IV. m PETIT ABHIil, PC LIMB ÉCMNCIBTE
Si l'on vous dit : Il n'y a point de principes absolus. La prohibition peut être mauvaise et la restriction bonne.
Répondez: La restriction prohibe tout ce qu'elle empêche d'entrer.
— Si l'on vous dit : L'agriculture est la mère nourricière du pays.
Répondez: Ce qui nourrit le pays, ce n'est précisément pis l'agriculture, mais le blé.
— Si l'on vous dit: La base de l'alimentation du peuple, c'est l'agriculture.
Répondez : La base de l'alimentation du peuple, c'est le blé. Voilà pourquoi une loi qui fait obtenir, par du travail agricole, deux hectolitres de blé, aux dépens de quatre hectolitres qu'aurait obtenus, sans elle, Un même travail industriel, loin d'être une loi d'alimentatioo, est une loi d'inanition.
— Si l'oa vous dit : La restriction à l'entrée du Ijlé étranger induit à plus de culture et par conséquent à plus de production intérieure.
Répondez : Elle induit à semer sur les roclics des montagnes et sur les sables de la mer. Traire une vache, et traire toujours, donne plus de tait; car qui peut dire le moment où on n'obtiendra plus une goutte? Hais la goutte coûte cher.
— Si l'on vous dit: Que le pain soit cher, et l'agriculteur devenu riche enrichira l'industriel.
Répondez: Le pain est cher quand il yen apeu.ee qui ne peut faire que des pauvres, ou si vous voulez, des riches affamés.
— Si l'on insiste disant : Quand le pain renchérit, les salaires s'élèvent.
Répondez en montrant, en avril 1847, les cinq sixièmes des ouvriers à l'aumône.
— Si l'on vous dit : Les profils des ouvriers doivent suivre h cherté de la subsistance.
Répondez : Cela revient à dire que, dans un navire sans provisions, tout le monde a autant de biscuit, qu'il y en ait ou qu'il n'y en ait pas.
— Si l'on vous dit : Il faut assurer un bon prix à celui qui vend du blé.
Répondez : Soit; mais alors il faut assurer un bon salaire à celui qui t'achète.
— Si l'on vous dittLes propriétaires qui font la loi ont élevé le prix du pain sans s'occuper des salaires, parce qu'ils savent que, quand le pain renchérit, les salaires haussent (oui naturellement.
Répondez : Sur ce principe, quand les ouvriers feront la loi, ne les blâmez pas, s'ils fixent un bon taux des salaires, sans s'occuper de protéger le blé, car ils savent que, si les salaires sont élevés, les subsistances renchérissent tout naturellement.
— Si l'on vous dit : Que laut-il donc faire ï Répondez : Être juste envers tout le monde.
— Si l'on vous dit : Il est essentiel qu'un grand pays ait l'industrie- du fer.
Répondez : Ce qui est plus essentiel, e'est que ce grand pays ait du fer.
— Si l'on vous dit : 11 est indispensable qu'un grand pays ail l'industrie du drap.
Répondez : Ce qui esl plus indispensable, c'est que, dans ce grand pays, les citoyens aient du drap.
— Si l'on vous dit i Le travail est la richesse. Répondez : C'est Taux.
Et par voie de développement, ajoutez: Une saignée n'est pas la santé ; et la preuve qu'elle n'est pas la santé, e'est qu'elle a pour but de la rendre.
— Si l'on vous dit: Forcer les hommes à labourer des roches et à tirer une once de fer d'un quintal de minerai, c'est accroître leur travail et par suite leur richesse.
Rëpoudez : Forcer les hommes à creuser des puits en leur interdisant l'eau de la rivière, c'est accroître leur travail inutile, mais non leur richesse.
— Si l'on vous dit : Le soleil donne sa chaleur et sa lumière sans rémunération.
Répondez : Tant mieux pour moi, il ne m'en coûte rien pour voir clair.
— Et si l'on vous réplique : L'industrie, en général, perd ce que vous auriez payé pour l'éclairage.
Riposlez : Non; car n'ayant rien payé au soleil, ce qu'il m'épargne me sert à payer des habits, des meubles et des bougies
— De même si l'on vous dit ; Ces coquins d'Anglais ont des capitaux amortis.
Répondez : Tari mieux pour nous, ils ne nous feront pas payer l'intérêt.
— SI l'on vous dit : Ces perGdes Anglais trouvent le fer et la bouille au même glle.
Répondez: Tant mieux pour nous, ils ne nous feront rien payer pour les rapprocher.
— Si l'on vous dit : Los Suisses ont de gras pâturages qui coûtent peu.
Répondez : L'avanlage est pour noift, car ils nous demanderont une moindre quantité de notre travail pour fournir des moteurs à notre agriculture et des aliments à nos estomacs.
— Si Ton vous dit : Les terres de Crimée n'ont pas de valeur et ne payent pas de taxes.
Répondez : Le profit est pour nous qui achetons du blé exempt de ces charges.
— Si l'on vous dit : Les serfs de Pologne travaillent san3 salaires.
Répondez : Le malheur est pour eux et le profit pour nous, puisque leur travail est déduit du prix du blé que leurs maîtres nous vendent.
— Enfin, si l'on vous dit : Les autres nations ont sur nous une foule d'avantages.
Répondez ; Par l'échange, elles sont bien forcées de nous y faire' participer.
— Si l'on vous dit : Avec la liberté, nous allons être inondés de pain, de bœuf à la mode, de bouille et de paletots.
Répondez : Nous n'aurons ni faim ni froid.
— Si l'on vous dit : Avec quoi payerons -no us ?
Répondez : Que cela ne vous inquiète pas. Si nous sommes inondés, c'est que nous aurons pu payer, et si nous ne pouvons payer, nous ne serons pas inondés.
— Si l'on vous dit : J'admettrais le libre échange si l'étranger, en nous portant un produit, nous en prenait un autre; mais il emportera notre numéraire.
Répondez : Le numéraire, pas plus que le café, ne pousse dans les champs de la Reauce , et ne sort des ateliers d'KL-
«ÉUHSE3 d'écoboïie politique. I. 19
beuf. Pour nous, payer l'étraDger avec du numéraire, c'est comme le payer avec du café.
— Si I'od vous dit : Mangez de la viande.
Répondez : Laissez-la entrer.
— Si l'on vous (lit, comme la Presse : Quand on n'a pas de quoi acheter do pain, il faut acheler do bœuf.
Répondez : Conseil aussi judicieux que celui de M. Vaulour à son locataire :
— Si l'on vous dit, comme la Presse : I.'Élal doit enseigner au peuple pourquoi el comment il faut manger du bœuf.
Répondez : Que l'Élat laisse seulement entrer le bœuf, et quant à le manger, le peuple le plus civilisé du monde est assez grand garçon pour l'apprendre sans maître.
— Si l'on vous dit : L'Étal doit tout savoir et prévoir pour diriger le peuple, et le peuple n'a qu'a se laisser diriger.
Répondez : Y a-t-il un Étal eu dehors du peuple el une prévoyance humaine eu dehors de l'humanité? Archimèdc aurait pu répéter tous les jours de sa vie : i Avec un levier et un point d'appui, je remuerai le monde, > qu'il ne l'aurait pas pour cela remué, faute de poiut d'appui et de levier. Le point d'appui de l'Étal, c'est la uaiiou, et rien de plus insensé que de fonder tani d'espérances sur l'État, c'est-à-dire de supposer la science el la prévoyance collectives, après avoir posé en fait l'imbécillité et l'imprévoyance individuelles.
— Si l'on vous dit: Mon Dieu! je ne demande pas de faveur, mais seulement uu droit sur le blé et la viaude qui compense les lourdes taxes auxquelles la France est assujettie; un simple petit droit égal à ce que ces taxes ajoutent au prix de revient de mon lié.
Répondez : Mille pardons, mais mot aussi je paye des taxes. Si donc la protection que vous vous votez à vous-même a cet effet de grever pour moi votre blé tout juste de votre quotepart aux taxes, votre doucereuse demande ne lend à rien moins qu'à établir entre nous cet arrangement par vous formulé.:
i Attendu que les charges publiques soul pesantes, moi, veudeur deblé, je ne payerai rien un toul, el Loi, mon voisin l'acheteur, tu payeras deux paris, savoir : la tienne et la mienne. > Marchand de blé, mon voisin, lu peux avoir pour loi la force; mais, à coup sur, tu n'as pas pour loi la raison.
— Si l'on vous dit : il est pourlant bien dur pour moi, qui paye des laies, de lutter sur mon propre marché avec l'étranger qui n'en paye pas.
Répondez :
1" D'abord, ce n'est pas noire marché, mais notre marché. Moi qui vis de blé et qui le paye, je dois être compte pour quelque chose.
2" Peu d'étrangers, par le temps qui court, sont exempts de taxes.
3° Si la taxe que vous votez vous rend, en routes, canaux, sécurité, etc., plus qu'elle ne vous coûte, vous n'êtes pas justifies de repousser, à mes dépens, la concurrence d'étrangers qui ne payent pas la taxe, mais n'ont pas non plus la sécurité, les routes, les canaux. Autant vaudrait dire : Je demande un droit compensateur, parce que j'ai de plus beaux habits, de plus forts chevaux, de meilleures charrues que le laboureur russe.
4> Si la taxe ne rend pas ce qu'elle coule, ne la volez pas.
5° Et en définitive, après avoir volé la taxe, vous plaît-il de vous y soustraire? Imaginez un système qui la rejette sur l'étranger. Mais le tarif fait retomber votre quote-part sur moi qui ai déjà bien assez de la mienne.
— Si l'on vous dit : Chez les Russes, la liberté du commerça est nécessaire pour échanger kitrs produit! avec avantage. (Opinion de M. Thiers dans les bureaux, avril 1 847.)
Répondez : La liberté est nécessaire partout cl par le même motif.
— Si l'on vous dit: Chaque pays a ses besoins. C'est d'après cela qu'i/ faut agir. (M. Thiers.)
Répondez : C'est d'après cela qu'i'i agit de Ini-mime quand on ne l'en empêche pas.
— Si l'on vous dit: Puisque nous n'avons pas de t61e6, il faut en permettre l'introduction. (M. Thiers.)
— 220 ~- Répondez : Grand merci.
— Si l'on vous dit : Il faut du fret à la marine marchande. Le défaut de chargement au retour faii {[ne notre marine ne peut lutter conire la marine étrangère. (M. Tliters.)
Répondez : Quand on veut tout faire chez soi, ou ne peut avoir de fret ni à l'allée ni au retour, il est aussi absurde de vouloir une marine avec le régime prohibitif qu'il le sérail de vouloir des charrettes là où ou aurait défendu tous transports.
— Si l'on vous dit : A supposer que la protection est injuste, tout s'est arrangé là-dessus; il y a des capitaux engagés, des droits acquis; ou ne peut sortir de là sans souffrance.
Répondez : Toute injustice profile à quelqu'un (excepté, peut-être, la restriction qui à la longue ne profile à personne) ; arguer du dérangement que la cessation de l'injustice occasionne à celui qui en profile, c'est dire qu'uue injustice, par cela seul qu'elle a existé un moment, doit être éternelle.
(ràppoet au koi.)
« Sire,
< Quand on voit ces hommes du libre n-linnge répandre audacieusement leur doctrine, soutenir que le droit d'acheter et de vendre est impliqué dans le droit de propriété (insolence que M. liillaull a relevée en vrai avocat), il est permis de concevoir de sérieuses alarmes sur le sort du travail national; car que feront les Français de leurs bras et de leur intelligence quand ils seront libres?
. t L'administration que vous avez honorée de votre confiance a dû se préoccuper d'une situation aussi grave, et chercher dans sa sagesse nue protection qu'on puisse substituer à celle qui parait compromise. Elle vous propose d'interdire a vos