‹ Mélanges d'économie politique par m. Fr. BastiatChapitre 44 sur 47 · AU · texte numérisé non relu

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lalion commerciale, etc., etc. Dans ce cas, je vous renvoyais à M. d'Argout, à qui revenait le débat.

L'cùt-on jamais cru, si vous De vous l'aviez fait voir? A ce hit si catégorique, si palpitant Je la Banque (le France, vous ne rqn) mie/ ni oui ni no». Vous ne vous doutez seulement pas de l'identité qui existe entre le fait soumis à votre jugement et voire théorie de l'inlérêt. Vous n'apercevez point la synonymie de ces deux propositions : Oui, la Banque de France peut faire crédita 1 p. 100, donc ma théorie est fausse; — Non, la Banque de France ne peut pas faire crédit à 1 p. 100, donc ma théorie est vraie.

Voire réponse, monument irrécusable d'une intelligence que le Verbe divin n'illumina jamais, c'est : qu'il ne s'agit pas pour vous de la Banque de France, mais du capital, que vous ne défendez point le privilège de la Banque, mais seulement la légitimité de l'inlérêt; que vous êtes pour la liberté des banques, comme pour la liberté du prêt; que s'il est passible à la Banque de France de faire le crédit et t'escompte pour rien, vous ne l'empêchez point; que vous vous bornez à affirmer une chose, il savoir, que la notion de capital suppose et implique nécessairement celle de l'intérêt; que le premier ne va pas sans le second, bien que le second existe quelquefois sans le premier, elc.

Ainsi, vous êtes aussi impuissant à juger qu'à observer, corn' parer et vous remémorer. H vous manque cette conscience juridique qui, en présence de deux faits identiques ou contraires, prononce : Oui, l'identité existe; nou, l'identité n'existe pas. Sans doute, puisque vous êtes un êlre pensant, vous avez des intuitions, des illuminai ions, des révélations; je ne me charge pas, quant à moi, de dire ce qui se passe dans voire cerveau. Mais, à coup sûr, yous ne raisonnez pas, vous ne réfléchissez pas- Quelle espèce d'homme êtes-vous, M. Bastiatî Étes-vous seulement un homme?...

Comment! après m'avoir abandonné successivement la métaphysique, à laquelle vous n'entendez rien ; la philosophie de l'histoire, que vous traitez de fatalisme; le progrès économique, dont le dernier terme est la réduction à l'absurde de l'intérêt;

vous m'abandonnez encore la pratique financière, dont le plus magnifique corollaire est p ceci sème ni la conversion rln crédit payé en crédit gratuit; et vous n'en persistiv. pas moins à soutenir la vérité absolue de votre théorie, que vous avez ainsi détruite de vos propres mains! Vous lâchez picii partout; la mélaphysiquc, l'histoire, l'économie sociale, la banque, font successivement défaut à voire ihèse, comme 1'alleulion, la comparaison, la mémoire et le jugement à voire intelligence : encore une fois, quelle dialectique est la vôtre, et comment voulezvous qu'on vous prenne?

Et ccpendanl, je ne me suis point di'-eniifagé. J'ai voulu aller jusqu'au liout ei tenter un dernier effort, .l'ai cru que celle inertie des farnlii'"; iiiielJpc lue Iles pouvait provenir de l'alisenee de notions, et je me suisflailé de l'espérance de faire jaillir enfin l'étincelle dans votre âme. Vous-même paraissiez m'indiquer cette marche, quand vous me disiez convaincu que tout ce débat repose sur In notion du capilal ; el, qu'en conséquence, vous essayiez de m'expliquer ce que vous entendez par capital. Puis donc qu'il est inabordable par la logique, me dis-je, allaquonsle par les notions. Il serait houleux qu'une pareille discussion finît sans que les deux adversaires pussent se rendre le témoignage que, s'ils n'ont pu s'accorder, au moins ils se sont compris!

J'analyse donc, pour vous exprès, la notion de eapilal. Celle analyse terminée, je donne la définition; j'en déduis les corollaires ; puis afin de ne laisser aucune ambiguïté dans les termes, j'appelle à moi la science du comptable. Je représente par écritures de commerce, sur deux tableaux comparatifs , d'un côté, la théorie du capilal d'après vos idées; de l'autre, celle même théorie d'après les miennes. Je consacre treize colonnes de la Yoix du Peuple a celte exposition, loule de complaisance, mais de laquelle, selon moi, doit sortir une révolution économique, mieux que cela, une science nouvelle.

C'était une dernière fois vous dire ;

Prenez garde ! les lemps sonl changés. Le principe de l'intérêt a épuisé toutes ses conséquences : elles sont aujourd'hui reconnues immorales, destructives de la félicité publique, ma-

thématiqncmenl fausses; la ternie des livres les dément, et, ce qui ne vous laisse aucune ressource, avec la tenue des livres, la notion même du capital, l'our Dieu, soyez doue attentif aux faits que je vous signale; observez, comparez, synthétises, jugez, remontez aux notions : alors seulement vous aurez le droit d'exprimer une opinion. Vous persisterez dans votre erreur, sans doute, mais dit moins votre erreur sera raisonuée; vous vous tromperez en connaissance de cause.

Comment étesvous sorti de celte épreuve? C'est ce que je vais examiner, eu répondant à votre dernière.

Je laisse de côté votre exorde, magnifique et pompeux, dans lequel vous félicitez la sociéfé du service que je lui ai rendu en dévoilant le dernier met du socialisme, et célébrez votre victoire. Je ne relèverai pas davantage certaines plaisanteries sur les hésitations et oscillations de ma polémique ; nos lecteurs sont à cet égard suffisamment instruits, lissaient que ce que vous appelez en moi hésitation n'est autre que la distinction fondamentale que j'ai faite, dès le premier jour, sur le passé et le présent de l'économie des sociétés, distinction que j'ai appnyéc successivement de toutes les preuves que me fournissaient la métaphysique, l'histoire, le progrès, la routine même, et sur laquelle je m'etTorcc, mais inutilement, depuis deux mois, d'appeler votre attention. Je néglige, en un mol, tout ce qui, dans votre épitre, n'a point directement trait à la question, et ne m'attache qu'à ressentit].

J'avais défini le capital : Toute valeoii faite, enterres, instruments de travail, marchandises, subsistances, ou monnaies, et servant, ou pouvant servir à la production.

Chose singulière! celte définition vous agrée; vous l'accepte!, vous vous en emparez. Hélas! mieux eut valu pour vous cent fois la rejeter, avec l'antinomie et la philosophie de l'histoire, que d'encombrer d'une pareille formule votre entendement! Il faut voir que! affreux ravage celte terrible définition a fait sur votre esprit l

D'abord, vous ne l'avez point du tout comprise. Malgré la peine que je me suis donnée de vous l'expliquer, vous ignorez ee que c'est qu'une valeur faite : sans cela, eussïez-vou» fait

tenir, à l'un des personnages que vous mettez en scène, le discours suivant : • Messieurs, si vous voulez mes meubles, mes souliers, mes clous, mes babils, qui sont d«s valeurs faites, donnez moi une valeur Tuile, c'est-à-dire vint;! li anes d'argent? i

On appelle iWeur faite, (fans le commerce, une lettre de change, par exemple, avant une cause réelle, revêtue des formes légales, émanée d'une source connue el solvable, acceptée, el au besoin endossée pur des personnes également solvables et connues, offrant ainsi triple, quadruple, ele. , garantie, et susceptible, par le nombre et la solidité des cautions, de circuler comme numéraire. Plus il y a de cautions et d'acceptations, mieux la valeur est faite : elle serait parfaite, si elle avait pour garants et pour accepteurs tous les citoyens. Telle est la monnaie, la mieux faite de toutes les valeurs : car, outre qu'elle porte son gage en cl le- même, elle est revêtue de la signature de l'Étal, ([iii la lance dans la circulation comme une lettre de change, et assurée de l'acceptation du public. Par analogie, je dis que des meubles, des souliers, cl tous autres produits, sont reconnus valeurs faites, non pas lorsque la coufeclion en est achevée et qu'ils sont exposés à la vente, comme vous le dites; maïs après qu'ils ont été appréciés conlradictoiremenl, que la valeur en a été fixée, la livraison effectuée ; el cela encore, seulement, pour celui qui les achète, ou qui consent a les reprendre au même prix. C'est ainsi, vous ai-je dit, que le produit devient capilal; et il n'est capital que pour l'acquéreur, qui s'en fait soit un instrument, soit un élément de reproduction. Pour celui-là, dis-je, et pour lui seul, le produit devient valeur faite, en un mot, capilal.

Ici, monsieur, j'ai du moins l'avantage que vous ne me contredirez point. Je suis l'auteur de la définition ; je sais ce que j'ai voulu dire; vos paroles déposent de ce que vous avez entendu. Vous ne me comprenez pas.

Quoi qu'il en soil, et sans y regarder de si près, vous prenez ma définition du capilal pour bonite; vous dites qu'elle suffit à la discussion. Vous reconnaissez donc, implicitement, que capital el proditil sont, dans la société, termes synonymes; conséquemment, que toute opération de crédit se résout, à

peine de fraude, dans un échange : deux choses que vous aviez d'abord niées, cl que je vous féliciterais d'avoir enfin comprises, s'il m'étail possible de croire que vous donne/, à mes paroles le sens que je leur applique. Quoi de plus fécond, en effet, que cette analyse : Puisque la valeur n'csl autre chose qu'une proportion, et que tous les produits sont nécessairement proportionnels entre eux, il s'ensuit qu'au point de vue social les produits sont toujours valeurs et valeurs faites : la différence, pour la société, entre capital et produit, n'exi sic pas. Celte différence est toute subjective aux individus : elle vient de l'impuissance où ils se trouvent d'exprimer la proportionnalité des produits en nombre exact et de leurs efforts pour arriver à une approximation. Car, ne l'oublions pas : la loi secrète de l'échange, la règle absolue des transactions, loi non écrite mais intuitive, règle non de convention mais de nature, c'est de conformer, le plus possible, les actes de la vie privée aux formules de la vie sociale.

Or, et c'est ce qui fait naflre mes doutes, cette définition, si profonde et si nette, du capital, que vous trouvez bon d'accepter; cette identité du capital et du produit, du crédit et de l'échange, tout cela, monsieur, est la négation de voire théorie de l'intérêt; et certes, vous ne vous en doutiez pas? Dès lors, en effet, que la formule de J.-B. Say : Les produits s'échangent contre les produits, est synonyme do celle autre : Les capitaux s'échangent contre les capitaux; que la définition du capital, par vous acceptée, n'est autre chose que cette synonymie; que tout concourt, dans la société, à rendre les faits de commerce de plus en plus conformes à cette loi; il est évident, a priori, qu'un jour doit venir où les relations de prêt, loyer, fermage, intérêt , et autres analogues, seront abolies et converties en rapports d'échange; ei qu'ainsi la prestation des capitaux devenant simplement échange de capitaux, et toutes les affaires se réglant au comptant, l'intérêt devra disparaître. L'idée d'usure, dans celle définition du capilal, implique contradiction,

C'est ce que vous eussiez infailliblement compris, si, loul en adoptant ma définition du capital, vous lui aviez accordé une

seule minute do réflexion. Mais croire que vous allez réfléchir sur vos propres notions; s'imaginer qu'après avoir admis un principe, vous eu adopterez les conséquences, le mouvement et les lois; c'est, j'en ai fait la triste expérience, se tromper étrangement. Raisonner, pour voue, c'est contredire à tort et à travers, sans suite cl sans méthode. La notion glisse sur votre esprit sans le pénétrer. Vous prenez le mol, que vous appliquez ensuite à votre guise, cl suivant les préoccupations de votre esprit: vous laissez l'idée, le germe, qui seul féconde l'intelligence et dénoue les difficultés.

Je n'avais rien épargne, cependant, pour vous éclairer sur le sens et la portée de ma définition, et vous mettre en garde contre elle. Désespérant de vous la faire concevoir par la seule luéiaiihysiipie du l;<ni:a(ii'. je ravnis jvrluile en équations, pour ainsi dire, algébriques. Car, qu'est-ce que la science du comptable, dont j'ai fait usage à celle occasion, sinon une sorte d'algèbre ? Mais voici bien une autre alfa ire. Vous raisonnez de la tenue des livres absolument comme de la valeur faite : il vous était réservé , après avoir accepté une définition sans en comprendre les ternies, sans en apercevoir les couse queue es, d'en mci'eucnn: la démiiuslnitinn. Mais, monsieur, la démonstration, c'est la définition : où donc en étes-vous?

Je lis dans votre lettre du 5 février :

« Ayant imaginé ces données, vous dressez la comptabilité de A, de li, et celle de la Banque. Certes, cette comptabilité, les données étant admises, est irréprochable. Mais peut-on admettre vos données? Sont-elles couronnes à la nature des hommes et des choses? i

Ceci, j'ose vous le dire, est le renversement de l'arithmétique cl du sens commun. Mais, monsieur, si vous aviez eu la plus légère teinture de comptabilité, vous n'eussiez pas écrit de pareilles lignes. Vous auriez su que si, comme vous êtes forcé de l'avouer, ma comptabilité est irréprochable, les données économiques sur lesquelles je l'ai établie soul , dans le premier système, qui est le vôtre, nécessairement fausses; dans le second, qui est le mien, nécessairement vraies. Telle est l'essence de lu comptabilité, qu'elle ne dépend pas de la certitude

do ces données; elli: ne souffre pas de données faune»; elle est, par elle-même, et malgré la volonté du comptable, la démonstration de la vérité on dp lu faussclé de .ses propres données. C'est en vertu de celte propriété que les livres du négociant font foi en justice, non-seulement pour lui, mais contre lui; l'erreur, la fraude, le mensonge, les fausses donnée?, enfin, sont incompatibles avec lu tenue des livres. Le lia nqueiou lier est condamné sur le témoignage de ses écritures beaucoup plus que sur la (létioticiuiiim du tiiinisk'i-u publie. Telle est, vous dis-je, l'incorruptibilité de tulle seit-nco, que j'ai signalée, dans mon système des contradictions économiques, comme la plus belle application de la métaphysique moderne.

Vous parle/ de fausses données, Mais la donnée sur laquelle j'ai établi ma comptabilité est précisément la vôtre, la donnée du capital productif d'intérêt, dette donnée étant pour vous réputée vraie, je la soumets à l'épreuve de la comptabilité. J'en fais autant pour la donnée contraire, qui est celle que je défends. L'opération faite, vous la proclamez irréprochable; mais comme elle conclut contre vous, vous vous récriez que les données sont /Vinsses. Je vous demande, M. Itastiat, ce que vous avez voulu dire?

Certes, je ue m'étonne plus, à présent, qu'à force de ne pas voir dans une définition ce qui y est, vous ayez fini par découvrir ce qui n'y est point, et que, de bévue eu bévue, vous soyez tombé dans la plus inconcevable hallucination. Où donc avezvous vu, dans colle eumptubililé irré|ii-ucb:tliJe, bien que, selon vous, la donnée eu seit fausse, que le système de crédit que je défends, c'est le papier-monnaie ! Je vous délie de citer un seul mot de moi, dans celle longue controverse, qui vous autorise à dire, comme vous le faites, et, je crois, pour vous tirer d'embarras, que la théorie du crédit gratuit, c'est la théorie des assignats. Je n'ai pas dit un mot du système que je voudrais voir substitué à celui qui nous gouverne el daus lequel je persiste à voir la cause de tous les malheurs de la société. Vous n'avez pas voulu qu'il fut mis en discussion, ce système ; nos* êtes resté sut votre terrain; tout ce que j'ai pu faire, c'a été de vous prouver, sans toutefois me faire comprendre, que la pratique de

l'intérêt mène droit à la pratique de la gratuité, et que l'heure est sonnée d'accomplir telle révolution. De ujou système, à moi, il n'en a jamais été question. J'ai raisonné consUunuicnt sur vos données; je me suis tenu, avec vous, dans les tis et coutumes du capital. Iteltsez ma lettre du 31 décembre; il ne s'agit point là de la Banque du Peuple, mais bien lie la Rinobe de Fuis ce, de cette banque privilégiée, gmivcrnéc jiar M. d'Argoul, que vous ne soupçonnez point, sans doute, d'être partisan du papier-monnaie, ni de la monnaie de papier, ni des assifiiiiits; de cette banque-, enfui, qui, depuis la réunion des banques départementales, et l'émission des billets à 100 francs, a vu continuellement augmenter son encaisse; qui possède aujourd'hui 100 initiions de lingots et d'espèces; qui finira par engloutir dans ses caves un milliard de numéraire, pour peu que l'administration réduise encore la coupure des billets, établisse d'autres succursales, ei que les affaires reprennent; c'est de cette banque là que je vous ai entretenu ; l'auricz-vous prise, par hasard, pour une hypothèse, cl ses 4(50 millions d'espèces pour une utopicî Voici ce que je vous ai dit ;

Le capital de la flanque de France est de 90 millions; son encaisse 100 millions ; ses émissions de 472 ; soit donc un capital, réalisé ou garanti, de 382 millions, appartenant au peuple français, et sur lequel la Banque ne doit percevoir aucun intérêt.

Or, les intérêts dus par la flanque à ses actionnaires étant de 4 pour 1 00 sur un capital de 00 millions; les frais d'administration, risques compris, 1/2 pour 100; l'accumulation des espèces se faisant d'une manière progressive, cl la somme des émissions pouvant, sans danger, être d'un tiers supérieure à celle de l'encaisse : je dis que la Banque de France peut, que si elle peut elle doit, à peine de concussion et de vol, réduire le taux de ses escomptes à 1 pour 100, cl organiser le crédit foncier, en même temps que le crédit commercial. Que me parlez-vous donc de papier-monnaie, d'assignats, de cours forcé, de maximum, de débiteurs insolvables, d'emprunteurs sans bonne foi, de travailleurs débauchés, et autres balivernes ? Que la

Italique de Franco fasse son métier avec prudence et sévérité, comme elle a fait jusqu'il présent; ce n'est pas mon affaire. Je dis qu'elle a le pouvoir et lo devoir de l'aire le crédit et l'escompte, à ceux à qui elle a coutume tic le Taire, à 1 pour 100 l'an, commission comprise. M. Ilaslial rite fera-t-il une fois l'honneur de m 'entendre?

h. b asti at. ■ l'ouï- que les biilels d'une banque soient reçus, il faut qu'ils inspirent confiance;

« Pour qu'ils inspirent confiance, il faut que la banque ait des capitaux ;

< Pour que la banque ail des capitaux, il faut qu'elle les emprunte, et conséqiienniieul qu'elle en paje l'intérêt;

i Si elle en paye l'inlérêl, elle ne peut les prêter sans

capitaux sans iniércis; elle possède, eu ce moment, 583 millions qui ne lui appartiennent pas ; elle en aura, quand elle voudra, le double à pareille condition. Doit-elle faire payer un intérêt?

m. BiSTtvr. i Le temps est précieux. Le temps, c'est de l'argent, disent les Anglais. Le temps, c'est l'étoffe dont la vie est faite, dit le Bonhomme llichard.

i Faire crédit e'esl accorder du temps.

< Sacrifier du temps à autrui, c'est lui sacrifier une ebosc précieuse : un pareil sacrifice no peut être gratuit. >

moi. Vous n'y arriverez doue jamais! Je vous ai dit, et je vous répèle, qu'c» imuièn; de crédit, ce qui fait qu'on a besoin de temps, c'c.si ]n dillkullé de si' procurer de l'aïeul ; que cette difficulté I ion i surtout à l'intérêt exigé pur les détenteurs d'argent; en sorte que si l'intérêt était zéro, le temps du crédit serait aussi zéro. Or, la lianqiie de France, dans les condiiinns que lui fait le public depuis la révolution de février, peut réduire sou intérêt presque à zéro; qui de vous ou de moi tourne dans le cercle?

m. bastiat. « Ali! oui... il nie semble... je crois comprendre enfin ce que vous voulez dire. Le publie a renoncé, en faveur de la Banque, à l'intérêt de 583 millions de billets qui circulent

sous sa seule garantie. Vous demandez s'il n'y aurait pas moyen de faire profiler le public do cet intérêt, ou, ce qui revient au. même, d'organiser une banque nationale, qui ne perçu I pas d'intérêts. Si je ne me trompe, c'est sur l'observation de ce phénomène que se fonde votre invention, llicardo avait conçu un plan moins radical, mais analogue, et je trouve dans Say ces lignes remarquables :

« Celle idée ingénieuse ne laisse qu'une question non résolue. Qui devra jouir de l'intérêt de cette somme considérable mise dans la circulation? Serai i-ce le KomcrocniL'ur.' w si' rail pnur lui qu'un moyen d'augmenter les abus, li-ls que les sinécures, la corniptiuii piu-IemeiiUire, le nuinbrc îles délulniis de lu police cl les «mires permanentes. Sci\dl-cc une compagnie Ibnmeiree. rumine lu Kinique il'.\rr::li Irrre, lu llanque de Krarice '/ liais fiqnoi bon faire à une cmn [ironie Jin-inriùec ileje eielu: lue.uk-iiu île- inlfeèis payés ni délai! |>ne le publie?. ,. Telles -nul les nueslic-in r|ni iiaisseul il ce sujet : pciil-élrc ne soni-eilcs pin insolubles l'cul-clre y n-l-il des moyens de rendre lilinlriiK ut |n i,|i; ; ili|c au |iul>lie l'crunoinie qui eu résulterai! ; mai-

hoi. Eli! monsieur, votre i.-li. Say, avec tout son génie, est mi imbécile. La question est lonle résolue; c'est que le peuple, qui fait les fonds, le peuple, qui est ici le seul capitaliste, le seul commanditaire, le vrai propriétaire; le peuple, qui seul doit profiler de l'intérêt; le peuple, dis-je, ne doit pas payer d'intérêts. Est-il au monde quelque chose de plus simple et de plus juste?

Ainsi, vous convenez, sur la foi tic Ricardo et de J.-B. Say, qu'il existe un moyen de faire profiter le public, je cite vos propres expressions, des intérêt» qu'il paye à la Banque, et que ce moyeu, c'est d'ori'nuiscr uni 1 banque nationale, faisant crédit à zéro d'intérêt?

h. BiSTbvr. t Non pas cela, Dieu m'en préserve! Je reconnais, il est vrai, que la Banque ne doit pas profiter des intérêts pavés par le public pour un capital appartenant au public; je conviens de plus qu'il existe un moyeu de faire profiler desdils intérêts le putilic. Mais je nie que ce moyen soit celui que vous indiquez; à savoir, l'organisation d'uue banque nationale; je dis et j'affirme que ce moyen, c'est la liberté des banques!

i Liberté des banques ! Liberté du crédit ! Oh ! pourquoi,

M. Prou il ii on, voire brillante propagande n'a-lelle pas pris celle direction? i

Je fais grâce au lecteur de votre péroraison, dans laquelle vous déplorez mon endurcissement, et m'adjurez, avec un sérieux comique, de substituer à mu formule : Gratuité du crédit, la votre : Liberté du crédit, comme si le crédit pouvait Être plus libre que lorsqu'il no coûte rien ! Je n'ai veine au corps, sachezle bien, qui résisle à la liberté du crédit : en fait de banque, comme en fait d'enseignement, la liberté est ma loi suprême, Mais je dis que, jusqu'à ce que la liberté des banques et la concurreuee des banquiers fassent jouir le public des intérêts qu'il leur paye, il sciait bon, utile, constitutionnel, et d'une économie tout à fait républicaine, de créer, au milieu des autres banques, et en concurrence avec elles, une banque nationale faisant provisoirement crédit à 1 ou 1/2 pour (00, au risque de ce qui en arriverait. Vous répugne-t-il de faire de la Italique de France, par le remboursement de ses iiciiomiaires, celle banque nationale que je propose? Alors que la Banque de France resiitue les 372 millions d'espèces qui appartienuent au public, et dont elle n'est que la détentrice. Avec 372 millions on peut très-bien organiser une banque: qu'en pensez-vous? et la plus grosse de l'univers. En quoi donc celle banque, formée par la commandite de tout le peuple, ne serait-elle pas libre? Failcs cela seulement, et quand vous aurez attaché ce grelot révoluiionnaire, quand vous aurez de la sorlc édicté le premier acte de la république démocratique et sociale, je me charge do vous déduire les conséquences de cette grande innovation. Vous saurez alors quel est mon système.

Quant à vous, M. Itasiiat, qui, économiste, vous moquez de la métaphysique, dont l'économie politique n'est que l'expression concrète; qui, membre de l'Insiitut, ne savez pas même oit en est la philosophie de voire siècle; qui, auteur d'un livre intitulé Harmonies économiques, probablement par opposition aux Contradictions économiques, ne concevez rien aux harmonies de l'histoire, cl ne voyez dans le progrès qu'un désolant fatalisme; qui, champion du capital cl de l'intérêt, ignorez jusqu'aux principes de la comptabilité commerciale; qui, concevant enfin,

à travers les ambages d'une imagina lion effarée, et sur la foi de vos auteurs beaucoup plus que d'après votre intime conviction, qu'il est possible d'organiser, avec les fonds du public, une banque faisant crédit sans intérêt, continuez cependant à protester, au nom de la liberté du crédit, conlre la cfutuité du crédit : vous êtes sans doute un bon et digne citoyen, un économiste lionnêle, nu écrivain consciencieux, un représentant loyal, un républicain fidèle, un véritable ami du peuple. : mais vos dernières paroles ine donnent le droit de vous le dire, scientifiquement, M. Bas liât, vous êtes un homme mort.

P.-J. Prouduon.

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