i 25 usure des outils
3° » 2a compensation du temps consacré à faire les outils.
4" i 23 juste rémunération de l'habileté, de la prévoyance, de la privation.
3 fr. 75 c.
Où peut-on voir là injustice, iniquité, spoliation? Que signifient toutes ces clameurs si absurdement élevées contre notre charpentier devenu capitaliste?
lit remarquez bien que l'excédant de salaire qu'il reçoit n'est obtenu aux dépens de personne; moi, qui le paye, j'ai moins que personne à m'en plaiiwVe. Grâce aux outils, une production supplémentaire a clé pour ainsi dire tirée du néant. Cet excédant d'utilité se partage entre le capitaliste et moi qui, comme consommateur, représente ici la communauté, l'humanité tout entière.
Autre exemple, —car il me semble que ces analyses directes des faits instruisent plus que la controverse.
Le laboureur a un champ rendu presque improductif par la surabondance d'humidité. En homme primitif, il prend nu vase et va épuiser l'eau qui uoieses sillons. Voilà un travail excessif. Qui doit le payer? Evidemment l'acquéreur de la récolle. Si l'homme n'avait jamais imaginé d'autre procédé de dessèchement, le blé serait si cher, quoiqu'il n'y eût pas décapitai à rémunérer (ou plutôt parce que), que l'on n'en produirait pas; et tel a été le sort de l'humanité pendant des siècles.
Mais noire laboureur s'avise de faire une rigole. Voilà le capital qui paraît. Qui doit payer les frais de cet ouvrage? Ce n'est pas l'acquéreur de la première récolte. Cela serait injuste, puisque la rigole doit favoriser un nombre indéterminé de récoltes successives. Comment donc se réglera la répartition? Par la loi de l'intérêt et de l'amortissement. Il faut que le laboureur, comme le charpentier, retrouve les quatre éléments de rémunération que j'énumérais tout à l'heure, ou il ne fera pas la rigole.
Et, encore que le prix du blé se trouve ici grevé d'un intérêt, ce serait tomber dans une hérésie économique que de dire : Cet intérêt est une perle pour le consommateur. Itien au contraire; c'est parce que le consommateur paye l'intérêt de ce capital, sous forme de rigole, qu'il ne paye pas l'épuisement beaucoup plus dispendieux, à force de bras. — El, si vous observe/ la chose de près, vous verrez que c'est toujours du travail qu'il paye; seulement, dans le second cas il intervient une coopération de la nature, très-utile,, très -productive, mais qui ne se paye pas.
Votre plus grand grief contre l'intérêt est qu'il permet aux capitalistes de vivre sans travailler, i Or, dites-vous, vivre sans travailler, c'est, en économie politique, comme en morale, une proposition contradictoire, une chose impossible. ■
Sans doute, vivre sans travailler, pour l'homme tel qu'il a plu à Dieu de le faire, est, d'une manière absolue, chose impossible. Mais ce qui n'est pas impossible à l'homme, c'est de vivre deuï jours sur le travail d'un seul. Ce qui n'est pas impossible à l'humanité, ce qui est même une conséquence providentielle de sa nature perfectible, c'est d'accroître incessamment la proportion des résultats obtenus aux efforts employés. Si un artisan a pu améliorer son sort en fabriquant de grossiers outils, pourquoi ne l'améliorerai t-il pas davantage encore en créant des machines plus compliquées, en déployant plus d'activité, plus de génie, plus de prévoyance; en se soumettant à de plus longues privations? Que si le talent,
vertus, se perpétuent dans la famille, pourquoi ne parvien-
drail-elle pas, à la longue, au loisir relatif, ou, pour mieux dire, a s'initier à des travaux d'un ordre plus élevé î
Pour que ce loisir provoquât avec justice, chez ceux qui n'y sont pas encore parvenus, l'irritation et l'envie, il faudrait qu'il fût acquis aux dépens d'aulrui, et j'ai prouvé qu'il n'en était pas ainsi. Il faudrait, de plus, qu'il ne fut pas l'éternelle aspiration de tous les hommes.
Je terminerai cette lettre, déjà trop longue, par une considération sur le loisir.
Quelle que soit mon admiration sincère pour les admirables lois de l'économie sociale, quelque temps de ma vie que j'aie consacré a étudier cette science, quelque confiance que m'inspirent ses solutions, je ne suis pas de ceux qui croient qu'elle embrasse toute la destinée humaine. Production, distribution, circulation, consommation des richesses, ce n'est pas tout pour l'homme. Il n'est rien, dans la nature, qui n'ait sa cause finale; et l'homme aussi doit avoir une autre fin que celle de pourvoir à son existence matérielle. Tout nous le dit. D'où lui viennent et la délicatesse de ses sentiments, et l'ardeur de ses aspirations; sa puissance d'admirer et de s'extasier? D'où vient qu'il trouve dans la moindre fleur un sujet de contemplation? que ses organes saisissent avec tant de vivacité et rapportent à l'âme, comme les abeilles à la ruche, tous les trésors de beauté et d'harmonie que la nature et l'art ont répandus autour de lui? D'où vient que des larmes mouillent ses yeux au moindre trait de dévouement qu'il entend raconter? D'où viennent ces flux et ces reflux d'affection que son cœur élahore comme il élabore le sang et la vie? D'où lui viennent son amour de l'humanité et ses élans vers l'infini ? Ce sont là les indices d'une noble destiuation qui n'est pas circonscrite dans l'étroit domaine de la production industrielle. L'homme a donc une fin. Quelle estelle? Ce n'est pas ici le lieu de soulever cette question. Mais quelle qu'elle soit, ce qu'on peut dire, c'est qu'il ne la peut atteindre si, courbé sous le joug d'un travail inexorable et incessant, il ne lui reste aucun loisir pour développer ses organes, ses affections, sun intelligence, le sens du beau, ce qu'il y a de plus pur et de plus élevé dans sa nature; ce qui est en get'me
chez tous les hommes, mais latem et inerte, faute de loisir, chez un trop grand nombre d'entre eus.
Quelle est la puissance qui allégera, pour tous (ians une certaine mesure, le fardeau de la peineî Qui abrégera les heures de travail? Qui desserrera les liens de ee joug pesant
i courbe aujourd'hui vers la matière, non-seulement les hommes, niais les femmes et les enfants qui n'y semblaient pas destinés? — C'est le capital; le capital qui, sous la forme de roue, d'engrenage, de rail, de chute d'eau, de poids, de voile, de rame, de charrue, prend à sa charge une si grande partiede l'œuvre primitivement accomplie aux dépens de nos nerfs et de nos muscles; le capital qui fait concourir, de plus en plus, au profit de tous, les forces gratuites de la nature. Le capital est donc l'ami, le bienfaiteur de tous les hommes, et particulièrement des classes souffrantes. Ce qu'elles doivent désirer, c'est qu'il s'accumule, se multiplie, se répande sans compte ui mesure. — Et s'il y a un triste spectacle au monde, — spectacle qu'on ne pourrait définir que par ces mots : suicide matériel, moral cl collectif, — c'est de voir ces classes, dans leur égarement, faire au capital une guerre acharnée. — Il ne serait ni plus absurde, ni plus triste, si nous voyions tous les capitalistes du monde se concerter pour paralyser les bras, et tuer le travail.
En me résumant, M. Proudhon, je vous dirai ceci : Le jour où nous serons d'accord sur celte première donnée : l'intérêt du capital, déterminé par le libre débat, est légitime, — je me ferai un plaisir et un devoir de discuter loyalement avec vous les autres questions que vous me posez.
FuttolklC RtSTIAT.
CIKyUIÊME LETTRE.
Réclamation sur les limites du débat. — L'intérêt a été mais n'est plus légitime. — Inductions tirées de l'histoire — L'illégîlimilé succède a la légitimité. — Impcrilic et mauvais vouloir de la société. — C'est de la circulation du ciniiL.et non dn umumliDi, que naît le progrès de ta richesse
Monsieur, voire dernière lellre se termine par ces paroles :
t Le jour où nous serons d'accord sttr celte première donnée : l'intérêt du capital esl légitime, — je me ferai un plaisir et un devoir de discuter loyalement avec vous les autres questions que vous me posez. ■
Je vais, monsieur, tâcher de vous donner satisfaction.
Mais permettez-moi d'abord de vous adresser celte question, que je voudrais pouvoir rendre moins brusque : Qu'êles-vous venu faire à la Voix du Peuple? — Uéfuier la théorie du crédit gratuit, la tbéorie de l'abolition de tout intérêt des capitaux, de toute rente de la propriété.
Pourquoi donc refusez-vous de vous placer tout de suite sur le terrain de celte théorie ? de la suivre dans sou principe, sa méthode, son développement? d'examiner ce qoi la constitue, les preuves de vérité qu'elle apporte, le sens des faits qu'elle cite, el qui contredisent, abrogent, d'une manière éclatante, le fait, ou plutôt la fiction que vous vous efforcez de soutenir de la productivité du capital î Cela est-il d'une discussion sérieuse el loyale? Depuis quand a-l-on vu les philosophes répondre à un système de philosophie par cette fin de non-recevoir : Meitoos-nous premièrement d'accord sur le système en vogue, après quoi nous examinerons le nouveau. Depuis quand est-il reçu dans les sciences que l'on doit repousser impitoyablement, par la question préalable, tout fait, toute idée, toute théorie qui contredit la théorie généralement admise?
Quoi! vous entreprenez de me réfuler cl de me convaincre;
et puis, au lieu de saisir mou système corps à corps, vous mu présenter, le vôtre! Pour me répondre, vous commencez par exiger que je tombe d'accord avec vous de ce qoe je oie positivement! En vérité, n'aurais-je pas, dès ce moment, le droit de vous dire : Gardez votre théorie du prêt à intérêt, puisqu'elle vous agrée, et laissez-moi ma théorie du prêt gratuit, que je trouve plus avantageuse, plus morale, plus utile, et beaucoup plus pratique? Au lieu de discuter, comme nous l'avions espéré, nous en serons quilles pour médire l'un de l'autre, et nous décrier réciproquement A l'avantage!...
Voilà, monsieur, comment se terminerait la discussion, si, par malheur pour votre théorie, elle n'était forcée, afin de se maintenir, de renverser la mienne. C'est ce que je vais avoir l'honneur de vous démontrer, en suivant voire lettre de point en point.
Vous commencez par plaisanter, fort spirituellement sans doute, sur la loi de contradiction dont je me suis servi pour tracer la marche de la théorie socialiste. Croyez-moi, monsieur, il y a toujours peu de gloire à acquérir, pour un homme d'intelligence, à rire des choses qu'il n'entend pas, surtout quand elles reposent sur des autorités aussi respectables que la loi de contradiction. La dialectique, fondée par Kanl et ses successeurs, est aujourd'hui comprise et employée par une moitié de l'Europe, et ce n'est pas un litre d'honneur pour notre pays assurément, quand nos voisins ont porté si loin la spéculation philosophique, d'en être reste à Proclus et à saint Thomas. A force d'éclectisme et de matérialisme, nous avons perdu jusqu'à l'intelligence de nos traditions; nous n'entendons pas même Dcscarles; car, si nous entendions Descaries, il nous conduirait à liant, Fj'chle, Hegel, et au delà.
(initions, toutefois, la contradiction, puisqu'elle vous est importune, et revenons à l'ancienne méthode. Vous savez ce que l'on cnlend, dans îa logique ordinaire, par distinction. A défaut de professeur de philosophie, Diafoirus le jeune vous l'aurait appris. C'est le procédé qui vous est le plus familier, et qui témoigne le mieux de la subtilité de voire esprit. Je vais donc, pour répondre à votre question, taire usage du distinguo : peut- 1. 27
être alors ne tous sera-l-il plus possible de dire que vous ne me comprenez pas.
Vous demandez: L'intérêt du capital esl-il légitime oui ou non? Répondez à cela, sans antinomie et sans anlilhèse.
Je réponds ; Distinguons, s'il vous plaît. Oui, l'intérêt du capital a pu é Ire considéré comme légitime dans un temps; non, il ne peut plus l'être dans un autre. Cela vous offre-t-il quelque ambage, quelque équivoque? Je vais tâcher de dissiper toutes les ombres.
La monarchie absolue a clé légitime dans un temps : ce fut une des conditions du développement politique. Elle a cessé d'élre légitimes une autre époque, parce qu'elle était devenue un obstacle au progrés.— Il en a été de même de la monarchie constitutionnelle : c'était, eu 89 et jusqu'en 1830, la seule forme politique qui convint à notre pays; ce serait aujourd'hui une cause de perturbation et de décadence.
La polygamie a été légitime à une époque : c'était le premier pas fait hors de la promiscuité communautaire. Elle est condamnée de nos jours comme contraire à la dignité de la femme : nous la punissons des galères.
Le combat judiciaire , t'éprouve de l'eau bouillante, la torture elle-même, lisez M. ffossi, eurent également leur légitimité. C'était la première forme donnée à la justice. Nous y répugnons maintenant, et tout magistral qui y aurait recours se rendrait coupable d'un attentat.
Sous saint Louis, les arts et métiers étaient féodal iscs, organisés corporalivement, et hérissés de privilèges. Celte réglementation était alors mile et légitime; elle avait pour but du faire surgir, en face de la féodalité terrienne et uobiliaire, la féodalité du travail. Elle a été abandonnée depuis, et avec raison : depuis 89 l'industrie est libre.
Je vous répète donc, et, eu conscience, je crois parler clair : Ouï, le prêt à intérêt a été, dans un temps, légitime, lorsque toute centralisation démocratique du crédit et de la circulation était impossible : il ne l'est plus, maintenant que cette centralisation est devenue une nécessité de l'époque, partant un devoir de la société, un droit du citoyen. C'est pour cela que je
m'élève contre l'usure; je dis que la société me doit le crédit et l'escompte sans intérêt: l'intérêt je l'appelle vol.
lion gré, mal gré, il faut donc que vous descendiez sur le terrain où je vous appelle : car, si vous refusez de le faire, si vous vous renfermez dans la bonne foi de votre ancienne possession , alors J'accuserai votre mauvais vouloir; je crierai partout, connue le Mastarille de Molière: Au voleur! au voleur! au voleur !
Pour en finir tout à fait avec l'antinomie, je vais maintenant, à l'aide des exemples précédemment cités, vous dire en peu de mois ce qu'elle ajoute à la distinction. Cela ne sera pas inutile à notre conlroverse.
Vous concevez donc qu'une chose peu! être vraie, juste, légitime, dans un temps, et fausse, inique, criminelle, dans un autre. Yous ne pouvez pas ne pas le concevoir, puisque cela est.
Or, se demande le philosophe, comment une chose, vraie un jour, uel'est-ellc pas un aulrc jour? La vérité peut-elle changer ainsi? La vérité n'est-elle pas la vérité? Faut-il croire qu'elle n'est qu'une fantaisie, une apparence, un préjugé? Ya-t-il, enfin, ou n'y a-t-il pas une cause à ce changement? Au-dessus de la vérilé qui change, existerait-il, par hasard, une vérité qui ne change poiut, une vérité absolue, immuable?
Eu deux mots, la philosophie ne s'arrête point au fait tel que le lui révèlent l'expérience et l'histoire; elle cherche à l'expliquer.
Eh bien! la philosophie a trouvé, ou, si vous aimez mieux, elle a cru voir que celle altération des instituions sociales, ce revirement qu'elles éprouvent après un certain nombre de siècles, provient de ce que les idées dont elles sont l'expression possèdent en elles-mêmes une sorte de faculté évolutive, un principe de mobilité perpétuelle, provenant de leur essence conlradictoire.
C'est ainsi que l'intérêt du capital, légitime alors que le prêt est un service rendu de citoyen à citoyen, mais qui cesse de l'être quand la société a conquis le pouvoir d'organiser le crédit gratuitement pour tout le monde, cet intérêt, dis-je,esl
contradictoire dans son essence, en ce que, d'une part, le service rendu par le préteur a droit à une rémunération; et que, d'un autre côté, tout salaire suppose produit ou privation, ce qui n'a pas lieu dans le prêt. La révolution qui s'opère dans la légitimité du prêt vient de là. Voici comment le socialisme pose la question ; voilà aussi sur quel terrain les défenseurs de l'ancien régime doivent se placer.
Se renfermer dans la tradition, se lioraer à dire : Le prêt est un service rendu , donc il doit être payé, sans vouloir entrer dans les considérations qui tendent à abroger l'intérêt, ce n'est pas répondre. Le socialisme, redoublant d'énergie, proleste et vous dit : Je n'ai que faire de votre service, service pour vous, spoliation pour moi, tandis qu'il est loisible à la société de me faire jouir des mêmes avantages que vous m'offrez, cl cela sans rétribution. M'imposer un tel service, malgré moi, en refusant d'organiser la circulation des capitaux, c'est me faire supporter un prélèvement injuste, c'est me voler.
Ainsi, toute votre argumentation en faveur de l'intérêt consi.ste ;i confondre les époques, je veux dire à confondre ce qui, dans le prêt, est légitime avec ce qui ne l'est pas, tandis que moi, au contraire, je les distingue soigneusement. C'est ce que je vais achever de vous rendre intelligible par l'analyse de voire lettre.
.Te prends un à un tous vos arguments.
Dans ma première réponse, je vous avais fait observer que celui qui prête ne se prive pas de son capital. — Vous me répondez : Qu'importe, s'il a créé son capital tout exprès pour le prêter î
En disant cela, vous trahissez votre propre cause. Vous acquiescez, par ces paroles, à mon miiidièse, qui consiste à dire : La cause secrète pour laquelle le prêt à intérêt, légitime hier, ne l'est plus aujourd'hui, c'est que le prêt, en lui-même, n'entraîne pas privation. Je prends acte de eet aveu.
Mais vous vous accrochez à l'intention. Qu'importe, ditesvous, si le prêteur a créé ce capilal tout exprès pour le prêter ï
A quoi je réplique : VA que me lait à mou tour votre inten-
lion, si je n'ai pas réel leme ni besoin de voire service, si le prétendu service que vous voulez me rendre ne me devient nécessaire que par le mauvais vouloir et l' impéri tic de la société? Voire crédit ressemble à celui que fail le corsaire à l'esclave, quand il lui donne la liberté contre rançon. Je proteste contre votre crédita 5 pour 100, parce que la société a le pouvoir et le devoir de me le faire à 0 pour 100; et, si elle me refuse, je l'accuse, ainsi que vous, de vol; je dis qu'elle est complice, fautrice, organisatrice du vol.
Assimilant le prêta la vente, vous dites: Votre argument s'attaque à celle-ci aussi bien qu'à celui-là. En effet, le chapelier qui vend les chapeaux ne s'en prive pas.
Non, car il reçoit de ses chapeaux , il csl censé du moins eu recevoir immédiatemeni la valeur, nip/usni moins. Mais le capitaliste préteur, non-seulement n'est pas privé, puisqu'il rentre intégralement dans son capital; il reçoit plus que le capital, plus que ce qu'il apporte à l'échange; il reçoit en sus du capital un intérêt qu'aucun produit positif do sa part ne représente. Or, un service qui ne coûte pas de travail à celui qui le rend est un service susceptible de devenir gratuit : c'est ce que vousmême vous nous apprendrez tout à l'heure.
Après avoir reconnu la non-privation qui accompagne le prêt, vous convenez cependant i qu'if n'e$t pas idéalement impossible que l'intérêt, qui , aujourd'hui, fait partie intégrante du prix des choses, se compense pour tout le monde, et, par conséquent, s'annule, » — ■ Mais, ajoutez-vous, il y faut d'autres façons qu'une banque nouvelle. Que le socialisme égalise, chez tous les hommes, l'activité, l'habileté, la probité, l'économie, la prévoyance, les besoins, les goûts, les vertus, les vices, et même les chances, cl alors il aura réussi. >
En sorte que vous n'entrez dans la question que pour l'éluder aussitôt. Le socialisme, au point où il est parvenu, prétend justement que c'est à l'aide d'une reforme de la banque cl de l'impôt que l'on peut arriver à cette compensation. Au lieu de passer, comme vous faites, sur cette prétention du socialisme, arréiez-vous-y, et réfutez-la : vous en aurez fini avec toutes les utopies du monde. Car, le socialisme affirme ,— et sans cela le
socialisme n'existerait pas, il ne serail rien, -que ce n'est point en égalisant chez tous les hommes < l'activité, l'habileté, la probité, l'économie, la prévoyance, les besoins, les goûts, les vertus, les vices, et même les chances, • qu'on parviendra à compenser l'intérêt et égaliser le revenu net; il soutient qu'il faul, au contraire, commencer par centraliser le crédit et annuler l'intérêt, pour égaliser les facultés, les besoins elles chances. Qu'il n'y ait plus parmi nous de voleurs, et nous serons tous vertueux, tous heureux! Voilà la profession de foi du socialisme! J'éprouve le plus vif regret à vous le dire : mais vous connaissez si peu le socialisme, que vous vous heurtez contre lui sans le voir.
Vous persistes a attribuer au capital tous les progrès de la richesse sociale, que j'attribue, moi, à la circulation; et vous me dites, à ce propos, que je prends l'effet pour la cause.
Mais, en soutenant une pareille proposition, vous ruinez, sans vous en apercevoir, votre propre thèse. J.-B. 9ay a démontré, et vous ne l'ignorez pas, que le Irantpori d'une valeur, que cette valeur s'appelle argent ou marchandise, constitue lui-même une valeur; que c'est uu produit aussi réel que le blé et le vin; qu'en conséquence, le service du commerçant et du banquier mérite d'être rémunéré tout comme le service du laboureur et du vigneron. C'est sur ce principe que vous vous appuyez vousmême quand vous réclamez un salaire pour le capitaliste, qui, par la prestation de son capital, dont on lui garantit la rentrée, fait office de transport, de circulation. Par cela seul que je prête, dlsiez-vous dans votre première lettre, je rends un service, ]e crée une valeur. Telles étaient vos paroles, que nous avons admises ; en cela, nous étions l'un et l'autre d'accord avec le maître.
Je suis donc fondé a dire que ce n'est pas le capital lui-même, mais la circulation du capital : c'est cette nature de service, produit, marchandise, valeur, réalité, qu'on appelle en économie politique mouvement ou circulation, elqui.au fond, constitue toute lii minière de la acle-nec économique, qui est la cause de In richesse. Ce service, nous le pityons a tous ceux qui le rendent; mais nous affirmons qu'en ce qui concerne les capitaux
proprement dits, ou l'urgent, il dépend de la société de nous en Taire jouir elle-même, et gratuitement; que si elle ne le Tait pas, il y a fraude et spoliation. — Comprenez-vous maintenant où est le véritable point de la question sociale?...
Après avoir déploré de voir les capitalistes et les travailleurs séparés en deux classes antagoniques, — ce qui n'est pas la faute du socialisme assurément, — vous prenez la peine, fort inutile, de me démontrer par des exemples que tout travailleur est, à quelque degré, capitaliste, el fait œuvre de capitalisation, c'est-à-dire d'usure. Qui donc a jamais songé à le nier? Qui vous a dit que ce que nous reconnaissons comme légitime, en un temps, chez le capitaliste, nous le réprouvons, dans le même temps, chez; l'ouvrier?
Oui, nous savons que le prix de toute marchandise et service se décompose actuellement de la manière suivante :
1 U Matière première;
2° Amortissement des instruments de travail et frais; 5- Salaire du travail; 4 U Intérêt du capital.
Il en est ainsi dans toutes les professions, agriculture, industrie, commerce, transports. Ce sont les Fourches Caudines de tout ce qui n'est point parasite, capitaliste ou manœuvre. Vous n'avez que faire de nous donner à ce sujet de longs détails, très intéressants du reste, et oii l'on voit que se complaît votre imagination.
Je vous le répète : la question, pour le socialisme, est de faire que ce quatrième élément qui entre dans la composition du prix des choses, à savoir, l'intérêt du capital, se compense entre tous les producteurs, el, par conséquent, s'annule. Nous soutenons que cela est possible; que, si cela est possible, c'est un devoir à la société de procurer la gratuité du crédit à tous; qu'autrement, ce ne serait pas une société, mais une conspiration des capitalistes contre les travailleurs, un pacte de rapine et d'assassinat.
Concevez donc, une fois, qu'il ne s'agit point pour vous de nous expliquer comment 1rs capitaux se forment, comment ils se multiplient par l'intérêt, comment l'intérêt entre dans lu
composition d» prix des produits, comment tous les travailleurs sont e 11 11 -mêmes coupables du péché d'usure : nous savons dès longtemps toulcs ces choses, autant (pie nous sommes convaincus de lu bonne foi des rentiers el des propriétaires.
Nous (lisons : Le système économique fondé sur la fiction de productivité du capital, justifiable à une autre époque, est désormais illégitime. Sou impuissance, sa malfaisance sont démontrées; c'est lui qui est la cause de toutes les misères actuelles, lui qui soutient encore cette vieille fiction du gouvernement représentatif, dernière formule de la tyrannie parmi les hommes.
Je ne vous suivrai point dans les considérations, toutes religieuses, par lesquelles vous termine/, votre lettre. La religion, permettez-moi de vous le dire, n'a rien à faire avec l'économie politique. Une véritable science se suffît à elle-même : hors de cette condition elle n'est pas. S'il faut à l'économie politique une sanction religieuse pour suppléer à l'impuissance de ses théories, el si, de son côté, la religion, pour excuser la stérilité de son dogme, allègue les exigences de l'économie politique, il arrivera que l'économie politique cl la religion, au lieu de se snuuniii mutuellement, s'artusciout l'une l'autre; elles périront toutes deux.
Commençons par faire justice, cl nous aurons de surcroit la liberté, la fraternité, la richessc;lc bonheur même de l'autre vie n'en sera que plus assuré. L'inégalité du revenu capitaliste est-elle, oui ou non, la cause première de la misère physique, morale et intellectuelle qui afllige aujourd'hui la société? Faut-il compenser le revenu entre tous les hommes, rendre gratuite la circulation des capitaux, en l'assimilant à l'échange des produits, et annuler l'intérêt? Voilà ce que demande le socialisme, et à quoi il faut répondre.
I.e socialisme, dans ses conclusious les plus positives, vous fournit la solution dans la centralisation démocratique etgialuile du crédit, combinée avec un système d'impôt unique, remplaçant tous les autres impôts, et assis sur le capital.
Qu'on vérifie cette solution; qu'on essaye de l'appliquer. C'est
la seule maniirc de réfuter le socialisme; liors delà, nous ferons relenlir plus fort que jamais noire cri de guerre : La propriété, c'est le vol!
P. J. PeocnnoN.