BORCETTE
Borcette est un bourg au sud d'Aix-la-Chapelle , oon loin de la porte Mai*schier. C^est une loqgue rue sur le penehaat d'une colline très-rapide , où les maisons s^entassent et semblent se soutenir contre la chute jusqu^au bas d^un vallon qui court de Test h Touest , et qu'arrose la Worm. Borcette n'était encoi'e, au neuvième siècle, qu'une forêt de chênes, peuplée de sanghers qui durent entendre le son du cor -de Charlemagne , et d'où lui vint son nom de Porcelum. Vers la (in du dixième siècle , Tempereur Otton II donna la forêt à Grégoire, prince gi*ec , frère de sa femme Théophanie, lequel y fondp un monastère bénédictin, dont il fut Fabbé. L'abbaye attira des serfs , les serfs des hommes libres ; ceuxci bâtirent un village , qui peu à peu devint un bourg. L'esprit des temps modernes , dont l'instrument le plus puissant a été la révolution française , à fait de l'abbaye une propriété particulière , et de son église une paroisse commune à tous , et des descendants des serfs de Grégoire une population de drapiers industrieux et riches et de faiseurs d'aiguilles rivales de celles de l'Angleterre.
La curiosité de Borcette , ce sont ses eaux chaudes , dont les vapeurs se répandent en nuage tiède et argenté sur la partie basse de la ville. La source la plus considérable est entourée d'une large margelle d'où on la. voit s'échapper avec bruit et à gros bouillons , d'un fond de sable mobile, qu'elle soulève sans cesse , et qui sans cesse retombe. La chaleur de cette source est de cinquante degrés do Réaumiir. Il
n'^ a que la vue d'une mine d^or ou de diamant qui pAt intéresser plus vivement que cette masse liquide qui sort de là de temps immémorial , en même quantité , avec la même température , offrant aux pauvres gens une eau qui leur peut servir à mille usages. Les ménagères de Borcette ont un petit ^au attaché au bout d'une corde , qu'elles jettent par-dessus le parapet , et qu'elles retirent plein d'une eau bouillante oà les œufs cuisent en trois minutes. La vue de cette source n^'est, du reste , pas plus gratuite pour l'étranger que celle des reliques. A peine est-on penché sur la margelle , qu'une femme d'une maison voisine vient ouvrir une petite grille qui ferme une échancrure pratiquée dans le puits , remplit , aux plus gros bouillons de la source , un grand verre à bière , et vous l'apporte sans mot dire. La langue de Borcette pourrait n'être comprise que de peu de gens ; celle des gestes l'est de tout le monde. On s'exécute , et après avoir goûté avec précaution de cette eau , qui sent l'œuf pourri, on donne qudques sil-bergros à l'Hébé de la source , qui vous remercie par un faible salut , indifférente , maîtresse de ses sens , *
Et comme accoutumée b de pareils présents».
Toutes les eaux chdUdes de Borcette , ajprès avoir servi à différents établissem^ts de bains , vont se réunir dans un cannai , d'où elles se dégorgent , partie dans un petit lac en forme de carré long , b(»*dé d'arbres , et sur lequel flottent de légères fumées , partie dans un ruisseau qui coule parallèlement à un autre ruisseau d'eau frdide ,tlont il n'est séparé que de quelques pas. Chenlin faisant , ces ruisseaux se grossissent de petites sources minérales , éparses dans tout le vallon , et font mouvoir des fabriques et des moulins. La masse entière prend alors le nom de Worm ou rivière cliaudc , passe tout près
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d^Ai&^ljB-Cbapqtte , reçoit toutes les eaux qui fprnienl le Worm pariioulier de cette ville , et va se jeter a sept lieuefif de là , en maQîère de rivière, dans )a Roei\ dont le nom a désigné, pendant dix-huit ws , Vm de nos plus beaux départenaents du Bhin. Le petit lac de Borcette , appelé TËtang Ct^aïKl , à cause des eaiix chaudes quil reçoit, ne g^ jamais ; il protège de ses tièdes esbalaisons quelques plantes aquatiques qui ne croissent ordinaireoient que dans les climats du midi , et nourrit quantité de poissons médiocres. On ne peut manger de ces pois^ sonfi qu'api'ès les avoir fait dégcH'ger longtemps dans Teau frQid^ ; ils meurent à Tinstant , si de Teau froide on les rejette dans rétang où i)s sont nés, De beaux cygnes , qui vivent eu liberté sur ces miUe ruisseaux , s'accommodent de ce poisson td qu'il est, e^ le mangent sans préparation. On voit leui^ longs cous.Quduleux sortir du milieu des roseaux , d'où ils s'é^ lancent comme des oiseaux sauvages , avec un grand bruit d'ailes et un frémissepaent particulier que ne font jamais entendre les cygnes claquemurés de nos pièces d'eau bourgeoises. •
A Test de Borcette , le lit épuisé d'un petit ruisseau , qui coule a travers des taillis , mène, les amateurs de chemins infréquentés et de ruines douteuses sur les bords d'un étang-desséché , d'où s'élève un pan de muraille antique , eu forme de tour carrée. C'est le seul reste d'un édifice dont les décombres, amodc^ au pied de la muraille, sont recouverts d'arbres poussés entre les pierres et nourris par les pluies du ciel et les vapeurs de la vallée. Avec un peu de cette complaisance si facile aux voyageurs venus de loin , on pourrait placer là ce château de Gharlemagne où se pas^ l'épisode d'Éginhard et d'Emma. Ce serait là qu^Éginhard, après un rendez -vous d'amour avec la fille de l'empereur, durant lequel les heures s'étaient écoulées et beaucoup de neige était tombée dans la
cour du château , aurait été porté sur les épaules d'Emma , afin que Charles , dont les ^ux étaient si perçants , ne voyant que des pas de femme sur la neige , n'eut aucun soupçon de Taventure. Si ce n'est pas à cette place même que la belle Emma punit son royal père de cette jalousie plus qu^étrange qui porta Gharlemagne à ne pas marier ses filles , ce ne doit pas être très-lo|n de là ; et si Tayenture ne s'est pas tout à fait passée ainsi , peu de clioses vraies sont plus vraisemblables. C'en est assez toutefois pour donner un sens à cette ruine , contre laqudle un ndxe propriélllire d'Aix- la -Chapelle, bonmie à écuss(Mi armorié , a fait bâtir une habitaticMi de campagne qtii protégera contre les marchands de pierres toutes taillées l'asile des amours d'Éginhard et d'EiQma,
LE LOUISBbIiG.
Le Louisberg est , après la catliédrale pour quelques voyageurs y avant la cathédrale pour le phis grand nombre , la principale curiosité d'Aix-la-Chapelle. J'entendais ce nom à toutes les tables d'hôte. — « Vous allez à Aix-la-Chapelle? — Oui. — Ne manquez pas de monter au Louisberg. » Dans la voiture publique, encore ce Louisbei^g. — « Monsieur va sans doute vou* Aix - la - Chapelle pour son plaisir ? — Oui , s'il n'y pleut pas comme à Liège. — - Il ne faut pas oublier le Louisberg. » Viennent ensuite les conseils et les itinéraires. — « Ne prenez pas de guide ; ils sont chers et importuns ; on peut aller seul au Louisberg : il suffit de prendre h droite , puis à gauche , puis à droite , puis 5 gauche et à droite. » A
la descente de voiture : — « Monsieur veat-ii quelqu'un pour le conduire demain au Louisberg ?» Le lendemain , à peine au bas de l'escalier : — « C'est moi qui dois mener monsieur au Louisb^ç. — Mais je n'ai demandé personne. — Ah ! » Et voilà un cicérone qui se croit volé , et qui souhaite intérieurement que je me casse le cou avant d'arriver au Louisberg. Dans la rue : — « Monsieur va-t-il au Louisbei^ ? C^est par ici. » — Et d^à l'officieux guide me devance de qudques pas. Qu'est-ce donc que ce Louisberg?
Avant 1807, le Louifterg était, pour les géologues, une énorme masse de sable mélangé de coquillages pétrifiés , nue, stérile, sans verdure, et d'un difficile accès. Lamémemain qui, en 1807, donnait au commei'ce d'Aix-Ia-Chapefle un développement inouï , qui portait à quatre-vingt-dix le nombre de ses fabriques de draps , et à neuf mille le nomlft^ d'ouvriers employés à cette industrie ; qui améliorait les laines indigènes , et introduisait dans le pays les moutons de race espagnole; la même main qui donnait à l'habile mécanicien Jecker les bâtiments et les jardins d'une abbaye pour y établir une immense fabrique d'épingles , transportait sur les flancs arides du Louisberg la terre végétale et les arbres qui en font aujourd'hui une magnifique promenade. Cette main, c'était celle (k JVapoléon , dont le nom est resté si populaire à Aix*la-Chapelle, (ju'on y an*ête encore dans les rues et qu'on y cite devant le magistrat de braves gens qui , en sortant du cabaret , ont crié vive l'empereur ! C'est que sous Napoléon ils étaient mieax payés et travaillaient moins ; c'est que leur ville était la tête de pont de la France du côté de T Allemagne, et qu'ils y avaienl vu, en 1804, le vrai descendant de Charlemagne ; c'est qu'au lieu d'une garnison de lourds soldats du Sti*alsund , qu'on envoie la de Tijutre bout de In Prusse , et qui obtiennent , dans leui's moments libres , l'autorisation de porter des fardeaux
pour le compte des particuliers, ils étaient gardés par des solitats gaisetbons vivants, qui avai^t battu toutes les armées de TEurope. Un chemin pavé, bordé de sapins et de peupliers, va de la vflle au pied du mont. Deux allées sablées , qui montent en escalier double le long de ses flancs , amènent des deux côtés, et par une pente douce, lés gens de pied et les voitures, jusqu'à une pyramide en pierre, qui en marque le point le plus élevé. Cette pyramide , élevée par nos ingénieurs , correspondait à Tune des pointes de la grande base triangulaire établie pour la levée du plan topographique des départements unis du Rhin. C'est de là qu'un de nos colonels du génie faisait ses observations astronoimques. Une inscription française, gravée sur la pyramide , indiquait ces diverses circonstances. En 1814 , les soldats du Stralsund abattu*ent la pyramide ; le roi de Prusse Ta fait relever ; mais l'inscription française a éié remplacée par une inscripfion allemande , et le nom de Napoléon ne s'y lit plus.
La vue qu'on a du Louisberg est ravissante : au sud , la ville et ses tours et le vaisseau du chœur de la cathédrale, ce toit de la lanterne mystérieuse , la poile dite de Giarlemagne, les hauteurs du vallon de Borcette, la ruine d'Éginhard, et tout autour de la ville , ce grand parc anglais , jeté sur des fossés comblés ; des routes qui , partant de tous les points de la ville, s'enfoncent dans les forêts, et en sortent à Thorizon ; des maisons de campagne à l'entrée des bois , des fumées s'échappant des houillères , des moulins à vent sur tous les mamelons , de petites collines avec leurs vallons , leurs ruisseaux , leurs forêts , leurs prairies , leurs champs enclos de haies , leui's villages cachés dans les arbres ; quelques lieux historiques; le Salvàtorsberg (Mont-du-Sauveur), couronné par une église et un monument rusU(|ue; le Bergerbusch (Bois-du-Mont) , que les Français appelaient Bosquet Pauline,
parce que la princesse Pauline aimait à s^y proniener ; la hauteur de Melaten , sur laquelle se dressaient jadis les fourches patibulaires , où étaient pendus les criminels non bourgeois , et que les Français abattirent ; à Touest et au nord , VEmpire (f Aix4arChapeUe , qui avait cinq quarts d'heure de longueur sur une lieue de largeur, petit empire ceint tout autour d'un fossé et d'une haie , et divisé en quartiers dont diacun avait son capitaine , son lieutenairt et son enseigne ; à trois quarts de lieue de Tune des portes d^Aix , Vaels , village hAge , dont les manufoctures de draps et d'mguriUes sont mues par un ruisseau qui fait frontière «ntro la Belgique et la Prusse. Enfin , le mont lui-même attire les reg^s parles belles plantations, ses bosquets étages dans les intervalles des allées ; son petit temple à colonnes et son pavtlltm diiitoid , qu'il ne faut pas voir de trop près , et sa mhmde , xm se donnent les r^idezvous d'amour et les rendez-^ous de boire , deux choses qui se font sous tous les gouvernements , et comme ici , à ciel ouvert.
Dans cet horizon plus varié qu'étendu, trms grands hcmimes ont laissé la trace de leurs pas ; César, qui vint y exterminer les Ëburons ; Charlemagne , qui y sema de la race saxonne arrachée du sol natal , et qui mourut à Aix-la-Chapelle ; Napoléon , qui vint y chercher le méridien de la France rhénane, y fonder des fabriques d'épin^es, et y planter une promenade. Dans l'intervalle, les Normands, dont Charlemagne avait vu avec effroi les barques longues pirata* jusque dans son port de Narbonne , passèrent sur la ville et la détruisirent. Saint Bernard y prêcha la croisade , alors que Conrad 111 y tenait sa cour, et qu'on y menait, dit Philippe, le compagnon de saint Bernard , une vie de voluptueux et de fous. Au treizième siècle , Rodolphe d'Habsbourg voulut s'y faire couronner; mais comme les princes lui refusaient le
sermmi sous prétexte que sa main n^était pas armée du soepire imp^al, il prit le crucifix qui était sur l^autel, et dit : « Voici qui me tiendra lieu du sceptre, et qui me servira à châtier tous ceux qui s^ont infidèles à Tempire ou à moi.)> Gharles- Quint , roi des Espagnes et des Amériques , y fut couronné empereur d^ Allemagne. Enfin , la paix fameuse d^Aix-la-^hapelle y fut signée, en 1668, entre la France, FEspagne, la Hollande et l'Angleterre, paix glorieuse pour la France, bien différente de cette paix qu'on lui accorda , en 1818 , dans un congrès de rois vaincus dix fois , vainqueurs une fois , lesquds signèrent, le 14 novembre, la retraite de France des troupes alliées, et furent l'emerciés par le duc d'Angouléme, expédié pour cela en courrier confidentid par Louis XVIII.
LA kJÊGBNBE DE CHAHLEMAeilB.
La poésie et la science y eurent aussi un pèleiin illustre, ce fut Pétrarque , qui fit quelque séjour à Aix-la-Chapelle dans saa grand voyage en France et en Allemagne. Il émvit à Jean Gokmne , son protecteur et son ami , la lettre suivante qui peut passer pour Tune des plus piquantes légendes d'Aixla4]3bapelle.
« J'ai vu la ville d'Aix , réâdence de Charlemagne , et , dans unfe ^lise bâtie en marbre , le tombeau de ce prince si révéré de ces peuples barbares. Quelques prêtres de cette église nous ont amusés d'un conte qu'on n'entend pas sans plaisir, et qu'ils m'ont montré écrit. Depuis lors je l'ai trouvé raconté avec plus de soin dans des écrivains modernes , et
j'ai ridée de vous le faire connaître. Touleiois, je ne veux pas qu'on me recherche pour la vérité du fait ^ qui reste , comme on dit , à la charge de ses auteurs.
» On raccMite donc que le roi Charles , que , par le sur^ nom de Grand , ils oseiU égalef* à Pompée et à Alexandre , tout énervé des caresses d'une femme qu'il aimait à la folie, oubliant sa gloire , dont il s'était montré jusque-là si jaloux, négligeant les affaires du royaume , ouMiant tout et luimême , au grand chagrin et au grand dépit des siens , ne trouvait depuis longtemps de goût et de plaisir qu'aux embrassem^ts de sa maîtresse. Il s^ublait qu'il n'y eut plus de remède , à ce fol amour qui fermait les oreilles royales de Charles aux conseils de la raison , lorsqu'une mort inespérée emporta la jeune femme , cause de tous ces malheurs , et mit dans tout le palais une joie immense , mais cachée. Mais on vit bientôt qu^plus la passion du roi avait été hooteuse , plus ses regrets étaient violents. Sa fui'eur, loin d'être calmée par cette mort , passa tout entière sur ce cadavre défiguré et livide. 11 le fit embaumer dans des parfums, le chargea de pierreries , le revêtit de pourpre , et , nuit et jour, il le pressait dans ses bras , et le couvrait de baisers avides et de larmes.
» Que doit être un règne , sinon une domination juste et porteuse? Qu'est-ce , au contraire , que Famoiu*, sinon une servitude injuste et sans honneur?
» Tandis qu'il arrivait de toutes parts vers l'amant on plutôt vers l'insensé * des ambassadeurs de toutes les nations , des chefs d'armée et des gouverneurs de provinces , qui venaient l'entretenir des plus graves intérêts de l'Europe,
' Il y a dans le lalin un jeu de mots qu'on ne peut pas rendre en français : kà amanientt ticu {tccWùs,) ad amentfim...
lui , couché sur sod lit , malheureux , seul , les portes fermées en dedans , restait attaché à ce corps tant aimé , rappelant souvent du nom d'amie , conuxie si die eût été vivante et qu'elle eût pu lui répondre. U lui confiait ses soucis et ses peines , il lui murmurait de douces paroles , il poussait ces soupirs , il versait ces larmes , accompagnements étemels de Tamour . C'était un misérable soulagement , mais le seul que ce roi, d'ailleurs si sage , dit-on, en toutes choses, fût libre de choisir.
)) lis ajoutent à ce récit des détails que je crois impossibles et que je ne juge pas convenaUe de te raconter. — L'évéque de Cologne, hc»nme renommé pour sa sagesse et sa sainteté , se trouvait alors a la cour. U était le premier des personnages de la suite du roi et la voix prépondérante dans ses conseils. Ce prélat , ému de compassion pour son seigneur, et voyant que les remèdes humains étaient sans vertu, tourna ses pensées vers Dieu et lui adressa de continuelles prières , disant qu'en lui reposaient toutes ses espérances , et lui demandant avec des géaûs^^nents qu'il out fin à ce malheur. Après avoir longtemps prié , et quand il ne paraissait pas encore près de finir, il fut enfin consolé, un certain jonr^ par un miracle éclatant. Comme il disait la messe , sdon sa coutume , et qu'après les plus pieuses prières il se frappait la poitrine et arrosait l'autel de larmes , une voix descendue du ciel lui dit que la cause du délire de Charles était sous la langue de la femme morte. Le sacrifice achevé , ii courut tout joyeux dans la chambre où était le corps , et où sa famiUarité très-connue avec le roi lui donnait le droit de pénétrer ; il introduisit secrètement son doigt dans la bouche du cadavre, et trouva sous la langue glacée et roide une pierre précieuse enchâssée dans un petit anneau , qu'il arracha en toute hâte et emporta.
» Peu d'instants après, Charles rentra dans cette chambre, et courut , sek)n sa coutume , au cadavre , pour y renouveler ses stérUe^ embrassanents ; tout à coup il s^arréte à la vue de ce corps desséché ; ses cheveux se dressent sur sa tète ; il a horreur d'y toucher. Bientôt il ordonne qu'on Fenlève et qu'oq le porte à la sépultin*e. Hais sa passion s'est tournée tout entière sur Tévéque de Cologne ; il l'aime , il le recherche ; de jour en jour il s'attache fins fortement à lui. Désormais il ne fait rien que de son avis , et ne veut s'en séparer ni de jour ni de nuit.
» Le prélat , homme plein de sens et de prudence, résolut de se débarrasser d'un pmds que tant de gens peut-être eussent désiré , mais qui lui parut insupportable. Toutefois , craignant que , si l'anneau passait dans les mains d'un autre ,
ou s'il était brisé , il n'en résultât quelque péril pour soiï mattre, il l'alla jeter dans un marais voisin.
» Chartes habitait alors la ville d'Aix avec tous les grands. De ce moment , il la préféra entre toutes les autres villes. Rien ne lui plaisait plus que son marais ; il prenait le plus vif plfflsir à s'asseoir sur ses bords , à se baigna dans ses eaux , . à respirer ses exhalaisons , qu'il trouvait plus suaves que des parfiims. Finalement , il y transporta sa cour, et, faisant jeter d'énormes môles dans les eaux du marais , il s^y bâtit à grands frais un palais et une église , afin qu'aucune affaire , divine ni humaine , ne put J'en arracher. Il y passa le reste de sa vie , et y fut ensevdi. »
Heureuse ville , qui a eu pour fondateur Charlemagne et pour légendaire Pétrarque !