l’entendent : à la bonne heure ; mais pourquoi venir me demander mon admiration^ et, pour comble de ridicule, me la demander au nom de mon amour pour la liberté ?
L’industrialisme, un peu cousin du charlatanisme, paye des journaux et prend en main, sans qu’on l’en prie, la cause de l’industrie ; il se permet de plus une petite faute de logique : il crie que l’industrie est la cause de tout le bonheur dont jouit la jeune et belle Amérique. Avec sa permission, l’industrie n’a fait que profiter des bonnes lois et de l’avantage d’être sans frontières attaquables que possède l’Amérique. Les in-
' Affaire de MM. les fabricants de draps de Lodève.
334 MÉLANGES D’ART ET DE LITTÉRATüRE.
dusiriels, par l’argent qu’ils prêtent à un gouvernement après avoir pris leurs sûretés, augmentent pour le moment la force de ce gouvernement; mais ils s’inquiètent fort peu du sens dans lequel celte force est dirigée. Supposons qu’un mauvais génie envoie aux États-Unis d’Amérique un président ambitieux comme Napoléon ou Cromwell ; cet homme profitera du crédit qu’il trouvera établi en arrivant à la présidence pour emprunter quatre cents millions, et, avec ces millions, il corrompra l’opinion et se fera nommer président à vie. Eh bien, si les intérêts de la rente sont bien servis, l’iiistoire contemporaine est là pour nous apprendre que les industriels continueront à lui prêter des millions, c’est-à dire à augmenter sa force, sans s’embarrasser du sens dans lequel il l’exerce. Qui empêche aujourd’hui les industriels de prêter au roi d’Espagne? Est-ce le manque de moralité de ce prince ou son manque de solvabilité ?
Ces considérations sont bien simples, bien claires ; elles n'en sont que plus accablantes. Aussi, voyez l’obscurité et l’emphase dans lesquelles les journaux de l’industrialisme sontobligésde chercher un refuge*. N’ont-ils pas appelé Alexandre le Grand le premier des industriels *? Et remarquez que je suis obligé de
‘ Voir la noie unique, page dernière.
Le Producleur, page 22,
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passer légèrement sur les faits les plus frappants et les phi9 voisins qui confirment ma théorie, car je ne veux pas plus aller à Sainte-Pélagie que créer la haine im^ puissante dans l’âme de mon lecteur. L’industrie, comme tous les grands ressorts de la civilisation, amène à sa suite quelques vertus et plusieurs vices. Le négociant qui prête son vaisseau au Grand Turc pour effectuer le massacre de Ghio est probablement un homme fort économe et très-raisonnable. Il sera bon directeur d’hôpital et ministre fort immoral, et, par là, fort dangereux : donc, les industriels ne sont pas propres à toutes les places ‘ .
Toutes les professions pratiquées avec probité sont utiles, et, par conséquent, estimables; telle est lavieille vérité que proclame la classe pensante placée entre V aristocratie y qui veut envahir toutes les places, et Vinilustrialismey qui veut envahir toute l’estime. L’industrialisme se déclare seul estimable; cependant, Catinat, si pauvre, l’emporte encore sur Samuel Bernard. Les grands industriels du siècle de Louis XY sont presque tous ridicules dans l’hisloire, et Turgot, si pauvre, est un grand homme.
Peut-être cherchera-t-on à nous répondre en nous faisant dire ce que nous n’avons pas dit; voici des explications. La classe pensante, mesurant avec soin
* Saint-Simon, Catéchisme, pages 38 et 39.
son estime sur Vutilité, préfère souvent un guerrier, un habile médecin, un savant avocat qui, sans espoir de salaire, défend l’innocence *, au plus riche fabricant qui importe des machines et emploie dix mille ouvriers. Pourquoi? C’est que, pour arriver à une haute estime, il faut, en général, qu’il y ait sacrifice de l’intérêt à quelque noble but. Quels sacrifices ont jamais fait Zamet, Samuel Bernard, Crozat, Bouret, etc., les plus riches industriels dont l’histoire ait gardé le souvenir? A Dieu ne plaise que, de cette remarque historique, je tire la conséquence que les industriels ne sont pas honorables ! Je veux dire seulement qu’ils ne sont pas héroïques. Chaque classe de citoyens a droit à l’estime, et, là comme ailleurs, le ridicule se charge de faire justice des prétentions exagérées. La classe pensante honore tous les citoyens. Si on la méprise, si on l’injurie *, elle se contente de rendre leurs mépris au noble baron dont le trentième aïeul fut à la croisade de Louis le Jeune, et au sabreur impérial, et à l’industriel si fier de ses dix millions dont il va acheter un titre féodal. Cette
• Exemples ; le général Villars à Denain, le docteur Jenner découvrant le vaccin, Malesherbes défendant Louis XVI, Mazet allant mourir à Barcelone.
- Lu industriel richissime disait de d’Alembert : « Cela veut raisonner, et n’a pas mille écus de rente! » (On a prêté cela au maréchal dcCaslries.)
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dernière classe s'attribuant tout le bonheur de TAmérique, et oubliant Washington, Franklin et la Fayette, nous semble la plus ridicule en ce moment.
L’honorable M. de Saint-Simon a dit, et les journaux payés par l’industrialisme répètent en un style prétentieux : « La capacité industrielle est celle qui doit se trouver en première ligne ; elle est celle qui doit juger la valeur de toutes les autres capacités et les faire travailler toutes pour son plus grand avantage »
Or, un charron, un laboureur, un menuisier, un serrurier, un fabricant de souliers, de chapeaux, de toiles, de draps, de cachemires, un roulier, un marin, un banquier, sont des industriels. Cette énumération est encore de M. de Saint-Simon *.
Une multitude énorme telle que celle qui se composerait de tous les laboureurs, de tous les menuisiers, de tous les cordonniers, etc., ne peut pas être en première ligne, ou bien tout le monde serait en première ligne, ce qui rappelle un peu ce philosophe de la comédie, qui, dans son placet, dit au prince :
En fameux ports de mer changez toutes vos villes.
La première ligne de la société arrangée a la Saint- Simon se trouvant un peu nombreuse, puisque nous y
. * Catéchisme des industriels, 5* cahier, page \.
- Paget dn Catéchisme des industriels.
voyons placés tous les cordonniers, tous les maçons, tous les laboureurs et bien d’autres, il faut apparemment ranger, suivant leurs succès, c’est-à-dire suivant leurs richesses^ les membres de cette classe qui est à la tête de toutes les autres ; or, quel est le chef de cette classe à Paris? quel est l’homme qui doit être le juge de toutes les capacités? C’est évidemment le plus fortuné des industriels, M. le baron Rothschild, aidé, si l’on veut, dans ses fonctions de juge, par les six industriels les plus riches de Paris,
MM , que j’honore trop pour placer leurs noms
dans ce tribunal burlesque. Ainsi, que nos grands poètes, Lamartine et Béranger, se hâtent de faire des vers ; que nos savants illustres, Laplace et Cuvier, interrogent la nature et proclament des découvertes sublimes, leurs capacités seront jugées, ou bien par l’assemblée générale de tous les maçons, cordonniers, menuisiers, etc. , etc., ou par les premiers hommes de cette classe privilégiée, savoir M. le baron Rothschild, escorté des six banquiers que le public voit avec lui dans tous les emprunts. En apprenant la nouvelle dignité dont M. de Saint-Simon et son école les affublent, je vois d’ici les banquiers les plus riches de Paris s’écrier en chœur :
Rien n'est si dangereux qu'un ignorant ami ;
Mieux vaudrait un sage ennemi.
D’UN NOUVEAU COMPLOT
Mais laissons ces folies, qu’on dirait inventées par quelque aristocrate pour donner un ridicule au peuple, c’est-à-dire à, la source de tous les princes légitimes. Moi aussi, j’ai lu Mill, Mac Culloch, Malthus et Ricardo, qui viennent de reculer les bornes de l’économie politique. Plus la France sera imbue des grandes vérités qu’ils ont fait remarquer, moins elle laissera passer de bévues dans la fabrication de son budget, plus elle fera de canaux et surtout de chemins de fer.
Si le nouveau journal se fût borné à répandre ces vérités, que probablement il ignore, tout en lui souhaitant moins d’emphase dans le style et même un peu plus d’esprit, nous aurions fait des vœux pour son succès; mais, encore une fois, il réclame impérieusement une dose extraordinaire de considération et de respect pour MM. les banquiers, manufacturiers et négociants les plus riches ‘ ; car, je le répète, tout en désirant sincèrement leur bonheur, on ne peut pas respecter tous les laboureurs, tous les maçons, tous les menuisiers.
Sur quelque préférence une estime se fonde ;
Et c’est n’estimer rien qu’estimer tout le monde.
* Je puis afTyiner que rien ne semblerait plus comique en Angleterre que des louanges adressées aux riches manufacturiers. 11 y a longtemps que les Anglais sont revenus de ce genre de charlatanisme.
Sans doute, la classe des industriels millionnaires est fort estimable. Je l’honore avec tant de sincérité, que je voudrais voir, tous les ans, dans la chambre élective, les cent industriels les plus renommés de France. Mais ces véritables et honnêtes industriels répudient l’industrialisme. C’est en vain qu’on les flatte lourdement, c’est en vain qu’on leur dit qu'en faisant fortune, ils ont été plus utiles qu’un bon ministre, qu’un grand général. Lorsque M. de la Fayette, à peine âgé de vingt ans, méprisant ses millions et les grands établissements que le crédit de sa famille lui promet à la cour de France, vole en Amérique, et, après la défaite de Brandy-Wine , ne désespère pas du salut de sa nouvelle patrie, — où est l’industriel alors trafiquant en cette même Amérique qui pût lutter de gloire et d’utilité avec le jeune général? Washington ne pouvait-il pas se vendre à George III , comme le général Monk à Charles II, et, par là, se faire duc et millionnaire? Il méprise cette fortune et devient le héros de la civilisation.
Mais, si l’industriel n’est pas toujours un héros, du moins est-il le juge souverain de toutes les capacités. M. de Saint-Simon le déclare, et j’avoue que je ne trouve pas cette prétention absolument déplacée. Un Samuel Bernard, ou un Coutts, a l’esprit tendu toute la journée pour découvrir les places d’Europe
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et d’Amérique qui manquent d’argent, et où il est avantageux d’en jeter rapidement.
Si je ne pense pas tout à fait qu’un banquier, au milieu de scs agents de change et de ses registres à dos élastique, soit l’homme du monde le plus sensible aux vues tendres ou sublimes que jette sur les profondeurs du cœur humain le génie -d’un Byron ou d’un Lamartine, je serai moins sévère pour ce qui a rapport à la muse comique. Je fais grand cas des comédies jouées par les industriels. Ce n’est point la satisfaction d’un amour puéril et un vain contrat de mariage qui en font le dénoûment, mais bien le gain rapide de plusieurs millions. Et ne vous y trompez pas, les moyens d’intrigue sont proportionnés à l’importance du but. C'est là que les Molières futurs prendront leurs sujets de comédie. Loin d’inventer des ressorts, leur génie se fatiguera à rendre supportables à la scène les moyens d’intrigue mis en usage par leurs illustres modèles. Or, comment des gens qui, sur le théâtre du monde, jouent la comédie avec tant de succès, ne seraient-ils pas de bons juges de la petite comédie permise sur nos théâtres et qui reste copie si imparfaite de leurs actions de tous les jours?
Il n’y a pas cent ans que, dans l’un des quartiers les plus populeux de Paris, l’on a vu la représentation d’une pièce d’intrigue conduite avec un art inBni, et il en fallait beaucoup. Les hommes qu'il s’agissait de
tromper n’étaient point des Bartholos; ils l’avaient bien prouvé en faisant des fortunes colossales ou en s’illustrant dans les places les plus brillantes. Ils n’en ont pas moins été pris pour dupes au vu et au su de toute l’Europe, et même de l’Amérique. Rien n’a manqué dans celle admirable comédie, ni le Dave rempli de finesse, ni un ou plusieurs Cassandres surnuméraires. Il y a même eu double intrigue, plot and under plot, comme dans les vieilles comédies anglaises. Outre les honorables Bartholos dont le Dave s’est joué avec une adresse qu’on ne saurait trop louer, il parait que, le succès augmentant l’assurance, on a essayé de duper ce personnage qui , suivant M. de Talleyrand, a plus d’esprit que qui que ce soit,' M. Public.
D’après cet exemple récent, qui oserait refuser aux premiers industriels de Paris, victimes ou héros de cette bonne pièce, le talent qu’il faut pour juger la comédie ?
Je pense donc, avec les journaux vendus à l’industrialisme, que non-seulement la capacité industrielle fournit les gens les plus remarquables par la vertu *, mais encore que certains industriels des plus riches sont les juges véritables, si ce n’est de toutes les autres
* « 11 est évident que, si jamais les industriels arrivent au pouvoir, ils investiront la morale du plus grand empire qu’elle puisse exercer sur les hommes. » (Catéchisme, n® t, page 56.)
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capacités, du moins de celles des Figaro, des Scapin et autres personnages' fort connus par leur habileté dans l’intrigue et par la pince élevée qu'ils occupent dans l’estime publique.
Qu’est-ce, auprès de telles capacités, qu’un juge intègre comme M. Dupont (de l’Eure), qui habite une chambre de trente-six francs, et refuse toutefois d’ajouter MH setd mol au discours qu’il doit prononcer le lendemain? Ce seul petit mot, fort honorable en soi et alors fort à la mode, lui eût valu, à la fin de la journée, quinze mille livres de rente ét la plus belle place de son état.
Qu’est-ce qu'une dupe comme le général Carnot, qui, après avoir été le ministre de la guerre de quatorze armées de cent mille hommes, s’en va mourir dans la pauvreté à Magdebourg? ....
Qu’est-ce, dans un ordre moins relevé, si l’on veut, qu’un serviteur héroïque comme le général Bertrand, qui , lorsque son prince est malheureux , se croit obligé de s’exiler au bout du monde, dans une île af- Jreuse, et cela, peut-être pour vingt années?
Comme tous ces mérites pâlissent auprès de celui de faire écrire deux cents commis, de revendre à 64 ce qu’on a obtenu pour 55, et de s’exiler dans le plus beau quartier de Paris, au fond d’une maison de deux millions! Avec quelle, pitié de telles capacités ne voient-elles pas un Dupont (de l’Eure) ou un Daunou
traverser la crotte du boulevard ! S’il s’agit de ' supériorité intellectuelle, M. Royer-Collard ‘ fit-il jamais de discours égal en force de dialectique à un petit traité en quatre articles, surtout si le troisième contredit le premier, et si l’on obtient de la probité ou de la bêtise des contractants que ce traité restera secret ?
M. Dupont (de l’Eure) fit-il jamais de belles aumônes de vingt mille francs que l’on a soin de faire enregistrer successivement dans tous les journaux?
Mais quittons le ton de la plaisanterie, déplacé en un si grave sujet.
Comment l’industrialisme ose-t-il réclamer les premiers honneurs et se préférer aux Dupont (de l’Eure), aux Carnot, aux Bertrand, lorsque, même en désmtéressement, meme dans cette plus facile des vertus, il vient de donner un si étrange exemple à une nou^Tellc république?
Je comprends que l’industrialisme, qui peut-être ressent quelque malaise au sujet de certaines opérations, et ne serait pas fâché d’avoir les honneurs de la vertu et les profits de l’emprunt, cherche à se confondre avec la véritable et loyale industrie. Eh bien, l’industrie le repousse, lui, ses flatteries perfides, et, plus que tout, l’effrayante solidarité de réputation.
* « Les industriels possèdent la supériorité sous le rapport de l’intelligence. » (Saint-Simon, Catéchisme, l"’ cahier, page tO.)
D’UN NOUVEAU COMPLOT
Oui, j’ai connu des centaines d’honnêtes négociants de Lyon, de Bordeaux, de Rouen, qui ne voudraient pas avoir participé à certaines opérations récentes, non plus qu’à leurs bénéfices, si énormes qu’ils soient.
Us ne font pas prôner leur profession comme la seule utile, comme la seule vertueuse ; mais ils ont de la vertu, mais le renom d’une loyauté parfaite, même envers leurs rivaux, est préférable à leurs yeux, à la différence qu’il y a entre 76 et 80, dût cette différence se prélever sur une douzaine de millions.
Les industriels vont être utiles d’ici à quelques années ; mettant à proüt le degré de liberté dont nous jouissons, ils vont changer et améliorer tout le coramirce de France. On aimera mieux gagner quatre mille francs que les recevoir du budget. Un fabricant millionnaire ne sollicitera plus une place de souspréfet.
La France, plus heureuse que l’Angleterre, ne connaît pas les substitutions. Les nobles, d ici à vingt ans, loin d’avoir horreur de l’industrie, apprendront d’elle qu’il est utile et agréable de profiter du degré de liberté qui nous est accordé pour augmenter sa fortune. Le plus noble marquis, qui possède en biens-fonds deux millions qui lui rendent à peine vingt mille écus, vendra la moitié de sa terre, et placera dans une manufacture de calicot un million, qui, à lui seul, lui vau-
tira quatre-viogt mille fraocs de rente. A partir de ce moment, ce privilégié lui-même deviendra l’ami de cctle portion de liberté indispensable pour qu’il y ait un crédit public, et pour que toutes les manuTactures prosj)èrent, surtout celles de calicot; loin de soliciter les coups d’Etat, il les redoutera.
' ’ Telle peut être l’une des grandes utilités futures de l’industrie, elle séduira les ènnemis naturels de la liberté, et nous fera jouir en paix de ce premier des biens.
Il n’y a que deux manières de la conquérir : la force des armes, comme ont fait Cromwell et Bolivar, ou le perfectionnement de la raison. C’est par cette dernière route que l’industrie, amie de la paix, peut, un jour, conquérir le côté droit et le clergé, et nous conduire à la mise en pratique de la Charte *.•
Mais ne nous y trompons pas. La raison est une déité sévère ; dès qu’on prétend la servir en prêchant ■une erreur, la toute-puissante raison cesse ses eBets bienfaisants, et la civilisation s’arrête. C’est donc hâ-
, ' 1 Nous ne désirons d'autre liberté que celle donnée par la littérale et consciencieuse exécution de la Charte. Nous n’avons pas assez de Vertu pour exercer gratis, ou à peu près, les fonctions de préfet, de ministre, d’administrateur de tous les établissements publics, c’est-k-dire pour être plus libres que la Charte ne le perinet. On sait que le president des États-Unis d'Amérique reçoit annuellement cent vingt-cinq mille francs ; c’est probablement moins que M. le préfet de Paris.
D'UN NOUVEAU COMPLOT
1er le bonheur de la France que de faire apercevoir nos grands industriels du ridicule qu'ils se donnent en faisant proclamer tous les samedis qu’ils sont supérieurs à toutes les classes de la société. Dans la vie
d’une nation, chaque classe est utile à son tour.- Si la Grèce réussit à s’affranchir, des milliers de négociauts s’y établiront ; ils y porteront des glaces, des meubles d’acajou, des estampes, des draps, etc. Mais les bonnes lois qui permettent au commerce de. fleurir, sera-ce eux qui auront eu la sagesse de les faire? mais le courage qu’il aura fallu pour exterminer les Turcs çt pouvoir mettre ces bonnes lois en vigueur, l’aurontils eu? . . ' . .
. Il y a six mois que Santa-Rosa -s’est fait tuer dans Navarin ; il n’y a pas un an que lord Byron est mort en cherchant à servir la Grèce. Où est l’industriel qui ait fait à cette noble cause le sacrifice de toute sa fortune?
La classe pensante a inscrit cette année Santa-Rosa et lord Byron sur la tablette où elle conserve les noms destinés à devenir immortels. Voilà un soldat, voilà un grand seigneur ; pendant ce temps, qu’ont fait les industriels ? . ..
Un honorable citoven a fait venir des chèvres du
Thibet. ‘ ’ . . ' ‘
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Zm MÊLANGKS D’AIIT ET DE LITTÉRATURE.