‹ Mélanges d'érudition et de critique historiqueChapitre 27 sur 62 · M., II · texte numérisé non relu

M., II

sept cent mille personnes, tant hommes que femmes, sans compter les enfants.

Voilà les trails caracléristiques du tableau de rÉgypte à répoque où Hérodote parcourait ce pajs. Y reconnaissons-nous une contrée en décadence, oA lea arts, la religion et les inslilulions nalionaless' éteignent étûuilces par la violence et la tyrannie d'un vainqueur? U est clair que pendant les soixante ans qui se sont écoulés depuis le voyage d*Hérodote jusqu'en 404, époque de 1 avènement des dynasties nationales, i'Ëgypte ne put éprouver aucun changement notable, et que les rois égyptiens la trouvèrent telle qu'Hérodote l'avait vue un demi-siècle auparavant. Ou doit même s'attendre à ce que le pays éprouva moins de change- .ments encore sous les dynasties indigènes. G*est ce qui résuilo, on effet, des renseignements recueillis dans la section suivante.

n. — Uepuis raTénement d^Amyrtéc ju.^uli rarivét d*Aleiaiidre.

Cette période de Thistoire égyptienne n*est exactement reprosonlée que dans les extraits de Manéthon. Rien ne pourrait faire soupçonner, dans ce qui nous reste des historiens classiques sur cette époque, que rËgyplc, après la mort de Darius H, au Heu de resl^, comme par le passé, sous la domination persane, fût gouvernée par des rois tirés de son sein. Ici, Tanna-

liste égyptien est, sur tous les points, d'accord avec les monuments.

En effet, après la vingl-septième dynastie, qu'il appelle penoM^ composée de souverains persans, de Gambyse à Barius II, Manéthon compte trois dynasties ('f/yptieyineSy la vingt-huilièmc, la vingl-neuvièmeet la trentième, formées de oeuf règnes successifs, dont la durée totale est d'environ soixante-quatre ans, et dont le dernier, celui de Nectanébo il, finit douze années seulement avant l'arrivée d'Alexandre.

Le premier de ces rois est Amyrtée, qui commence à régner en 404. Les chrondogistes s'accordent, en général, à croire que c'est ce même Âroyrléc qui s'ét^iit retiré dans les marais du Delta, après sa défaite et la mort d'Inaros, vers 456, et cette opinion est adoptée encore par Clinton* et par sir Gardner Wilkinson*; mais elle n'est pas admissible. Outre qu'il s'est écoulé plus de cinquante ans entre cette défaite et le moment où Amyrtée reparaît comme roi d'Égjple, on oublie qu'Hérodote a dit formellement que les Perses ont permis à son fils Pamirit de lui succéder. L' Amyrtée de Manéthon ne peut donc être que le (ils de ce Pausiris, conséquemment le petil-lils de rAiii\ rlée d Hérodote et de Thucydide, et ce n'est pas le seul exemple qui montre que chez les Egyptiens, comme chez les

* MamimmidCuÊtmiUf 1. 1, p. SOI, M.

m MÉMOIRE

Grées, les noms sautaient une génération et passaient

aux petits-fils.

Ce prince était déjà sorti de ses marais en 414, se soulevant contre Darius II; mais ce ne fut que plus de dix ans après, à la mort de ce roi et' à TavéïIMnent d'Àrlaxercès II ou Mnémon, qu'il se montre comme souverain de TÉgypte, et qu*on voit, pour la première fois depuis Psamménite, reparaître une dynastie nationale.

Gomment ce changement s*est-il opéré? Comment Artaxeroès II a-t-îl été forcé de consentir à cette modification si imporlante dans les relations politiques des deux pays? Est-ce la guerre avec son frère Cyrus qui Tavait réduit à cette extrémité? C'est ce que l'hiotoire ne nous apprend pas. Mais, si la cause est inconnue, le fait est constant, il n'est pas moins certain qu'Amyrtée eut pour successeurs cinq rois formant la dynastie mendésienne, à savoir : Népfaérites, qui régna six ans; Akhoris, treize ans; Psammulhis', un an; Népfaérites II, quatre mois, et Muthis, un an; puis trois rois formant la dynastie sébennytique, à savoir : Nectanébo I*', ayant régné dix-huit ans; Tachos, deux ans; Nectanébo II, huit ans ; après quoi l'Ëgypte retomba pour douze ans sous la domination persane. Puis survint Alexandre, et commença la domination gr^ue.

• C'est le temmàîcftiifdtDitdMre.

SUR LA CIVILISATION ÉGYPTIENNE. SSl

Ainsi les non» des rois pmes disparaissent des dynasties de Manéthon à partir de Tan 404, c'est-à*

dire de ravénement même d'Àrtaxercès II ou Mnémon, qni n^est plus compté qne comme roi persan. Ce fait chronologique se coordonne d*nne manière remarquable avec deux monuments dont il sert à faire connaître la nature et l'importance.

La tolérance que je viens de signaler, de la part des rois perses, entre Cambysc et Darius II, alla même jusqu'à permettre l'emploi de l'écriture hiéroglyphique snr les olijets qui faisaient partie du mobilier royal en I^gypie. Du moins il semble que ce soit ainsi qu'on doive se rendre compte de l'inscription bilingue gravée sur le (ameux vase d'albâtre du cabinet des antiques portant le nom de Xereh^. Ce nom y est écrit à la fois on hiéroglyphes phonétiques et dans les trois espèces de caractères cunéiformes. Un second exemple est fourni par un vase pareil récemment découvert à Venise, dans le trésor de Saint-Marc, par sir Gardner Wiikinson*, portant le nom d'Artaxercès^ écrit également dans une quadruple inscription semblable. Il faut bien que ces deux rois ou les officiers de leur maison fissent un certain cas de l'écriture hiéroglyphique pour en ordonner ou dn moins en permettre l'emploi dans de telles circonstances, car œs deox

* Uw pmr h pw— ièff> feb ptr ChtmpttBwtt ct8Mnt'Mirtwi.

• Uteray GneUê, a* 1441; SI Mpt. IS44, p. SiO-Sll.

m MÉMOIRE

exemples monlrenl assez que T usage de ces doubles inscriptions sur les ustensiles n'était pas fort rare.

Quant h savoir quel est cet Artajerchy la question uc saurait être douteuse d'après ce qui précède. Ce ne peut être qu*Arlaxeroès V ou Longoe-Main, puisque ]e deuxième, n'ayant pas régné en I^^gypte, n'a pu avoir dans ce pays de iitaisuu royale^ et conséquemuient posséder des ustensiles portant des hiéroglyphes, car on ne trouvera sans doute pas très-vraisemblable qu'Arlaxercès Mnémon se servît en Perftc d'ustensiles revêtus de son nom hiéroglyphique. Au contraire, l'extrême tolérance d'Ârtaxercès P', qui, ainsi qu'on l'a vu plus haut, rendit le gouvernement du Delta à l'Égyptien Pausiris,leiilsdu rebelle Amyrtée, explique parfaitement que son nom ait été, comme celui de Xercès, inscrit en hiéroglyphes sur les ustensiles à son usage'.

Telle est du moins la théorie que je me fais de ces vases curieux. J'avais pensé d'abord qu'ils pouvaient

être des étalons de mesure^ sur lesquels on nieltail la marque du souverain; mais je crois devoir écarter cette idée, parce que de tels étalons ne pouvaient se passer du nom de la mesure ou au moins d'une indication numérique. Or il ne se trouve rieu de tel sur les deux vases que l'on connaît. Dans l'un ou l'autre

* M. A. de Lxingpérier o>t :ii rive au inèinc rosulUit |t:ir la eoMâdéntkm 4es écritures. (Bmie archédogique, L \, p. 444-451.)

cas, la conséquence historique à tirer des inscriptions serait la même.

J'aperçois là les indices d'une sorte de fusion dans les usages des deux peuples, et celte fusion se manifeste encore, comme je Tai dit dans mon mémoire sur la croix ansée^ parmi les sujets de certains cylindres rares et de bas-reliefs, sur lesquels des symboles évidemment égyptiens se mêlent à ceux qui sont propres aox peuples de l'Asie occidentale*. La présence de ces symboles doit indiquer que les monuments où ils se trouvent ont été gravés en Ëgypte même, pour l'usage des Perses, ce qui permet d'en placer Texécution dans la première période de cent vingt ans, comprise entre Gambyse et Darius Ochus, de 525 à 404 avant notre ère, époque à laquelle, ainsi qu'on l'a vu, l'Ëgypte recouvra ses rois nationaux el ne fut plus qu'un pays tributaire de la Perse.

Si donc on découvre nn jour d'autres vases de cette espèce portant des noms de rois perses, écrits en hiéroglyphe$f on peut, je crois, prédire à coup sûr que ces rois appartiendront à cette première période de la domination persane, et principalement à Gambyse, Darius, Xercès el Arlaxercès 1", les seuls rois perses dont jusqu'ici les noms ont été trouvés écrits hiérogly-

« JIAtt. de FAatd, dmin$er„ i. XVI.

• Télettle fragment tnwvé k Siiei.pttr le génénl Dugm, «à Ton ^ b tÊÊé d'un loi pcnan, tf ec iidd imeriplion conéifonne et le gMe ailé égi/pUen, (Beuoo, pl. axw, 5.)

phiquement. Il en sera de même de tout fragment sculpté portant le double caractère persan et égyptien.

C'est là, je pense, la première imlicalion chronologique qu'on ait pu introduire dans la critique de ces monuments si dignes d'intérêt. À ce titre, die mérite pcul-cUe raltenlion des personnes livrées spécialement à l'ctudc de ces matériaux, encore si obscurs, de Farchéologie et de la philologie asiatiques. Je la soumets à leur examen.

C'est pendant la seconde période, et sous le règne d'Akhoris, que Platon et Ëudoxe, vers 390 ou 580 avant notre ère, viennent visiter TÉgypte, et y de^ meurent trois ans selon les uns, treize ans selon les autre8\ fréquentant les collèges des prêtres d'Héliopolis, de Memphis et de Thèbes, où ils s'instruisent de ce que les Grecs ignoraient encore, et puisent une foule de notions utiles, mais élémentaires, sur les mathématiques, l'astronomie et le calendrier.

Ce seul fait nous révèle assez clairement que l'Êgypte, soixante et dix à quatre-vingts ans après Hérodote, et cinquante ans avant Alexandre, était telle que r historien l'avait déjà trouvée, cest-à-dire telle qu'elle était avant l'arrivée de Cambyse; et, en effet, ses institutions, respectées, nous l'avons vu, par les

• Stnb.,XVll»p. SOS.

Perses, ne pouvaient déclunr sous Tempire de ses rois

indigènes.

En 344, douze aanées settlement avant l*arriyée d'Alexandre, les Pèrses reeonTrèrent la possession de

rÉgyple après une lutte opiniâtre, et la gardèrent pendant les douze années qui forment la durée de la trente et unième dynastie, la seconde pmane, selon Manéthon. L'Égypte fut conquise par Arlaxercès Ilf, dit Ochus, qui se comporta avec non moins de cruauté que Cambyse lui-même. D voulut réduire enfin les différents peuples qui s'étaient soustraits à l'empire des Perses. Après avoir soumis Cypre et la Phénicie, il marcha eonlre TÉgypte à la tête de forces oonsidérables. Le roi Nectanébo, fils de Taches, vint à sa rencontre; il fut battu et obligé de se réfugier en Ëthiopie'. Le roi de Perse, irrité de cette résistance, punit les Égyptiens avec la plus grande rigueur; il abattit les murailles des villes principales, pilla les richesses des temples, enleva même les livres sacrés, et, pour se venger de ce que les Égyptiens rappelaient un âne', il voulut diviniser cet animal. Après avoir tué et mangé le bœuf Apis avec ses amis% il en fit autant du bouc adoré à Mendè8\ Son favori Bagoas, Ég^ ptien de naissance, finit par concevoir une haine si furieuse contre ce prince, qu'il le mit à mort,

« Diod. Sic.. XVI. M.

• iEIian., HUt. var., Vî, 8. i » Plut., Isid. et Osirid., % ii, p. 385.

* Anonifm, tp. Siiid. vooe "Mvn,

m MÉMOIRE

donna sa chair à manger aux cbaU^ et iil avec ses os fabriquer des manches de poignard. Il mit à sa place

Arsès, qui ne vc'^m que de nom ; puis, deux ans après, le fit assassiner pour élever sur le trône Darius Codoman, qui réussit à s'en défaire pour prévenir ses embûches; mais, auparavant, Bagoas avait fait rapporter eu Kg) pie las livres sacrés qu'Ochus avait enlevés des temples'. Aussi les Égyptiens restèrent en repos jusqu'à Tarrivée d'Alexandre, qui eut lieu trois années seulcmenl après la mort de l>agoas.

La cruauté passagère d'ûchus ne put avoir d'autre résultat queoelle de Gambyse, c'est-à-dire la mutilation et le pillage de quelques monuments, sans porler aucune atteinte, ou peut-être même en donnant une activité nouvelle à l'esprit qui les avait élevés. Quand il ne resterait plus, à cette heure, aucun monument pour attester que les arts furent conservés en £g)pte sous les trois dynasties nationales, comme sous la première dynastie persane, rhistoire, dont je viens de réunir les traits, suflirait pour établir qu'il en fut ainsi; mais une foule de monuments viennent confirmer son témoignage, en montrant que les rois égyptiens ont profité (le leur indépendance pour consi mire, terminer, réparer des temples, élever des obélisques et des eolossesi et que ces ouvrages ont conservé

* Diod. Sie , XVH, 5. — Va autenr inoopne prétend qu'il en roangoi

lui-même. (Suidas, toc. AmCmç el \^«(.)

• Diod. Sic., XVII, M.

Si n LA CIVILISATIO.N lÎGYPTlEKME. 2î7

presque le même caractère et le même mérite que ceux des anciennes époques. '

Le premier roi Aniyrlëe a fait exécuter au temple d*£l-Khargeh, dans la grande oajiis, des traTauz considérables. Son nom est placé, comme l'observe M. Hoskins\ dans des situations qui ne permettent pas de douter qu*il ne soit postérieur à celui de Darius, le plus ancien de ceux quon y trouye. Un des premiers soins d'Aniyrlée, en reœuvrant rÉgyple, fut donc de compléter dans Toasis de Thèbes les travaux exécutés par les ordres de Darius. C'est qu*eo effet un roi ég}'ptien ne pouvait rester en arrière d'un roi pei-san. On voit aussi que i'iiiiportanee commerciale de l'oasis uc lui avait pas plus échappé qu'à Darius.

On s'attend naturellement à ce que la ville de Thèbes elle-même aura dù attirer son attention religieuse; en effet, son nom est rattaché à des restaurations considérables eiécotées dans cette ville. C'est lui qui fit réparer la porte du pronaos du temple du dieu Khons, • travail assez mauvais. On lui doit un petit temple dans les ruines du nord à Kamak, dont les bas-reliefs fort élégants ont été enlevés par M. Mimant; enfin, un petit temple de Thoth, récemment découvert par M. Prisse, au nord de l'angle nord-ouest de la grande cnoeinte de Kamak ^ les sculptures sont de fort bon style. Remunjuous que cette différence dans le travail

* Vitit 10 the Great Omit, p. 101.

tt8 HfiMOIIIE

existe aux époques les plus florissantes de l'arl, parce qu'elle tient aux individus C'est par les belles (Buvres seulement qu'on peut apprécier une époque. On ne trouve rien à désirer, sous ce rapport, dans le travail de deux petits obélisques en basalte noir, du grain le plus On, trouvés au Caire, et dessinés dans l'ouvrage de la Commission d'£gypte'; ils sont mainlcnant au ArtiûA HiiieiMi. Les hiéroglyphes sont de la plus grande perfection. La petitesse de ces obélisques ne doit pas être attribuée à un certain affaiblissement du principe religieux; car, aux époques mêmes où s'exécutaient les plu8 grands travaux, où Ton taillait et dressait les obélisques les plus gigantesques, on en faisait aussi de très-petites dimensions, tels que ceux delà Minerve (24 pieds 9 pouces), qui est de Tliouthmosis ni; de la Rotonde (environ 20 pieds), qui est de Ramessèsll, à Home, et celui d'Ainwick (9 pieds), qui est d'Amënopbis U.

La plus grande perfection de travail se montre surtout dans le fameux sarcophage en brèche vcrto de Cosseir, trouvé à la mosquée de^aint-Âthaaase, et que sa grande magniâoence a longtemps (ait passer pour être celui d'Alexandre*. 11 est à présent reconnu que

* Le stjle de ia Table li'Abydos, qui est du temps du Sésostris, lu'a pim •MM médiocre lorsque je Fai vue I tois. (Voyez, sur cette Table, non irtiete dant le /Miniat 48f SoMBli, ain^

archéologique, t. lU, p. i95-30&.)

• Descripu de CÉgifte; AnUqiiiA, t V, pl. m et un. ' Id., pl. IL.

Oigitized

SUR LA CIVILISATION ÉGYPTIENiNE. 229

c^est le sarcophage d'Àmyrtée. L'exécution en est parfaite. La matière de ce tombeau , maintenant déposé au

musée Britannique, est une des plus dures el des plus difGciles à travailler qui aient exercé l'adresse et la patience des Égyptiens. On ne se lasse pas d*admirer la finesse et la pureté de trait des hiéroglyphes, ainsi que des innombrables sculptures qui décorent toutes les paroi^ de oe sarcophage magnifique. Ce monument seul attesterait que les Égyptiens, quatre cents ans avant notre ère, n'avaient rien perdu dans l'art de travailler les matières les plus rebelles, et qu'ils continuaient d'être doués de cette patienoe à tonte épreuve qui leur faisait supporter les plus rudes travaux, en même temps qu'ils conservaient le sentiment particulier qui les guidait depuis bien des siècles dans toutes leurs œuvres d'art.

Le nom de son successeur Néphérites, écrit Néphé' roui, se trouve une fois dans les ruines de ThèbesS au petit ttimple du sud-est à Karnak; il se lit dans les carrières de Masarah et sur le trône d'une statue en basalte noir déposé à l'institut de Bologne, et qu'on dit être de bon style. Il en est de même d'un sphinx en basalte noir qui fait partie du musée du Louvre, et dont le travail est digne des meilleurs temps.

Le troisième roi, Achor ou Âkhoris, malgré la lutte qu'il eut à soutenir contre les Perses, ne négligea pas

* WUkioioii, JbfHMn tmd ùuU/nUf l, 106*

les ira^ux rclatifo aux temples. A ce prince appartiennent la sculpture du mur austral qui, dans le

lemplo du nord à Karnak, joint le pylôno au naos, ainsi que les colonnes dites protodorique.< qui sootieonent les plafonds du Thouthm&séum à Medynet-Abou. 11 fit réparer nn petit temple de Rhamessès à El-Kab, Le musée du Louvre possède un sphinx dont la base porte le nom d'Achom^ a^ec le titre d'atmé de Knouphis.

Mais le roi de cette dynastie dont il rosic le plus de monuments est Iiieclanébo l\ qui a régné en 368 et 550, et qui n*est mort, par conséquent, que dix-huit ans avant la venue d'Alexandre.

On peut citer d'abord un temple périptère, près de Medynet-Abott à Thèbes, qui est d*un assez mauvais travail , puis le propylon ou la porte moyenne du grand pylône du temple d'isis à Phiies : il est couvert de basreliefs de fort bon style, représentant Nectanébo faisant son hommage à la déesse. C'est encore an règne de ce prince qu'appartient le petit temple découvert, situé à l'extrémité méridionale de 1 île, dont les chapiteaux, comme le restedes ornements architecloniques, sontdu galbe le plus clégantctdu travail le plussoigné. Mais deux monuments peuvent surtout (en Europe) donner une idée de la perfection que Tart égyptien avait conservée sous ce prince : l'un consiste dans les lions qui décorent à Rome la fontaine de Tcrmini, et sur lesquels ont été moulés en fonte ceux qui ornent

SUn LA CIVILISATION É6TPTIBNNB. 85t

les deux fontaines du palais de Tlnblilut, à Paris. On peut les metlre à côté des plus beaux soient sortisdu cîseau égyptien. Le second est un buste en granit rose, de Nectanébo, conserve au Brilnli Mmeum\ d'un remarquable travail ; le troisième est cette admirable statue mutilée, en basalte vert, trouvée à Sebennytus^ et qui décore la salle du Zodiaque de la bibliothèque royale. Ce torse, par la pureté et la finesse de son style cgyi tien, ne le cède en rien aux plus beaux restes de la sculpture égyplieiine, et je no puis oublier qu'un des plus habiles archéologues de notre temps, ne pouvant révoquer en doute le nom de I^ecUmébo, que porte la statue, me soutenait que ce nom avait été ajouté après coup sur une statue du temps de Sésostris ou de Ménephlhah ; supposition gratuite, rendue tout à fait inutile par les observations contenues dans ce mémoire.

Ces ouvrages d'architecture et de sculpture sont plus remarquables, il est Trai, par leur mérite que par leure dimensions; mais, à en juger par ces seuls monuments, on est en droit de présumer que, si les Égyptiens avaient su conserver jusqu'à cette époque leurs arts et leur ferveur religieuse, ils n'avaient pas perdu davantage ce goût pour les œuvres gigantesques,

* Aruodalc et Bononii, Gdlery of ÀtUiquities, seUcUd from the BriiithMuieum^pl. 45, Gg. 166.

* Par k général Vial; il en fit homniage au premier oomul» qm h donna ii la Bibliolhèqw nationate. (MOlin, MwummU wédiU, 1 1, p. 3SS.)

qui semble avoir été un attribut particulier de leur génie ; et, s'il n'en reste plus maintenant, c'est que le temps les aura délruits. Or ceci n'esl pas une simple conjecture.

Pline fait mention d'un obélisque que Nectanébo

(il l'appelle Nectabis) avait fait tailler à Syène, par conséquent en granit rose^ Cet obélisque était resté dans la carrière, non sculpté, sans doute parce que la mort du roi n'avait permis ni de le finir ni dei'iimener à Sebennytus, où le roi faisait sa résidence'. Ce fut Ptolémée Philadelphe qui le ût transporter de Syène à Alexandrie, où il fut élevé sur une des places de celle ville, et Pline remarque que le transport et l'érection de cet obélisque exigèrent de plus grands travaux que la taille même du monument dans la carrière.

Pourquoi cet obélisque non sculpté attira-t-il assez Tattention de Ptolémée Philadelpbe pour qu*il prit la peine de le fiiire venir de si loin, quand il en avait tant d'autres tout sculptés, plus près de sa capitale, à

* 9 Âlexandrùe statuil unum Ptoleiiixits Philadclpliiis octoginta cubiloruni. Exciderat Nectabis {Nect4mebit) rex pnniin; iiiajusque opus fuit in defdiMido statuendore nniltoqaam m eicîdeodo. • (PUn., XXXVI, 14.)

* n parait biflD <|iie Im obéliiqaes n^étaient pis tculptés sur place. Cast ceqai explique pourquoi il en exiala qui sont entièroment nus; ids tout

deux qsi avaient été placi'-s m nvniit du tombeau d^Auguste» à Rome, dont r un ome la place do S,iiiitt'->l;iri<'-Mpjcuro. l'anfro rclip de Monte- Cavallo. J'ai toiijoui*s jteiiM' (jut- « lu\ dont Us m nljilure.s îijuiartieniiL'nl à l o|)oque romaine depuis Uoiuitien jusqu'à Adrien, à savoir ceux du Monle-Pinrio, de la pbce Navone, et ceux qui portenl les noms de Borgia, de Mattei cl d*Albani, sont d*indens obélisques, sculptés plus tard, toit I Akaandôe, loit k Rome même, par dea Êgyptiona.

MemphiB, à Héliopolisi à Sais, et en di?efs lieux du Delta? On ne voit à cela qu'un motif : c'est Fettraordi-

naire grandeur de cet obélisque, qui le mettait en quelque sorte hors de ligne. £n eiïet, Pline ne nous laisse pas ignorer qu'il avait 80 coudées de haut, ce qui équivaut à 57 mètres, ou ii5 pieds, en coudées grecques; et à 42 mètres, ou 126 pieds, ën coudées d'Éléphantine. Cet obélisque surpassait donc d'an moins 7 mètres (21 pieds), et peut-être de 12 mètres (56 pieds), le plus grand des obélisques connus, celui du nord, à Kamak; et, comme nul ne présumera que Nectanébo eût fait tailler œ morceau gigantesque pour le laisser dans la carrière, et ne le point amener et dresser dans sa résidence, il faut bien admettre que les Égyptiens possédaient encore les moyens d'exécuter ce prodigieux travail. C'est Ptolémëe Philadelphe qui l'exécuta eUectivement un siècle plus tard.

Ceux qui veulent que les Égyptiens aient, au temps des rois de la dix-huitième dynastie, possédé des res* sourcesextraord inaires en mécanique, sont bien obligés d'avouer qu'ils les possédaient encore an moment de l'arrivée d'Alexandre et même sous la dynastie lagide. Les Grecs, depuis Psammilich us, n'avaient pu manquer de les leur emprunter. Or nous savons qu'ils ne se doutaient pas de cette mécanique savante lors de la construction du temple d'Éphèse, et plus tard sous Philadelphe, puisque leur mécanique avant Archimède était réduite aux procédés les plus simplea; il dut

S54 MÊMOIRH

bien admettre que les Égyptiens n'en savaient pas

davantage.

L'exemple de ce prodigieux obélisque, le seul oumge gigantesque de Nectanébo, dont l^histoire fasse menlion, atteste que les Égyptiens n'avaient alors rien perdu de leur goût pour les grands travaux, en même temps que les lions de Termini, les deux torses de Nectanëbo et les monuments de Philes, élevés par co roi, prouvent que les artistes égyptiens conservaient encore presque intact leur talent pour travailler les matières les plus dures et la perfection d'exécution

qu'ils possédaient jadis.

Ges monuments authentiques, et d'une époque certaine, viennent donc, par leur succession depuis Amyrtée, conGrroer tous les témoignages historiques qui établissent que la civilisation égyptienne, à l'époque de Gambyse, n'avait rien perdu, qu'elle s'était conservée presque intacte pendant toute la domination persane, et que les Perses, ainsi que je l ai avancé dès 1825, durent transmettre TÉgypte aux Grecs à peu près telle qu'ils Favaient reçue des Pharaons.

Il en fut des Perses œmmc des pasteure qui avaient envahi l'Égypte dix-huit cents ans avant Gambyse. Ces pasteurs, de race asiatique, séjournèrent dans la vallée au-dessus du Delta pendant 250 ou 300 ans. Animés d'une rage fanatique, ils détruisirent tous les monuments de Thôbes, à tel point que, vers l'an 2000 avant Jésus-Christ, quand les Pharaons re-

devinrent maîtres de TÉgjpte hanle et moyenne, il ne restait des monuments de Thèbes que des monceaux

de ruines et des matériaux confusémcnl épars. Ijes rois de la dix-huitième dynastie furent obligés de reconstruire entièrement les édifices religieux que les pasteurs avaient détruits. Aussi, tous les monuments de cette ville, à l'exception du sanctuaire de Kamak, qui est d*Osortasen P', contemporain d'Abraham, portent-ils la preuve qu'ils appartiennent h cette époque de restauration. Les barbares avaient pu bouleverser des pierres, mais ils n'avaient point entamé le gfénie égyptien; aussi , après leur départ, de nouveaux monuments s'élevèrent, portant la jnéme empreinte que ceux de l'époque antérieure, et, sauf un degré de plus de perfection et de grandeur, leurs sculptures ne dilTèrent en rien de celles qui couvrent les blocs, anciennement travaillés, employés dans leur construction, non plus que de celles de la tombe de Skh.ii, à Thèbes; des grottes d'Ell Tell, et môme des tombeaux de Memphis, dont quelques-uns ont été sculptés avant l'invasion des pasteurs.

La conquête des Perses est un événement du même ordre, mais qui a di\ produire des eiïets bien moins désastreux, puisqu'elle n'a été oppressive que pendant quatre ou cinq années, sous Gambyse et sous Ochus, aux deux exlrémilcs de la période persane.

En terminant, je citerai un témoignage historique de la plus grande valeur, qui résume et confirme tous

ces résoltats. Il 8*agit de celui de Platon, dans deux

passages bien souvent cîtés, mais dont on n'a point encore fail l'usage que je vais en faire; ils seront, pour Tépoque qui a suivi le règne de Darius II, œ que le témoignage d*Hërodote a été pour Tépoque antérieure.

Au livre VU des Iom, Platon dit en général que, chet les Égyptiens, il n*était permb de rien innover dans les féles^ les cérémonies religieum^ les dunia iacréestf les hymna; que toute innovation était punie par les prêtres, armés de Tautorite des lois et de la religion'. Au livre II, il parle dè cette même iîxilé qu*on observait dans toutes les productions des arts. Après avoir dit qu*en tout pays, excepté en Ëgyple, on permettait d'innover sur ces différents points, il jgoute : a il y a longtemps, à ce qu'il semble, qu'on a Teconnu, ches les Égyptiens, la vérité de ce que nous disons ici... En effet, quand on a expose les modèles dans les temples, il n'est permis ni aux peintres, ni à aucun de ceux dont le métier est de représenter des formes quelconques, de rien innover ou de s*écarter en quoi que ce soit de ce qui a été réglé par les lois du pays. Cette défense subsiste maintenant et pour ces représenlations et pour tout produit des ai^. Aussi, quand vous y faites attention, vous trouvez que les peintAire$ ou les $culplurei fiiiles defmù dùi mille an$

' Phi., dê Legibus, VII, e. fin, p. m.

(et ce n est point ici une manière de dire, c^est un nombre réel), ne sont en rien ni plus ieUei, ni plus laides que celles qui ont été faites de ftot /ouri, et qu'elles sont travaillées selon le même aiV. »

Voilà rimpression que produisaient sur Platon les œuvres de Fart égyptien cinquante années seulement avant l'arrivée d'Alexandre. Quoique le philosophe nous avertisse de prendre à la lettre ses dix mille ans^ et de n*y pas voir seulement l'expression d*un nombre indéfini, nous n'éconteronspasTavisqu'il nous donne, par la raison que les annales égyptiennes elles-mêmes ne comptaient qu'environ cinq mille ans pour la durée totale de Tempire égyptien, depuis Ménès jusqu'à notre ère. Platon suit donc en ce moment cette cbronologie fabuleuse des prêtres égyptiens, qui ne regardaient guère à une myriade d'années de plus on de moins. Il est probable qu'il avait devant les yeux le fameux passage d'Uërodole sur les onze mille trois cent quarante ans du règne des anciens rois*.

Quoi qu'il en soit, je ne prends ce passage que comme exprimant la haute antiquité où se perdait, selon Platon, Poriginede Part égyptien. Il croyait que, pendant un nombre immense d'années, cet art n'avait subi aucun changement. Les sculptures et les pein-

• Stenftw ^ t&fi^ «Aiiti t& {infiooTiv frac fif^aynUy* i TtmcM|U«« (eux >(«<îv> ^vTwc) rm hh^^yii^hm fênn UÊÛAicML tê^ «iaxî«», TT.V «ÙTY.v *i -cigym èmuffntffâm, (Ugg. II, c. m, p. S5S, Sb.)

• Hêrod., n, 14S.

• tures ptiennes qu'on faisait de son temps a*étaient, dit-il, ni plus belles ni plas laide* qu'auparavant.

Cette expression, où perce un léger sentiment de dédain, sent un peu l'Athénien, médiocrement épris du mérite d'un art incomplet^ qui lui offrait à la yéritc des proportions toujours jusles, parfois élégantes et régulières, une assez grande pureté de lignes, souvent même un jet simple et grandiose, mais qui n'avait jamais su rendre d'une manière tant soit peu exacte une main, un pied, ni le modelé d'un muscle. Parmi les sculptures qu'on lui montrait, il y en avait sans doute qu'on lui disait contemporaines des pyramides ou même de plus anciennes encore, d'autres qui avaient été exécutées sous les Sésostrides, d'autres enfin qu'il voyait actuellement sortir de l'atelier de l'artiste, toutes ayant même aspect, et dérivant, comme il le dit, d'un même art; c'est que, bien que l'Égypte dût alors lui offrir une multitude de monuments des plus anciennes époques, €^ présent délruils, il ne pouvait, pas plus que nous, y découvrir des oeuvres appartenant aux premiers temps de cet art. A cette époque, comme de nos jours, l'art éfiYplien ne se montrait que dans les productions de son âge adulte; il ne se manifestait que tout formé déjà, dans des œuvres où Platon, en y regardant bien^ reconnaissait toujours le même aspect. Ces productions^ semblables à ellesmêmes, quoique d'époques si distantes entre elles, produisaient donc sur son œil, qui devait pourtant

SUR LA CIVILISATION ÉiiVPTIEiNNE. 250

être exercé par la comparaison de tant d*<BUTres di« verses, justement l'effet que produit sur nous le tonte de Neclanébo^ rapproché des ouvrages du temps de Ménephthah, époque à laquelle appartiennent les travaux égyptiens les plus parfaits. Les différences sont presque insensibles pour nous, et, sans les indices chronologiques fournis par les noms royaux, nous serions tentés de les rapporter h la même époque.

Supposons maintenant que ni le torse de Neclanrl»o ni les autres sculptures de ce temps ne nous aient été conservés, le témoignage seul de Platon, bien compris, suffirait pour nous donner l'assurance que les Égyptiens devaient, sous ses yeux, exécuter des travaux aussi parfaits qu'à aucune autre époque.

Mais l'accord de ces deux témoignages d'un cràte si différent vient confirmer toutes les autres données, tirées à la fois de l'histoire et des monuments, qui ont été rassemblées et coordonnées dans ce mémoire. Ils concourent tous à détruire cette opinion, encore si répandue, que, lors de l'arrivée d'Alexandre, l'an* cienne Ëgypie n'était plus que l'ombre d'elle-même; ils attestent, au contraire, que tout s'y élait conservé presque sans altération, beaux-arts, langue, écritures et calendrier, administration, lois, religion, usagest arts mécaniques et industriels. En un mol, la conti" nuité de la civilisation éfmptienne dans toutes ses branches, depuis la formation de son sjstème graphique, qui se perd dans la nuit des temps, jusqu'à

répoque de Platon, d*£udaxe et d'Âleiandre, est on

fait désormais hors d*atteinle, et l*on est en droit à présent de reléguer clans la région des chimères toute hypothèse qui se fonderait sur un prétendu anéantissement ou même sur une diminution notahle dans les notions scientiûques dont les Égyptiens auraient été jadis en possession; car, en présence de cette continuité de tontes les branches de la civilisation, cet anéantissement partiel serait un phénomène inexplicahle.

Si les Perses ont transmis TÉgypte aux Grecs à peu

prèstellequ'ils ravalent Irouvée, pourrait-on s'étonner maintenant de ce que les Égyptiens ont construit des édifices religieux sous la domination de ces nouTeaux souverains, dont ils reconnaissaient la tolérance et la protection, en associant leurs images, dans les temples, è celles des dieux nationaux? Les faits positifs qui résultent de la coïncidence des inscriptions grecques et hiéroglyphiques, sur les monuments sacrés de Tépoque grecque et romaine, se lient donc sans efforts à toute la marche de Thistoire, et ce mémoire devient une préparation indispensable à l'étude de la période suivante, puisqu^ii donne d'avance la théorie des faits qui se sont passés en Ëgypte sous la domination des Lagides.

Je reviens, en finissant, au passage de Platon. On voit qu'il résume tous les monuments et tous les témoignages, et qu'il donne une expression abrégéOi

SUE LA ClVILiSATiON ÉGYPTIENNE. Mi

mais complète, ou, eomme on dirait dans Fëoole de

Vîco, une formule générale pour lliiUoire de la àmliêotian égyptienne.

TABLEAU CHRONOLOGIQUE DE L HISTOIRE D ÉGYPTE nasAiir i& Bonsunoii nauam.

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