Bail Harehandite générale à Caisse
TOI»), 10,890 fr.
Pour achever la démonstration, nous n'avons plus qu'à dresser l'inventaire de A.
Résumé des opération! de A, propriéluire-eapilaliile-eiilripriuair, pour ton
10,890 fr. Débit.
31 lUccmbre. 9,000 fr.
Keslanl en magasin des
Perte sur ce compte. K90 e. ' 10,890 fr!
i avons établi noire double compta-
bililé, rapp roc lions les comptes, et notons les différences :
1" Sous le régime de l'usure, le eoiiiplc de chaque travailleur se solde par une perle de 100 fr., soit pour les 10 : 1,000 Ir.
En infime temps, celui de A, p ro prié (a ire-cap italisie- en l repreneur, se solde par un bénéfice de 1,000 fr.; ce nui prouve que dans la société capitaliste le déficit, soit la misère, est en raison de l'agio.
2» Sous le régime du crédit gratuit, au contraire, le compïe de chaque travailleur se solde par un boni de 09 fr., soit pour les dix, 990 fr.; et celui de A, propriétaire-capitaliste, par un déficit de S90 fr., qui, avec les 100 fr. de marchandises restant en magasin et venant en couverture du déficit de l'année, font bien les 090 fr. dont la fortune des dix travailleurs s'est augmentée. Ce qui prouve que, dans !a société mutuelliste, c'est-à-dire de l'égal échange, la fortune de l'ouvrier augmente en raison directe de son travail, tandis que celle du capitaliste diminue aussi en raison directe de sa consommation improductive, et qui détruit le reproche que m'adressait Pierre Leroux, qu'il n'a cessé depuis deux mois de reproduire dans sa polémique, savoir, que le crédit gratuit, la Banque du peuple, la mutualité ne sont aussi que du propriélaritme, du bourgeotsisme, de l'exploitation, enfin, comme le régime que la ilanque du peuple avait la prétention d'abolir.
Dans le régime mutuelliste, la fortune de l'ouvrier augmente en raison directe de son travail, tandis que celle du propriétaire-capitaliste diminue en raison directe de sa consommation improductive : — Celle proposition, mathématiquement dénioutrée, répond à toutes les divagations de Pierre Leroux et de Louis Blanc, sur la communauté, la fraternité et la solidarité.
Renversons maintenant la formule :
Sous le régime de /'usure, In fortune de l'ouvrier décroit eu raison directe de son travail, tandis qui celle du propriétaire-capitaliste augmente en raison directe de so consommation improductive : — Cette proposition, démontrée comme la précédente, mathématiquement, répond à toutes les divagations des jé.suili;s, malthusiens et philanthropes, sur l'inégalité des talents, les compensations de l'autre vie, etc., clc,
Comme corollaire a ce qui précède, et en nous basant toujours sur la logique des chiffres , nous disons encore :
Dans la société capitaliste, l'ouvrier ne pouvant jamais racheter son produit pour le prii qu'il l'a vendu, est constamment en déficit. D'où, nécessité pour lui de réduire indéfiniment sa consommation, et, par suite, nécessité pour la société entière de réduire indéfiniment la production ; partant, interdiction de la vie, obstacle à la formation des capitaux, comme des subsistances.
Dans la société mutuelliste, au contraire, l'ouvrier échangeant, sans retenue, produit contre produit, valeur contre valeur, ne supportant (|u'un droit léger d'escompte largement compensé par l'excédant que lui laisse, au bout de l'année, son travail, l'ouvrier profite exclusivement de son produit. D'où, faculté pour lui de produire indéfiniment, et, pour la société, accroissement indéfini de la vie et de la richesse.
Direi-vous qu'une pareille révolution dans les rapports économiques ne ferait, après tout, que déplacer la misère? qu'au lieu de la misère du travailleur salarié, qui ne peut racheter son propre produit, et qui devient d'autant plus pauvre qu'il travaille davantage, nous aurions la misère du propriélairecapilalisle-enlrepreneiir, qui se venait forcé d'entamer son capital, et, parlant, de détruire incessamment, avec la matière du produit, l'instrument du travail même?
Mais qui ne voit que si, comme cela est inévitable dans le régime de la gratuité, les deux qualités de travailleur salarié d'une part, et de prapriétaiie-capilalisle-enlrepreneur, de l'autre, deviennent égales ci inséparables dans la personne de chaque ouvrier, le déficit qu'éprouve A dans les opérations qu'il fait comme capitaliste, il le couvre immédiatement par le bénéfice qu'il obtient à son tour comme travailleur : de sorte que, tandis que d'un côté, par l'aiiniliiluLion de l'intérêt, la somme des produits du travail s'accroit indéfiniment; de l'autre, par les facilités de la circulation, ces produits se convertissent incessamment en VALF.ua, et les valeurs en CAPITAUX '.'
Ojuc chacun, au lieu de crier à la spoliation contre, le socialisme, fasse donc son propre compte ; que chacun dresse l'in-
venlaire de sa fortune ei du sou industrie, de co qu'il gagne comme ca pi lal i ste -propriétaire, et de ce qu'il peut obtenir Comme travailleur; ei, je me trompe fort, ou sur les 10 millions de citoyens inscrits sur tes listes électorales il ne s'en trouvera pas iOO.OOO, 1 sor 50, qui aient intérêt a conserver le régime usuraire, et a repousser le crédit gratuit. Quiconque, encore une lois, gagne plus par son travail, par snu laleot. par son industrie, par sa science, que par son capital, est directement et surabondamment intéressé ? I abolition la plus immédiate ei la plus complète de l'usure; celui-là, dis-je, qu'il le sarhe ou qu'il t'ignore, est, au premier chef, partisan de la lli-pahliqtie démocratique et sonate; il est, dans l'acception la plus large, la plus conservatrice, «ivoi i.-nosjuiwt. Quoi donc? Serail-il vrai, parce qu'ainsi l'a dit Malihus et qu'ainsi le veut, a sa suite, une poignée de pédants, que 10 millions de travailleurs, avec leurs enfants et leurs femmes, doivent servir éternellement de pâture à 200,000 parasites, et que c'est afin de protéger cette exploitation de l'homme par l'homme, que l'État existe, qu'il dispose d'une force armée de 500,000 soldats, d'un million de fooetiono aires, et que nous lui payons deux milliards d'impôts?...
Mais qu'ai-je besoin, après tout ce qui a été dit dans le cours de celte polémique, d'entretenir plus longtemps l'opposition purement factice de travailleurs salariés et capitalitiet-propriétaires? Le moment est venu de faire cesser tout antagonisme entre les classes, et d'intéresser à l'abolition de la rente et de l'iniérêi, jusqu'aux propriétaires et aux capitalistes eux-mêmes. La révolution, ayant assuré son triomphe par la justice, peut, sans manquer à sa dignité, s'adresser aux intérêts.
N'avons- nous pas vu que l'intérêt est né des risques de l'industrie et du commerce, qu'il s'est manifesté d'abord dans les contrats plus ou moins aléatoires depncotiHe et a fa grosse? Or, ce qui fut' au commencement l'effet inévitable de l'état de guerre, ce qui devait, de toute nécessité, apparaître dans une société antagoniste, se reproduira encore et toujours dans la société harmonique et pacifiée. Le progrès, dans l'industrie comme dans la science, est sans lin; le travail ne connaît pas
de bornes à ses aventureuses entreprises. Mais qui dit entreprise dit toujours chose plus ou moins aléatoire, par conséquent, risque plus ou moins grand du capital engagé, parlant nécessité d'un intérêt compensateur.
Au loyer, au fermage, à la rente, au prêt sur hypothèque, à l'agio mercantile, aux spéculations de bourse, à la spoliation bancocra tique, doit succéder pour le capital, dans des conditions de plus en plus heureuses, la commandite. Alors le capital, divisé par actions et fourni par les masses ouvrières, au lieu de spolier le travail, produira pour le travail; alors le dividende ne sera qu'une manière de faire participer la sociéle tout entière aux bénéfices des spéculations privées : ce sera le gain légitime du génie contre la fortune. Que les capitalistes actuels, au lieu de s'enlasser à la Course, de comprimer la révolution et de mettre l'embargo sur les bras, osent donc se faire nos chefs de file; qu'ils deviennent, comme en 92, nos généraux daus celte nouvelle guerre du travail contre la misère, dans celte grande croisade de l'industrie contre la nature. N'y a-t-il donc plus rien à découvrir, plus rien il oser, plus rien à faire pour le développement de notre nationalité, pour l'augmentation de noire richesse et de notre gloire
Je m'arrête : il est temps. Malgré moi, monsieur, vous m'avez poussé à cette déduction abstraite, fatigante pour le public et peu facile pour les colonnes d'un journal populaire. Fallait-il donc m'en irai uer à celle dissertation épineuse, quand il était si facile, si simple, de nous renfermer dans celte question péremploire autant que positive : Le crédit peut-il ou ne peut-il pas être gratuit? Au risque de rebuter les lecteurs de la Voix du Peuple, j'ai voulu satisfaire à voire désir: vous me direz, si vous le jugez convenable, ce que vous trouvez à reprendre, d'abord à l'analyse que j'ai faile de la nolion de capital; puis à la définition que j'en ai fait sortir; enfin aux théorèmes et aux corollaires qui en ont fait le développement.
Dans ce que vous venez de lire, il y a, vous ne le nierez pas, toute une révolution, n on-sculetn en t politique et économique, mais encore, ce qui doit vous élre, ainsi qu'à moi-même, beaucoup plus sensible, scientifique. A vous de voir si vous acceptez,
pour votre compte et pour celui de vos coreligionnaires, l;i conclusion qui ressort avec éclat de toute ectic discussion, Bavoir, que ni vous, M. Bastiat, ni personne de votre école, n'entendez rien à l'économie politique.
Je suis, etc.
P. J. PnoUDiios.