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C'est le même sophisme. On demande que le produit étranger soit taxé, afin de neutraliser les effets de la taxe qui pèse sur le produit national. 11 s'agit donc encore d'égaliser les conditions de la production. Nous n'aurions qu'un mol à dire : c'est que la taxe est un obstacle artificiel qui a exactement le même résultat qu'un obstacle naturel, celui de forcer la hausse du prix. Si celle bansse arrive au poinl qu'il y ail plus de perte à créer le produit lui-même qu'à le llrer dii dehors en en créant la contre-valeur, laissez faire. L'intérêt privé saura bien de deux maux choisir le moindre. Je pourrais donc renvoyer le lecteur à la démonstration précédente; mais le sophisme que j'ai ici à combattre revient si souvent dans les doléances et les requêtes, j'allais dire les sommations de l'école proteclioniste , qu'il mérite bien une discussion spéciale.
Si l'on venl parler d'une de ces taxes < xeeplionnelles qui frappent certains produits, je conviendrai volontiers qu'il esl raisonnable d'y soumettre le produit étranger. Par exemple, il serait absurde d'affranchir de l'impôt le sel exotique; non qu'au point de vue économique la France y perdit rien, au contraire. Quoi qu'on en dise, les principes sont invariables, et la France y gagnerait, comme elle gagnera toujours à éviter un obstacle naturel ou artificiel. Mais ici l'obstacle a été mis dans un but fiscal. 11 faut bien que ce but soit atteint , et si le sel étranger Se vendait sur notre marché, franc de droit, le trésor ne recouvrerait pas ses cent millions, et il devrait les demander à quelque autre branche de l'impôt. Il j aurait inconséquence
évidente à crier un obstacle dans un 1ml pour ne pas l'atteindre. Mieux eût valu s'adresser tout d'abord à eel autre impôt, et ne pas taxer le sel français. Voilà dans quelles circonstances j'admets sur le produit étranger un droit, non protecteur, mais fiscal.
Mais prétendre qu'une nation, parce qu'elle est assujettie à des impôts plus lourds que ceux de la nation voisine, doit se protéger par ses tarifs contre la concurrence de sa rivale, c'est là qu'est le sophisme, et c'est là que j'entends l'attaquer.
.t'ai dit plusieurs fois que je n'entends faire que de la théorie, et remonter, autant que j'en suis capable, aux sources des erreurs des protcclionistes. Si je faisais de la polémique, je leur dirais : t Pourquoi dirigez-vous les tarifs principalement contre l'Angleterre et la Belgique, les pays les plus chargés de taxes qui soient au monde? i Ne suis-je pas autorisé à ne voir dans votre argument qu'un prétexte? Mais je ne suis pas de ceux qui croient qu'où t-sl |>roliibitioîiisle par hilérét et nnn par conviction. La doctrine île la protection est trop populaire pour n'être pas sincère, Si le grand nombre avait foi daos la liberté, nous serions libres. Saus doute c'est l'Intérêt privé qui grève nos tarifs , mais c'est après avoir agi sur les convictions. ■ La volonté, dît Pascal, est un des principaux organes de la créance. > Mais la créance n'existe pas moins pour avoir f>a racine dans la volonté et dans les secrètes inspirations de l'égoîsiue.
Revenons an sophisme tiré de l'Impôt
L'Etal peut faire des impôts un bon ou un mauvais usage; il en fait un bon usage quand il rend au public des servîtes équivalents à la valeur que le public lui livre. 11 en fait mauvais usage quand il dissipe cette valeur sans rien donner en retour.
Dans le premier cas, dire que les taxes placent le pays qui les paye dans des conditions de production plus défavorables que celui qui en est affranchi, c'est un sophisme. Nous payons vingt millions pour la justice et la police, c'est vrai; mais nous avons la justice et la police, la sécurité qu'elles nous procurent, le temps qu'elles nous épargnent, et il est très-probable que la
production u'est ni plus facile ni plus activa parmi les peuples, s'il en est, où chacun se fait justice soi-même. Nous payons plusieurs centaines de millions pour dus roules, des ponts, des ports, des chemins de fer : j'en conviens. Mais nous avons ces chemins, ces ports, ces pouls, ces roules, cl, à moins de prétendre que nous faisons une mauvaise affaire en les établissant, on ne peut pas dire qu'ils nous rendent inférieurs aux peuples qui ne supportent pas, il est vrai, de budget île travaux publies, mais qui n'ont pas non plus de travaux publics. El ceci explique pourquoi, tout eu accusant l'impôt d'être une cause d'infériorité industrielle, nous dirigeons nos tarifs précisément contre les nations qui sont le plus imposées. C'est que les taxes, bien employées, loin de les détériorer, cuit amélioré les conditions lie production de ces peuples. Ainsi, nous arrivons toujours à celle conclusion, que les sopbismes prolcclionistes ne s'écartent pas seulement du vrai, mais soûl le cofilraire, l'antipode de ia vérité.
Quant aux impôts qui sont improductifs, supprimez-les si vous pouvez; niais la plus étrange manière qu'on puisse imaginer d'en neutraliser les effets, c'est assurément d'ajouter aux taxes publiques des laxes individuelles. Grand merci de la compensation ! L'État nous a trop laxés, dites-vous. Eh! raison de plus pour ne pas nous taxer encore les uns tes autres.
Un droit protecteur est une taxe dirigée contre le produit étranger, mais qui retombe, ne l'oublions jamais, sur le consommateur national. Or le consommateur, c'esL le contribuable. Et n'est-ce pas un plaisant langage à lui tenir que de lui dire : ■ Parce que les impôts sont lourds, nous élèverons pour loi le prix de toutes choses; parce que l'État prend une partie de ton revenu, nous en livrerons une autre partie au monopole u?
Mais pénétrons plus avant dans un sophisme si accrédité parmi nos législateurs, quoiqu'il soit assez extraordinaire que ce soient précisément ceux qui maintiennent les impôts improductifs (c'est notre hypothèse actuelle) qui leur attribuent noire prétendue infériorité industrielle, pour la racheter ensuite par d'autres impôts et d'autres entraves.
Il me semble évident que la protection aurait pu, sans changer de nature et d'effeis, prendre la forme d'une taxe directe
prélevée par l'État et distribuée en primes indemnitaires aux industries privilégiées.
Admettons que le fer étranger puisse se vendre sur notre marché a 8 francs et non plus bas, le fer français à 12 francs et non au-dessous.
Dans cette hypothèse, il y a pour l'État deux manières d'assurer le marché national au producleur.
La première, c'est de frapper le fer étranger d'un droit de B francs. Il est clair qu'il sera exclu, puisqu'il ne pourrait plus se vendre qu'à 13 francs, savoir : S francs pour le prix de revient cl S francs pour la taxe, et qu'à ce prix il .sera chassé du marché par le fer français, que nous avons supposé être de 12 francs. Dans ce cas, l'acheteur, le consommateur aura fait tous les irais de la protection.
L'Étal aurait pu encore imposer au public une taxe de 5 fr. ei la donner en prime au maître de forges. L'effet prolecteur eut été le même. Le fer étranger eût élé également exclu, car noire maître de forges aurait vendu à 7 francs, ce qui, avec les îi francs de prime, lui ferait son pris rémunérateur de 12 francs. Mais en présence du fer à 1 francs, l'étranger ne pourrait livrer le sien a 8.
Je ne puis voir entre ces deux systèmes qu'une seule différence : le principe esi le même, l'effet est le même; seulement dans un cas la protection est payée par quelques-uns, dans l'autre par mus.
J'avoue franchement ma prédilection pour le second système. Il me semble plus juste, plus économique et plus loyal : plus juste, parce que si la société veut faire des largesses à quelques-uus de ses membres, il faut que tous y contribuent; plus économique, parce qu'il épargnerait beaucoup de frais de perception, et ferait disparaître beaucoup d'entraves; plus loyal enfin, parce que le public verrait clair dans l'opération et saurait ce qu'on lui fait faire.
Mais si le système protecteur eut pris celte forme, ne serait-ce pas une chose :issei risible que d'entendre dire : « Nous payons de lourdes taxes pour l'armée, la marine, la justice, les travaux publics, l'université, la dette, etc. ; cela passe uu milliard : c'est
pourquoi il serait bien bon que l'Etat nous prtt encore un autre milliard pour soulager ces pauvres maîtres de forges, ces pauvres actionnaires d'Anzio , ces malheureux propriétaires de forets, ces utiles pécheurs de morue >î
Qu'on y regarde de près, et l'on s'assurera que c'est à cela que se réduit la portée du sophisme que je combats. Vous avez beau faire, messieurs, vous ne pouvez donner de Vargenl aux uns qu'en le prenant aux autres. Si vous voulez absolument épuiser le contribuable, à la bonne heure; mais au moins ne le raillez pas, et ne venez pas lui dire: « Je te prends encore pour compenser ce que je l'ai déjà pris. •
On ne finirait pas si l'on voulait relever tout ce qu'il y a de faux dans ce sophisme. Je me bornerai à trois considérations.
Vous vous prévalez de ce que la France est accablée de taxes, pour en induire qu'il làtit protéger tflle ou telle industrie. Mais ces taxes, nous avons à les payer malgré la protection. Si dooe une industrie se présente et dit : « Je participe au payement des taxes; cela élève le prix de revient de mes produits, et je demande qu'un droit protecteur eu élève aussi le prix vénal, > que demande-t-elle autre chose, si ce n'est de se décharger de la taxe sur le reste de la communauté? Sa prétention est de recouvrer, par l'élévation du prix de ses produits, te montant de sa part de (axes. Or, le total des impôts devant toujours rentrer au trésor, et la masse ayant a supporter celle élévalion de prix, elle paye et sa taxe et celle de celte industrie. — Haïs, dites-vous, on protégera tout le monde. — D'abord cela est impossible; et, cela fûl-il possible, où serait le soulagement? Je payerai pour vous, vous payerez pour moi, mais il ne faudra pas moins que la taxe se paye.
Ainsi, vous êtes dupes d'une illusion. Vous voulez payer des taxes pour avoir une armée, une marine, un cuite, une université, des juges, des routes, etc., el ensuite vous voulez affranchir de sa part de taxes d'abord une industrie, puis une seconde, puis une troisième, toujours en en répariissanl le fardeau sur la masse. .Mais vous ne faites rien que créer des complications interminables, sans autre résultat que ces complications elles» mêmes. Prouvez- moi que l'élévation du prix due à la protêt-
tir. ii retombe sur l'étranger, el je pourrai voir dans voire argument quelque chose de spéeicuï. Mais s'il est vrai que le public français payait la taxe avant la loi, et qu'après la loi il paye a la fois el la protection el la laie, en vérité, je ne puis voir ce qu'il y gagne.
Mais je vais bien plus loin, je dis que, plus nos impôts sont lourds, plus nous devons nous empresser d'ouvrir nos ports ci nos frontières a l'étranger moins grevé que nous. Et pourquoi? Pour lui repasser une plus grande partie de notre fardeau. [Yesl-cc point un axiome incontestable eu économie politique que les impôts, à la longue, retombent sur le consommateur? Plus donc nos échanges seront multipliés, plus les consommateurs étrangers nous rembourseront de taxes incorporées daus tes produits que nous leur vendrons, tandis que nous n'aurons à leur Taire, à ecl égard, qu'une moindre restitution, puisque, d'après notre hypothèse, leurs produits sont inoius grevés que les nôtres.
Enfin, ces lourds impôts dont vous argue» pour justifier le régime prohibitif; vous êtes-vous jamais demandé si ce n'est pas ce régime qui [es occasionne? Je voudrais bien qu'où me dit à quoi serviraient les grandes armées permanentes et les puissantes marines militaires, si le commerce élail libre... Mais ceci regarde les hommes politiques,
Kl m- ci.'lihTnii.!]- lis*, |i(Hii' ln>|) :i[h|,|-ijfiiMilii', I,™rs affaires "vec les nùlm.
Nos adversaires ont adopté une lactique qui ne laisse pas que de nous embarrasser. Établissons- nous notre doctrine, ils l'admettent le plus respectueusement possible. Attaquons-nous leur principe, ils l'abandonnent de la meilleure grâce du monde; ils ne demandent qu'une chose, c'est que noire doctrine, qu'ils tiennent pour vraie, soit reléguée dans les livres.
cl que leur principe, qu'ils reconnaissent vicieux, règne dans la pratique des affaires. Cédez-leur le maniement des tarifs, el ils ne vous disputeront pas le domaine de la théorie.
< Assurément, disait dernièrement M. Gauthier de Rumilly, personne de nous ne vent ressusciter les vieilles théories de la balance du commerce, i Fort bien; mais, M. Gauthier, ce n'est pas tout que de donner eu passant un soufflet à Terreur : il Faudrait encore ne pas raisonner, immédiatement après, et deux heures durant, comme si cette erreur était une vérité.
Parlez-moi de SI. Lestiboudois. Voilà un raisonneur conséquent, un argumentaient- logicien. It n'y a rien dans ses con-
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pratique qu'il ne justifie par une théorie. Son principe peut être Unix, c'est là la question. Mais enlin il a un principe. II croit, il proclame tout haut que si la France donne dix pour recevoir quiuze, elle perd cinq, et il est tout simple qu'il lasse des lois en conséquence.
« Ce qu'il y a d'important, dit-il, c'est qu'incessamment le chiffre de l'importation va eu augmentant et dépasse le chiffre de l'exportation, c'est-à-dire que tous les ans la France achète plus de produits étrangers et vend inoins de produits nationaux. Les chiffres eu font foi. Que voyons-nous: En 1812, nous voyons l'importation dépasser de 200 millions l'exportation. Ces faits me semblent prouver, de la manière la plus nette, que le travail national n'est pas suffisamment protégé, que nous chargeons le travail étranger de notre approvisionnement, que la concurrence de nos rivaux opprime notre industrie. La loi actuelle me semble être une consécration de ce fait qu'il n'est pas vrai, ainsi que l'ont déclaré les économistes, que, quand on achète, on vend nécessairement une portion correspondante de marchandises. Il est évident qu'on peut acheter, non avec ses produits habituels, non avec sou revenu, non avec les fruits du travail permanent, mais avec son capital, avec les produits accumulés économisés, ceux qui servent à la reproduction, c'est-à-dire qu'on peut dépenser, dissiper les profils des économies antérieures, qu'on peut s'appauvrir, qu'on peut marcher à sa ruine, qu'on peut consommer entièrement le capital national.
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C'est précisément ce que no» faisons. Tons le* ont nom damons 300 millions à l'étranger. >
Eti bien! voilà un homme avec lequel on peut s'entendre. Il n'y a pas il' hypocrisie dans ce langage. La balance du commerce y est avouée tout net. La France importe 300 millions de plus qu'elle n'exporte. Donc, la France perd 300 millions par an. — El le remèdeï — t'est d'empêcher les importations. La conclusion est irréprochable.
C'est donc à M. Lesliboudois que nous allons nous attaquer, car comment lutter avec il. Caulhier? Si vous lui dites: La balance du commerce est une erreur, il vous répondra : C'est ce que j'ai avance dans mon eiorde. Si vous lui criez : Mais la balance du commerce est une vérité, il vous dira : C'est ce que j'ai consigné dans mes conclusions.
L'école économiste me blâmera sans doute d'argumenter avec H. Lesliboudois. Combattre la balance du commerce, me dira-t-ou, c'est combattre un moulin à vent.
Hais, prencr-y garde, la balance du commerce n'est ni si vieille, ui si malade, ni si morte que veut bien le dire M. Gauthier, car tonte la chambre, y compris M. Gauthier lui-même, s'est associée par ses voles h la théorie de M. Lesliboudois.
Cependiint, pour ne pas fatiguer le lecteur, je u'approfondirai pas cette théorie. Je me contenterai de la soumettre à l'épreuve des faits.
On accuse sans cesse nos principes de n'être bons qu'en théorie. Mais, dites-moi, messieurs, croyez-vous que les livres des négociants soient bons en pratique? Il me semble que, s'il y a quelque chose au monde qui ait une autorité pratique, quand il s'agit de constater des pertes et des profits, c'est la comptabilité commerciale. Apparemment tous les négociants de la terre ne s'etiendent pas depuis des siècles pour tenir leurs livres de telle façon qu'ils leur présentent les bénéfices comme des pertes, et les pertes comme des bénéBces. En vérité, j'aimerais mieux croire que M. Lesliboudois est un mauvais économiste*
Or, un négociant de mes amis ayant fait deux opérations dont les résultats ont été Tort différents, j'ai été curieux de com-
parer à ce sujet la comptabilité du comptoir à celle de la douane, interprétée par H. Lesithotidois avec la sanction de uos six cciil-s lé^isliiteur:..
M. T"" expédia du Havre un bâtiment pour les États-Unis, chargé de marchandises françaises, et principalement de celles qu'on nomme articles de Paris, mODtant à 200,000 fr. Ce fut le chiure déclaré en douane. A l'arrivée à la Nouvelle-Orléans, il se trouva que la cargaison avait Tait 10 p. -100 de Tirais et acquitté 30 p. 100 de droits, ce qui h faisait ressortir à 280,000 francs. Elle fut vendue avec 20 p. 100 de bénéfice, soit 40,000 fr., et produisit au total 520,000 fr., que le consignalaire convertit en cotou. Ces cotons eurent encore à supporter pour le transport, assurances, commission, etc., 10 p. 100 de frais : en sorte qu'au moment oii elle entra au Havre, la nouvelle cargaison revenait à 352,000 fr.. et ce fut le chiffre consigné dans les étals de la douane. Enfin, M. T'" réalisa encore, sur ce retour, 20 p. 100 de profit, soit 70,400 fr.; en d'autres termes, les cotons se vendirent 422,400 fr.
Si M. lesliboudois l'exige, je lui enverrai un extrait des livres de M. T 1 ". Il y verra figurer nu crédit du compte de profil* et pertes, c'est-à-dire comme bénéfices, deux articles, l'un de 40,000, l'autre de 70,000 fr., et M. T - " est bien persuadé qu'à cet égard sa comptabilité ne le trompe pas.
Cependant, que disent à M. Lesliboudois les chiffres que la douane a recueillis sur celte opération'!* Ils lui apprennent que la France a exporté 200,000 fr. et qu'elle a importé 352,000 fr.; d'où l'honorable député conclut i qu'elle a dépensé, dissipé les profits de ses économies antérieures, qu'elle s'est appauvrie, qu'elle a marché vers sa ruine, qu'elle a donné à l'étranger 152.000 fr. de son capital.
Quelque temps après, M. T - " expédia uu autre navire également chargé de 200,000 francs de produits de notre travail national. Mais le malheureux bâtiment sombra en sortant du port, et il ne resta autre chose à faire à M. T" - que d'inscrire sur ses livres deux petits articles ainsi formulés ;
« Marchandises diverses doivent à X fr. 200,000 pour achats de différents objets expédiés par le navire A"".
i Profit* et pertes doivent a Marchandise* diverses fr. 200,000 pur perle définitive et totale rie la cargaison, b
l'cuiiatil ce temps- là, la douane inscrivait rie son côté fï. 200,000 sur son tableau d'exportations, et comme clic n'aura jamais rien à faire figurer en regard sur le lalileau des importations, il s'ensuil que M. I.estiboudois et la chambre verront dans ce naufrage un projîi clair et net de 200,000 fr. pour la France.
Il y a encore celte conséquence à tirer de là, c'eut que, selon la théorie de la balance du commerce, la France a un moyeu tout simple de doubler à chaque instant ses capitaux. Il suffit, pour cela, qu'après les avoir fait passer par la douane, elle les jette à la mer. En ce cas. les exportations seront égales au montant de ses capitaux; les importations seront nulles et même impossibles, et nous gagnerons tout ce que l'Océan aura englouti.
C'est une plaisanterie, diront les protectiouisles. Il est impossible que nous disions de pareilles absurdités. - Vous les dîtes pourtant, et, qui plus est, vous les réalisez, vous les imposez pratiquement à vos concitoyens, autant du moins que cela dépend de vous.
La vérité est qu'il faudrait prendre la balance du commerce au rebours, cl calculer le profil national, dans le commerce extérieur, par l'excédant des importations sur les exportations. Cel excédant, les frais déduits, forme le bénéfice réel. Mais celte théorie, qui csi la vraie, mène directement à la liberté des échanges. — Celle théorie, messieurs, je vous la livre comme ton les celles qui ont fait le sujet des précédents chapitres, lïxagérei-la tant que vous voudrez, elle n'a rien à redouter de celte épreuve. Supposez, si cela vous amuse, que l'étranger nous inonde de toutes sortes de marchandises utiles, sans nous rien demander; que nos importations sont infinies et nos exportations nulles; je vous défie de me prouver que nous en serons plus pauvres.