DEUXIÈME LETTRE
■u tHiilcut delà Coirdii Ptaflt.
L'usage d'une propriélé eut une voleur. — Toute valeur peut s'échanger eonlre une aulre. — Fécondité du akrim. — Sa coopération n'es i pas rémunéré* am déptDa du tbivàii.— Celle rémunéra lion n'esl pas exclusivement attachée à la circonslance du rflér.
L'ardeur extrême avec laquelle le peuple, en France, s'est mis à creuser les problèmes économiques, et l'inconcevable Indifférence des classes aisées à l'égard de ces problèmes, forment un des traits les plus caractéristiques de notre époque. Pendaui que les anciens journaux, organes et miroirs de la bonne société, s'en tiennent à la guerroyante et stérile politique de parti, les feuilles destinées aux classes ouvrières agitent incessamment ce qu'on peut appeler les questions de fond, les questions sociales. Malheureusement, je le crains bien, elles s'égarent dès leurs premiers pas dans celle voie. Mais eu pouvait-jl être autrement? Elles put du inoius le mérite de chercher la vérité. Tôt ou tard la possession de la vérité sera leur récompense.
' Puisque vous voulez bien, monsieur, m 'ouvrir les colonnes de la Voix du Peuple, je poserai devant vos lecteurs, et m'efforcerai dé résoudre ces deux questions ; ' 1° L'intérêt des capitaux est-il légitime?
2° Est-il prélevé aux dépens' du travail et des travaillions différons sur la solution ; mais il est un point sur lequel nous sommes certainement d'accord : c'est que l'esprit humain ne peut s'attaquer {sauf les problèmes religieux) à des questions plus graves.
Si c'est moi qui me trompe, si l'intérêt est une (axe abusive, prélevée par le capital sur tous les objets de consommation,
j'aurai à me reprocher d'avoir, à mon insu, élançonné par mes arguments le plus, ancien, le plus effroyable ei le pins universel abus que le génie de la spoliation ait jamais imaginé, abus auquel ne se peuvent comparer, quanta la généralité des résultats, ni te pillage syslémalique des peuples guerriers, ni l'esclavage, ni le despotisme sacerdotal. Une déplorable erreur économique aurait tourné contre la démocratie celte flamme démocratique que je sens briller dans mon cœur.
Mais si l'erreur est de votre côté, si l'intérêt est non-seulement naturel, juste et légitime, mais encore utile el profitable, même à ceux qui le payent, vous conviendrez que voire propagande ne peut que faire, malgré vos bonnes intentions, un mal immense. Elle induit les travailleurs à se croire victimes d'une injustice qui n'existe pas ; à prendre pour nu mal ce qui est un bien. Elle seine l'irritation dans une classe, el la frayeur dans l'autre. Elle détourne cens qui souffrent de découvrir la vraie cause de leurs souffrances en les niellant sur une fausse piste. Elle leur montre une prétendue spoliation qui les empêche de voir et de combattre les spoliations réelles. Elle familiarise les esprits avec celte pensée funeste que l'ordre, la justice et l'union pe peuvent renaître que par une transformation universelle (aussi détestable qu'impossible dans l'hypothèse ) de tout le système selon lequel s'accomplissent, depuis le commencement du monde, le travail et les échanges.
11 n'esl donc pas de question plus grave. Je la reprendrai au point où la discussion l'a amenée.
Oui, monsieur, vous avez raison, (loin me vous dites, nous ne sommes séparés que par l'épaisseur d'une équivoque portant sur les mots mage et propriété. Mais cette équivoque suffît pour que vous croyiez devoir marcher, plein de confiance, vers l'ot'cnli'iii, tandis que ma foi me pousse vers l'orleui. Entre nous, au point de départ, (a dislance est imperceptible, mais elle ne tarde pas à devenir un abîme incommensurable.
La première chose k faire, c'est de revenir sur nos pas, jusqu'à ce que nous ayons retrouvé le point de départ sur lequel nous sommes d'accord. Ce terrain qui nous est commun, c'est la naiiuatité des nervkes.
J'avais dit : Celui qui prête une maison, un sac de blé, nn rabot, une pièce de monnaie, un navire, en un mot une valeur, pour un temps déterminé, rend un service. Il doit doue recevoir, outre la restitution de cette valeur à l'échéance, un service équivalent. — Vous convenez qu'il doit, en effet, recevoir quelque chose. C'est un grand pas vers la soluliou, car c'est ce quelque chose que j'appelle intérêt.
Voyons, monsieur, nous accordons-nous sur ce point de départ? Vous me prêtez, pour toute l'aunée 181!), 1,000 fr. en écus, ou un instrument de travail estimé 1,000 fr., — ou un approvisionnement valant 1,000 fr., — ou une maison valant 1,000 fr. C'est eu 1849 que je recueillerai tous les avantages que peut procurer celle valeur créée par voire travail et non par le mien. C'est en 18 -19 que vous vous priverez volontairement, en ma faveur, de ces avantages que vous pourriez trèslégitimement vous réserver. Suffira-t-il, pour que nous soyons quittes, pour que les services aient été équivalents et réciproques, pour que la justice soit satisfaite, suffira-t-il qu'au premier de l'an 1850, je vous restitue intégralement, mais uniquement, vos écus, votre machine, votre blé, votre maison? Prenez garde, s'il en doit être ainsi, je vous avertis que le rôle que je me réserverai toujours, dans ces sortes de transactions, sera celui d'emprunteur ; ce rôle est commode, il est tout profit ; il me met à même d'être logé et pourvu toute ma vie aux dépens d'autrui, à la condition toutefois de trouver un préteur, ce qui, dans ce système, ne sera pas facile; car qui battra des maisons pour les louer gratis el se contenter, de terme en terme, de la pure restitution?
Aussi n'est-ce pas là ce que vous prétendez. Vous reconnaissez (et c'est ce que je liens à bien constater) que celui qui a prêté une maison ou une valeur quelconque a rendu un service dont il n'est pas rémunéré par la simple remise des clefs au terme, ou le simple remboursement a l'échéance. Il y a donc, d'après vous comme d'après moi, quelque chose à stipuler eu sus de la restitution. Nous pouvons ne pas nous accorder sur la nature et le nom de ce quelque chose; mais quelque ckuse esi dn par l'emprunteur. Et puisque vous admettez, d'une pan,
la mutualité des services, puisque, d'autre parr, vous avouei que le préteur a rendu ce service, permettez -moi d'appeler provisoirement cette chose due par l'emprunteur un sentie.
Eh bien, monsieur, il me semble que la question a fait un pas, et même un grand pas, car voici où nous en sommes:
Selon votre théorie, tout aussi bien que selon la mienne, entre le préteur et l'emprunteur, cette convention est parfaitement légitime, qui stipule :
1° La restitution intégrale, à l'échéance, de l'objet prêté;
2° Un sentie a rendre par l'emprunteur au préteur eu compensation du service qu'il en a reçu.
Maintenant, quels seront la nature et le nom de ce service dû par l'emprunteur? Je u'atlache pas à ces questions l'importance scientifique que vous y mettez. Elles peuvent être abandonnées aux contractants eux-mêmes, dans chaque cas particulier. C'est véritablement leur affaire de débattre la nature et l'équivalence des services à échanger, aussi bien que leur appellation spéciale. La science a fini quand elle en a montré la cause, l'origine et la légitimité. L'emprunteur s'acquittera en hlé, en vin, en souliers, en main-d'oeuvre, selon son état. Dans la plupart des circonstances, et seulement pour plus de commodité, il pavera en argent; et comme on ne se procure l'argent qu'avec du travail, on pourra dire qu'il paye avec du travail. Ce payement , juste et légitime d'après vous-même, pourquoi me défendriez-vous de le baptiser loyer, fermage, escompte, rente, prêt, intérêt, selon l'occurrence?
Hais venons-en à l'équivoque qui nous sépare, à la prétendue confusion que je fais, dites-vous, entre Visage et la propriété, entre le prêt de la chose et une cession absolue.
Vous dites : Celui qui emprunte une propriété, une valeur, élant tenu de la rendre intégralement à l'échéance, n'a reçu, au fond, qu'un usage. Ce qu'il doit, ce n'est pas une propriété, une valeur, mais l'usa je d'une propriété, d'une valeur équivalente. Identifier ces deux ordres de nature diverse, sans équivalence possible, c'est détruire la mutualité des services.
Pour aller à la racine de l'objection, il faudrait remuer tous les fondemenis de l'économie sociale. Vous n'attendez pas de
moi un le! iravail, mais je vous demanderai si, selon vous, \ tnage Ù"uue valeur u'a pas lui-même une valeur ? s'il n'est pas susceptible d'être évalué? D'après quelle règle, sur quel principe, enjpécberez-vous deux cou damants de comparer un usage à une somme d'argent, à une quantité de main-d'œuvre, et d'échanger sur ces bases, si cela les arrange! Vous me prêtez une maison de 20,000 francs; par là vous me rendez un service. Entendez-vous dire que, malgré mon cotisentenient el le vôtre, je ne puis m acquitter, au nom de la science, qu'en vous prêtant aussi uue maison de même valeur? Mais cela est absurde, car si nous avions tous des maisons, nous resterions chacun dans la nôtre, et quelle serait la raison d'élre du prêt? Si vous allez jusqu'à prétendre que mutualité de services implique que les deux services échangés doivent êlre non-seulement égaux en valeur, niais identiques en nature, vous supprimez l'échange aussi bien que le prêt. L'n chapelier devra dire à sou çlicnl : Ce que je vous cède, ce n'est pas de l'argent, mais un chapeau; ce que vous me devez, c'est un chapeau, et non de l'argent,
Que si vous reconnaissez que les services s'évaluent et S'échangent, précisément parce qu'ils diffèrent de nature, vous devez convenir que la cession d'un usage qui est un service peut très-légitimement s'évaluer en blé, en argent, en maind'œuvre. Prenez-y garde, votre théorie, tout en laissant paiv railemeni subsister le principe de l'intérêt, ne tend à rien moins qu'à frapper d'inertie toutes les transactions. Vous ne réformez pas, vous paralysez.
Je sups cordonnier, Mon métier doit me faire vivre; mais, pour l'exercer, il faut une je sois logé, et je n'ai pas de maison. D'un antre côte, vous avez consacré votre travail à en bâtir que, mais vous ne savez pas faire vos souliers ni ne voulez aller pieds fius- fions pouvons nous arranger : vous me logere», je Vous chausserai- Je profiterai de votre travail comme vous du jnien; nous nous rendra us réciproquement service. Le toutes» d'arriver à une juste évaluation, à une parfaite équivalence, et je n'y voiç d'autre moyen que le libre débat.
Et, sons prétexte qu'il y a. cession d'un objet matériel d'un
côté et que de Fautre il n'y a cession que d'un usage., la tbèorïé viendrait nous dire : Cette transaction ne se fera pas, Ole est illégitime, abusive ei spoliatrice; il s'agit de deux services qui n'ont pas d'équivalence possible, et que vous n'avez ni la faculté dévaluer, ni le droit d'échanger?
Ne voyez-vous pas, monsieur, qu'une telle théorie the à la fois et l'échange et la liberté? Quelle est donc l'autorité qui viendra anéantir ainsi notre commun et libre consentement? Sera-ce la loi? Sera-ce l'Étal? Mais je croyais, moi, que non*' faisions la loi, que nous payions l'État pour protéger nos droits et non pour les supprimer.
Ainsi, nous étions d'accord lotit à l'heure sur « point, que l'emprunteur doit quelque chose en sus de la simple restitution. Accordons-nous maintenant sur cet autre point que ce quelque chose est susceptible d'Être évalué, et par conséquent d'être acquitté, selon ta convenance des contractants, sous une Aéi formes quelconques que peut affecter la valeur.
La conséquence qui s'ensuit, c'est que, à réchéafice, le prêteur doit recouvrer :
(■ La valeur intégrale prêtée ;
2° La valeur du service rendu par le prêt.
Je n'ai pas besoin de répéter ici continent la restitution intégrale de l'objet prêté implique nécessairement la pérennité de l'intérêt.
Examinons maintenant, en peu de mots, cette secondé question.
V intérêt du capital ett-il prélevé aux dépensdn travail?
Vous le savez aussi bien que moi, monsieur, on se ferait une idée bien circonscrite de l'intérêt si l'on supposait qu'il n'apparaît qu'à l'occasion du prêt. — Quiconque fait concourir un capital à la création d'un produit entend être rémunéré nonseulement pour son travail, mais pour sou capital; de telle sorte que l'intérêt entre comme élément dans le prix de tous les objets de consommation.
Il ne suffit peut-être pas de démontrer la légitimité de l'intérêt au\ hommes qui n'ont pas de capitaux. Ils seraient sans doute tentés de dire ; Puisque l'intérêt est légitime, il faut bien
que nous le subissions, mais c'est un grand malheur, car sans cela nous obtiendrions toutes choses à meilleur marché.
Ce grief est complètement erroné; ce qui Tait que les jouissances humaines se rapprochent de plus en plus de la gratuité et de la communauté, c'est l'intervention du capital. Le capital c'est la puissance démocratique, philanthropique et égalitaire par excellence. Aussî, celui qui en fera comprendre l'action rendra le plus signalé service à la société, car il fera cesser cet antagonisme de classes, qui n'est fondé que sur une erreur.
11 m'est de toute impossibilité de faire entrer dans un article de journal la théorie des capitaux. Je dois me borner à indiquer ma pensée par un exemple, une anecdote, une hypothèse qui est l'image de toutes les transactions humaines.
Plaçons-nous au point de départ de l'humanité, à cette époque ou nous pouvons supposer qu'il n'existait aucun capital. Quelle était alors la valeur, mesurée au travail, d'un objet quelconque, d'une paire de bas, d'un sac de blé, d'un meuble, d'un livre, etc.; en d'autres termes, au prix de quel travail ces objets auraient-ils été achetés? Je ne crains pas de dire que la réponse est contenue dans ce mot : ïinfmi. De tels objets étaient alors tout à fait inaccessibles à l'humanité.
Qu'il s'agisse d'une paire de bas de coton. Aucun honime ne serait parvenu à la produire avec cent ni avec mille journées de travail.
D'où vient qu'aujourd'hui, en France , il n'y a pas un ouvrier si malheureux qui ne puisse obtenir une paire de bas de colon avec son travail d'une journée? — C'est justemeut parce que du capital concourt a la création de ce produit. Le genre humain a inventé des instruments qui forcent la nature à une collaboration gratuite.
11 est bien vrai qu'en décomposant le prix de cette paire de bas, vous trouvez qu'une partie assez considérable de ce prix se rapporte au capital. Il faut bien payer le squatter qui a défriché la terre de la Caroline ; il faut bien payer la voile qui pousse le navire de New-York au Havre; il faut bien payer la machine qui fait tourner dix mille broches. Mais c'est justement arec que nous payons ces instruments qu'ils ïonl concourir la
nature cl qu'ils substituent son action gratuite à l'action onéreuse du travail. Si nous supprimions successivement cette série d'intérêts à paver, nous supprimerions par cela même les instruments, la collaboration naturelle qu'ils mettent en œuvre ; en un mot, nous reviendrions au point de départ, à l'époque où mille journées de travail n'auraient pas sufli pour se procurer une paire de bas. Il en est ainsi de toutes choses.
Voua pensez que l'intérêt est prélevé par celui qui ne faiirien sur celui qui travaille? Alil monsieur, avant de laisser tomuer une seconde fois dans le public celte triste et irritante assertion, scrutez-la jusque dans la racine. Demandez-lui ce qu'elle contient, et vous vous assurerez qu'elle ne porte en elle que des erreurs et des tempêtes. Vous invoquez mon apologie du rabot, permettez-moi d'y revenir.
Voilà un homme qui veut Taire des planches. 11 n'en fera pas une dans l'année, car il n'a que ses dix doigts. Je lui prêle une scie et un rabot, deux instruments, ne le perdez pas de vue, qui sont le fruit de mon travail et dont je pourrais tirer parti pour moi-même. Au lieu d'une planche, il en fait cent cl m'en donne cinq. Je l'ai donc mis à même, en me privant de nia chose, d'avoir quatre- vingt-quinze planches au lieu d'une, et vous venez dire que je l'opprime cl le vole? Quoi! grâce à une scie et à un rabot que j'ai fabriqués à la sueur do mon front, une production centuple est, pour ainsi dire, sortie du néant; la société entre eu possession d'une jouissance centuple; tut ouvrier qui ne pouvait pas faire une planche eu a Tait cent ; et parce qu'il me cède, librement et volontairement, un vingtième de cel excédant, vous me représentez comme un tyran et un voleur? L'ouvrier verra fructifier son travail, l'humanité verra s'élargir le cercle de ses jouissances, et je suis le seul au monde, moi, l'auteur de ces résultats, a qui il sera défendu d'y participer, même du consentement universel!
Non, non; il ne peut en être ainsi. Voire théorie esi aussi contraire à la justice, à l'utilité généi'Lile, à l'intérêt même dus ouvriers, qu'à la pratique de tous les temps et do tous les lieu*. Permcllcz-moi d'ajouter qu'elle n'est pas moins contraire au
«ÉiisoiiS B'itonoiiD puimuiE. I. 2!i
rapprochement des classes, à l'union descujurs, à la réalisai ion de la fraternité humaine, qui est plus que la jusiice, mais ne peut se passer de la jusiice.
FMdùuc LUsjiat.
TROISIÈME LETTItE.
Désaveu dp lu distinction inlroduito pur H. Obéré. — Adhésion u lu formule ; Le prél est un service ; un service est une valeur. ~ Antinomie. — Le prêteur ne se prive pas. — Nécessite' d'organiser le crédit gratuit. — [nterrnp,atians catégoriques.
La révolution de février a pour but, dans l'ordre politique et dans l'ordre économique, de fonder la liberté absolue de l'homme et du citoyen.
La formule de celle révolution est, dans l'ordre politique, l'organisation du suffrage universel, soit l'absorption du pouvoir dans la sociélé; dans l'ordre économique, l'organisation de la circulation et du crédit, soit encore l'absorption de la qualité de capitaliste dans celle de travailleur.
Sans doute, cette formule ne donne pas, à elle seule, l'intelligence complète du système : elle n'en est que le point de départ, l'aphorisme. Mais elle suffit pour expliquer la révolution dans son aciunlilé et son immédiaieié ; elle nous autorise, par conséquent, à dire que la révolution n'est et ne peut être autre chose que cela.
Tout ce qui tend à développer la révolution ainsi conçue, tout ce qui en favorise l'essor, de quelque part qu'il vienne, est essentiellement révolutionnaire : nous le classons dans la catégorie du mouvement.
Tout ce qui s'oppose à l'application de celte idée, tout ce qui la nie ou qui l'cuiravc, qu'il soit le produit de la démagogie ou de l'absolutisme, nous l'appelons résistance. Si cette
résistance a pool' auteur le gouvernement, oo qu'elle agisse de connivence avec le gouvernement, elle devient réaction.
La résistance est légitime quand elle esl de bonne foi et qu'elle s'accomplit dans les limites de la liberté républicaine : elle n'est alors que la consécration du libre examen, la sanction du suffrage universel. La réaction, au contraire, tendant, au nom de l'autorité publique et dans l'intérêt d'un parti, à supprimer violemment la manifesta lioo des idées, esl une atteinte à la liberté; se traduit-elle en loi d'exil, de déportation, de transportatiou, etc., elle est alors on crime contre la souveraineté do peuple. L'ostracisme esl le suicide des républiques.
En rendant compte, dans ta Voix rfu Peuple, du projet d'impôt sur le capital présenté par M. de Gitardin, nous n'avons point hésité à y reconnaître l'une des manifestations les plus hardies de l'idée révolutionnaire; et bien que l'auteur de ce projet ail été, el soit peut-être encore attaché à la dynastie d'Orléans; bien que ses tendances personnelles fassent de lui un homme éminemment gouvernemental; bien qu'enfin il se soit constamment rangé dans le parti delà conservation contre celui delà révolution, nous n'en pensons pas moins que son Idée appartient au mouvement; à ce titre, nous l'avons revendiquée comme nôtre; el Si M. de Girardlu était capable de renier sa propre pensée, nous la reprendrions en sous-œuvre, et nous nous en ferions un argument de plus contre les adversaires de la révolu lion.
C'est d'après celte règle de critique élevée, et pour ainsi dire impersonnelle, que nous allons répondre a AL Basliat.
M. Basliat, au rebours de M. de Girardin, est un écrivain tout pénétré de l'esprit démocratique : si l'ôu ne peut encore dire de lui qu'il est socialiste, à coup sûr c'est déjà plus qu'un philanthrope. La manière dont il entend et expose l'économie poliliuuc le place, ainsi qde IL Blunqui, sinon fort au-dessus, du moins fort en avant des antres économistes, fidèles et immuables disciples de J.-B. 8ay. M. Bastiat, en uu mol, est dévoué corps et âme à la république, à la liberté, à l'égalité, au progrès : il l'a prouvé mainte fois avec éclat par ses votes à l'assemblée natiouale.
Malgré cela, nous rangeons 11. liastiai parmi les hommes de l:i résistance : sa tliéuric du capital île l'inlércl, diaiuélralement opposée aux tendances [es plus authentiques, aux besoins les plus irrésisiililes de la révolution, nous en fait «ne loi, Puissent nos lecteurs, il noire exemple, séparer toujours ainsi les questions de personnes d'avec les questions île principes I La discussion M la cliariu; y gagneront.
M. Basliat commence sa réponse par une observation d'une justesse happante, que nous croyons d'autant plus utile de rappeler qu'elle tombe d'aplomb sur lui :
■ L'ardeur extrême, dit M. Basliat, avec laquelle le peuple, eu France, s'est mis à creuser les problèmes économiques, e( l'inconcevable indifférence des classes aisées à l'égard de ces problèmes, forment un des traits les plus caractéristiques de noire époque. Pendant que les anciens journaux, organes et miroirs de la lionne société, s'en tiennent à la guerroyante et stérile politique de parti, les feuilles destinées aux classes ouvrières ajiilcnl incessamment ce qu'un peut appeler les questions de fond, les questions sociales. >
Eli bien ! nous dirons à M. Bastiat :
Vous êtes vous-même, sans vous en douter, un exemple de cette indipirncc infwurrnblc avec laquelle les hommes de la classe aisée étudient les problèmes sociaux ;el tout économiste de premier ordre que vous puissiez vous dire, vous ignorez complètement où en est celle question du capital et de l'intérêt, que vous TOUS êtes chargé de défendre. Aussi en arrière des idées que des faits, vous nous parlci exactement comme ferait un rentier d'avant 89. Le socialisme, qui, depuis dix ans, proteste contré le eapilal et l'intérêt, est tolalemeiit inconnu de vous; vous n'en avez pas lu les mémoires; car si vous les avez lus, comment se fait-il que, vous préparant à le réfuter, vous passiez sons silence unîtes ses preuves ?
Vraiment, à vous voir raisonner contre le socialisme de notre Age, on vous prendrait pour un Éjiiinénide se réveillant eu sursaut, après quatre-vingts ans de sommeil. Est-ce bien à nous que vous adresse/, vos dissertations patriarcales? Est-ce le prolétaire de lfU9 que vous voulez convaincre? Commencez
donc par étudier ses Idées ; placez-vous, avec lui, dans l'actualité des doctrines : répondez aux raisons, vraies ou fausses, nui le déterminent, et ne lui apportez pas les vôtres, qu'il sait depuis un temps i ni mémorial. Cela vous surprendra sans doute d'entendre dire que vous, membre de l'Académie des sciences morales et politiques, lorsque vous parlez décapitai et d'intérêt, vous n'êtes plus à la question ! C'est pourtant ce que nous uous chargeons, pour aujourd'hui, de vous prouver. Après, nous reprendrons la question elle-même, si vous eu avez le désir.
Nous nions d'abord, ceci vous le savez de reste, nous nions avec le christianisme et l'Évangile la légitimité en soi du prêt à intérêt; nous la nious avec te judaïsme et le paganisme, avec tous les philosophes et législateurs de l'antiquité. Car vous remarquerez ce premier Tait, qui a bien aussi sa valeur; l'usure n'a pas plutôt paru dans le monde, qu'elle a été niée. Les législateurs et les moralistes n'ont cesse de la combattre, et s'ils ne sont parvenus à l'éteindre, du moins ont-ils réussi jusqu'à certain point à lui rogner les ongles, en fixant une limite, un taux légal à l'intérêt.
Telle est donc notre première proposition, la seule dont, à ce qu'il semble, vous ayez eutendu parler ; Tout ce qui, dans le remboursement du préi, est donné en sus du prêt, est usure, spoliation : Quodcumqne sorti accedit, usura est.
liais ce que vous ne savez point, et qui vous émerveillera peut-être, c'est que celle négation fondamentale de l'intérêt ne détruit point, à nos veux, le principe, le droit, si vous voulez, qui donne naissance à l'intérêt, et qui, malgré les condamnations de l'autorité séculière et ecclésiastique, l'a fait perdurer jusqu'à nos jours : en sorte que le véritable problème pour uous n'est pas de savoir si l'usure, eu soi, est illicite, nous sommes à cet égard de l'avis de l'Église, ou si elle a une raison d'existence, nous sommes, sous ee rapport, de l'opinion des économistes. Le problème est de savoir comment ou parviendra à supprimer l'abus sans endommager le droit; comment, eu un mot, ou sorlira de cette contradiction .
Expliquons mieux cela, s'il est possible.
as.
D'un côté, il est très-vrai, ainsi que vous l'établisse! vousmême péremptoirement, que le prêt est un service. Et comme tout service est une valeur, conséquemment comme il est île la nature de tout service d'être rémunéré, il s'ensuit que le prêt doit avoir son prix, ou, pour employer le mot technique, qu'il doit porter intérêt.
Mais il est vrai aussi, et celte vérité subsiste à côté de la précédente, que celui qui prête, dans les conditions ordinaires du métier de préteur, ne se priée pas, comme vous le dites, du capital qu'il prête. Il le prête, au contraire, précisénieot parce que ce prêt ne constitue pas pour lui une privation ; il le prête, parce qu'il n'en a que faire pour lui-même, étant suffisamment d'ailleurs pourvu de capitaux; il le prête, enfin, parce qu'il n'est ni dans son intention, ni dans sa puissance de le faire personnellement valoir; parce qu'eu le gardant eulre ses mains, ce capital, stérile de sa nature, resterait stérile, landis que par le prêt et par l'intérêt qui en résulte, il produit un bénéfice qui permet au capitaliste de vivre sans travailler. Or, vivre sans travailler, c'est, en économie politique aussi bien qu'en morale, une proposition contradictoire, une chose impossible.
Le propriétaire qui possède deux domaines, l'un à Tours, l'autre à Orléans, et qui est forcé de fixer sa résidence dans l'un qu'il exploite, par conséquent d'abandonner l'autre, ce ]irnpi'iét:iii-i'- là peut-il dire qu'il se prive de sa chose, parce qu'il n'a pus, comme Dieu, l'ubiquité d'action et de domicile? Autant vaudrait dire que nous sommes privés du séjour de New-York parce que nous habitons à Paris. Convenez donc que la privation du capitaliste est comme la privation du maître qui a perdu son esclave, connue la privation du prince chasse par ses sujets, comme la privation du voleur qui, voulant escalader une maison, trouve les chiens aux aguets et les habitants aux fenêtres.
Or, en présence de cette affirmation cl de cette négation dianu'lrali'iiient opposées, appuyées l'une et l'autre de raisons égales, mais qui, ne se répondant pas, ne peuvent s'enlredéiruire, quel parti prendre? Vous persistez dans votre affirmation, cl vous dites : Vous ne voulez pas me payer d'intérêt?
Soit ! je ne veux pas vous prêter mon capital. Tichez de travailler sans capitaux! De noire côté, nous persistons dans noire négation, et nous disons : Nous lie vous payerons pas d'inlérét, parce que l'intérêt, dans l'économie sociale, est le prix de l'oisiveté, la cause première de l'inégalité des fortunes et de la misère. Aucun de nous ne voulant céder, nous arrivons à l'immobilisme.
Tel est donc le point auquel le Socialisme saisit la question. D'Un côté, la justice comtniitalive de l'intérêt; de l'autre, l'impossibilité organique, l'immoralité de ce même intérêt. Et, pour vous le dire tout d'abord, le socialisme n'a la prétention .de convertir personne, ni l'Église, qui nie l'intérêt, ni l'économie politique, qui l'affirme; d'autant moins qu'il est convaincu qu'elles ont raison tontes deux. Voici seulement comment il analyse le problème, et ce qu'il propose à son tour, par-dessus les arguments des vieux préteurs, trop intéressés pour qu'on les croie sur parole.et les déclamations des Pères de l'Église, restées sans effet.
Puisque la théorie de l'usure a fini par prévaloir dans les habitudes chrétiennes, comme dans l'usage des païens; puisque l'hypothèse ou la Action de la productivité du capital est entrée dans la pratique des peuples, acceptons celte fiction économique comme nous avons accepte pendant trente-trois ans la fiction constitutionnelle ; cl voyons ce que celte fiction petit produire, développée dans toutes ses conséquences. Au lieu de repousser purement cl simplement l'idée, comme a fait l'Église, ce qui ne pouvait mener a rien, faisons-en la déduction historique ei philosophique; et puisque le mot csl plus que jamais
celte Idée réponde a quelque chose de réel, qu'elle indique un besoin quelconque de l'esprit mercantile, pour que les peuples n'aient jamais hésité à lui faire le sacrifice de leurs croyances les plus vives cl les plus sacrées.
Voici donc comment le socialisme, parfaiicmenl convaincu de l'insuffisance de la théorie économique, aussi bien que de la doctrine ecclésiastique, traite à son tour la question de l'usure.
D'abord il observe que le principe de la productivité du capital ne fait aucune acception de personnes, ne constitue pas un privilège : ce principe est vrai de tout capitaliste, sans distinction de titre ou de dignité. Ce qui est légitime pour Pierre est légitime pour Pau! : tous deui ont le même droit à l'usure, ainsi qu'au travail. Lors donc (je reprends ici l'exemple dont vous vous êtes servi) que vous me prêtez, moyennant intérêt, le rabot que vous avez fabriqué pour polir vos planches, si, de mon coté, je vous prèle la scie que j'ai moulée pour débiter mes souches, j'aurai droit pareillement à un intérêt. Le droit du capital est le même pour tous : tous, dans la mesure de leurs prestations et de leurs emprunts, doivent percevoir et acquitter l'intérêt. Telle est la première conséquence de votre" théorie, qui ne serait pas une théorie saus la géuéralilé, sans la réciprocité du droit qu'elle crée : cela est d'une évidence intuitive et immédiate.
Supposons donequede tout le capital que j'emploie, soit sous la forme d'instrument de travail, soit sous celle de matière première, la moitié me soit prêtée par vous; supposons en même temps que de tout le capital que vous mettez en œuvre, la moitié vous soit prêtée par moi, il est clair que les intérêts que nous devrons nous payer mutuellement se compenseront; et si, de part cl d'autre, les capitaux avancés sont égaux, les intérêts se balançant, le solde ou la redevance sera nul.
Dans ia société, les choses ne se passent pas tout à fait ainsi, sans doute. Les prestations que se font réciproquement les producteurs sont loin d'être égales; parlant, les intérêts qu'ils ont à se payer ne le sont pas non plus ; de là, l'inégalité des conditions et des fortunes.
liais la question est de savoir si cet équilibre de la prestation en capital, travail et talent; si, par conséquent, l'égalité du revenu pour tous les citoyens, parfaitement admissible en théorie, peut se réaliser dans la pratique, si cette réalisation est dans les tendances de la société; si, enfin, et contre toute attente, elle n'est pas la conclusion fatale de la théorie de l'usure elle-même.
Or, c'est ce qu'aflirme le socialisme quand il est parvenu à se
comprendre lui-même, socialisme qui ne se distingue plus alors de la science économique, étudiée à la fois dans son expérience acquise et dans la puissance de ses déductions. En effet, que nous dit, sur celle grande question de l'intérêt, l'histoire de la civilisation, l'histoire de l'économie politique?
C'est que la prestation mutuelle des capitaux, matériels et immatériels, tend à s'équilibrer de plus en plus, cl cela par diverses eausesquenoitsallonsénumérer, et que les économistes les plus rétrogrades ne peuvent méconnaître :
l°La division du travail, ou séparation des industries, qui, multipliant à l'infini les instruments de travail et les matières premières, multiplie dans la même proportion le prêt des capitaux;
2" L'accumulation des capitaux, accumulation qui résulte de la variété des industries, et dont l'effet est de produire entre les capitalistes une concurrence analogue à celle des marchands, par conséquent d'opérer insensiblement la baisse du loyer des capitaux et la réduction du taux de l'intérêt;
5" La faculté toujours plus grande de circulation qu'acquièrent les capitaux par le numéraire et la lettre de change;
■1° Enfin, la sécurité publique.
Telles sont les causes générales qui, depuis des siècles, ont amené entre les producteurs une réciprocité de prestations de plus en plus équilibrée; par suite, une compensation de plus en plus égale des intérêts, une baisse continue du prix des
Ces faits ne peuvent être niés : vous les avouez vous-même; seulement, vous en méconnaissez le principe et la signification, quand vous attribuez au capital le mérite du progrés opéré dans le domaine de l'industrie et de la richesse; tandis que ce progrès a pour cause, non le capital, mais la circuutios du capital.
Les faits étant de la sorte analysés et classés, le socialisme se demande si, pour provoquer cet équilibre du crédit et du revenu, il ne serait pas possible d'agir directement, non sur les capitaux, remarquez-le bien, mais sur la circulation; s'il ne serait pas possible d'organiser cette circulation, de manière à produire tout d'un coup entre les capitalistes et les produc-
leurs deux termes actuellement en opposition , mais que la théorie démonire devoir être synonymes, l'équivalence des prestations, en d'autres termes, l'égalité des fortunes. ■ A cette question, le socialisme répond encore : Oui, cela est possible, et de plusieurs manières.
Supposons d'abord, pour nous renfermer dans les conditions du crédit actuel, lequel s'effectue surtout par l'entremise du numéraire; supposons que tous les producteurs de la république, au nombre de plus de dix millions, se émisent chacun pour nue somme représentant 1 pour 100 seulement de leur capital. Cette cotisation de I pour 100 sur la totalité du capital mobilier et immobilier du pays formerait une somme de us
Supposons qu'à l'aide de cette cotisation une banque soil fondée, en concurrence de la banque mal nommée de France, et faisant l'escompte et le crédit sur hypothèque, à 1/2 pour 100.
II est évident, on premier lieu, que l'escompte des valeurs de commerce se faisant à 1/2 pour 100, le prêt sur hypothèque à 1/2 pour 100, la commandite, etc., a 1/2 pour 100, le capital monnaie serait immédiatement frappé, entre les mains de tous les usuriers et préleurs d'argent, d'improductivité ahsolue; l'intérêt serait nui, le crédit gratuit.
Si le eréiiit commercial et hypothécaire, en d'autres termes, si le capital argent, le capital dont la fonctiou est exclusivement de circuler, était gratuit, le capital maison le deviendrait luimême biculôt; les maisons ne seraient plus en réalité capital, elles seraient marchandise, cotée à la bourse comme les eauxde-vio cl les fromages, et louée ou vendue, deux termes devenus alors synonymes, a puis de revient.
Si le capital maison, de m élue que le capital argent, était gratuit, ce qui revient à dire si l'usage en était payé à titre d'échange, non de prêt, le capital terre ne tarderait pas à deveuir gratuit à son lotir; c'est-à-dire que le fermage, au lieu d'être, la redevance payée au propriétaire non exploitant, serait la compensation du produit entre les terres de qualité supérieure et les terres de qualité inférieure; ou, pour mieux dire, il n'y aurait plus, en réalité, ai fermiers, ni propriétaires, il y
aurait seulement des laboureurs cl des vignerons, comme il y a des menuisiers et des mécaniciens.
Voulez-vous une autre preuve de la possibilité de ramener, par le développement des institutions économiques, lous les capitaux à la gratuité?
Supposons qu'au lieu de ce système d'impôts, si complique, si onéreux, si vexatoirc, que nous a légué la féodalité nobi-r liaire, un seul impôt soit établi, non plus sur la production, la circulation, la consommation, l'habitation, etc.; mais, comme la justice l'exige et comme le veut la science économique, sur le capital net afférent à chaque individu. Le capitaliste , per-i dant par l'impôt autant ou plus qu'il ne gagne par la rente et l'intérêt, serait obligé ou de faire valoir par lui-même, ou de vendre : l'équilibre économique, par cette intervention si simple et, d'ailleurs, inévitable du fisc, se rétablirait encore.
Telle esl, en somme, la théorie du socialisme sur le capital et l'intérêt.
Non-seulement nous affirmons, d'après celte théorie qui, d'ailleurs, nous est commune avec les économisies, el sur la foi du développement industriel, que telles sont la tendance et la portée du prêt à intérêt ; nous prouvons encore, par les résultats subversifs de l'économie actuelle , et par la démonstration des causes de la misère, que celle tendance est nécessaire, et l'extinction de l'usure inévitable.
En effet, le prix du prêt, loyer de capitaux, intérêt d'argent, usure en un mol, faisant, comme il a été dit, partie intégrante du prix des produits, et cette usure n'étant pas égale pour tous, il s'ensuit que le prix des produits, composé qu'il est de salaire et d'intérêts , ne peut pas être acquitté par ceux qui n'ont pour le payer que leur salaire et point d'intérêt; en sorte que, par le fait de l'usure, le travail esl condamné au chômage cl le capital à ia banqueroute.
Celte démonstration, dans le genre de celle que les mathématiciens appellent réduction à l'absurde, de l 'impossibilité organique du prêt à intérêt, a été reproduite cent fois dans le socialisme : pourquoi les économisies n'en parlent-Us pas»
Voulei-vous donc sérieusement réfuter les idées socialistes sur le prêt à intérêt? Yoici les questions auxquelles vous avez à répondre :
1. Est-il vrai que si, au for extérieur, la prestation du capital est un tentée qui a sa valeur, qui par conséquent doit être payé; — au for intérieur, celle prestation n'entraîne point pour le capitaliste une privation réelle; conséquemment qu'elle ne suppose pas le droit de rien exiger pour prix du prêt?
2. Est-il vrai que l'usure, pour être irréprochable , doit être égale; que la tendance de la société conduit à cette égalisation, en sorte que l'usure n'est irréprochable que lorsqu'elle est devenue égale pour tous, c'est-à-dire nulleî
5. Est-il vrai qu'une banque nationale, faisant le crédit et l'escompte gratis, soit chose possible?
i. Est-il vrai que par l'effet de celte gratuité du crédit et de l'escompte, comme par l'action de l'impôt simplifié et ramené à sa véritable forme, la rente immobilière disparaît, ainsi que l'intérêt de l'argent?
5. Est-il vrai qu'il y ait contradiction et impossibilité mathématique dans l'ancien système?
6. Est-il vrai que l'économie politique, après avoir, sur la question de l'usure, contredit pendant plusieurs milliers d'années la théologie, la philosophie, la législation , arrive, par sa propre théorie, au même résultat?
7. Est-il vrai, enfin, que l'usure n'a été, dans sou institution providentielle, qu'un instrument d'égalité ctde progrès, absolument comme dans l'ordre politique la monarchie absolue a été un instrument de liberté et de progrès; comme dans l'ordre judiciaire l'épreuve de l'eau bouillante, le duel et la question ont été à leur tour des instruments de conviction et de progrès?
Voilà ce que nos adversaires sont tenus d'examiner, avant de nous accuser d'infirmité scientifique et intellectuelle; voilà, M. lîastiat, sur quels points devra porter à l'avenir votre controverse, si vous voulez qu'elle aboutisse. La question est clairement et catégoriquement posée : permettez-nous do croire qu'après en avoir pris lecture, vous reconnaîtrez qu'il y a dans
le socialisme du m" siècle quelque chose qui dépasse la pu née de votre vieille économie politique.
P.-J. Phouduon.