‹ Mélanges d'épigraphie et d'archéologie sémitiquesChapitre 3 sur 12 · AO · texte numérisé non relu

AO

vince palestinienne, et quelle lumière elle jette sur la question de date de ces deux monuments.

Nous présentons tout d'abord le texte avec les restitutions que nous proposons, et que nous tâcherons de légitimer par une exposition détaillée :

d'jd'? 'I nvn Py]DD m^s rnnu?i?-3 pD dzt^

mriw'i''? "'bxna [pi]

Dans le nom du mois, la lettre finale manque; cette lettre, vu la nature de la lacune, ne peut être qu'une lettre dépourvue de manche; j'incline à supposer Mofia, î^DD k le brillant», qui répondrait au Ziw Vî des Hébreux, qui signifie k clarté» et est l'équivalent du nom postbiblique Jyar "i^N (Mai -Juin). Dans '•j'jd'?, le yod indique la troisième personne, en accord avec l'opinion de M. Schlottmann. mn2;:^l3 est pour mnî^'yisi? «serviteur d'Astarté». Le terme p3 est sûrement un verbe transitif; son régime direct, indiqué par la particule nw, est le substantif pD, suivi de l'expression explicative [v]^K, dont le mot annexé est effacé au commencement de la cinquième ligne. MM. Levy et Schlottmann ont complété d'un commun accord □% en rappelant l'expression q^ ynx k pays maritime», dans l'inscription d'Eschmounazar ; ils diffèrent cependant dans l'explication du mot précédent. M. Levy lit y]'^ «notre champ», et croit qu'il s'agit ici de la consécration d'un terrain situé sur la côte pour l'élévation d'un temple; le terrain consacré serait le zéfxsvos ou le bétyle d'Astarté, ce qu'il trouve, dans le mot à demi effacé "•Vxns; ce sens est aussi adopté par M. Schlottmann, seulement il traduit \i^ par «plaine» (Ebene). Je regrette de révoquer en doute la base même de cette interprétation, tout en convenant avec M. Schlottmann

de la nécessité de lire pw. En effet, le mot Scharon pu s'emploie en hébreu, comme nom propre de certains cantons , et non pas comme un appellatif; en hébreu, ce mot afiFecte toujours l'article et ne prend jamais le signe du pluriel. On peut donc présumer que, dans notre texte, aussi bien que dans celui d'Eschmounazar, p'w désigne la fameuse plaine palestinienne oïl étaient situées les villes de Dor et de Joppé. De cette explication, qui nous paraît légitime, il résulte que le mot effacé après Y";n* doit être p~: car la qualification de p"i ynx «pays de blé» est effectivement donnée à la plaine de Scharon dans l'inscription d'Eschmounazar (hgne 18); le trait supérieur resté devant la lettre qui se reconnaît pour un 3 appartient donc à un noun, et non pas à un îamect, et cette circonstance rend impossible d'attribuer au mot ""Vxnn le sens de abétyle» ou réfievos, ni au verbe p3 le sens de «consacrer». Ce verbe, qui ne se trouve en hébreu que dans des noms propres ""j^dd , n:33D, doit, d'après le contexte, signifier «conquérir, s'emparer de, réduire». On peut rapprocher de ce verbe la racine arabe (jaI', dont le sens principal paraît être « comprimer ». L'hébreu |îD a un sens analogue; le substantif )S3 «oppression, situation déprimée, misère», en dérive; la permutation entre 2 et D a été constatée plusieurs fois en phénicien.

Il reste à déterminer le sens du mot "«bNna. J'incline à y voir un infinitif hitpael du radical "''jjc^ n'px «jurer, faire un vœu»

(Juges , XVII , 2 ) ; "•bxns = "•Vxnnn ( conf. db , juravit, jmjurandum dédit) \ car la suppression du n préformatif, déjà assez fréquente en hébreu, est d'autant plus facile en phénicien que cette gutturale a été souvent remplacée par "» dans la voix hifil (x^ts"', vripi pourN*:an, t?~pn). Une suppression identique se trouve aussi dans la forme ïiiNrfD pour î^ixnn "'2 (/«scr. de Mêscha, 1. 3). Notre texte fournit ainsi la forme du '?:'*snn que la grammaire devra dorénavant enregistrer dans les flexions du verbe phénicien.

Traduction.

(1) Au mois de Mofi'a (?) de l'an ii du (2) règne du roi Bodaschtoret, roi des (3) Sidoniens , a conquis Bodaschtoret, (4) roi des Sidoniens, la province de Scharon, pays de (5) blé, en faisant des vœux à ^Aschtoret.

§ 3. — pn h:f2 et '7^333 n:n.

Les centaines de tables votives retirées de l'emplacement de Carthage sont, en général, dédiées ^ deux divinités d'un sexe difTérent. Le àieu mâle s'appelle Baal-Hammon pn bi'S (variantes ]D , ]Dy '?y3),oubrièvementBaW?:?3(]Néop.3o,etc.); le dieu femelle est nommé Tannât n:n, et est presque toujours accompagné de l'expression Penibaal h^iiz. Sur la nature des déterminatifs îDn et "jyaiD, il règne un parfait accord parmi les exégètes. On traduit généralement B(ial-Hammon pn 'jra par le «53*^31 solaire:? et Tannât- Peniba^al bi'SjD run parwTanit face de Ba^^al». Cette interprétation a fourni matière à de savantes dissertations relatives au caractère primitif de la mythologie sémitique. Malheureusement, je suis loin de partager l'assurance de mes devanciers au sujet du caractère de ces déterminatifs; car, par suite d'un examen longuement réfléchi, j'ai acquis la conviction que l'opinion reçue a grandement besoin d'être modifiée au détriment des conclusions qu'on a cru pouvoir en tirer.

Nous soumettrons chacune de ces expressions à un examen purement philologique et objectif, sans nous laisser circonvenir par des considérations a priori. Dans les matières épigraphiques , la rigueur linguistique doit dominer en maîtresse absolue; les considérations philosophiques et dogmatiques doivent se taire tant que la philologie n'a pas écarté toute obscurité du texte; autrement, elles risquent de construire des systèmes de fantaisie qui retardent la marche de la science

— ^3 — fl rendent difficile l'intelligence des origines de la culture humaine.

Prenons tout d'abord l'expression pn bsi. Le premier terme a ici nécessairement le sens de maître; la preuve en est le titre de Âdan « seigneur» qui lui est donné; là-dessus, point de doute possible. Mais quel est le caractère grammatical du terme Hammon pn? Faut-il y voir un substantif ou un adjectif? Dans la première alternative, ces deux termes seraient en connexion étroite, de sorte que le mot b'J2 se trouverait à l'état construit; dans la seconde alternative, il y aurait seulement une adjonction simple de substantif et d'adjectif; c'est à cette dernière possibilité que le choix des exégètes s'est arrêté en traduisant Baal-Hammon \l2n b'J2 par «le Ba'^al solaire».

Cependant la justesse de cette explication peut être ébranlée par l'argument que voici :

Le terme pn se rencontre en hébreu comme substantif; nous reviendrons tout à l'heure sur sa signification ; dans tous les cas, il n'est nullement un dérivé de hamma nçn «soleil»; car ce mot, quoique très-usité dans le langage postérieur, est primitivement une expression poétique et signifie proprement R chaleur», semblable au terme n:?'? k blancheur, pâleur», qui est devenu la désignation de la lune. Ceci pro\ient de cette particularité des langues sémitiques qui consiste à exprimer les idées abstraites par les adjectifs féminins, nçn est donc un adjectif, et c'est comme tel qu'il peut signifier « soleil » ; un dérivatif de nçn serait à coup sûr |riDn , à l'instar de în^ns , înap, ]n"i2, înii?, etc., tandis que la forme pn ne peut dériver que de l'adjectif masculin on, qui n'a jamais la signification de «soleil»; pn ne peut donc aucunement signifier «solaire», même s'il était un adjectif, ce qui n'est pas le cas, d'après l'usage hébraïque que je viens de citer.

Une autre considération fortifie encore davantage le sentimont qiip le mot pn est bien un substantif formant le second

— àà —

anneau d'un état construit. Les inscriptions sémitiques offrent beaucoup d'exemples où le mot b^2 est lié avec un autre terme, comme "is-b^n, p5î-bi"3, p^D-^ya, irb^^n, D'ucbifi, p*Ï5? rà'Ji, et, dans tous ces exemples, le déterminant est un nom de ville ou de contrée : aie maître de Tyr, de Sidon, de Mé'ôn, de Gâd, de Awâm, de Gbadrân»; il n'existe aucun exemple où le mot Ba^al soit suivi d'un adjectif. Ces analogies me paraissent décisives, et l'on doit convenir que le terme pn est également un nom propre de lieu, et que le mot b'J2 se trouve avec lui en annexion d'état construit : «le Ba*^al» ou «maître de Hammon. 55 •

Touchant la forme grammaticale des mots Tannat-Penibaal bi*3:D n:n, il y a plus d'une objection à faire contre l'opinion courante, qui voit dans le dernier terme une apposition explicative. Je laisse de côté la singulière explication de «manifestation de Ba'^alw dans le sens d'une reproduction, d'un dédoublement de la divinité suprême, explication que je me réserve de discuter ailleurs. Philologiquement, ces deux mots doivent être l'un et l'autre des substantifs en relation d'état construit ; ceci est prouvé tout d'abord par l'analogie de |Dn b^l , avec lequel ils forment un parallélisme parfait, puis par cette raison impérieuse que notre bi?3:D, étant d'une formation identique au Penuel bxiiD des Hébreux, doit, comme lui, représenter un nom de localité, et aucunement une conception philosophique ; la liaison bi^^jD mn ressemble ainsi à l'expression D"i~N DD2? mnuy de l'inscription d'Eschmounazar.

Les arguments qui précèdent me paraissent de nature à invalider l'interprétation usuelle des mots pn hv2 et ri:n bi'^JD , qui doivent se traduire par le « Ba'al de Hammon n et la «Tannât de Peniba'al».

Nous venons d'acquérir la certitude que les mots pn et Vj22ï> sont des noms de lieux; il s'agit maintenant de déterminer, autant que possible, leur nature exacte. Pour la solu-

tion de celte question épineuse, nous avons heureusement un indice précieux que nous n'aurons garde de négliger. En parcourant les textes votifs extraits du sol africain, on observe ce fait curieux, que le déterminatif V"2JD 6gure en grande majorité sur les documents qui proviennent des environs de Carthage , et très-rarement dans les monuments des autres contrées de l'Afrique , tandis que ^Cn se trouve à la fois dans les tables de Carthage et dans celles du reste de l'Afrique. On peut en conclure que le nom ]^n a une acception plus large que VvsiD , c'est-à-dire que le premier est le nom d'une contrée très-vaste, tandis que le second désigne une localité restreinte dans les environs de Carthage.

Cette réflexion nous conduit à rechercher si l'existence de ces deux localités peut être prouvée par le témoignage des anciens géographes, et nous sommes heureux d'annoncer que notre pressentiment ne nous a pas trompé. Deux passages d'Etienne de Bvzance nous donnent le mot de l'énigme. En effet, la vraie nature de Hammon devient claire quand on lit les renseignements de cet auteur sous l'article A^fzajy /a; transcrivonsle en entier : Afifiavia, v (iSfroysios Ai€viis. Kai avTrj Se tsâûra n Ai€vr} ovToos èxaksîio à-rro Afxiicovos. Cet Afiuwv est indubitablement le représentant exact de notre pn, qui désignait chez les Phéniciens la Libye moyenne, le noyau primitif de leurs colonies, et, par extension, la Libye entière, et dont les Grecs ont fait Afxuwvta: notre îDn b^2 est donc à traduire «le Ba'al, le dieu tutélaire de la Libye -, et il entre ainsi dans la catégorie des divinités régionales dont nous venons de citer plusieurs exemples.

Il nous reste encore à retrouver les traces de V^aiD, qui, à l'exemple du bxiis hébreu, doit être le nom d'une localité restreinte. Faisons tout d'abord remarquer que, sous la forme phénicienne , on chercherait vainement une localité de ce nom chez les auteurs classiques: mais on sait que les peuples an-

ciens aimaient à remplacer le nom barbare par un équivalent de leur langue , toutes les fois que la traduction pouvait s'opérer avec facilité. Ils disaient, par exemple, Asvkoxcô(xï) pour Hawra = Niin, UéTpa pour if^D, etc. Le mot bi'ajD, traduit en grec, donnerait Hpôo-ooTTOv rov BaaX ou rov Seov, et, en effet, un promontoire du nom de HpocroTrov B-sov a existé en Phénicie , ce qui fait supposer une forme phénicienne 'i'^^SJD. Dans le cas présent, nous avons une preuve plus directe; car nous retrouvons une île du nom de Prosopon tout près de Carthage, d'après l'indication explicite d'Etienne de Byzance; HpôcrcoTtov , vfjcros ov 'Tjsôppœ Kapxv^ovos. Il est donc très-vi^aisemblable qu'il existait dans cette île un sanctuaire de la déesse Tannât , d'où son titre : «Tannât de Peniba'al», c'est-à-dire de Prosopon.

Ainsi donc la dédicace si souvent répétée dans les tables votives de l'Afrique phénicienne doit se traduire : « à la Dame Tannât de Prosopon v et rt au Seigneur Ba'al ( dieu tutélaire ) de la Libye 55. On peut maintenant se rendre compte pourquoi la déesse précède ordinairement le dieu dansl'invooation; ceci provient de son caractère local; car il est naturel que la dévotion des habitants voisins du temple ait donné une certaine préférence à la divinité qui y était spécialement adorée.

En terminant ces observations, qu'il nous soit permis d'émettre un sentiment sur le sens du mot hébreu □'•^Dn, dont la traduction ordinaire de solaria est inadmissible, par les motifs exposés plus haut. Ce mot, si l'on tient compte du fait qu'il se trouve presque toujours en compagnie ou en parallèle avec on^K, paraît désigner une espèce d'arbre; le passage (II Chr. xxxiv, à) via nn"»"'?.^ ntH n'':Dnn"i «et il coupa les Hammanim qui s'élevaient au-dessus des autels v , comparé au verset du livre des Juges, chap. VI, mpp v)^ ipH nnt^Kni «tu couperas l'Aschéra qui est au-dessus de l'autel v , me paraît rendre cette supposition très-vraisemblable, pn comme mïï?N est un arbre;

— hl —

peut-être même est-il identique à l'arbre ^\J^ "sambucus. ^ Or, quand on considère que les Phéniciens nommaient souvent les pays éloignés d'après leurs produits principaux, surtout ceux du règne végétal, par exemple, u^H'^a (=DG?n3) «île des pins » = ^nvovacra, et probablement aussi le nom de Cypre est en relation avec les magnifiques cyprès qui y abondaient (hébreu ns3 ou is:), on ne peut douter que le nom de pn pour la Libye ne provienne également de l'abondance du sureau que les Phéniciens ont trouvé à leur premier débarquement sur la côte de la Libye.

En dernier lieu , touchons encore un point qui se rattache à notre sujet. D'après ce que nous venons d'exposer, l'épithète Bdal-Hammon désigné le dieu tutélaire de la Libye. Il entre dans les notions religieuses des anciens peuples de supposer à chaque contrée une divinité maîtresse et protectrice; il est donc très-vraisemblable que notre pn Vi*3 est un ancien dieu national des Libyens indigènes, et qui devait avoir un nom propre aussi bien chez les colons sémitiques que chez les Libyens eux-mêmes, La pénurie des documents rend impossible d'émettre là-dessus une opinion quelconque; cependant, quand on considère que Je lî: h'J'iy «dieu tutélaire de Tyr», avait pour nom propre Melqart Di'pbv , on sent la possibilité que le nom propre du 63*^31 libyen ait été pnD^D, et cette opinion semble se confirmer par l'existence d'un nom d'homme écrit en néo-punique py3'?"'D (Judas, xii, 1-2), qui se réduit à une forme phénicienne pnzbD. Or il est avéré que les noms des dieux étaient usités chez les Phéniciens comme noms d'hommes. Quant au nom propre que le dieu tutélaire de la Libye portait chez les indigènes, il serait insensé d'aborder cette question avec les rares et maigres textes libyques qui sont à notre disposition. Faisons toutefois remarquer que, parmi les divinités libyennes, une seule est mentionnée dans les textes néo-puniques avec le titre de seigneur, absolument

comme Ba'al-Hammon : l'inscription unilingue de Leptis magna porte "itJi'îr b'J2i: ^^Vd ]inh, etc. Levy traduit yj b2 ]inh par «au seigneur de tout le peuple» [dem Herrn desganzen Volkes von Giirbaal^, en identifiant, sans le moindre droit, |y avec Gi*. Il faut plutôt traduire «vœu fait au seigneur Koullan par Gerba'al le juge, etc.». Un nom d'homme, f'7D"ni*3 = i:?3 ]yb2 = p''?Di3i* « serviteur de Koullan v , se trouve dans B , 6 , et a été également méconnu par Levy, qui l'a rendu par «pour tout le peuple» (^fûr das ganze Volk). La composition |bDi3V fait supposer l'existence d'un dieu du nom de Koullan, et, en effet, un personnage libyen de ce nom est mentionné dans le Corippus ^ Il se peut donc qu'il soit le dieu que les colons phéniciens adoraient sous le nom de Melkhammôn , et auquel ils donnaient le titre honorifique de «seigneur maître de la Libye ».

$ h. — □''DiD ET r\Dhn.

Dans la grande inscription de Citium, découverte et publiée par M. de Vogué dans ses Mélanges d'archéologie orientale, il est question d'un personnage du nom de Reschepyaton iniDU^"), qui porte le titre de D''D"iDn ybD ou D'^diz y^D . Pour le mot y'?D, pas de doute possible : il signifie, ainsi que l'hébreu ybp , « interprète , internonce » ; le second mot, cdid, est plus difficile à déterminer, et la présence de la lettre yod dans une orthographe qui est d'ordinaire extrêmement sobre en fait de lettres quiescentes n'a pas manqué de frapper tous ceux qui se sont occupés de ce texte. M. de Vogué a pris cette forme pour uii duel a^p*ip «internonce des deux trônes», en supposant qu'il s'agissait d'une sorte de fonction diplomatique concernant les relations de la cour de Citium et de l'empire de Perse, ou plutôt «interprète des deux tribunaux», en l'appliquant à une

' «Cuilanr), Joh. li, 791; «CuUen??, ibid. 4, 961. Les inscriptions libyques offrent la forme 73 ou 73 (voir Journal asiatique, février-mars 1 Syi , p. 1 98 ).

fonction locale, nécessitée par la diversité des laujjues qui se parlaient dans l'île de Cypre , et correspondant à ÏEpfirjvsvTrjs des inscriptions grecques. La supposition d'un duel a été écartée avec raison par M. Derenbourg, qui a bien démontré que le duel phénicien était indiqué par la désinence □: comme dans GDw , nyca, etc. et non pas par d^: comme en hébreu. M. Derenbourg reconnaît dans COD le pluriel de '•02 , forme pleine et usitée en araméen et en arabe, au lieu de la forme raccourcie Nûz propre à l'hébreu. Cette exposition grammaticale est irréprochable; ce qui l'est moins, c'est l'idée fondamentale du débat , c'est-à-dire qu'il soit question ici d'un mot correspondant au terme hébreu NDD r trône n. J'avoue que la locution -T interprète des trônes» me paraît inadmissible. On peut être interprète d'un homme ou d'un peuple qui parle une langue étrangère, mais un trône n'a pas besoin d'interprète; tout au plus pourrait-on tolérer un nsbccn \bD «interprète du royaume»; mais l'expression «trône», surtout au pluriel, choque le sentiment linguistique. Le mot D"'C"id doit nécessairement représenter un nom de nation , et j'incline à lire D"'Disn y^c eta"'cnD y^D «l'interprète des Perses»; le vod est ainsi le dénominalif de DiD «Perse», comme dans tid k Citien», "«njîa «Byzantin», '^zi'H «Sidonien», etc. Il va sans dire que les Phéniciens de Citium devaient employer des interprètes pour communiquer avec les rois perses, leurs suzerains, ainsi qu'avec la garnison perse qui stationnait dans leur ville; l'emploi d'interprète devait avoir alors une grande importance.

Le ternie nzbn (1. h) est pris par M. de Vogué dans le sens de «intentions», rappelant le mot talmudique D^2hî^^ «règles pratiques». Il me paraît plus convenable de lui attribuer la signification de «frais et dépenses», et de le rapprocher du "^^n araméen (Esdras, iv, i3, 98 ; vu. a/i), qui veut dire «impôt», au propre «somme courante».

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