‹ Mélanges d'épigraphie ancienneChapitre 5 sur 7 · DE QUELQUES OBSERVATIONS GRAMMATICALES FAITES PAR M. ROSSIGNOL · texte numérisé non relu

DE QUELQUES OBSERVATIONS GRAMMATICALES FAITES PAR M. ROSSIGNOL

Voilà le public bien avancé, n’est-il pas vrai, par cette polémique toute personnelle qui me fait répéter ce qui semblait suffire une fois dit, et où tout roule à peu près sur la question de savoir ce que nous j)ensons l’un de l’autre ! M. Rossignol est assez explicite sur mon compte, et peu favorable vraiment. En vertu de quoi ? Je n’ai pas réussi à le trouver jusqu’à présent ; et je n’écouterai pas à son égard les fâcheuses suggestions qui m’ont si fort noirci à ses yeux. De ce qu’il ne me semble pas avoir été heureux en interprétant l’inscription d’Autun, je ne vais pas conclure qu’il doive s’interdire l’épigraphie. A la vérité, l’étude de la discipline ecclésiastique et des antiquités chrétiennes ne paraît pas lui être familière ; mais il pourra être plus heureux dans d’autres sujets. Je reconnaîtrai même très-volontiers que, pour un homme à qui ces études doivent être nouvelles, il a fait des rencontres heureuses. J’aurais aimé à le déclarer devant le public, comme je l’avais fait plus d’une fois devant des amis, s’il m’eût laissé les mains plus libres. Seulement il apprécie un peu trop haut ses découvertes quand il ne veut pas qu’on ait pu en approcher sans monter sur ses épaules (i). J’imagine m’être lavé de cette tache, et je laisserais là volontiers une discussion fastidieuse, n’était que M. Rossignol prétend me fermer tout accès à des études que j’aime. Selon lui, j’aurai beau faire en faisant voir que je ne l’ai pas copié; si cela n’est pas, cela doit être, cela ne peut être autrement. La raison est qu’il s’agissait de grec, et que j’ignore jusqu’aux premiers éléments de cette langue. Il ne me laisse pas de

(1) Voyez p. 494 ; « Maintenant on est surtout en état d’estimer la valeur respective des diverses restitutions proposées par les endroits les plus difficiles du poëme. Eh bien ! on profitera de tous ces avantages comme des choses tombées dans le domaine public. »

ressource, ce n’est pas la philologie qu’on me refuse, c’est la grammaire des commençants. Les griefs de mon censeur n’ayant pas été bien lourds à porter jusqu’à cette heure, j’espère que celui-là ne sera pas beaucoup plus difficile à secouer. Essayons :

A la page 36 j’ai écrit : Il est évident qu’il aurait dû transcrire loc^wv assumpturus vitam, et non XaSwv qu’il traduit assumpta vita. M. Rossignol me fait connaître que loc^üv n’est pas usité, et qu’il a pour substitut Mais je n’avais point besoin de hi^oiJievoç, pour dire, selon

mon dessein, que pour donner le sens d’accepturus à XajSwv on devait écrire non >a(3wv mais Xa!3&jv, forme inusitée du futur second. Mais ayant omis la phrase qui précède, j’admets volontiers l’avis de M. Rossignol et j’en tiendrai compte en mes addenda et corrigenda. Néanmoins, je savais que ce mot n’était pas en usage : avant ma publication j’en étais averti par Fischer ad Veller. grarnm., mais effectivement j’ai commis une faute, l’omission de la parenthèse : j’en ai porté la peine : car j’avais un adversaire, diligent à chercher un poil sur un œuf (comme nous disons en Italie). Mais en raison d’une omission pareille conclure que j’ignore les premiers éléments, cela est-il recevable?

De plus, à la page 33, j’ai écrit en note : irivacov est mis pour Treivacov qui a la pénultième longue comme tous les participes présents^ quand ils ne se contractent pas. M. Rossignol m’avertit (p. 448), qu’il n’est point vrai que les participes présents en âm soient longs quand ils ne se contractent pas, mais qu’ils le sont pour les seuls poètes qui ne peuvent faire entrer un amphimacre dans leurs vers. M. Rossignol me permettra bien de lui faire observer que tous deux nous disons la même chose, avec la différence qu’il exprime la raison, et par là même justifie ma proposition, et l’opinion des grammairiens enseignant que les verbes dont il s’agit, n’étant pas contractés, ont la pénultième longue. « Alpha (quod nisi brevitatem exuat conlractionem fugere non potest) non contractum transit in longum àva^at/utaet, Treivâcov, cJttj/awv, cujus generis iinum apud posteriores reperitur Xuoaawv. » (Apollinar. Ps. ix. 48-)

C’esl ce que dit aussi Lobeck (Rhernaticon, n. 210), et j’avais précisément le passage sous les yeux lorsque j’ai écrit ma note. Je ne pouvais donc avoir en la pensée tous les participes d’un nombre quelconque de syllabes, mais des participes existants dans la même condition de

RÉPONSE A UNE LETTRE DE M. ROSSIGNOL

mesure, c’est-à-dire amphimacres , et pour les poètes épiques.

La raison alléguée par Lobeck est que : « Horum verborum nativa forma amphimacri naturam habens métro adaptari non potest nisi penultima quæ brevis est producta, id quod poetæ non uno modo efficiunt. »

Donc ma proposition subsiste, et sa vérité n’a pas besoin, ce me semble, de preuves qui la démontrent : si ce n’est contre un adversaire intéressé à vous trouver en défaut et à tondre l’œuf, ainsi que je l’ai dit.

En troisième lieu, p. 4^, j’ai écrit : « Cette Mère bienheureuse de Dieu doit aider Pectorius à faire ces actes de foi, eveiâeîv füg, ou bien £v eihîv (su eXetv), si l’on admet cette leçon, c’est-à-dire à recevoir dignement. » M. Rossignol m’accuse (p. 102) d’avoir cru possible l’augment temporel dans eXco en dehors de l’indicatif. L’augment temporel en dehors de l’indicatif n’a point d’exemple dans le verbe êXw, et je le savais bien ; aussi me demandai-je où M. Rossignol peut avoir lu que j’ai qualifié d’augment cet t. Aujourd’hui encore, après l’observation de M. Rossignol, je dis, comme auparavant, que si l’on veut lire etXw, l’on devra traduire dans le sens d’éXw. Ensuite, relativement au mot etXw de l’inscription, il n’est pas impossible que le poète se soit permis une licence et n’ait inséré un t après l’e. Nous voyons un exemple de la même licence en Homère : on lit âetâsKto II. i, 224; ôeidéx<xT(xi Od. V9, 72; ioixvtai II. <7’, 418.

Si nous devions condamner comme barbares ou erronés tous les mots qui nous sont inconnus, c’en serait fait de l’épigraphie. Notre devoir est d’étudier si les nouveautés qui nous apparaissent peuvent être expliquées, avant de condamner comme erreurs manifestes ce qui nous est autrement inconnu.

Nous ne devons jamais oublier ce que Welcker signale avec justesse à propos de dxvpog Syll. epigr., p. i34. In talibus inexhausta est linguæ varietas et analogiæ copia.

Aussi, tant que l’on devra lire, ainsi qu’il me paraît, XGIPE APAPA, M. Rossignol fera de vains efforts (p. 5oo) pour réfuter ma lettre et mon explication, y préparé mes mains.

Ces paroles sont réellement équivalentes à la phrase rituelle qui doit

exprimer littéralement le geste des deux mains unies l’une au-dessous de l’autre pour recevoir l’Eucharistie. Soit donc Xetpè apapa, que nous expliquerons ici par composui manus, de meme que Henri Étienne pouvait expliquer 7ro(îàç <^papa par composui pedes ^ v. Lexic. v. «pw, et l’on pourra traduire librement : J'ai préparé mes mains, qui a la même valeur dans la circonstance présente du rite eucharistique.

M. Rossignol ajoute encore qu’il ne m’a point compris, et il affirme que j’ai eu recours à la lecture de dom Pitra et abandonné le témoignage de mon empreinte (p. 499)- Aussi ne me reste-t-il qu’à exposer comment dom Pitra avait déjà vu quelque chose de plus que dans sa publication précédente, et que je n’étais pas le premier à restituer tons les traits de ces deux mots ; car il y avait de ces traits déjà lus et transcrits avant ma publication par dom Pitra, qui a lu \PAPA, et par M. François Lenormant, qui a lu APAPA.

J’ai moi-même à pivviaeo restitué ptvweo parce qu’il m’a semblé que pivïiirso était plutôt l’effet d’un ciseau mal assuré, et par la même raison j’ai cru devoir substituer XiXaiopiat quoique devant une consonne, suivant l’usage du temps, XtAatw me paraissant être une erreur du ciseau.

Cette malencontreuse discussion n’ayant déjà que trop duré, je me garderai bien de la prolonger par des plaintes sur la forme que lui a donnée M. Rossignol. Il doit s’être fait plus de tort à lui-même qu’il ne m’en a fait; le public dira de quel côté étaient les armes courtoises dans cette joute que je n’avais pas provoquée.

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