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et pour faire sortir les églises de terre. Tout-à-conp la piété des peuples s^est retirée ; Fargent a manqué : on a fini Vé^" fice comme on a pu ; on y a jeté une toiture telle quelle pour couvrir la nudité du sanctuaire ; et puis on Ta laissée là pour servir à cadier des voleurs et è nicher des hiboux ; et à quelques pas des d^ris pafens , qui ont commencé par être des monuments qui ont accomi^ leur destinée, il y a des débris chrétiens qui n^ont jam»s été que des débris. Le christianisme a bâti pour ne pas habiter; Farchitecte, qui croyait avoir cchiçu le plan d^un monument destiné à vivre, n^a conçu que le plan d^une ruine I Une ^ise catholique figure tout entière sur le catalogue du musée d^ Arles.
Je n^onblierai jamais ma promenade aux Champs-Elysées, G^était par une soirée de septembre. A cette époque , il n^y a plus de verdure (hns la campagne d'Arles , si ce n'est peutêtre celle des niâriers et des vignes. La terre est sèche et poudreuse; le gazon est brûlé ras; quelques-unes de ces fleurs qui poussent obstinément partout où il y a un peu de terre végétale , nées de la fraîcheur des nuits , sont desséchées avant le soir ; le chardon jaune d'or , qui n'a besoin ni de pluie ni de culture , qui pousse sous les pas des hommes , conserve quelques fleurs encore vives sur une tige flétrie. Le ten^s était alors à Forage; l'air était calme et lourd. Nous avions derrière nous l'église , devant nous la ville d'Arles ^ couverte d'un immense nuage noir. Le del paraissait divisé par égale moffîé , une moitié sereine , azurée , profonde ; l'autre sombre , chargée , et si près de terre qu'on eût dit que les nuages allaient se déchirer contre les srceaux des Arène». L'horizon ressemblait alors à un vaste amphithéâtre , sur lequel on n'avait déployé que la moitié du velarium. Nous étions dans la partie sereine , et cependant nous sentions le souffle du vent qui agitait la partie orageuse.
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L'espi'it rempli de tristesse, aous voyions le uuage s'épaissir de plus en plas sur la ville , et nous nous attendions à quelqu'une de ces grandes explosicms de la fondre qui font sou» vent des ruines que nous mettons sur le compte des hommes ; mais notre attente fut trompée. Le nuage se fondit, et dispa** rut en qudques minutes ; une main invisible replia le ve* larium, et tout anncmça pour la nuit un ciel ^oilé, et pour le lendemain un déL bleu. Les Artésiens, qui venaient d'avoir trois mois de sécheresse , ne virent pas sans diagrin ces trésors de pluie s'en aller daûs la direction de la ville de LycHi , qui en a toujoui^ plus qu'elle n'en veut. Quant à nous , je crois bien que notre tristesse se dissipa avec le gros nuage ; car l'homme n'a que des quarts d'heure de sympa^ thie pour le passé ; c'est autant de temps qu'il en faut à un uuage pour traverser un horizon de la Provence.
Je pourrai t»entot parler des raines romaines de la dté d'Arles. Ces ruines appartiennent à tout le midi , tandis que les ruines du moyen âge n'appartiennent qu'à Arles , et c'est par là qu'elle est intéressante par*dessus toutes les villes* Elle a eu deux histoires , deux vies , l'une géniale avec tout ce qui tenait à l'empire romain , l'autre particulière et lo* cale. Ces deux histoires ont leurs monuments ; ces deux vies ont leurs biographies. Ce sont qudques pierres sur lesquelles on pourra rêver encore , mais où il n^y a déjà phis que les savants de pn^ession qui puissent lire. La dté d'Arles aura* t-elle une trmsième histoire , vivra-t-eUe d'une troisième vie? Ce n'est pas ce qu'on peut croire en la voyant. Rien ne s'y bâtit qui puisse faire à son tour des ruines historiques. L'homme s'y loge bien ou mal : bien s'il est riche , mal s'il est pauvre. L'humanité ni l'art ne sont pour rien dans tout cela. Arles est une ruine qu'on entretient et qu'on rdrfanchit. Tout ce qu'il y a d'esprits cultivés et intelligents dans cette
ville célèbre se U)urne vers le centre , vers la cité qui re* présente Tunité française , et ne songe point k appliquer ses forces a recréer une nationalité qui s'est perdue dans le grand tout. Quant à la foule , elle ne slnquiète ni du passé ni de Tavenir , semblaUe à la foule de toutes les époques et de tous les pays, pour qui Theure du besoin est le seul temps. EMe apprécie les ruines diaprés kur utilité immédiate. Il en revient de Fargent au pays : donc elles sont curieuses. G^est un rai* sonnement que j^ai étendu faire à Arles et ailleurs , même par des gens qui tenaient à n^étre pas de la foule.
Tous les souvenirs que f ai emportés d^Ârles , sauf quelques 8ouvenii*s d^affection dont la confidence n'aurait dr(Ht à intéresser personne^ sont tristes et^ presque douloureux. La saison était pour beaucoup dans cette impression mélancolique. Le soldi , quoique affo&li , était encore accablant. 11 n'y avait aucun mouvement dans la ville; les fenêtres étaient closes , les rues désertes ; quelques boutiques sans chalands et presque sans étalage ne servaient qu^à faire sentir plus vivement cette solitude. Un jour pourtant qu'il faisait un vent frais , le besoin de respirer amena sur le quai et dans les rues quelques promeneurs. C'est alors seulement que je pus voir de charmantes figures de femmes et me faire une idée sufiSsante des beautés artésiennes , si vantées dans les livrets de voyage. J'avais à ce sujet quelque défiance , ayant été désappointé une première fois dans un pays dont les beautés ne sont pas moins vantées , le pays de Caux. Or , au pays de Caux , je n'avais pas même eu le bonheur de rencontrer une femme qui eût des dents. A Arles , il y a de belles dents et de beaux visages : ce sont des beautés de race , avec de grands traits , sans coquetterie , du moins apparente , qui sont belles sans le savoir , sans vous le jeter au visage du moins , comme font les beautés chiffonnées des pays de sang
mêlé. Toute vie n^est donc pas éteiute daps ratietenne ville municipale de TËmpire) dans TancieDoe capitale des Gaules , dans Tancienne république du moyen âge, puisqu'on y trouve encore à aimer. L^amour , c'est une histoire domc8> tique qui ^se fait sans bruit et sans éclat , chez les peu]^ qui fleurissent' et chez les peuples qui s'étâgnent, histoire qui ne laisse point de monuments , mais qui jette une hieur bien vive et bien profonde sur les ^destinées' des individus , surtout dans un pays jonché de ruines, où Ffaomme ressemble à un mourant qui veiUe sur des morts. Oh! qu'un amour serait poétique dans la vieille cité d'Arles ! tantôt sous les voûtes solitaires du clmfare ou sur le chemin pavé de tombes qui mène aux Champs-Elysées , tffiitèt sur les gradins des Arè^ nés ou du haut des tours carrées qu'on a bâties sur Fattique, et d^où Ton voit dans le lointain les marais s'approcher lentement de la ville , et la ceindre d'un rideau de Tapeurs léthifëres , - tantôt sur le fût dhnie cdonne païenne , tantôt sur le couvercle d'un sépulcre chrétien. Pourquoi la librairie ne soDge4-elle pas à expédier un romancier à Arles pour exploiter un tel amour?
Allez voir Arles , vous tous qui aimec les arts ; car c'est la ville la plus poétique et la plus touchante parmi celles qui ne sont plus que l'ombre de ce qu'eues ont été. AHez-y chercher un peu de cette tristesse savoureuse et nourrissante que donne la vue des ruines ; smrtout arrivez ^y par le Rhône , dont les beaux rivages prédisposent aux émotions des arts , aux souvenii's de la poésie et de l'histoire. Je sais qu'il n'est pas d'usage de dese^idre le Rhône jusqu'à Aiies , parce que cette noble cité n'est pas sur la route de Marseille , la ville vivante , cornue disent les commis voyageurs, où il fait si beau voir s'agiter , autour de la mare infecte qu'on appelle le port , une population cosmopolite à laquelle les calculs du
lucre donneut uniformément une physionomie empressée , avide , crochue ; je sais que le bateau à vapeur a coutume de reiftcher à Avignon , que c^est à Avignon qu^on a coutume de prendre la diUgence pour Marseille ; quec^est encore par Avignon qu^on a coutume de commencer la tournée du midi , pour de là se rendre à Marseille , puis de Marseille à Toulon et retour , puis de Marseille à Avignon , d^Avignon à N)mes ; car ainsi Ta voulu la direction des postes ; je sais qu^Arles n^est , comme on dit , sur la route de rien , qu elle fait un coude très-fàcheux , qu^U est désolant de ne pas passer par où passe tout le m(mde; je sais et je sens trè&-bien tout cela. Mais par combien de noUes jouissances la pauvre ville sditaire ne dédommage-t-elle pas celui de notre espèce moutonnière qui a le courage de se détourner du chemin battu , et d^aller à Marseille en deux traites et par deux voitures ! Pour moi , qui ai eu le courage de me faire débarquer seul , sur le quai d^ Arles , avec des barils de bière de Lyon , après avoir été le cinquantième peut-être d'un équipage qui se rendait à Marseille ^ conformément à Tusage , j'en ai été payé par des plaisii^ que Marseille même, la ville vivante, ne m'a pas fait oublier. C'est encore aujourd'hui un des rêves de ma vie de revoir Arles quelque jour , dans la saison de la verdure et des fleurs ; car on m'a dit qu'au mois de mars la vieille cité est fraidie et parée comme au plus beau temps de sa grandeur. Aussi bien elle ne s'abandonne pas , et parait disposée à vivre le plus longtemps possible ; car j'ai bien vu vingt ou trente ouvriers qui paraissaient occupés sérieusement à creuser un canal , lequel dmt recevoir les eaux des marais qui s'infiltrent sourdement dans les campagnes d'Arles , mais qui cesseront d'être malfaisantes quand on leur aura donné un cours. Que Dieu m'accorde du loisir et un printemps pour aller rêver encore sur les ruines
de la cité endormie , sar les débris de deux religions , dont Tune est morte , et dont Tautre ne peut pas relever ses temples qui tombent I G^est un vœu par lequel il est bien temps que je finisse.