THE GETTY RESEARCH INSTITUTE LIBRARY
Halsted VanderPoel Campanian Collection
THE fîETTY RESEARCH
SUR L’INSCRIPTION D’AUTUN
tant j’avais à cœur de voir si le travail de M. Rossignol rendait inutile ce que j’avais moi-méme préparé.
Comme il arrive quelquefois que deux personnes qui entreprennent d’expliquer un monument, sans se communiquer leurs idées, se rencontrent dans l’interprétation qu’ils en donnent, celui qui est assez heureux pour arriver le premier à mettre son travail au jour, en reste l’unique auteur aux yeux du public, bien que son concurrent puisse avoir un mérite égal et le même droit à revendiquer.
Pour moi, ce n’eût pas été la première fois que j’aurais été prévenu; et pour me conformer à ce qui est d’usage en pareil cas, j’aurais dû renoncer à ma publication, ou me contenter d’affirmer que moi aussi j’avais entendu le monument de la même manière; ce qui à vrai dire équivaut simplement à l’approbation du travail d’autrui. Mais après avoir lu une ou deux fois la dissertation du savant M. Rossignol, tout en reconnaissant que l’auteur ne s’écartait point des vraies règles de la critique, il me sembla qu’elle ne rendait pas inutile l’édition nouvelle que j’avais à en donner, ni pour la lecture matérielle de l’inscription, ni pour l’interprétation du texte.
L’em})reinte en plâtre que je devais au zèle obligeant de M. le grand-vicaire Duvoucoux, m’avait permis de lire le monument original, tandis que M. Rossignol s’était tenu à l’ancienne lecture qu’en avait donnée dom Pitra. J’avais donc à offrir au public le résultat de ma nouvelle transcription, dans une lecture plus exacte et plus complète d’un monument que nul épigraphiste n’avait encore étudié ni lu de manière à faire cesser tous les doutes, ni expliqué dans son ensemble de manière à faire voir autre chose que le petit nombre de fragments transcrits jusqu’alors.
Ainsi que je l’ai dit, M. Rossignol s’était borné à la lecture de dom Pitra, bien que M. François Lenormant l’eût déjà corrigée et améliorée en quelques endroits ; de sorte que, loin de faire un pas de plus en avant, nous étions reconduits en arrière (i). Cependant j’examinai
(1) M. Rossignol affirme, à la page 495 de la Revue, 1857, que les anciennes inscriptions se détériorent avec te temps, et que la pierre, dont la lecture offrait des difficultés lors de la première découverte, en présenterait bien davantage aujourd’hui ; ce qui peut être vrai en certaines circonstances. Mais pour notre pierre, comme elle avait été tirée de terre, elle a été
l’interprétation adoptée par M. Rossignol ; je la trouvai, en quelques points, beaucoup plus juste que toutes celles qui avaient été essayées précédemment, et telle, qu’elle prévenait quelques-unes des observations que je m’étais proposé de faire. Néanmoins, pour le sens général, et sur des points que je crois d’une haute importance, cette dissertation ne s’écartait pas de l’ensemble des doctrines exposées par les savants qui s’étaient d’abord occupés de l’inscription.
Pour ce motif, je crus pouvoir publier ma version et mes éclaircissements en les faisant suivre d’une discussion sur une proposition grave et nouvelle, émise par M. Rossignol, et qui intéresse à un assez haut degré la science grammaticale. Il s’agissait de savoir si l’inscription appartenait bien aux trois premiers siècles , ou même au commencement du quatrième , comme l’avaient cru tous ceux qui l’avaient expliquée jusqu’à ce jour, et comme je l’avais pensé moi-même; ou bien s’il fallait avec M. Rossignol la rapporter à une époque beaucoup plus récente, qui ne serait pas antérieure à la moitié du vi® siècle de l’Église (i).
Dans ce second travail, j’avais à signaler quelques-unes des différences d’opinion qui existaient entre M. Rossignol et moi, et auxquelles je ne m’étais pas arrêté dans ma première partie; je voulais cependant m’abstenir de faire remarquer comment M. Rossignol était tombé aussi dans certaines erreurs que je condamnais chez d’autres ; et j’avais
fixée sur le mur, dans un lieu bien défendu des intempéries des saisons. Et alors comment peut-on penser qu’elle ait été détériorée?
M. Rossignol sans doute ne se sert pas de la première copie publiée dans les Annales de Philosophie chrétienne, mais bien de la seconde, qui a été prise quatorze années après, et qui est bien plus complète et plus correcte que la première. Si l’on devait juger de l’état de la pierre par les copies, et non par l’habileté de celui qui les transcrit, il faudrait dire que le petit I qui avait été lu, en 1840, au dixième vers, dans... OiCIN a cessé aujourd’hui d’être visible, puisqu’il est omis dans la seconde copie, publiée par dom Pitra, dont se sert M. Rossignol. Et pourtant voici ta photographie où ce petit iota saute aux yeux. Ne nous arrêtons donc pas à réfuter une assertion si peu fondée, qui est contredite par l’image irrécusable do la photographie.
(1) « Nous n’hésitons pas à descendre l’inscription chrétienne d’Autun quatre siècles environ plus bas que ne l’a fait Franz, c’est-à-dire jusqu’à la seconde moitié du vi® siècle. » {Explication et Restitution, p. 103 ; Revue, 1856.)
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soin de noter comment, sur quelques détails de peu d’importance, il est vrai, nous nous étions rencontrés.
Déterminé à suivre cette marche, et ayant achevé la première partie, j’arrive maintenant à la seconde, où je vais examiner la valeur des arguments employés par M. Rossignol, pour attribuer l’inscription d’Autun à la seconde moitié du vi® siècle (i).
Il faut cependant avertir mes lecteurs que depuis la publication du premier fascicule de mes Mélanges épigraphiques, M. Rossignol a fait imprimer un opuscule en forme de lettre à moi adressée (2). Le but que se propose l’auteur dans ce travail est moins de jeter un nouveau jour sur Pinscription que de porter une accusation contre moi. Il affirme dans cet écrit que sa dissertation est la vraie source où j’ai puisé tout ce que j’ai écrit de bon concernant l’inscription, n’admettant pas la possibilité que je fusse capable d’un tel travail, attendu ma balourdise et ma profonde ignorance meme des premiers éléments de la langue grecque (3) .
Mais cette diatribe étant toute personnelle et n’ayant rien à faire avec l’explication de l’inscription, ni avec les questions qui me restent à traiter ici, je m’en occuperai plus tard, et dans une réponse séparée. Les intérêts de la science ne doivent pas se mêler avec les querelles personnelles de ceux qui la professent.
En habile critique, M. Rossignol considère : 1” les formes paléo-
(q M. Rossignol me fait remarquer avec raison que dans le titre de l’appréciation des mo. tifs, etc. (voy. p. 48), j’ai mis à tort « pour attribuer au VIP siècle, » au lieu de « pour attribuer à la moitié du F/e siècle. » Du reste, cela n’aurait pas dû lui déplaire, car si la moitié du VI® siècle où il place l’inscription, n’a pas beaucoup à se louer du jugement qu’il en porte, peut-être ne serait-il pas fâclié d’étendre un peu au delà du vi® siècle cette barbarie dont, à son avis, est entaché tout entier ce monument poétique du christianisme.
(2) Lettre au R. P. Raphaël Garrucci, de la Compagnie de Jésus, etc. Revue archéologique, 1857, p. 491-505.
(3) « Ce n’est que lorsque vous vous êtes senti soutenu des ressources d’autrui, c’est-àdire guidé par le mémoire qu’on ne doit pas nommer, que vous avez osé entrer en lice, pour me servir de votre métaphore. Mais avez-vous au moins dans cette lice obtenu quelque avantage, combattu avec quelque habileté? Hélas ! je vais montrer que livré à vous-même, vous ne sauriez faire un pas sans tomber lourdement. C’est là l’objet de cette lettre. » (Lettre au R. P., etc., etc.; Revue, p. 494.)
graphiques employées dans l’inscription (i); 2® les nombreuses fautes d’orthographe; 3“ les fautes de prosodie (2); 4“ enfin les fautes de langage (3).
Les arguments lui semblent péremptoires pour démontrer que l’inscription n’appartient pas au ii® ou au iii® siècle de l’Église, comme l’ont affirmé les savants qui se sont occupés du monument jusqu’à nous, mais à la seconde moitié du vi®.
Mais si, pour juger de l’époque d’un monument, il ne devait y avoir d’autres arguments que ceux que M. Rossignol invoque à l’appui de sa thèse, je ne ferais aucune difficulté de reconnaître la validité de son assertion. En effet, le procédé critique qu’il emploie en cette circonstance n’est pas nouveau; et, comme lui, nous savons, quand il le faut, de quel poids peuvent être les raisons tirées de la paléographie, de l’orthographe, de la prosodie et de la grammaire. Cependant, nous n’ignorons pas que la preuve tirée de ces observations est parfois bien faible; et par conséquent nous n’y attachons pas une confiance assez aveugle pour repousser des preuves moins intrinsèques, inhérentes au monument même, et pour renoncer à l’appui qu’elles viennent nous jjrêter. Si nous n’avions à tenir compte que des arguments de ce genre, combien d’inscriptions chrétiennes ne devrions-nous pas faire descendre du II®, du III® ou du IV® siècle, auquel elles appartiennent au plus tard, pour les donner, je ne dirai pas au vi®, mais au vu® et au VIII® siècle !
Et pourtant, dans les cimetières romains où furent trouvées les inscriptions auxquelles je fais allusion, tout le monde sait que l’on cessa d’inhumer après la moitié du v® siècle. En outre, la plupart
(1) Revue, p. 103 citée ci-dessus.
(2) a Nous sommes scandalisés d’un abus, qui n’est pas seulement un signe de décadence,
mais une criante barbarie ; c’est y.priaai (le texte a employé pour un trochée devant
x«6wv, p. 9.5 ; p. 96, (encore ici XiT(x!;o|Ae) fait un dactyle de ses trois dernières syllabes
devant <j)wî comme 7.püaat a fait un trochée devant XxSùv. Cette abréviation de la diphthongue devant une consonne est un signe de très-basse époque, et peut servir do date. »
(3) « Les fautes de tout genre que nous y avons relevées, et qui accusent à la fois l’ignorance de l’orthographe, de la syntaxe, de la propriété des mots, de la métrique et de la prosodie obligent sans contredit à le refouler vers un âge d’extrême décadence. »
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portent l’indication des consuls, ou ont été découvertes dans les memes allées dont l’époque est fixée par les pierres qui portent inscrits les noms des consuls et appartiennent au meme quartier du cimetière. Dirons -nous cependant que les arguments sur lesquels s’appuie M. Rossignol n’ont aucune valeur? Loin de là, j’ai déjà déclaré qu’ils en avaient une réelle, et que nous-même nous en faisions usage dans toute étude des monuments épigraphiques. Mais ce point accordé, il faut observer avec plus de maturité d’autres circonstances plus intrinsèques (car il y en a), si l’on veut traiter à fond une question aussi délicate. Je dis une question délicate, car enfin, il est bien surprenant que les épigraphistes les plus exercés, qui savent par une longue expérience quelle est la valeur critique des arguments employés par M. Rossignol, n’aient pas, jusqu’aujourd’hui, abaissé la date de l’inscription d’Autun au-dessous des commencements du iv® siècle, et que même le plus grand nombre se soit accordé à l’attribuer au second ou au troisième. Croirait-on que les raisons de paléographie, d’orthographe, de prosodie et de grammaire, raisons si péremptoires pour M. Rossignol, n’auraient pas éveillé le plus léger doute dans l’esprit d’un homme qui nous a donné un traité complet de Tépigraphie grecque, de M. Franz, qui a écrit deux dissertations développées sur l’inscription qui nous occupe, et les a imprimées sous les yeux du savant Boeck et de cette académie de Berlin, qui pèse avec tant de sévérité les moindres défauts des textes, les moindres erreurs des interprètes ?
Pour quelle raison M. Franz, qui remarquait dans l’inscription les fautes d’orthographe et de prosodie, les barbarismes et les solécismes, enfin la forme paléographique, M. Franz, qui de plus (comme luthérien) avait intérêt à faire considérer comme récent un monument dans lequel les dogmes de l’Eglise catholique trouvent une confirmation si claire et si solide, aurait-il cru qu’il ne fallait pas tenir compte de toutes ces objections , et que l’on devait au contraire s’en tenir à l’époque fixée par deux auteurs catholiques, dom Pitra et le P. Secchi ? Cette raison, nous la trouverons dans les expressions voilées à dessein, dans l’usage bien connu de cacher les mystères chrétiens sous un symbolisme qui est consacré précisément dans les trois premiers siècles et se transmit en s’affaiblissant jusqu’au quatrième.
MÉLANGES D’ÉPIGRAPHIE ANGIENNE.
Nous aurions aimé à trouver dans le mémoire de M. Rossignol une discussion approfondie, comme l’exigeait un argument de cette importance, que les écrivains meme protestants ont jugé digne d’attention et de respect : mais notre adversaire s’épuise dans des observations de grammaire, se contentant d’affirmer que les chrétiens continuèrent de se servir du langage symbolique et allégorique primitif, quand ils n’y furent plus forcés par la crainte des persécutions et par les menaces des supplices (p. loi). « Plus tard, quand le danger fut passé, ils a continuèrent encore à se servir de ce langage des allégories et des « symboles. »
Pourquoi M. Rossignol se dispense-t-il de démontrer que dans les monuments sépulcraux du vi® siècle, on trouve le langage voilé des II® ou ni® siècles, aussi bien dans les formules que dans l’allégorie relatives au sacrement de l’eucharistie? Faute de bien établir cette question fondamentale, dont il se débarrasse avec des phrases vagues, il réduit ses observations grammaticales à leur valeur propre, valeur qui diminue singulièrement, quand de telles observations sont en contradiction avec le sujet; et c’est pourquoi d’habiles gens n’en avaient pas tenu compte, quand ils cherchaient à déterminer l’âge de l’inscription.
En attendant que l’on ait répondu à la question que nous posons, je chercherai seulement, en montrant quelle est la valeur particulière des observations grammaticales de M. Rossignol, à renverser l’affirmation trop générale par laquelle il attribue le monument d’Autun à une autre époque du christianisme.
Commençons par la paléographie. Je n’ignore pas que des personnes exercées dans la lecture des anciens monuments chrétiens trouvent dans le caractère de l’inscription une conformité avec celui que nous présentent généralement les titres chrétiens du ni® siècle de l’empire.
Je ne puis cependant dissimuler qu’à mes yeux l’écriture serrée du monument doit appartenir à un siècle autre que le troisième. Et c’est aussi pourquoi j’incline à supposer que le titre aurait été refait plus tard, chose si naturelle, et dont nous avons de si nombreux exemples.
Ouvrons le Corpus inscripüonum grœcarum, vol. ï, p. 553, nous y
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trouverons l’ancienne inscription d’Orrippos, qui présente des caractères tout semblables à ceux de la nôtre.
Lisez encore ce que Bœck écrit, p. 555 : Non multo ante (Olympiadem 8o) etiam hoc Orrippi monumentum conditum videtur et epigramma inscriptum. Sed titulum qui superest vix ante quintum vel sextum ante Christi natales sæculum exaratum esse docent litterarum formae : quo fere tempore vixit Diogenes Cornes de restiluenda Megarensiuin urbe bene meritus. Non igitur marmor subditicium babendum ; potius cum antiquus titulus qui olim Megaris positus erat, vetustate esset détritus, vir aliquis antiquitatis studiosus instaurandum monumentum curavit, iisque usus est litterarum formis quæ tune obtinebant. » Bœck ne manque pas d’apporter en preuve l’inscription suivante, n” io5i, qui fut de nouveau sculptée par ordre d’Helladius lui-méme. En voici les paroles, d’après la copie probablement mal faite de Fourmont. Tà eTctypayya twv èv tm TrepctxM xnoBixvôvzaiv xe (c’est-à-
dire xal) y~.£Cfxémv èvztxùdix v^pwwv, dmolôiievov â'e tw xpoyw EXXacJioç 6 apj'iepeùç Itt (les lettres sont CnilinKIK). Ainsi donc, pour en revenir à l’ins-
cription d’Autun, nous voyons d’une part que, d’après le sens mystique, tous les interprètes l’ont rapportée au ii® ou au ni® siècle, ou au commencement du IV®. Supposé que la paléographie et les fautes d’orthographe opposassent un obstacle insurmontable à ceux qui voudraient lui laisser cette date, il faudrait chercher le moyen de concilier ces anomalies avec le texte. La solution serait probablement celle qui se présente dans beaucoup de cas semblables.
Nous savons que les anciens furent dans l’usage de restaurer les vieux monuments; rien n’empéche de supposer que notre pierre sépulcrale ait passé par cette épreuve. Dans ce cas, il ne serait pas étrange d’y trouver des fautes d’orthographe dues à l’ignorance de l’ouvrier (i) et à la grossièreté des temps.
(1) On voit un exemple remarquable d’un semblable accident dans la base d’Æclanum, que j’ai publiée dans le Bull. arch. de Naples^ II, p. 80. Le sculpteur y a copié maladroitement un original qui existe encore dans le musée Bourbon et que l’on voulait remplacer parce qu’il était brisé; il a transformé les mots FELICISEMPER en FELICIS IMPER; au lieu des mots APVL-ET CAL. SEMP DEVOTVS qui , sur les fragments brisés avaient laissé les seules lettres VL ET CAL SEM VS, il écrivit les suivants Ml ET AL SEM VS,
De fait, quant à l’e mis pourai(et j’y joindrai dans mvawv Pt employé pour la diphtongue ei), dans deux circonstances, selon M. Rossignol, savoir dans /pry^e et dans liraÇ,o[xe, il n’en manque pas d’exemples dans l’inscription retouchée par Helladius. Boeck, p. 556, en a fait l’observation : « Orthographia est barbara : pro yat, xaXetTs pro y.ocleÏToci,
lève pro lévoiiy océ'èiv pro ae^etv, opt pro opei, pro MuxaXaç, 'naidîià
pro TTscJt'w. Igitur Helladii ætatem conjeci olim sexto vel quinto post Christum sæculo assignandam esse. » On trouverait un autre rapprochement entre les deux inscriptions dans l’O effacé de nCKTOPiYO : car Calvet , et après lui Boeck , ont remarqué que dans l’épigraphe de Orrippus, v. 5, l’ouvrier avait écrit OAYMniACIN; quod cum viderit vitiosum esse, ipse delevit litteras supervacuas.
Tout ce que j’ai dit jusqu’ici démontre que les preuves deM. Rossignol ne sont pas convaincantes ^ car il ne s’appuie que sur des remarques isolées, sans tenir compte des preuves contraires. S’il eût pesé toutes les raisons, il se serait bientôt aperçu qu’en considérant le texte de l’inscription, on ne trouvait plus aucune probabilité qui permît d’attribuer l’inscription, je ne dis pas au \f siècle, mais au v® et même à la seconde moitié du iv®. Si l’on admet, au contraire, que l’inscription ait été retouchée ou refaite, supposition bien naturelle et justifiée par un usage certain, les deux difficultés tombent à la fois. Du reste, je ne crains pas de dire qu’elles ne sont pas sérieuses. Il semble que M. Rossignol ne se soit jamais demandé si, avant les siècles de décadence certaine, on n’avait pas gravé d’inscriptions où se trouvassent
sans prendre la peine de rétablir sur sa copie les éléments détruits ; aussi a-t-il mis les interprètes au désespoir. On peut expliquer de même la célèbre pierre qui reproduit l’inscription en l’honneur de Duilius, gravée sur la base de la colonne rostrale. Telle que nous l’avons, son orthographe et sa paléographie n’ont rien de l’époque primitive. Aujourd’hui tout le monde s’accorde à y voir une restitution exécutée par Auguste. Des anomalies bien plus inexplicables encore dans la fameuse inscription de Jupiter liber du Viens furfensis (an de Rome 69(j, Mommsen, I. N. L. n. 6011), sont dues à la copie, d’une époque bien postérieure, qui nous est restée ; telle est la cause de certaines étrangetés paléographiques que j’ai eu l’occasion d’expliquer ailleurs.
C’est aussi l’explication la plus plausible de l’orthographe plus récente que présente la pierre de Mummius Achaicus; exemples trop nombreux pour être tous attribués aux premières années du viii® siècle de Rome, comme s’est efforcé de le faire M. Ritschl , Ad Ut. Mummian.
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des formes paléographiques semblables à celles qu'il fait valoir et même des fautes d’orthographe. Car s’il se trouve de semblables monuments, voilà un second argument qui suffit pour réfuter son objection. De fait, il semble qu’elle n’ait point existé pour Franz, qui classait notre inscription parmi les monuments du iF ou du iii® siècle (i). Ce dernier du reste avait écrit, à la page 25o de ses Elernenta epigraphices grcecce (i84o), les paroles suivantes : « Barbaries orthographiæ non semper indicio est titulum esse admodum recentem. Nam ea quum vel in atticis antiquioribus sæpe quadratariorum debetur imperitiæ (V. DiaT\ archœol. HaL, 1837, n” i5, p. 1 17) quos interdum non dissimiles fuisse dixeris barbaro toEotz, ap. Aristoph.Tbesmoph., 1007 sq., tum apud Cares mature grassata est falsa hujusmodi ratio. V. tit. Mylas. c. i. 2698, e. Ubi v'z AptareWo!: (cf. 2714) et tit. Stratonicens. ibi 2715, etc. in quibus e pro et scribitur vel ante Augustum imperatorem. Mature etiam Megarensium scripturam barbaris vitiis laborasse tituli docent, c. I, io5i, 1066, 1067, in quibus yJxpume, (îo'^eç, ptupteç xocl T. X.
M. Rossignol parle en troisième lieu des fautes contre la prosodie. Car on ne s’est pas contenté d’écrire xp7^c7e et J.iraÇopte, mais dans ce dernier mot où e tient la place de <xi, on a abrégé la dernière syllabe devant une consonne. P. 96, 19. « >tTaÇopiai, dit M. Rossignol, fait un dactyle de ses trois dernières syllabes devant fâç, comme -pprifsan a fait un trochée devant ).aêMV. Cette abréviation de ladiphthongue devant une consonne est un signe de très-basse époque et peut servir de date. » J’invite M. Rossignol à partir de cet axiome pour assigner une date à l’inscription , c. 1 , 6299 , où je trouve pour finale du pentamètre THNA’ EflIKEIMAI KONIN : et avant qu’il ne réponde, je l’avertirai que P. Elius et M. Ulpius se déclarent, dans cette inscription, affranchis des Augustes, c’est-à-dire d’Adrien et de Trajan. La diphthongue Al brève devant une consonne peut donc se rencontrer dès le commencement du iF siècle après Jésus-Christ, ce qui est plus que suffisant pour ma
(1) Est titulus sepulchralis ex sæculo aut secundo exeunte aut tertio ineunte, memorabile exemplum disciplinai arcani exhibons. Franz, Interpretatio ms ad IV vol. C. I. apud Pitra, Spicil. Solesm., l, p. 560.
thèse. Rappelons encore à M. Rossignol le distique de Bordeaux, c. I, 6791, où on lit :
A£(i|)ava AouxtXXïîç iSoiSe xt~Tt
Hç fj£fxipi<jroLt ^pi(pYi (l) (Tco'ov -rrarpt, Garspov aÙTvî,
De quoi Franz n’est pas scandalisé , puisqu’il écrit : vitium versus secundi non offensioni est. Bien plus, des erreurs, même évidentes, ne causent aucune surprise ni à Hermann, ni à Boeckh, qui disent, au sujet de fautes encore plus inexcusables, c. I, vol. I, p. 547 : Sunttalia etiam apud optirnos. V. Hermann, Elem. doctr. metr.., p. 54 (2). Si donc les meilleures inscriptions admettent de telles énormités, je ne vois pas bien clairement pourquoi semblables fautes autoriseraient à décider qu’une inscription est de la mauvaise époque , tout en reconnaissant que ces considérations peuvent entrer dans la détermination d’une date. D’ailleurs, j’observerai d’une manière générale qu’en s’arrêtant plus à ces imperfections de détail qu’aux idées, on agit en grammairien là où il faudrait employer la critique élevée de l’histoire. A la même époque et des mêmes ateliers sortent les travaux d’art et bons et mau-
(1) Cf. Welcker, Syll. Epigr. ed. sec., p. 105, dans une inscription chrétienne des premiers temps. M. Rossignol la cite aussi à la page 97, et dit qu’il doit la publier bientôt avec les nouveaux commentaires ; ’EvôxJe xCmi Ppeço? xotvcü Ptoroto âaoipc;.
Ajoutons Jacobs, II, 813 : KeTu.ai posteriore syllaba correpta de qua licentia mulli multa. V. Ernest., In Excur. ad Calliam, I, 260 : Hoc recentiores tantum ausos e.sse hodie nemo dubitat. Les recentiores sont toujours de l’époque d’Auguste, au plus tard. Enfin, au sujet des mots irXrffat Traptîaî, on lit en note (p. 893, n“ 6228) : Jacobs a remarqué l’abréviation des diphthongues devant une consonne {Paralip. II, n® 50, p. 804, Anihol. Paint., n° 296); et il ne convient pas de faire avec Ruhnkenius la correction irXTîffa [Bibl. crû., t. II, p. 86).
(2) Ni Jacobs {Anthol. Palat., I, p. 58, 3 ; II, 813, 851, v. 296), ni Welcker : Incredibili
licentia multi usi sunt in syllabarum productione et correptione, quarum exempla luculenta sunt in Palatina, VU, 695, tsu Syllog., n° 51, 5. ùù.^x; [xè xaô’ Cijiou;. Welcker,
Syllog. Epigr. grœc., Bonnæ, 1828, præf., p, xxv. Le môme auteur, à la p. xxvii, fait remarquer que maintes fois nous ne saurions affirmer si tes fautes d’orthographe et d’autres .sont le fait dos auteurs et non pas plutôt des graveurs ; Scatent vitiis quadratariorum serions temiK)ris marmora, pturimæ litteræ et syllabæ omissæ sunt, perperam geminatæ, confusæ (cf. p. 133, où il cite Boeckh, n° 1003), orthographicis etcoteris quæ non versificatorum culpa, sed lapicidarura inscitia et oscitantia orta sunt; velles sæpe his an illis tribuenda sint ('onstaret.
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vais. Cornélius Fronton, à la plus belle époque de l’art romain, blâmait les images des Césars. « Male illæ quidem pictæ pleræque et crassa, lutea imo Minerva, fictæ sculptæve. » Si nous adoptions la règle posée par M. Rossignol, il faudrait leur assigner une époque avancée et de décadence.
Je ne m’appesantis pas davantage sur les imperfections qu’offrent les inscriptions, même de la bonne époque : parce que c’est chose bien connue des épigraphistes et qu’il n’est plus même besoin de les signaler au passage, à moins qu’on n’en fasse une matière d’objections.
J’aime mieux m’arrêter à la dernière objection que M. Rossignol puise dans les fautes de langue.
Il commence par faire remarquer que le nom ri-rop est indéclinable et que néanmoins notre épigraphiste le met au datif : ÿ/Vopt. Cette doctrine de M. Rossignol , bien qu’elle puisse se réclamer d’Eustathe , n’est pourtant pas aussi sûre qu’on semble nous le dire.
Un dictionnaire grec tout récent, qui s’imprime à Paris sous les yeux de M. Rossignol s’exprime ainsi : %rop, quelques-uns le déclinent r^ropoçj mopt. Eustathe cependant (p. ii3, 3i)le déclare indéclinable. TcàocOr.vM ô'mopi xv(o(To-£tç in fragm. Simonidis apud Athenæum, IX, c. XII, p. 296, quod suspectum reddit scriptura longe diversa, quamvis vitiosa âüBsi vel (?£{(?££ in codd. Dionysii de Comp. verb., p. 4^4? cd. Schæfer. Nous trouvons de même dans Lobeck (Parall., p. 217) : mop quod Eustathius, p. ii3, 33, et Philemo, § 85, per casus declinari negant, neque certa est scriptura in Simonidis fragm. YII, 6, mopi yalaOrivü. Que conclure de ces autorités contre l’auteur de l’inscription ?
Vient ensuite une accusation plus formidable au sujet de la signification du mot ^pozéoiç, que M. Rossignol déclare être une locution (c qui outrage la langue, » p. 95. Cela ne peut point en effet « signifier parmi les choses mortelles, ni remplacer Iv jSpoTotç, parmi les mortels. » Mais ici pourquoi s’en prendre à l’auteur de l’inscription? N’accusez que celui qui a imaginé de donner à h (^pozéoig le sens de parmi les choses mortelles. Quant à l’interprétation de parmi les mortels, je ne comprends pas en vertu de quoi M. Rossignol peut affirmer si carrément que cette locution outrage la langue grecque. N’est-il pas bien connu
que les auteurs de l’âge d’or de la langue employaient yuvrî/etcov au lieu de yuvaixwv.
Ainsi Phocylide écrivit çüAa yw/ixstcov et rupoevra au lieu de rupov, et Théocrite, 1. 58 :
TupoEVTa fxcyav XîuxoTo ydcXaxTOç,
et sur ce passage on peut consulter Lambert Bos, Ellipses Ling. gr. ed. Schæfer, n” 27 et le Scholiaste de Théocrite, loc. c. Mais pour mettre en évidence tout ce qu’il y a de risqué dans le jugement que M. Rossignol porte sur l’expression de ev ppozéoiç, je ne saurais mieux faire que de mettre sous ses yeux les exemples qu’en donne Euripide.
Dans X Iphigénie en Tauride (v. 578), nous lisons :
IloXyç Tapaypoç hre toTç Gsîojç evt x5v toTç jSpoTStotç ;
et le commentateur Emile Portus dit : eiç te zà râv ©gwv, eiç toùç Osoù;, xat (3poTeiMV elç Tovç (^povovg.
Et dans les Bacchantes, v. 1002 :
E(ç Tarz 0£wv t(fv PpOTCtw re^ziv «Xuttoç jStoç,
ce que Lobeck traduit ainsi (ParalL, p. 3o6) : Adversus Deos vita culpa vacat et rnortalibus nihil moles tiœ offert, et il ajoute que les Romains dirent dans le même sens humanus pour Homo, comme l’a démontré Drackenborch, dans les notes sur Silius, VII, 5, et Gronovius sur Tite-Live, VIII, 9.
A son tour, Racine fait dire à Thésée ;
Faut-il que sur le front d’un profane adultère Brille de la vertu le sacré caractère !
Et ne devrait-on pas à des signes certains Reconnaître le cœur des perfides humains!
Après de tels exemples, ne regardera-t-on pas comme un luxe inutile de citer encore ce fragment des Scyriæ, n® i :
$tû! Ttôv PpOTtttov ü)î àvtipuxXai Tuj^ar.
SUR L’INSCRIPTION D’AUTUN
Nous avons donc le droit de conclure que si la langue grecque a été outragée, on peut en accuser des noms plus éclatants que le pauvre auteur chrétien sur lequel M. Rossignol exerce sa rigoureuse critique.
Une autre faute découverte par M. Rossignol, c’est le mot masculin üXoutckJotï^ç que l’auteur de l’inscription fait accorder avec le féminin
2ocfta.
Il est merveilleux que personne ne s’en soit aperçu avant le savant académicien. Et pourtant, le Tî'ésor grec d’Henri Estienne que réimpriment MM. Didot s’est enrichi de ce texte au mot Ttlovio^oxm ! Comment l’admet-il donc? C’est que, sans sortir des éléments de grammaire dans lesquels notre ignorance oblige le docte professeur à se traîner pour nous confondre, nous pouvons lui faire observer combien est fréquente cette figure xarà xo vT:ovoovy.£vov, et qu’ici meme, deux vers plus haut, il fait accorder Xaowv avec yevoç, comme l’ont bien vu Franz et le P. Secchi. Or, en parlant de la Divine sagesse, c’est-à-dire du Verbe , tout le monde sait que l’on peut employer le genre masculin ; et notre auteur, qui pouvait tout aussi bien se servir du mot TiXouToyopoç, a préféré le nom masculin TilovxoâôrYiç. Et Reiske, dans les notes sur Constantin Porphyrogénète, p. qS, dit que les auteurs modernes employent l’expression 0 âyioç Soœt'a, quand ils ont en vue la Sagesse incarnée.
Sans renvoyer M. Rossignol à Lobeck, dont nous avons déjà plusieurs fois invoqué l’autorité, indiquons-lui Zeunius, à la p. 6i de Vigier (Leipzig, i834), il y verra comment tous les auteurs cités par ce grammairien établissent la théorie générale de ce qu’ils appellent tjvveaiç generum.
Enfin, M. Rossignol nous oppose QUrno et igjTtCto (car pour Xt/ateo, il déclare consentir à ce que la faute aoit mise sur le compte du sculpteur qui aura écrit XiXat'w au lieu de likoâzo.)
Je ne crois pas inutile de rappeler que les lettres 10 remplacent CO de la même manière dans Boeckh, n. 2i4) 216, 1801 (dans Grüter, p. 11:29; dans Welcker, ep. 84).Welcker ne voit pas la moindre difficulté à prendre ÂPTEMION pour APTEMCON : « APTEMION in marmoî'e esse ne dubites. Sœpe confunduntur etiam OC et CO ut appeiid.^ n. 343. »
Quoi qu’il en soit, et admettant que Matco, aussi bien que Qacl-noixai et uvr,aouuxi, doive être compté parmi les barbarismes de l’auteur de l’inscription, serons-nous pour cela en droit de conclure que l’inscription doive descendre jusqu’au vi*^ siècle? Nous savons bien que dans la basse époque on voit souvent les verbes moyens devenir actifs et les verbes actifs devenir moyens ; mais nous ne rencontrons ni Qoclnoixoci ni hXxîa. D’ailleurs, il est bien sûr que dans tous les âges on trouve de tels barbarismes ; et quant aux inscriptions , Welcker en a fait la remarque avant moi (SjlL, præf., xxiii). « Præcipua attentione formæ videntur dignæ quæ in epigrammatis occurrent vel ocna^ lty6\i.zvai, vel barbaræ qualis est in append. n. 207. (Sowfzevou ab imperito versificatore inventum ad supplendum versum et quales in bac collectione sunt, etc. Alias video Boeckhium congessisse, c. I, p. xix et 799... et quasdam ferendas esse etiam in antiquis scriptoribus formas pravas recte contendit Buttmannus, gramm. ampl., I, 121, not.
Mais, pour être plus justes, nous imputerons au ciseau de l’ouvrier les deux mots ôaXTreo et 'kùm(a.
En effet, l’o de Oâ^Treo est tellement uni à j® P^iis ni®
défendre de soupçonner qu’il aura été ajouté par erreur par le sculpteur, tout comme l’o final de Ue-Kropiovo; tant que ce point ne sera pas éclairci, nous n’imputerons pas à l’auteur de l’inscription une faute qu’il n’a peut-être pas commise. ^
Il ne nous reste plus à porter la discussion que sur le mot avmto. <t C’est, dit M. Rossignol, un mot absolument barbare : on rencontre bien des impéradfs de ce verbe terminés en eo ; mais tous se peuvent ramener à la forme ordinaire, tandis que pr,(Teo s’éloigne de toute analogie. . . jutvïiaeo ne peut être pour [xvrjaxt qu’il ne rappelle point (p. 58) . . . De plus, il n’appartient pas plus à la»basse qu’à la haute grécité (p. qS). »
Voilà sur ce mot l’arrêt de M. Rossignol. Comment ferons-nous donc pour concilier sur ce point notre inscription éduenne avec la langue grecque? Précisément, comme nous avons fait précédemment, quand nous lui avons retrouvé (SpoTeoç dans le sens de l’inscription et que nous lui avons expliqué la discordance apparente de genre dans Tc).(jùTo^ÔTr,ç
Pour la troisième fois, nous sommes réduit à rabaisser M. le pro-
SUR L’INSCRIPTION D’AUTUN
fesseur jusqu’aux éléments ; nous le prions de vouloir bien se rappeler que c’est lui qui l’a voulu ainsi.
Dans le cas présent, faisons-lui observer que les anciens grammairiens (dont l’opinion a bien quelque poids) nous enseignent l’existence d’une figure appelée anadrome, en vertu de laquelle on tirait de la forme du futur de nouveaux présents, tout comme on formait de nouveaux nominatifs tirés du cas accusatif : « Neque dubitari potest, dit Fischer, quin Græci e futuris multorum verborum existere jusserint nova præsentia, quæ futurorum forinam referrent; ut otaw e fut. otaw præs. o£w; imper, ofo-e, Aristoph. Acharnn., 1098, iroo, 1121 : qua de rediceturin loco de verbis anomalis tps'pw. Videatur Clenardius, Institut. L. gr. p. ii3, 8. Eustathe, de qui l’autorité a tant de poids quand il parle du mot indéclinable r/Top, Eustathe s’explique de la même manière dans ses remarques sur X Iliade, IX, 702, i3; — X, 778, 87; et sur X Odyssée, XVIII, p. 1879, 5i ; passages rapportés par Fischer, à la p. 4i5 de ses animadversiones ad gramm. gr. Welleri.
Le même Eustathe, après avoir donné son explication, y joint celle des petits scholiastes {Iliade, V, 109) , et c’est précisément la même doctrine qui se trouve reproduite à propos de Karao/îo-eo, c’est-à-dire : KaraSvicroptat Iveorwç èffj^r,piaTtopt£Vos èx rov ptéXAovroi; : KaTaovicîoptat , présent, formé du futur. A l’appui de cette doctrine. Fischer trouve encore dans Homère l’imparfait £7recy;a-£To (II., N, 26; — ù, 822 ; Odyss., Z, 78) ; et ixneêyjaero (II., W, 212), passage que cite également X Etjmologicum magnum, p. 120, 28; et Y.oLxz^'h^a.xo (II., Q, 191 ; Odyss., K, 107.)
Voilà donc les exemples que, suivant ces grammairiens, nous trouvons dans Homère ; mais ce n’est pas assez. A propos même du mot }j.vrmo, ce mot barbare, dont il n’est pas possible de trouver la généalogie, les grammairiens ont émis leur avis, et ce qui est plus probant, l’ont signalé dans le même poète que M. Rossignol nous donne pour avoir servi de modèle à l’auteur de l’inscription, quand il emploie les expressions (j-eliYièex, etrOie, Tcpptÿ x£;(api(Xf/.£V£ 0upw , et quand il use si fréquemment des impératifs en eo. (V. p. 89 de l’Explication, etc.)
Eh! oui, les scholiastes ont fait voir X anadrome du verbe ptvaw et nous donnaient ptvzo-w pour un présent dans le vers 3i du chant XV de X Iliade. C’est pourquoi Phavorinus écrivait dans son lexique : Myy^o-w
rrjo'j'j eiç ^vr.uxv àydiy(à. Év tw twv ù'ûcvriç (xVYiGoii (Al,, a’auTtç, II., 25, 3l) yz'jiv.r.v ïyzi cvvrx^iv, ov npog éuoidr/}Tx xx'c rô àvapvîo-w. Les grammairiens grecs reconnaissent donc ici deux mots dérivés du futur, le simple [xvr^aco dans le passage d’Homère déjà cité, et le composé (hxp.vY,(7(à, dont nous ne connaissons pas l’auteur.
Appuyé sur celte doctrine, nous trouverons sans peine que péo’eo est le présent moyen de l’impératif, mis pour pT^o-ou, venant de p-vicouxL, et nous n’accuserons plus d’erreur l’auteur de l’inscription , à moins que nous ne prétendions condamner en même temps les Grecs anciens, auteurs et grammairiens tous ensemble.
Après cet examen, il nous est permis de conclure que, même sous le rapport de la langue , l’inscription ne présente aucune preuve péremptoire qui autorise à en rabaisser l’époque jusqu’à la moitié du VI® siècle. Nous affirmons, au contraire, que c’est au ni® siècle ou aux premières années du iv® au plus tard qu’appartient un monument où se trouvent employées les plus secrètes formules du symbolisme chrétien , pour exprimer le mystère eucharistique sur les monuments sépidcraux, et où l’on se sert de la langue grecque, qui était alors entendue dans l’église d’Autun, comme la langue latine.
RÉPONSE A UNE LETTRE DE M. ROSSIGNOL
MEMBRE DE l’ISSTITUT
INSÉRÉE DANS LA REVUE ARCHÉOLOGIQUE de leleüx.
Je n’ai jamais eu l’avantage de rencontrer M. Rossignol; je n’ai jamais vu son portrait; mais, d’après un passage du Polémon de M. Thiersch, je me l’étais figuré bienveillant et poli ; je dirai même, aimable, doux et indulgent. Quel ne fut pas mon étonnement, lorsqu'en lisant la lettre qu’il m’adressait par la voie d’une revue, je ne retrouvai en aucune manière l’homme plein de condescendance pour toutes les sottises que Prassilla met dans la bouche de son Adonis (Zenob. iv, 21; Diogenian. v, 12; — Suid. s. v. ^AiQtaÇco, etc.). Je me trouvais au contraire en face d’un sophiste avançant les jugements les plus hasardés, se livrant aux invectives les plus amères, ne reculant meme pas devant la trivialité des sarcasmes.
Je sais qu’il n’a pas eu l’approbation des savants, ses compatriotes ; car on ne croit pas qu’il convienne à un homme grave de défendre sa cause par toute espèce de moyens offensifs ; il semble que l’on peut, sans sortir des bienséances, établir une discussion, convaincre son adversaire, et faire entrer la persuasion dans l’esprit de ses lecteurs. Je m’en rapporte donc, pour la forme de sa critique, au jugement porté par ses compatriotes et confrères, et ne m’occuperai que du fonds, pour rendre raison de ce que j’ai écrit sur l’inscription chrétienne d’Autun.
D’abord, pour ce qui me concerne personnellement, M. Rossignol paraît convaincu que j’ai tiré de la dissertation quelques-unes de ce qu’il appelle ses découvertes. A ses yeux, il est hors de doute que j’au-
rais mis à profit son travail pour recommencer et refaire toute mon explication, et que je l’aurais ensuite publiée en supprimant le nom de celui que j’aurais pris. {V. p. 494 et ailleurs.)
Je dois d’abord faire observer à M. Rossignol que bien longtemps auparavant je possédais le plâtre de l’inscription, ce que peut affirmer de la manière la plus formelle M. l’abbé Devoucoux, qui avait eu la bonté de me le donner, à la prière de mon regretté confrère le P. Arthur Martin. Que j’en eusse meme déjà fait la lecture, c’est ce que je puis prouver par la leçon niNAtON dont j’énonçais avoir fait la vérification sur l’original, dans mon Commentaire sur l’inscription d’Abercius. {Civiltà Cattolica, 3® série, vol xi, mars, p. 92.)
Ai-je besoin de faire appel aux personnes qui m’en entendirent parler, et à ceux de mes confrères qui virent le plâtre chez moi, qui m’entendirent faire la lecture de l’inscription, qui, enfin, purent suivre dans tous ses développements, l’interprétation que j’en ai donnée? Déjà ils l’ont attesté à M. Leleux; ils ont, de plus, déclaré qu’ils connaissaient dès lors l’existence de mon manuscrit, non-seulement rédigé, mais déjà même traduit avant que M. Rossignol publiât son travail; et que, pour le livrer à l’impression, je n’ai pas eu à y intercaler ces deux observations sur lesquelles M. Rossignol insiste si vivement, comme sur deux enqîrunts évidents que j’aurais faits à sa dissertation ; i® que c’est Pectorius qui parle et que ses parents sont vivants ; 2® que l’inscription doit être attribuée à une seule époque ; ces deux points sont en effet le principal mérite de son mémoire.
Pour l’acrostiche, c’est la même prétention. Il paraît que je ne pouvais non plus par moi-même avoir l’idée de continuer l’acrostiche après le mot IXOY2, et lire, ainsi que je l’ai fait, les initiales des vers suivants ElEAIi.
Quant aux suppléments, nous en parlerons plus tard.
Si l’on veut une autre preuve non moins convaincante de la vérité de mon assertion, on la trouvera dans mon Commentaire même, qui semblerait, à entendre M. Rossignol, avoir été d’abord un travail mal digéré, puis repris et recomposé d’après ses découvertes, de façon, ce])endanl, à laisser apparaître très-visibles les retouches faites de côté et d’autre. (Lettre, p. 4^4 •)
RÉPONSE A UNE LETTRE DE M. ROSSIGNOL
Or, bien que j’eusse d’abord résolu de ne point discuter la nouvelle explication de M. Rossignol, si ce n’est pour sa prétention d’abaisser jusqu’au vi® siècle l’âge de l’inscription, les imputations qu’il dirige contre moi me forcent d’entrer dans une voie peu attrayante. Je lui exposerai donc minutieusement le sens que je donne à l’ensemble de cette belle inscription et à chacun des vers dont elle se compose; et l’on verra que ce sens non-seulement diffère du sien, mais qu’il est presque partout diamétralement opposé.
Après quoi, je pense, il sera évident pour tout le monde que je ne me suis pas rendu coupable de la ridicule et basse tromperie dont il m’accuse. On reconnaîtra meme que, sans le travail de M. Rossignol, toute personne attentive pouvait aussi bien que lui avoir l’idée heureuse, mais peu nouvelle, que c’était Pectorius qui parlait, et que l’inscription était tout entière d’une seule main et d’une seule époque.
L’on comprendra ainsi le vrai motif du silence que je gardais au sujet de M. Rossignol dans le cours de ma dissertation, bien que je la publiasse après lui. Je ne me souciais pas qu’il y eût dans mes écrits une seule proposition qui, à moins d’absolue nécessité, pût blesser autrui, et tendît à le confondre ou à l’accuser pour le triste plaisir de rabaisser à mon profit des noms honorables.
1-^ûoç o[ùpavtou 0c]Tov yivoq ^ropt ffSjuivw Xp^(T[at] XaÇà)[v -TTYîyYjJv apiêpoTov tv |3poT£oiç OeamatciD û^dcTtov.
En premier lieu, il m’accuse de lui avoir pris le vrai sujet du monument, pour avoir dit, comme il le dit aussi, que c’est Pectorius qui parle et non un évéque ou un homme apostolique, suivant l’opinion d’autres interprètes.
Il est certain que j’ai établi ce point dans mon mémoire; mais, je le dis bien franchement, cela ne me semblait pas une grande découverte. J’y voyais une opinion plus probable que les précédentes, et j’ai été bien aise de la trouver confirmée par M. Rossignol. Mais sa publication ne
m’a pas fait changer un mot à mon manuscrit sur ce sujet. S’il tient à ce que je l’affirme, je lui en donne ma parole.
Mais si je suis d’accord sur ce point avec M. Rossignol, je n’ai pas cru ensuite que Pectorius fût un prédicateur appelant les paysans au baptême et à la communion, lorsqu’il venait d’être baptisé et qu’il avait déjà communié lui-même. Pectorius est pour moi un simple chrétien qui répète dans l’inscription les instructions et les exhortations à la vie de sainteté qu’il avait reçues dans l’Église. Il fait les actes du chrétien, pour le préparer à recevoir la Sainte-Eucharistie; et puis il se recommande aux prières des siens. Peut-être me demandera-t-on s’il y a une différence entre l’une et l’autre pensée? Suivant moi, il y en a une très-grande. En effet, si Pectorius, ainsi que le dit M. Rossignol, s’adresse à ceux qu’il veut conquérir à la foi chrélienne, pour qu’ils se fassent baptiser et qu’ils communient, en recevant le corps et le sang du Sauveur, il m’est permis de conclure que, pour M. Rossignol, Pectorius parle « des païens non baptisés; mais, de grâce, comment prouvera-t-il que l’on puisse appeler des non baptisés rejetons du poisson céleste? Comment expliquera-t-il qu’à des non baptisés l’on parle du Sacrement de l’Autel? Et d’abord il faut bien distinguer entre le sens de ces mots « Enfants de Dieu, « et celui qui présente l’expression « Enfants du Poisson, w
Tout le monde sait que saint Paul, parlant aux Aréopagites païens, a pu leur dire qu’ils étaient aussi bien que lui-même enfants de Dieu : Ipsius enim et genus sumus. Genus ergo cum simus Dei^ etc. Mais tout homme un peu versé dans la doctrine chrétienne distinguera facilement entre cette filiation que nous appelons de création, et celle qui est dite filiation d' adoption. Or, dans la condition présente, nous n’arrivons à cette dernière que par le baptême; ce qui a fait dire aux Saints Pères la grâce de f adoption vioQeaîxç, comme je l’ai montré précédem-
ment, p. 37. Mais que le mot yevoç de l’inscription ne puisse s’appliquer à la première filiation, et désigne nécessairement la seconde, c’est ce que démontre le mot ly%oç employé ici par l’auteur de cette poésie. Il est assez connu que dans les citjq lettres dont se comjjose le mot les
chrétiens primitifs, considérant les initiales, lisaient ces mots : ’lyjo-oOç Xpiarôç 0eoO Ytèç SojTvip.
RÉPONSE A UNE LETTRE DE M. ROSSIGNOL
En conséquence, dans le langage symbolique et secret des premiers chrétiens, dire enfant du poisson, c’était dire enfant de Jésus- Christ^ fils de Dieu, et Sauveur du monde.
Ce point établi, il est assez clair qu’une telle appellation ne désigne pas simplement les créatures de Dieu, mais ces enfants qui sont régénérés dans les eaux du baptême; aussi Tertullien les appelle-t-il pisciculi; saint Jérôme filii iyQvoç', Clément d’Alexandrie /ptGtoyovot, parce que per invocationern fontalibus undis inseritur, comme l’explique Optat de Milève ; et devient le Tioir.rhç rUg âevzépag yevéffsoùç, selon le langage de saint Cyrille de Jérusalem, ou Vàpph «AXou yevouç, pour parler avec saint Justin.
Saint Jean Chrysostome, d’après ce principe, dit que tous ceux qui sont baptisés sont enfants d’un même père, qui est le Christ : 01 zà zriç vîoOeacixç èfivzsg yapiapta /-ai vno zàv ocvzbv ovzeg flATEPA XPI2TON. (Prov. Salom. VI, ly, éd. Mai, bibl. P. P. iv, 164.) Et saint Justin, que nous nous appelons chrétiens à cause du Christ, qui nous a engendrés en Dieu : Dial. C. Tryph., 123 : Attô tov ytwriaavzog riyàg elg Seov Xpiazov; et dans les actes de son martyre, Hiérax répond au préfet Rusticus que notre vrai père est le Christ : O <x).r,6ivog zp«ï)v Trarzp èoriv 0 Xpiovoç.
Il est donc bien décidément impossible que Pectorius parle à des non baptisés quand il les appelle enfants de Jésus-Christ qui est le Fils de Dieu et notre Sauveur. Et, comme on voit, je ne me rapproche pas si fort du sens deM. Rossignol, qu’il y ait lieu de soupçonner un plagiat.
Le premier vers présente sur le monument une lacune que les premiers interprètes ont remplie ainsi : Oùpaviov Belov, et M. Rossignol s’en tient à cette restitution du premier mot ; quant au second, il le change en ayioy (p. 67). A ce propos, j’aurais deux questions à lui faire :
’i® Pourquoi rejette-t-il Beïov? 2® Quelle raison a-t-il d’y substituer aytov ?
Le mot 0£tov, que le P. Secchi proposa d’abord, a été adopté par presque tous les interprètes. M. Rossignol ne dit pas clairement pourquoi il le repousse ; mais s’il est permis de tirer une déduction de la raison qui lui fait préférer aytov, selon lui Getov yevoç serait impropre en parlant de ceux qu’il faut conquérir à la foi chrétienne, tandis que aytov s’y prêterait à merveille, car ceux que l’on doit conquérir à la foi chrétienne
sont les fidèles^ sont les chi'étiens ! Ainsi donc, suivant M. Rossignol, Pectoriiis invite les fidèles qu’il veut conquérir à la foi chrétienne ! ! Mais s’il veut les conquérir à la foi, comment sont-ils fidèles? Et s’ils sont fidèles^ comment se fait-il qu’ils ne soient pas baptisés? Ce serait le cas pour M. Rossignol d’établir qu’il y a des fidèles non baptisés^ enfants de Jésus-Christ, qui ne sont pas encore conquis à la foi chrétienne . Et si M. Rossignol admet cette contradiction, pourquoi vraiment refuserait-il le mot Geîov? Je ne viens pas à bout d’en deviner le motif, à moins qu’on y veuille voir le désir d’introduire une leçon dont il soit le propriétaire. Pour celle-là, je ne serais pas accusé de la lui avoir dérobée.
Lorsqu’il prétend montrer que 6etoy est impropre, il ne suffit pas d’alléguer des exemples du mot âyiov; et puis il rend bien gratuitement barbare notre inscription par la rencontre des voyelles qui se heurtent, dans ovpocAov âyiov.
Mais on peut parfaitement appeler les chrétiens, yévoç Geîov, puisqu’ils participent à la nature de Dieu même, comme nous l’enseigne saint Pierre : Getaç jtotvcovovç (jjuaewç, I, i, 4* C’est pourquoi saint Hippolyte écrit que l’homme, par le baptême, devient Dieu : Bzoç ôi vâaroç xm JlvevpLxzoç dyiov fiezix zàv tüç y.o/.up.ê//0pas ovaye'vvyiatv ylvezaci (in Théoph., 8), et saint Cyrille d’Alexandrie dit de même : « L’Esprit-Saint me divinise par le baptême : UveÿpLa écyiov èfe ôià zov ^anzî(JiJ.oczoç (orat. xxxvii) ; et s’il est permis de citer Novatien , voici comment il s’exprime dans son traité JJe Trinitate, C., 29 : « Illic (spiritus) est qui operatur ex aquis secundam nativitatem semen quoddam divini generis et consecrator cœlestis nativitatis. » D’après la même idée, saint Méthode, qui avait enseigné que l’homme, par l’adoption, acquiert la divinité (bibl. P. P., t. iii, p. 827, éd. Gallandi), ne se contente pas d’appeler le peuple qui l’écoute Getov crL)<7zrip.a, mais il se sert des termes Getorarov xoà Qeomevcrzov (jvGr/](xoc (Serm. de Sim. et Anna, 3).
Il nous semble donc qu’il n’était pas à propos de changer si légèrement le mot restitué avec tant de raison, qui répondait si exactement à la phraséologie ecclésiastique des Pères, aussi bien qu’au besoin du mètre, et le nouvel interprète n’y gagne qu’un faux sens et une double contradiction.
Mais moi qui suis censé l’avoir copié, je diffère de lui en bien d’autres
RÉPONSE A UNE LETTRE DE M. ROSSIGNOL
endroits encore. Dans le second vers, ]M. Rossignol supplée ainsi : Aaocôv aaêpoTov Oso'Tzso'îoov vâdrojVj tandis que je propose XajSo'v TT/îy^v aptoporov Qeo’ireo’tcov vâscroùv.
L^une et l’autre leçon avait déjà trouvé des partisans parmi les interprètes qui nous ont précédés; aussi ne m’y arréterais-je point, si M. Rossignol ne me querellait à cette occasion, en avançant que les mots suppléés Aaêwv rr/iyr^v ne sont ni justes, ni naturels (i). A la vérité, ni Franz, ni Windischmann, ni Wordsnowtli, ni Frédéric Dübner, qui les ont adoptés avant moi, ne paraissent avoir aperçu en aucune manière cette impropriété d’expression, ni le défaut de naturel; et quand je les adoptais à mon tour, je ne m’en reposais pas sur l’autorité des autres. Je m’étais efforcé d’expliquer le sens sacramentel à la page Sq; je donnais mes raisons pour adopter ce supplément, et j’avoue n’avoir pas soupçonné que loc^^dcveiv Trnyhv vâârwv dût être considéré comme une locution en dehors de l'ordre naturel des choses. Tout au contraire, le mot Tïryïi m’avait paru on ne peut mieux approprié au sujet, car Tiryè vâacTOùv est une phrase des Écritures qui se trouve répétée plusieurs fois dans le sens d’une eau pure et abondante, et ce sens s’appliquait à merveille à la grâce abondante et pure qui nous est communiquée avec les eaux du baptême. Aussi ce mot est-il souvent pris dans ce même sens, de la grâce que le Saint-Esprit verse en nos âmes par le baptême. Saint Paulin, dans un de ses distiques, appelle l’eau du baptistère amnem et aguas sacras ^ et la grâce du sacrement fonte m cœlestem, quand il écrit (sancti Paulini op., ed. Murat, p. 196) ; « Sanctus in hune cœlo descendit Spiritus amnem Coelestique sacros fonte maritat aquas ; » et saint Augustin l’appelle également fontem cetemum (de cataclysmo ad catechum., 3). Ce terme était si souvent employé que de là vint l’expression de fonts baptismaux. Saint Augustin, s’adressant aux catéchumènes (I. C. 3.), leur dit : Venturi estis ad fontem atque; et toujours Kr,yr,y fons., fons baptismatis, sont les mots par lesquels on désigne le baptistère, que saint Jean Ch:ysostome appelle Trzyÿj tepwv vaaarwv. (Hom., XI, in i, ad Cor.)
(I) Page 495. Lettre. « La locution n’est pas dans l’ordre naturel des choses; partant, elle n’a pu être employée par les Grecs. »
Que si l’impropriété et le défaut de naturel ne ressortent pas de ce mot, le reproche tombera-t-il sur la phrase Xap.êaveiv to'/vîv vâccrcàv ? Je ne le crains guère plus, quand je me rappelle que le mot Xafxêocveiv est communément employé dans le sens sacramentel, comme accipere chez les Latins. Et comme les auteurs grecs disent Aafjiêavetv ©(ppaytcJa, Xaptêcè/eiv Tmvy.x, Xixptêaveiv TTveupiaTtzi^v, ils disent de meme "Xa^^dveiv [BaTmapta, et Tertullien accipere baptismum (de Rapt, xv et xvii) ; nous trouvons encore Xaptêaveiv Xouzpov que saint Cyprien traduit par accipere lavacrum. Ce serait assez de ces autorités, outre celles que j’ai déjà alléguées à la page 39, pour justifier l’emploi de et de la locution Xaptêovetv 7rr/yÿ}v vdiXTCôV ôscTreatov.
Mais, en sortant même de l’usage ecclésiastique, dans lequel notre sujet nous circonscrit, M. Rossignol aurait-il le droit de soutenir que la phrase Xapiêavetv 7:Yr/r,v n’est pas dans l’ordre naturel des choses ? Il faudrait donc condamner également la locution ferre fontem aussi bien que accipere.
Que dites-vous d’Euripide, quand vous lisez dans son Hercule furieux, vers 941 : Ey-x^^^s 7r/;yaç, piîTrere ly yavà? et de Sophocle écri-
vant uJarcov hiV'iY.zlv hvrpd (Œdip. colon., v. iSpp) ? et d’Eustathe qui semble imiter cette phrase, quand il dit (Hysm. , i , 1 3) : Astoç xxrd/^pvaoç Trrr/Yiv «pepcov iv aTOfJLocri ?
Chez les Latins, Virgile n’a pas hésité à écrire a/ii fontemque ignemque ferebant (Æneid, xii, v. 1 19). Lacerda cite à ce propos, entre autres textes, le Kfr/àç, noracpLio-jç tpopoupigV/î.
Mais, tandis que M. Rossignol nous arrête par cette querelle, n’avait-il pas mieux à faire en prenant le soin de justifier la sienne, ou mieux, celle qu’il approuve? Aapêczvetv Çcoÿjv cette locution, dont
il ne paraît pas avoir pesé toute l’étrangeté, est tout à fait contraire au sens naturel ecclésiastique.
En effet, si nous n’avions à voir que l’expression Aapiêaveiv quoique
je n'en connaisse point d’exemple, la chose pourrait absolument passer; mais ici le cas est différent. Il s’agit de savoir quel sens peut présenter dans la doctrine de l’Église et des Saints Pères relative au baptême, la locution ).aj7.(3àvetv Çwriv û^atcov 6eoT:s(7icùv . Qui a jamais entendu dire Çcoÿ) Câdvùiv au lieu de ûJwp Çwjîç, la vie des eaux ! et Xcxpiêavetv ù^arwv au
RÉPONSE A UNE LETTRE DE M. ROSSIGNOL
lieu de Xapêco/eiv û^côp Çwrî;? Cela signifierait recevoir le baptême ! Et l’on nous donne comme une phrase acceptable et naturelle prendre la vie des eaux^ au lieu de recevoir ïeau de la vielljdi grâce sacramentelle est appelée la vie, et cette eau, par laquelle s’administre le sacrement, est appelée l’eau de la vie, parce que l’homme y descendait mort par le péché et en sortait vivant par la grâce. 11 n’est pas besoin de répéter ici tout ce que les saints interprètes ont écrit dans ce sens après saint Paul (Col. Il, 12). J’en ai assez parlé à propos du verbe GâTrico, page 36, mais M. Rossignol, si sévère pour autrui, me semble décidément un j^u trop indulgent pour lui-méme quand il se permet tout cela.