‹ MélangesChapitre 1 sur 23 · BOUTE DB LYON A ARLES PAR LE RHONE · texte numérisé non relu

BOUTE DB LYON A ARLES PAR LE RHONE

Il y a quelque chose qui décide souverainenient de rimpression que nous cause la vue d'utie cité célèbre : c'est la manière d'y arriver. Autre chose est d'arriver par terre ou par eau ; autre chose est de faire son entrée par une porte ou par une autre. Ceux qui viennent à Paris par Favenue de la rue de Cbarenton , à travers toutes les montres d'ébénisterie qui sont pendues aux murs ou étalées devant les portes , s'en retournent beaucoup moins frappés de la grandeur de la capitale que ceia qui ont descendu la magnifique avenue

r> FRANCE.

des Champs-Elysées. Et ce n'est pas seulement une impres sion du mom^t qui peut être corrigée par des impressions d'une autre nature , c'est une prévention qui résiste à toutes les merveilles d'art et de civilîsartion qu'un long séjour nous permet d'y voir. Le voyageur qui s'apprête à de grands spectacles , qui s'attend à des plaisirs de curiosité exquis , qui a rêvé pendant plusieurs jours le rare , l'extraordinaire , l'inoui, et qui trouvé dès rues sales , des faubourgs misérables , des cabanes délëbrées , slrrite de son désappointement , et garde une certaine rancune à la ville qui s'est annoncée si mal. Je me souviens (pi'en approchant pour la première fois de Paris , quand j'y vins , conime on dit , achever mon éducatîùn , e'èst-à-dire apprendre quelques manières de phis de me trouver mal à Taise dans notre ^eidtent état social , j'étais resté longtemps la tête hors de la voiture , le cou tendu , l'haleine courte , le pouls presque nul à force d'attention , craignant de n'avoir pas assez d'yeux pour tout voir , ayant beaucoup de peine à ne pas prendre pour des palais les petites guinguettes qui se sont placées hors barrière afin d'échapper au fisc de la grande ville , et pour des jardins de Le Nôtre les chétifs et poudreux acacias qui prêtent le dimanche leur ombre aux buveurs. Cependant il fallut bien descendre de mes hautes espérances : j'entrais justement par cette pue de Charenton que j>a} stbien vue cette fois que je la vois toujours. Il me prit tout à coup un si grand dégoût de Paris , et une si grande incrédulité sur ses prétendues merveilles , qu'où fut obligé , pour que cette affection ne dégénérât pas en miarasme , de me mener , tout en descendant de voiture , devant la colonnade du Louvre et les cariatides de Jean Goujon , lesquelles me frappèrent beaucoup , quoiqu'un peu moins pourtant que les bois de fauteuils et de chaises de la rue de Charenton. J'ai vu beaucoup de gens

qui ont été désappcHntés oorame moi , et qui , encore à présent , ne peuvent point pardonner à la ville de Paris de ne pas s'être parée pour les recevoir. Je ne pousse pas la rêkcune jusque-là , mais je ne puis parvenir à rien trouver à Paris qui m^entre plus avant dans la mémoire que la rue de Cliarenton. Ce sont des susçeptîUllilés , ou:, si vous aimes nueui 7 des petitesses d'esprit qui donnent lieu , à notre insu , à de très-grands et souvent de tr^impertinents jugements. Je connais en province un très-gros dormeur , un dormeul* qu'on ne réveillerait pas à coups de can(N) , lequd dit qu'on ne connaît pas le sommeil à Paris , parce que , la première fois qu'il y a couché , le bruit des voitures Ta empêché de dorfnir. Dans l'ordre moral , les préjugés s'introduisent chez BOUS à peu près de la même façon. Ce ne sont pas toujours plusieurs désappointements à la suite Tun de l'autre , sur le même homme ou sur la même chose ; ce n'est qu'un premier désappointement venu dans un mom^t de surancitaiion et d'illusicm. Mille expériences contraires s'useront vainement contre cette impression d'un moment sans pouvoir l'effacer ; et td de nous se vaagera souvent toute sa vie , à ses propres dépens , d'avoir été désenchanté une première fois. Considérations très-bien placées à propos de la manière dont il fiEiut arriver à Arles.

La meilleure manière d'arriver à Arles, c'est de dese^dre le Rhme dans le bateau à vapeur. Le Rhj6ne est l'avenue natur^e qui conduit de Lyon à la toudianle ville d'Arles , jadis l'une des villes municipales du grand empire , plus tard petite république faisant son principal commerce d'enterrer dans son Elysée les morts qu'on lui expédiait de tous les points de la France ; aujourd'hui simple commune qui n'a pas même un tribunal de première instance , et qui est oUigée de s'aRer faire juger à t|*ois lieues de là , à Ta-

s FRANGE.

rasooD y elie qui a jotû jadis des bienfaits d^un pouvoir exécutif irespcmsable , et qiii n^a pas eu de roi parce qu^die n^a pas cru ique la monarchie fut un gouvernement digne d^dle. Suivez sur la carte le cours du Rhône a partir de Lyon; vou trouverez tout au bout, àTendroit où le fleuve forme deux embranchements et va se jeter dans la mer par deux embouchures , ud petit point noir avec un nom en petites lettres : c'est Arles. Toute cette route par eau est déUcieuse. Nous nous étions embarqués le matin à Lyon avant le lever du soleil , qui ne se lève pas tous les joiu*s à Lyon. Le temps était brumeux , Tair humkle et froid ; la pluie était suspendue sur cette triste belle ville pavée de cailloux pointus qui dédiirent les pieds^ noircie par les broisllards, et qui a Fair tout à la fois affairée et misérable. Le bateau descendait avec une merveilleuse rapidité. Après quelques heures de navigation , nous rasions déjà les côtes du Dauphiné , passant tour à tour en revue , de face et de profil , de jolis villages à demi cachés dans les mûriers et dans les saules , des villes avec leurs ponts en fer qui nous forçaient de baisser la cheminée du bateau : parmi ces villes, Vienne, la capitale du Dauphiné, dont la belle cathédrale est la dernière qu'on rencontre dans la^lirection du midi , comme si le catholicisme du nord avait craint Tair trop chaud ou les traditions trop romaines de la Provence. Il n'y a rien de plus piquant que ce passage des climats tempérés dans les climats chauds ; chacun se prépare à la transition ; on interroge les vents , on cherche à voir par^ddà celte voûte de iiuages gris s'il n'y a pas quelque petit coin d'azur qui promette d'autres rivages et d'autres cieux ; on voudrait sentir la barre qui sépare le nord du midi ; on voudrait voir se lever leoténofônt , comme la toile d'un théâtre , ce voile de vapeurs, qui couvre encore les terres fortunées. Je ne dis pas que ce fiit là la disposition de tout le

monde , et je ne nie permettrai pas d'aflSrmer , par exemple , que le commis voyageur qui allait vendre à Avignon une cargaison de bière de Lyon fût préoccupé d'azur , de barre , de toile de spectacle ; ce que je puis assurer , c'est que cette disposition était la mienne, et me paraissait être celle de quelques étrangers inaccoutumés conune moi aux beaux horizons et aux beaux soleife.

Cependant la toile ne se levait pas ; nous étions à la moitié de la journée , et le vent du nord n'avait pas cessé de soufier. Le soleil ne pouvait pas perc^ les nuages; Tair était toujours chargé de pluie , et plus d'une fois il avait Mu s'abriter dans ces cabines basses et infectes qu'on décore du nom de chambres. Depuis mon départ de Paris , je n'avais pas encore senti la chaleur, ni vu le soleil ; il faut tant de temps à Thomme pour changer d'horizon , tandis qu'il en faut si peu à la Providence pour couvrir de nuages toute une partie du m<xide ! Enfin, \€ts midi , commej'étais 1ns d'attendre la levée de ce rideau mystérieux , et qu'enveloppé dans mon manteau je m'étais résigné , faute d'avoir mieux à faire , à entamer une conv^^ion politique avec un de mes compagnons de voyage , il se fit tout à coup une déchirure à l'horizon ; les vapeurs grises montèrent lentement dans les airs, et bientôt nous plongeâmes avec ravissement dans une mer d'azur dont la transparence seule nous réchauffait , et dont la pureté infinie caressait délicieusement nos yeux. En peu de temps l'air devint plus doux , le vent tomba , le ciel se débarrassa des nuages et les renvoya vers le nord d'où nous* venions , et mes réflexions politiques s'en allèrent avec les brouillards.

Ce fut alors une suite de magnifiques tableaux. Un fleuve plein de sinuosités et de caprices , tantôt se développant en nappe immense , comme un lac , tantôt ramassant toutes

ses eaax dans un espace à peiûe deux fois plus lai^e que le bateau , et se pressant comme un torrent pour y passer tout entier ; tantôt coulant à fleur de sable et si bas que la quille du paquebot raclait le fond , ce qui donnait un certain attrait de danger au voyage ; tantôt éparpillant ses ondes en plusieurs branches , et jetant des ruisseaux autour de petits, ilôts de sable sur lesquels nous voyions marcher gravement des hérons au long eou; des rives d'une variété infinie ; des montagnes à tous les horizons , et qui semblaient nous enfenwr de toutes parts ; et le fleuve perçant cette barrière changeante , et nous faisant voir de profil tout ce qu'il nous avait d'abord montré de face ; des coltines arides ou fertiles , ici couvertes de petits arbres nains qui sortent d'entre les cailloux et de loin semblent un épais gazon , là nues et grises comme le roc , là taillées à pic et hautes à donner des vertiges , ailleurs doucement inclinées et paraissant se laisser glisser vers le fleuve pour y tremper leurs pieds , quelquefois se dressant par étages et passant leurs tètes les unes par-dessus les autres , comme pour voir les deux rives ; quelques-unes cultivées en gradins , au moyen de petits murs qui s'élèvent à des distances égales pour soutenir des veines de terre végétale plantées de vignes ; de vieilles ruines de châteaux forts pendus aux sommets des monts comme des nids^ d'aigle , travaux inconcevables que le temps et le tonnerre ne peuvent jeter bas , et que la corvée explique ; de temps en temps le château fort en ruines à côté de l'abbaye encore debout , le château foft en haut de l'abbaye en bas , et tout à l'entour le village dont les plus hautes maisons n'atteignent pas le portail de l'abbaye ni les fossés du château fort ; le château fort qui était l'aigle , et l'abbaye qui était la colombe, l'aigle et la colombe se réunissant souvent pour plumer le village ; d'innombrables ponts de fer qui joignent les deux

rives et qui paraisseotp'étre faits cpie pour le temps des basses eaux , tant leurs arches sont frêles et délicates ; des attelages de dnquaute chevaux tiraDt à la remorque des bateaux marchands qui remontent le Rhône et qui mettent deux mois à faire le chemin que nous devions feire en un peu (dus de douze heures ; voilà en abrégé ce qu'on voit en une traversée , entre le lever et le coucher du soleil ; et tous ces spectacles passent et se suivcait avec assez de rafôdité pour qu^on n^ait pas le temps de s'en lasser, condition esseidMIe surtout en voyage , où Fattention est aussi distraite ^'exi géante.

Parmi mes compagnons de voyage , ruûB'étatt{»*éocc«pé que de Taridité des montagnes ; c'était un propriétaire de la Beauoe ; un autre remarquait avec beaucoupde justesse qu'il y aurait du danger à se promena souvent sous les débris des châteaux forts ; c'était un Picard ; un trcnsième n'admi* rait que les ponts en fer : c'était un élève de l'école des mines. Le commis brasseur répétait souvent qu'il commençait à faire chaud ; ime dame jouait avec im serin qu'elle avait aiqporté de Paris dans une petite cage ; mon interlocuteur politique profitait quelquefois des ponts de fil de fer pour me tâter sur le gouvernement. Pour aucun de ces personnages le bateau ni le temps n'allaient assez vite , et les mêmes gens qui font tant de pas pour ne rien voir se fat^uaient de voir tant de choses sans bouger de place.

Il était six heures du soir quand on vint nous dire que le bateau n'irait pas jusqu'à Avignon , les eaux étant si basses qu'il y avait du danger à tenter de nuit certain passage difficile pour lequel le capitaine prend sur les lieux un pilote. 11 fallut relâcher à Roquemore , village à quelques lieues d'Avignon , sur la rive droite du Rhône. On y trouve quelque peu de cui^e à l'huile , et des paillasses sur lesquelles

il FRANCE.

sont étendus deux oti trois pouces de laine clairsemée entre deux morceaux de toile : ce sont là les lits du midi. On s^y accoutumerait , n'étaient les cousins , les scorpions et lés autres insectes communs au nord et au midi , qui ne vous laissent pas dormir. Il y a une belle ruine à Roquemore : c'est un reste de tour carrée qui domine le fleuve et se tient en Fair on ne sait comment. Elle est rongée à sa base à une profondeur effrayante ; mais , quoique coupée à moitié par le pied , elle pose de tout son poids et de toute sa hauteur sur cette vaste entaille , fmreille à ces troncs pourris qui supportent encore une tête de feuillage, sans qu'on puisse voir par quels conduits secrets la sève monte de la terre aux branches. Si ce sont les hommes qui ont entamé cette tour , ils ne peuvent donc pas toujours détruire ce qu'ils ont fait : si c'est le temps , il faut convenir qu'il est bien autrement hardi que nmis dans ses ouvrages , lui qui coupe des tours par le pied sans qu'elles tombent. Mon Picard ne manqua pas de placer ici sa remarque favorite qu'il y aurait de l'imprudence à se tenir habituellement sous cette tour , « surtout , » ajouta-t^il, par une variaitequi marquait un progrès, « en temps d'orage. »

C'est à Roquemore que j'ai vu pour la première fois un coucher de soleil et un crépuscule de Provence. J'étais à quelques pas de la tour, tournant le dos au fleuve , qui coulait languissamment , avec à peine un peu plus de bruit qu'un ruisseau. J'avais devant moi un horizon de montagnes , dont les lignes gracieuses se dessinaient sur un ciel d'or. Ces lignes paraissaient si pures et en même temps si proches , qu'il semblait que la crête des montagnes fût polie comme l'acier, et que si quelque chose se fût détaché de cette crête , soit un brin d'herbe , soit un insecte de nuit , il eût fait saillie sur le miroir transparent du ciel. Excepté le murmure du fleuve,

qui traioait lentement sisr on lit de sable ses ondes épuisées , U n'y avait nul bruit dans Tair ; et même ce faible murmure ne servait qu'à augmenter le silence. Les arbres paraissaient frappés d'immobilité par la baguette d'un enchanteur, comme ceux des jardins de ta Belle au bois dormanl. L'ormeau, le platane , arbres i«*esque étrangers dans ce pays , et dont la feuille est si agitée dans le nôtre , paraissaient dormir comme la tour, comme les montagnes, comme le cid. Il n^y a que dans le midi que les poètes ont pu parler du scnnrneB de la nature. L'amandier, si comiiuin en Provence , arbre languissant, maigre , sans oipbre , même sur le sol où il prospère, mais dont le feuillage rare et clair semble fait pour découper le ciel du soir en mille dessins fantastiques , perçait impunément les airs de sa petite fouille effilée et immobile. Hélas I il n'y avait pas plus de parfums que de sou£Qe dans l'air; et c'était à peine si , en foulant les herbes armnatiques qui croissent au bord et souvent au mifieu du chemin , je parvenais à soulever qudques 0K>lécules d'odeur salutaire , dont j'avais grand besoin pour corriger une assez forte émanation de marécages qui sortait de quelques affluents desséchés du Rhône. Cette émanation fiévreuse gâtait singuiièrmiait mon spec^de , si bien qu'apfriiquant à mon tour aux marécages la remarque que mon Picard appliquait aux tours ruinées , je regagnai l'auberge , où je le trouvai s'arrangeant de son mieux pour passer la nuit siur une table de la salle à boire , par cette raison également judicieuse que , si l'on veut dor mir, il ne faut pas coucher dans les lits d'auberge.

Quant à moi , je me fis donner une lampe dans une des chaml»*es de l'auberge , et je passai la nuit sur un grabat , moitié endormi , moitié éveillé , me tenant bien sur la décisive , et résolu à vendre chèrement mon sang. Tout en sommeiQant , je me demandai si ce coucher de soleil et ce cré-

puscde m'avaient bien frappé , si je n'avais pas eu une de ces admirations obligées de voyageur, s^il y avait plus d'or dans ce coucher de soleil que dans tous les couchers de so* leii du monde , et si le crépuscule de Rocpiemore n'était pas comme tous les crépuscules , après une belle journée ; et, quoiqu'il me coâlât d'abord de confesser que je venais de foire deux cents lieues pour ne rien voir de nouveau en foit de coucher de soleil et de crépuscule , je fli^ par trouver dans mes souvenirs d'enisnce des coudiers de soleil aussi dorés et des crépuscules aussi calmes que ceux de Roqu^DOore. J'éprouvais al(»rs , en présence de ces gi*ands spectades , de petites extases d'enfant, qui , pour n'être pas subtilement analysées , n'^ étaient ni nooins vives ni mcHUs pr(^ttdes. J'avais ménae cet avantage , que, n'allant pas voir un coucher de soldl pour le décrire , je n'étais pas exposé à décrire quelquefois ce que je n'avais pas vu. Il faut , pour bien goûter une beHe soirée , une âme d'enfant , qui sente vaguement toutes ces harmonies , qui les reçoive l'une après Tautre, sans songer à les enregistrer dans sa mémoire, ou toutes ensenAle , sans chercher à les déèrouiQer . li Isut une iDaagination toute pasâve , qui ne rende pas des images esk retour de odles qu'elle reçoit , qui ne se croie pas obligée de répondre par une certaine exaltation aux beautés dont elle est frappée, qui les sente pour son compte et non pour le besoin de les communiquer à autrui , qui surtout ne fasse pas de style , séance tenante , comme cela est inévitsèle quand on est en compagnie on qu'on foit métier d'éerire. Dans l'enfance, noc» avons toute la redite des jouissances que donnent les beautés natordles ; nous les sentons avec indolence , avec naïveté , sans savoir ce que ces sensations nous rapporteront plus tard , ni pour "combien elles pourront compter dans le développement de notre intelligence. Dans l'âge mûr, nous

avons toutes les expressions et toutes les façons de dire nécessaires pour faire croire aux autres que nous sentons comme les enfents ; mais d^à la plupart de nos impressions ne sont plus que de convention ; nous nous faisons trè^-émus pour qu'on nous croie très-sen^les , à peu près comme nous nous faisons très^roués pour qu^on ne nous croie pas innocents. C'est U vanité^ oq , si vous aimez inîeux , c'est une certaine convenance d^assez bon goàt, qui nous fatt apprécier les beautés naturelles ; et , quand par hasard il se mêle encore à nos impressions , travaillées ou formulées d'avance , quelque chose de naïf et d'inattendu , c'est un souvent de cdles de notre enfance, c'est un instinct retrouvé , ce sont d^dennes traces par lesquelles nous repassons.

Le lendemain , avant le lever du soldl , nous ^ions en route pour Avignon. Le passage dang^eux fut doublé sans encombre ^ et , an bout de qudques heures ^ nom vhnes l'an* denne vJUe des papes, avec ses prtiis restes de remparts crémiéSj et ces lourdes masses de pierres qu'on appelle l'ancien dbitteau dts papes. Avignon se voit d'abord de face ; et , oMme toutes les viBes qui bordent le RhâMi, on dirait que le flaive va mourir àcR pieds de ses psvapets. L'aspect de la vifle gagne à Féloignement; ses petits remparts, qui pourraient tenir dans une armoire d'antiquités à côté de vases étrusques , grandissent par l'imaghiâitîon et l'optique ; son cMteatt des papes a presque l'mr menaçant. Hais , de près , ces ruîDes n'ont que peu d'intérêt , si ce n'est pour ceux qui sont déterminés à en trouver à toutes les rnhies. Les remparts , ou plutôt la partie des remparts qui borde le fleuve , est assez bien cons^vée, sauf quelques pans qui en ont disparu, et qu'on a remplacés par des murs de maison, couture ignoble , qui dé^onore presque tous nos vieux monuments. La couleur des pierres est d'un jaune de feuilles mortes ; mais

les constructions n^ont rien de viril : il y a là qoelqoe chose du soldat de la Vierge Marie. On ne pouvait guère défendre detds remparts qu^avec un rang de pénitents blancs ou gris , présentant la croix aux assiégeants , en guise d^arme défensive. Ce qui reste du château des papes est informe.; mais tous ces débris sont caractéristiques, en ce qu^ils représentent assez bien la petite et obscure histoire d'un M papal. Cette ville d'Avignon , qui a été tour à tour le pied-à4erre , en France, des papes romains, ou le lieu d'investiture de quelques anti-papes , qui ne pouvaient pas venir à bout de se faire sacrer dans la ville de saint Pierre , a dâ avoir une espèce d'art en harmonie avec ses destinées. Puisque les comparaisons empruntées à la pâtisserie sont devenues de mode à propos des édifices , je puis dire que les remparts d'Avignon i^essemblent à des croûtes de pâté ; et comme ils sont d^Aîlleurs merveilleusement conservés , propres et presque sans rugosités , qu'ils ne portent ni la trace du bélier ni celle du canon , et que ce qui en est toncibé parait avoir été mmé lentement par les fraîches vapeurs qui s'élèvent du fleuve dans les matinées d'automne , on dirait que ce sont des échantillons de remparts modernes en projet , ou des conmiencements de travaux extérieurs pour les ocfarois , plutôt que des ruines du moyen âge.

Je n'en dirai pas autant du vieux pont d'Avignon, qui est vénérable , et qui figure je ne sais plus dans qud dicton populaire. C'est ce qu'on connait le plus généralement de la ville d'Avignon. Ce pont est en bois ; il est très-vieux , et j'ai vu peu de choses plus pittoresques dans le midi qu'un paysan des villages voisins, ^veloppédans une espèce de capuchon, couvert du large feutre qu'on portait il y a huit siècles , et passant ce pont à dos de mulet , sous le coup de dix heures , par un de ces soleUs brûlants ^ui font flotter sur tous les objets

FRANCK. n

une^l^èee d'auréole sans couler, et qui expliquent pourquoi le large feutre est toujours de mode sur le pont d^Avignoa. ie croyais voir passer Tombre d'un anti-pape , venant visiter incogivUo son ancâenne capitale. Mon Picard , qui n'avait pas des illusions » con^quées ni si prétentieuses , estimait que ce paysan avait en bien raison de se couvrir de son grand feutre par une (elle chaleur, et il comparait fort ingénieu-^ sèment ce chapeau à un parasol. C'est la coiffure ordinùre du peuple des campagnes dans le nndi : hommes et femmes s^abritent , de temps immémorial , sous ces iMOigars héréditaires. Dans le moyeu âge , les hautes classes en faisaient autant, et il n'y avait rien de jdus pittoresque ni de plus sensé que cette forme de chapeau, dans un pays où il n'y a pas d'ombre, et où le soleil est dévorant. La cîvilis»* tion , (jpii perfectionne tout ce qui d'abord a été impsofait et inccnmnode, mais qui, par contre, gâte tout ce qui avait atteint , dès l'origine , son but d'utilité et de coounodité, a fait quitter aux hautes classes le feutre à large bord : dles portent le chapeau gris parisi^ , à rdx>rds courts , si nécessaire ici pour ne rien perdre des rayons du soleil , et elles ont l'avantage d'être à la mode et de se rôtir le visage. La persévérance de certaines coutumes populaires est souvent la meiUeure critique de la civilisation; elle pourrait presque toujours en être le plus utile contrôfe.

Au reste , ce que les papes et les anti-papes n'ont pas pu faire dans le moyen âge pour la viUe d'Avignon , upe fai^ taisied'un ministre oublié de Charles X l'a feit. La garance, petite racine qui produit une belle couleur rouge , donnera plus de vie à la préfecture d'Avignon que toutes les querelles religieuses n'en ont donné jadis auComtat. Le jour où l'on a décidé que les armées permanentes quitteraient le pantalon

bleu pour le pantalon garance a été le jour de la renaissance

d^ Avignon , à moin»> toutefois niu^nne fantaisie contraire de quelque autre ministre ne substitue plus tard au pantalon ga«ranee le pantalon couleur de safran ou tout autre. Dans ce cas , la pauvre ville retomberait sur ses anciennes fabriquesde foulards , sur ses petits remparts cpénelés et sur saa château des papes. Sa pro^érité tient à une certaine disposition de Torgane visuel d'im ministre , à de hauies préférences pour le jaune ou pour le vert, ou peat**ôlireà'ttiicei?tain goût pour les pots-de^vin administratifs , que Tindigo pourrait offrir, si on lui faisait rhonneur de le substituer à la garance. La ville des papes doit être pour le parti de la guerre , car la guerre déchire les pantalons que la paix blanchit; elle fait des trous qu'on ne répare pas avec des reprises , comme ceux que font les bancs des corps-de-garde et les amorces brûlées dans les petites gu^res. U faut dire cependant que peu de campagnes ont consommé plus de pantalons que la paix dont nous avons le bonheur de jouhr.

Je me séparai, à Avignon, de mes compagnoiB de voyage. Je regrettai mon Picard , à cause de sa rare sagacké à voir le coté le plus simple et le plus pratique des dioses. C'étmt un homme qui ne s'embrouillait pas àam le moyen âge ni dans la couleur . locale , qm estimait les objets à leur valeur, et ne voyait dans ime nnne qu'une masse depierres^i peut nous tomber à chaque instant sur la tête; dans un» large feutre, qu'un prései'vatif contre le soleU. Une s'informait pas des papes , ni des anti-papes , mais des heures de départ de la diligence de Marseille , où je soupçonna qu'il allatf faire des achats dalmits secs d'Orient. U ne regardait b distance de son établissement de oomnterce au lieu de ses achats (pie * comme du ch^aûn , ressemUant à tous les chemins , sous le point de vue de la perte de temps , la seule chose dont il parût préoccupé, II trouvait peu d'occasions d'exercer sa

FRANCE. Itf

sensibiltté ^ et il la gardait sans donte pour lé jour où M aurait à goûter ses dattes et ses pistaebes. J^ai retenu qiielqiie»*DDa des aplionsmes dont il semait son discours , sans savoir que ce fussent des apborismes. Je kd souhaitai bon voyage et de bon cœiHr, et il ne me vînt pas dans lidée de trouver qa il fût beaucoup plus ridicnie avec ses réflexions à la La Palisse que rooi avec tous mes frais de curiosité , deeoiijeotures, de reeon* struetions poéticpies ou historiques. Puisse*>t4l avoh* acheté ses fruits secs bon marché, et k« avoir revendus très-cher !

AiVLES.

Le bateau à>apeur descendit jusqu'à Arles et vue débarqua^seol sur le quai avec quelques bmis de bière de Lyon. A peine arrivé à Tauberge, jemefiseonduîre aux Arènes par un petit savoy«*d qui parlait français. Ces petits savoyards sont d^une^grande] ressource dans toute cette partie de la France. Leur principale industrie consiste à parler français aux natio* nanx qui viennent du nm'd ou du œstre. J^aliais aux Arènes, parce que mon Guide des Vo^mgeurs m^indiquait les Arènes comme Ja principale curiosité de la ville d'Arles* Chemin faisant , mon petit savoyard me demmida si je voulais vœr une mUre euriosUé avant d^arriver aux Arènes. En même temps il méjnaoùtrB une petite porte pratiquée dans une es* pèce de mur d^enceinte , tout à la fois .grossier et moderne , et qui n^annonçait ri^ de curieux. Toutefc»s je vis au-dessus delà porte un petit bout de fronton joliamit sculpté, qui paraissait avoir été rapporté là de qudhfue rume voisine , et qui

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m'avertit de me tenir sur mes gardes. Je suivis mon guide eomme à ta découverte , enchanté de voir une curiosité qui ne fût pas consignée dans VAlmanack des Voyageurs. Quelle fut ma surprise , lorsque je me trouvai au milieu d'un cloître parfaitement conservé , sans réparations , sans maçonnerie moderne , sans badigeonnage , un cloître aérien , dont ]e£^ quatre galeries parallèles n'attendaient plus que la procession des moines venant chanter vêpres à Saint-Trophime ! Je ne veux pas faire ici de Tenthousiasme d^anttquaire, parce que je suis très-peu enthousiaste et pas du tout anticpiaire ; mais ce fut pour moi un. plaisir exquis de tomber au milieu d'un cloître inattendu , inespéré, quand j'avais fait toilette d'habit et d'esprit pour rendre visite.à une ruine romaine , quand je m'étais préparé au plaisir froid et sérieux que donne la vue d'une grande civilisation qu'on exhume de terre , lambeaux par lambeaux. Si jem'étais attendu à un cloître, si j'avais lu le livret dçs antiquités d'Arles , j'aurais été averti d'avoir du plaisir; j'en aurais eu conformément à cet avis ; j'aurais tout accordé. Oui, ce cloitre est beau; oui, il est présumable que sa construction remonte à tel siècle ; oui , l'architecture en est gothique ou byzantine ; oui , vous avez raison , il n'y a jfien de nûeox conservé que ce cloitre... et j'aurais dit un peu plus tôt à vam petit savoyard : « Mène-moi aux Arènes. »

Mais j'arrivais là par liasard, sans dessein, que dis-jel après avoir presque résisté au petU savoyard , tant j'avais fait mon thème pour les Arènes , tant mon esprit était préoccupé de gladiateurs , de bêtes féroces , d'esclaves retournant avec un râteau le sable de Tarène pour faire disparaître les taches de sang , tant j'avais mes comparaisons toutes prêtes entre les vers de Martial sur les spectacles , et les tieqx où se donnaient les représentations sanglantes qu'il a mises en épigi*ammes. Qu'il y a de bonheur quelquefois à être ignorant^

à n^avoir pas de parti pris sur les clic^ , à être Torcé de donner un jugement venant de soi , qui n'ait pas été appris dans un livret , ni imposé par la présence d*un çicerone savant ! J'ai senti ce bonheur en visitant le cl<rftre de Saint- Tropbime , avec un cicérone qui ne savait même pas le nom de ta chose curieuse qu'il m'avait mené voir; et qui faisait rouler des cailloux sur les dalles du doitre , pendafnt que je m'extasiais devant ces délicieuses arcades. Il fallait , bon gré mal gré , juger ce monument ; il fallait d^nander à mon instinct si c'était un bel ouvrage d^art ; il fallait me faire une science telle quelle pour le moment , et avoir une opinion au moins pour mon honneur. Ignorant tout à fait les termes d'art, sauf une demi-douzaine qu'on apprend presque malgré soi , et n'ayant pas voulu jusqu'ici m'initier à ce vocabidaire , dans la crainte d'admirer les choses parce que j'en connaîtrais les noms , et peutrêtre aussi de gâter des jouissances instinctives dont j^ai peine à croire que }k science des mots n'emporte pas la fine fleur, j'avais à deviner l'âge, Técole, la destination de mon adorable cloître. Ce fut d'abord une impres^on vague , hésitante , inaié pleine de charmes, le demandais au monument de parler, de me donner un écho des pieux cantiques qui avaient retenti soiis ses voMes gracieuses , de me nommer les saints oïlvriers qui avaient fait cette œuvré de génie , croyant ne faire qu'une œuvre de piété. Je me défendais des conjectures ; j'^écoutais et je regardais , attendant quHI me vint une révélation â*art et- de foi. J'avais l'idée du beau dans sa plus grande généralité; eHe m'entrait par l'esprit et par le cœur. J'étais sai^i par je ne sais quoi d^harmonieux , de pur, de sacré , qui émanait de tout l'édifice , par sa solitude , par ses mutilations , par cette sainteté qui empreint toutes les vieilles pierres , par cet invariable sourire du ciel , qui vei'se le même azur sur le cloître floris-

gant et sur le cloître en ruines, par la pensée qu'un édifice consacré avait pu devenir profane , et que la destruction ne protégeait pas aussi bien une terre catholique que la chute de la foudre un sol païen.

II faut dire pourtant que ce cloitre n'était pas la maison de Dieu y mais seulement de saints hommes qui le servaient^ Une de ses galeries se termine par un escalier descendant qui conduit à réglise de Saint-Trophime , laquelle est contiguë. Ce qui donne au monument un caractère tout particulier , c'est précisément qu'il n'était ni tout à fait sacré , ni tout à fait mondain. Des limnmes l'ont habité , lesqu^ avaient des passifs, des vices, et n'étaient trop souv«it rel^ieca que par rhabit; mais ces hommes avaient aussi des fonctions saintes, ils vivaient solitaires , ils chantaient les louanges de Dieu , ils faisaient des aumônes , et ceux d'entre eux qui étaient smiillés de quelque péché immonde le cachaient dans les ténèbres , et ne profanaient pas de leur présence les galmes du cloître. Dans ces galeries toute la commimauté se réunissait, soit pour se rendre aux saints offices , soit pour aller célébrer les prières du matin et du soir , et là où les hommes sont réunis ils sont meilleurs. J'imagine aussi qu'aux heures de loisir ils se promenaient à l'abri du soleil sous ces voûtes si délicates et si fraîches , et qu'ils é'y entretenaient des intérêts du monde tempcH^l , ou de travaux littéraires qui ne devaient jamais quitter l'ombre du cloitre. L'architecture de l'édifice est parfaitement en harmonie avec sa destination. Ce n'est pas le grandiose des églises , mais ce n'est pas non plus la petitesse sans caractère des maisons des hommes ; cette demenre devait être habitée par des intermédiaires entre les hommes et Dieu. C'est le même art , inspiré par la même pensée , qui a fait l'église et le cloître , qui a voûté les galeries du cloître comme la nef de la cathédrale , et qni a jeté ces arêtes hardies qui

s'élancent du scomiet des piliers et vont se joindre au milieu (le la voéte ; seidement la peusée du eloitre est pkis humble. La mfflson des serviteurs et la maison du maître se ressrâi- Menty mais ou sent que les serviteurs n'ont pas besoin de tant de place que le OKatre, etqueTarta du descendre de l'église au cloître.

A quelle époque le ddtre de Saiiit*Tr(^)hime a-t-il été eooh stnnt? Qui le sait? Qui est-ce qui tenait registre des fondations d'édifices dans le moy^i âge? QueBes archives fusaieDt mention de la pose de la première pierre? U y avait peut-être alors plus de grands artistes ^le de greffiers ^ et 1^ de mains qui sussent manier le. dseau que la plume. Un monument était eomniencé sans bruit et achevé sans bruit; deux oo trois générsiions y fravailiaient tow à tour y reprenant l'œuvre où la génération précédente l'a v«ait laissée, y mettant chacune leur i»erre) et aKHiraot dans la croyance que le nxxiument viendrait à sa fin. I^es cathédrales se bâtissaient comme les troncs des égfises se rempUssaîent , pierre à pierre , denier ^ demer . Les peuples ne dévtnraient pas l'avenir cCMnme aiyonr-^ d'hui; ils avaient, au milieu d'eux quelque chose qui devait durer plus qu'eux ; ils ne prévoyaient pas sa fin , et ils étaient pafi^its, parce qu'ils ne croyaient pas qn^en prolongeant une vie d'homme au-ddà du terme coHunôn , on pât arriver à voir quoi que ce soit qu'ils n'eussent pas vu. Un aïeul pouvait raconter à son petit-^ qu'il avait vu bénir la première pierre d'une cathédrsde que le petit-fils ne devait pas vrâ* finir. L'art avait alors un instkict d'éternité qm lui faisait enireprendre des ouvrages pour lesquels le temps ni la peine ne comptaient. En jetant les fcmdements d'une église, il ne croyait pas que cette église put devenir après dix ans un temple (te la gloire , après vingt ans un théâtre , après trente ans un magasin à fourrages. Le maître ouvrier ne s'engageait pas

à livrer le moniunent à un délai prescrit, sauf à payer uo (tédit; il disait à ses supérieurs ^iriluels: « Vous m^aurez taut que je vivrai. » Cette fn échappée à tant de naufrages, qui avait vu (rouler la plus grande nation du monde , et qui s'était trouvée au milieu des plus grandes destnictions dont rtitstoire 4^ hommes fasse mention , sans être attdnte d^aueune idée de fin ni de découragemaat j ne craignait pas d^engager des sièdes dans des entreprises gigantesques; elle obtenait des hommes le plus grand 'désintéressement qu'on en puisse attendre , celui de reprendre humbtonent et en sousoeuvre des travaux commencés par un aufare , et de travaiUer à un monument auquel ils ne devaient mettre ni la prenuère, ni la demi^ main.

Le cloitre de Saint-Trophime n'est pas un édifice bàli dans les grandes proportions des cathédrales , mais , tel qu'il est , il a peut-être usé deux ou trois générations d^rtistes. La conception en est «ne ; c'était la pensée religieuse , sur laquelle personne ne variait. L'exécution présente trois systèmes qui ont été chargés tour à tour , et à des époques nécessairement reculées , d'adiever l'édifice. La forme du cloître est un quadrilatère ; ce ^nt quatre rangs de galeries paralldes qui se coupent à angle droit , et enferment un terrain carré qui de* vait être la cour du doitre. De ces quatre rangs de galeries, qui toutes reçoivent le jour par des arcades posées sur pilas^ très, deux présaitent seulement le plein cintre romain. On vmt que le catholicisme n'ose secouer encore les traditions de l'art romain. Les Arèi^s d'Arles sont là tout auprès avec leurs pleins cintres si doux à l'œil , qui se découpent sur le beau ciel de la province d'Arles, et qui semblât former des tableaux d'azur dans des cadres de pierre. Qui oserait innover en présence de modèles si purs et si populaires ? Le troisième rang innove pourtant , mais avec timidité ; ce n'est plus le plein

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cintre , et ce n'est pas encore Togive. L'art tâtonne ; il est honteux de ses imitations païennes ; il essaie de s'en aiïranclnr ; il brise la forme ; mais la véritable inspiration catholique ne lui est pas encore venue. C'est de Tart de transition ; art uniforme, sans caractère, mais non pas sans mérite, car il mettait sur la trace de l'ogive; il commençait comme le christianisme , par l'humilîté ; il rendait à l'art romain ce qui appartenait à l'art romain ; mais en réalité il tentait déjà de s'en émanciper. Ije plein ciiiAre ne suffit plus au eatholieispie; ces belles formes arrondies sont trop molles; et d'aiUeurs, où le plein cintre ne s'est*il pas prostitué? Il a été au cirque , il a été dans les bains pièlies; il a été dans les théâtres t les aqueducs , les ponts sont à plein cintre ; le plein cintre est le lien conmHin de l'architecture païenne. U faut pour le catholicisme une forme plus élancée, plus aérienne; cette forme, ce sera l'ogive. L'ogive est trouvée. La quatrième galerie est toute percée à l'ogive; c'est la galerie de la prière chrétienne : l'art est sorti tout d'un jet des langes de la transition. liC plein dnire se courbait sous le poids des entablements , comme pour recevdr sa charge ; l'ogive les soulève plutôt qu'elle ne les supporte ; ces lourds massiEs de pierre ne l'em* pèchent pas de s'élancer vers le ciel , de même que le poids de la chair n'empêche pas l'âme chrétienne de s'élance vers Dieu. Dans les galeries à plein cintre, l'arceau posait sur deux colonnes adossées au pilastre , dont elles augmentaient disgracieusevnent le volume ; dans la galerie à ogive , les deux branches de l'ogive se perdent gracieusement dans le pilastre , qui reste pur et effilé. Cette galerie est celle qui communique avec la cathédrale; Togive conduit à la nef : le spiritualisme chrétien a trouvé sa forme caractéristique , et cette forme durera des siècles; la mode n'y changera rien; l'ogive sera respectée comme un dogme ; l'art apocryphe ne

eonimencera qu'avec les déchirements de Ftimté eatlioKque.

J'ai visité uoe seconde fois le cloitre de Saint-Throfriume avec un homme distingué , qui mettait à mon service , ayec une grâce sans prix , les conjectures les plus sarantes et les plus ingénieuses sur un monmfient qu'il n'a pas peu contribué à sauver d'une entière destruction * . J'aurais pu être très-savant , très-technique , et en même temps très-intéressant en prenant note de tout ce qu'il m'a dit sur ce cloître et sur toutes les antiquités de la ville d'Arles ; mais , outre que je n'ai pas tout retenu , j'aime mieux laisser peser sur lui l'obligation tout entière de nous expliquer qudkpie jour , dans la langue qu'il manie si bien , des merveilles dont il a la clef. i\I. Clair est un de ces hommes qui ont passé lent jeunesse à Paris , dans la ville des idées avancées , des études fortes , des grandes lumières ; qui ont vécu dans cet cùr qu'on trouve êfm quelquefois , mais dont on ne peut pas se passer ; qui ont été avancés parmi ceux qui l'étaient le plus , et qui sont des exilés dans leur terre natale , soupirant après nos brouillards ef nos soleils capricieux, comme fait qu^quefois M. Clair sous son ciel beaucoup trop longtemps bleu , et sous ce soleil impitoyablement beau qu'on ne peut éviter qu'en se privant de lumière et de jour ; car en Provence le demi-jour n'est pas une délicatesse , c'est une nécessité.

Il y a quinze ans à pane que le cloître de Saint-Throphirae était enterré dans des maisons qui remplissaient la cour. Une espèce de colonie s'était établie là et vivait dans cette

' M. Honoré Clair, avocat , éditeur du Bair eau français. Je devais à l'obligeance de M. le directeur de la Revue de Paris , ami intime de M. Clair, une lettre de recommandation auprès de cet homme de toutes sortes de mérites , et qui m'a laissé des souvenirs aussi de toutes sortes. J*aî du plaisir à en remercier les dcui amis .

enceinte , d'où il a fallu la faire sortir par expropriation pour cause d^otilité publique. Quand rhomme trouve un pao de mur encore ddK)Ut , c[ue ce mur ait appartèmi à un tem* pie ou à un théâtre, que toutes ces pierres soient historiques, peu lui importe; fl ne voit là qii'uo mur de moins à faire, des quatre qui lui sont nécessaires pour abriter sa vie insignifiante. Il a sur les ruines des générattcms qui ne sont plus un droit de premier occupant ; il ne conçoit guère des pîer* res sans emploi , des travaux de maçonnerie sans utilité , et il croit fake bien plus pour rimmortalité d^une ruine en y recousant grossièrement la cabane où il vit du fruit de ses sueurs , que ceux qui la laissât s^achever sous Teffort du temps et qui la signalent offieidlement comme une curiosité. Onm^a mené voir, dans des murs extérieurs de défense , des pierres délicatement sculptées qui avaient appartenu à un théâtre. Tai remarqué des feuiHes d^acanthe dont les siècles n^ont pas encore effacé le gracieux dessin ; des amours ou des génies agitant des banderoUes; ici une tète, là un corps; des oiseaux , débris tombés des frises délabrées , et qui ont servi de moellons pour construire les remparts. 11 fallait aDer vite alors en ouvrages défensifs ; la guerre ne s^annonçait point par des courriers ni par des télégraphes ; elle fondait comme la foudre sur un pays. Alors toute pierre taillée était bonne pour protéger une ville , et personne ne croyait faire une profanation en incrustant des bas^reliefs dans une muralllo destinée à arrêter la guerre. Si les dieux de Tart païen , si tous ces génies qui déployaient leurs ailes dans les enroulements des frises , si la religion du vieil Olympe, pour qui Tart avait créé tant de merveilles , avaient pu défendre les populations contre les barbares , les bas-reliefs seraient restés à leur place , et les villes ouvertes auraient été mieux défendues que les villes fortifiées. Mais comment le paganisme,

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qui n^était pas à ^épreuve de la tiache et du sayoû des Huns, pouvait-il faire respecter les statues et lés maisons de se$ dieux? Alors, ni le laurier, ni le sanctuaire ne garantissant plus de la foudre , il ne restait plus qu'à cultiver le laurier comme épice , et à porter hors de la ville les pierres du sanctuaire pour en faire des tours.

Le cloître de Saint-Trophime n'a jamais été converti en ouvrage de défense ; il appartenait k une religion dont la guerre respectait les édifices. Protégé par Féglise , au pied de laquelle il est bâti , placé dans Tintérieur de la ville , se$ gracieuses colonnettes n'ont jamais été battues par les ma-r chines de siège. Mais quand il fut arriv^à Fétat de ruine, il s'y vint loger de païuvres gens , qui , n'ayant plus rien à demander à la porte du cloître , y placèrent leur domicile sans opposition de la part de l'autorité , laquelle , à toutes les époques, est, ou indifférente pour les ruines , ou trop pauvre pour les conserver, et souvent les deux choses à la fois. On a enfin démoli les maisons et déblayé la cour , qui n'est plus qu'un carré couvert d'un gazon languissant. Les enfants du voisinage y viennent jouer à l'ombre , et le soir les amants s'y donnent rendez-vdus. Les amants recherchent ce lieu pour sa solitude et ses ténèbres , et point pour sa poésie ; ils en ont une plus belle et plus riche dans le cœur , si toutefois ce sont des amants parfaitement en règle , et qui n'ont rien à démêler avec la pohce. Les enfants sont les barbares les plus aimables et les plus pardonnables du monde; il faut les voir viser à coups de pierre les nez des saints qui sont dressés dans leurs niches , aux quatre coins du cloître , et rire aux éclats quand ils ont défiguré tme de ees belles faces gra ves , dont l'impression est à la fois si une et si variée. J'en ai chassé , dans une belle colère , nne demi-douzaine qui s'étaient fait une cible d'un de ces nez , Je dernier peut-être ^e

tout le cloître , et qui éraillaient toute la statue à Toccasion ; ils se mirent à fuir en me disant des injures en patois. Je n^ aurai peutrétre que compromis un peu plus le nez que je voulais défendre. Que faire à cela? Mettre un gardien? Ces gardiens gâtent tout votre plaisir par les historiques dont ils vous poursuivent. Et puis les ruines sont des ruines et non pas des musées ; il faut y laisser venir les enfants comme lès souris, comme les lézards, comme les figuiers sauvages. Le» enfeots foïU bien sur les ruinés ; ils aiment à détruire parce qu'ils ont Finstinct du renouvellement ; et ils aident le temps dans ses destructions , sans ^re beaucoup moins insouciants que lui. Il en résulte une impression morale bien plus utile , selon moi ignorant, que le très-petit avantage scientifique qu'on peut retirer d'un peu moins de dégradations.

En sortant du cloître,. j'ai. été voir les Champs-Elysées, nom païen d!un ancien cimetière chrétien. C'est dans ce cimetière , réputé inviolable , que toutes les personnes pieuses voulaient être enterrées. Il venait des morts à Arles de tous les pays; on les abandonnait au cours 4u Rliône, dans des carcueils bien fermés, avec le prix de la sépulture que la famille demandait pour eux. Ces cercueils descendaient au gré du flot , avec des destinées diverses , comme tout ce qui flotte sans rame ni gouvernail ; les uns arrivaient ; ceux-là sans doute étaient visiUement protégés par les saints du ciel ; les autres éteient brisés contre les rochers ou déposés dans un lit dlierbes fluviales sur quelque rive abandonnée. J'ai peur qu^il n'y ait eu alors une espèce d'iudustrids qui détroussaient ces cadavres , à moins que le clergé d'Arles , dont ces convois de morts devaient être le plus beau revenu , n'eût des douaniers sur la côte pour protéger les arrivages. Choi^ singulière que ces cadavres qui voyageaient encore après leur dernier sommeil , et qui allaient chercher au milieu de tant de

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périls une sépulture lointaine et aventureuse ! J ^imagine qu il y avait en permanence, dans le petit portd^ Arles, desbateaux chargés d'éjner le passage des nouveaux venus , afin que le mort et Targent ne descendissent pas jusqu^à la mer. Quand ils étaient débarqués , on ouvrait le ceroueîl , on lisait les dispositions de la famille , on creusait au défunt niate tombe en pierre dans le prix qu^il avait voulu, plutôt au-dessous qu^audessus , j Imagine , et on le couchait dans les Champs-Elysées pour rétemité. Arles était la ville des funérailtes catholiques , après avoir été la ville des fâtes païennes : on faisait vœu d^ôtre enterré à Aiies , comme on faisait vœu d'aller en Palestine !

Qui est-ce qui a bouleversé de fond en oomUe les Champs- Elysées? Est-ce quelque crue du Rhône qui a raviné cette terre consacrée et mis à découvert les tombeaux? Est-ce le sol qui s^est soulevé et a rejeté toutes ces sépultures ? Le cimetière réputé inviolable a été dispersé , les cadres des morts ont été jetées au vent, et les tombes vides servent main^ tenant d^auges dans toutes les fermes du pays. I^ onoix do Saint-Trophime n^a pas pu protéger les dépouilles qu^on lui avait confiées. Est-ce qu'il y aurait eu quelque révolution de tombeaux à la suite d'un déchaînement populaire? Le caifao- Ucisme est encore debout ; il est encore la plus grande rehgion du monde , et il est entouré de ruines inexplicables ; le clottre est désert à côté de Téglise florissante ; aux Champs- Elysées , les tombes chrétiennes jonchent le chemin à côté d'une église inachevée. Vous ne pouvez vous reposer là qu'en vous asseyant sur une grande pierre craise , de votre longueur , qui a servi de tombeau , soit à un seul mort , sdt à deux ; les places sont séparées et le cousân de pierre est pour deux'^tétes , comme si Ton avait craint que les deux cadavres ne s'y disputassent leur dernier lit. Vous ne pouvez mardier

là saoâ heurter des tombes qui Mwt à ikur de terre , et qui font trébuçdier les passants : partout des tondues , des deux côtés du cheoiin , sur le cheiniu , som le chemin ; il y aurait là un étrange nioaument à bâtir avec tous ces matériaux sur lesquels le catholicisme avait mis un sceau 4^invi(dabilîté et de repos éternd* Çà et là vous voyez quelques pierres qui sont brisées ; ce sont des paysans maladroits qui sont venus de nuit marauder des tombes ^ et qui les ont cassées en les enlevant. Quelle dérision que cette perpétuité promise à nos tombeaux I Ne faut-il doue pas que toutes les générations trouvent à leur tour une place dans la terre , et la terre est* elle si vaste qu'il puisse y avoir des domaines inaliénables de mort? Mous nous y casons d^abord dans des tombes solitaires , isolés les uns des autres, par un geste d'égoiisme terresti^; puis nous BOUS plaçcms à côté les uns des autres , puis enfin les uns sur les autres , et alors il faut bien que les premiers venus cèdent la place aïKx derniers arrivants. Et d'ailleurs ^ la terre se charge bien de nos restes , de notre dépouille à nous ; mais elle ne se chai^ pas de tous ees vêtements de marbre , de pierre ou de plomb , où la vanité de nos hàitiers enferme nos cendres. Dès <pie notre corps est retourné à la poussière , la terre ne nous doit plus rien. Alors Tenveloppe de marbre est déposa comme une relique d'art dans nos musées ; la pierre sert d'abreuvoir aux bétes de somme, et,' si elle abonde, de cailloux pour fen*er le chemin; le plcHnb va couvrir les toits de ceux qui sont en vie.

Je ne saurais pas dire qadle impression étrange m'est res* tée de ma j^omenade aux Champs-Elysées. C'était une peine d'esprit indéfinissable , mêlée de tristesse et dlronie ; de tristesse à la vue de cette quantité de tombes , d'ironie à la vue de cette profanati(»i permanente que tout le m(»)de tol^ , que tout le monde va voir ^ qui est devenue un objet de cu^

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liosité banale , im inoyea de plus d'attirer les étraogers à Arles. Âdinii*ez les contradictions de notre pauvre espèce. C'est un souci réel dans la vie de beaucoup de gens , grands et petits , que la pensée d'un accident de fortune ou de révolution qui pourrait les priv^ d'une sépulture particulière, d'une pierre ou d'une croix marquée de leur nom. Eh bien ! lequel d'entre eux donne une pensée triste, un regret, une larme à ces sépultures dispersées? C'est qu'en réalité cette inquiétude pour les restes , que nous prenons pour un instinct d'immortalité , n'est qu'un scrupule de vanité posthume. Nous ne demandons pas une tombe à perpétuité^ nous la demandons pour ceux qui nous ont connus , et que le hasard pourrait amener au lieu de notre dernière demeure ; nous tenons presque plus à ce qu'on sache notre mort que notre vie. Quand il n'y aura plus personne qui se rappdle notre nom , alors il adviendra que pourra de nos cendres.

Ce qui rend l-aspect des Champs-Elysées plus tiiste , c'est une petite église ou chapelle des morts qui se trouve au bout du chemin des tombes , et qui n'a pas été achevée ; de telle sorte que la promenade aux Champs-Elysées est un pèlerinage à une ruine à travers des morts. Rien de plus désert que cette église. C'est le gardien du musée d'Arles qui en a la def ; on la conserve précieusement; on veut que le temps seul ait l'honneur de son entière destruction. Je ne crains pas que mes petits barbares du cloître osent y entr^* , tant cette ruine est lugubre. De grandes herbes aromatiques croissent autour des murs et dans la cour intérieure. A l'époque de mon séjour à Arles , ces herbes étaient brûlées par le soleil et faisaient sous les pieds un chquetis funèbre. L'humidité ronge les voûtes de l'édifice , écaille lès pierres , fait bâiller les murs. Des débris noirâtres tombent du haut de la coupole : c'est une humidité de sépulcre ; tous les sens en sont affectés , on a tmà

et on étouffe ; ce doivent être les deux sensations de la tombe. J^ai pourtant remarqué une trace de vie dans cette maison qui n^a jamais été habitée ni de Dieu ni des hommes : c'était un pampre vert , échappé à une vigne grimpante , laquelle a pris racine au pied d'un des murs extérieurs. Ce pampre entrait dans réglise par la fenêtre basse et étroite d'une diapelle latérale , et formait un rideau de feuillage à travers lequel une lumière pâle et douce arrivait sur nos têtes et descendait dans nos cœurs comme un souvenir réchauffant du monde que nous avions quitté. Une grappe de raisin qui ne devait point mûrir pendait sur le rebord intérieur de la fenêtre ; je ne sais qui cette grappe aurait pu tenter , car eHe était nourrie d'humidité et d'exhalaisons têSàe». Bans la cour d'entrée, où le pied s'empêtre dans les hautes herbes , quelques tombeaux ont été pratiqués dans les murs : c'étaient des sépultures pri** vilégiées ; il fallait avoir un fief et pouvoir mettre un blason sur la pierre de sa tombe pour être enterré là. A peine trois ou quatre privilégiés sont morts assez Vite pour êb*e couchés le long de ces muraiSes. Eii peii de temps l'on n'y a plus vu ni xBorts ni vivants.

L'aspect d'un édifice inachevé est peut-^tre plus pénible encore que celui d'un édifice en débris. Là du moins , c'est une pensée qui a eu sa force , qui a iait son temps , qui l'a feit glorieusement, et qui est morte, parce qu'il faut^ien que tout meure : ici c'est une pensée qui a été impinissante , qui s'est trompée d'époque , qui a avorté. Quand On a jeté les fondements cte l'église des Champs-Elysées , la piété des peuples prom^tait encore de subvenir à cette pieuse dépense ; les aumônes ne manquaient pas ; les corvées volontaires , au moyen desquelles on se rachetait de ses péchés , venaient aider les ouvriers qui touchaient un salaire; le souffle du christianisme suffisait encore pour soutenir ces immenses travaux ,

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