III
* /(/., lil, 50. AùTiiM èik toOroTè éèvaifLa i^ém,
* Id., m, 51, 55. .
m MÉMOIRE
roi d'Ethiopie; le second fui le meurtre de Todo de ses deux aœun, qu'il amt épousées tooles deux, au
mépris des usages de sa nalion. Ensuite, pour des motifs aussi frivoles, il lue le fils de Prexaspe, fait enierrer vivants donie Perses de la plus haute dislinolion, ordonne de faire p«'rirCrésu8,s*en repent ensuite, et cependant met à mort ceux qui n'avaient pas exécuté les ordres qu'il regrettait d avoir donnés. 11 s'amuse, comme on enfant, h faire ouvrir les anciens tombeaux pour considérer le visage des morts^ Il pénètre dans le temple de l'hthah, fait mille moqueries à la statue du dieu, qui avait, dit Hérodote, Fapparence d'un . * nain, semblable aux fijrures de Patèifues que les Phéniciens mettaient à la proue de leurs navires. On ne sait pas' qoelte forme avaient ces Patèqueg; mais celte figure, qui parut si bizarre à Cambyse, devait (Hre celle de ce dieu nain, si hideux à voir, et à laquelle on donne, depuis Champollios, le nom de Phthah- Sofshari. Ce prince entra encore dans le temple des dieux qu'Hérodote assimile aux Cabires^ dont il mil au feu les 8talues\ J'ai réuni tous ces ados insensés de Cambyse pour • monirer (jue ses violences, ses cruautés, ses sacrilèges sans motif, qui portent l'empreinte de la folie ou de l'imbécillité, sont d'une époque postérieure à son
• Uérod., 111,57.
su» LA CIVILISATION ÉGTPTIBNlfB. 801
relonr d'£(hiopie. Aupravant on ne trouve aucun indicequ'il eût mutilé les temples ou perséculé la religion égyptienne : d*oà il résulte que, sur les trois nns de son règne en Égyple, on peut en retrancher bien près de la moitié, eX qu'il ne reste plus qu'environ quinze mois pour cette période, pendant laquelle il put se livrer à sa démence. Or est-ce dans un si court espace de temps qu'il aurait pu, comme on l'a dit, couvrir TËgypte de ruines, démolir ces temples si solidement bâtis, ces colosses qui semblent n'avoir pu être brisés et renversés qu'avec le secours de la poudre?
On a pensé que la [conduite de Gambyse à IVgard de lu religion égyptienne fut inspirée par le f.matjsime religieux, et qu*en sa qualité de sectateur de Zoroastre il devait être porté à détruire tous les vestiges d'une religion qui se présentait à ses yeux avec les caractères du fétichisme et d'un anLhropomor|ihisme grossier.- Cette opinion, qui était celle de Saint-Martin, est peu conforme au récit d'Hérodote'. D une part, ainsi que rhistorien le remarque expressément, la folie de (iambyae s'attaqua aussi bien aux Perses qu'aux Égyptiens; de l'autre, avant 1rs accès causés par ses malheurs, il ne montrait ni cloignement pour la religion égyptienne, ni attachement excessif pour sa propre religion. Il brûla le corps d* Amasis, ce qui était,
* Uénd., m, 54.
m MÉMOIRE
d'après Hérodole, formellemeDt contraire aux usages religieux des Perses, car ce peuple regardait le feu
comme une divinité, et ne permettait pas qu'un dieu se nourrît du corps d'un homme'. Tout cela n'annonce pas un attlachement bien vif à la religion de Zoroaslre. Son indîfTërence à cet égard se montre encore dans son entêtement à épouser ses deux sœurs, d'après l'usage des Égyptiens, contre les prescriptions de la loi oivîle et religieuse de son pays. On yoitqu'il mettait, sans hésiter, ses caprices avant toute loi divine .et humaine.
Enfin, Hérodote ne nous laisse pas ignorer un fait
important, c'est que (kunbyse ne dédaigna pas de consulter l'oracle de Buto, qui lui prédit qu'il mourrait à Ëcbatane**
Ce dernier fait en laisse soupi;onner d'autres du même genre : il montre que Cambyse ne fut pas aussi éloigné qu'on le croit de la religion égyptienne, et il nous explique encore une circonsUinoe des plus curieuses, qui est révélée par un monument du musée Grcgurien, à Rome. Ce monument, déjà cité par Rosellini' et thampollion*, ({ui en a traduit quelques phrases, mais non les principales pour mon sujet, a été étudié avec soin Tan dernier par M. Ampère, qui
« Hérad., m, 16.
• Ut., UI. 64.
' MonumenUslorid, t. U,p. 153.
* Gramtnain éfifpUemie, p. 500 el ô(H.
Oigitized
SUR LA CIVtLISATIOlf ÉGTPTIBlfllE. M
en'â copié toutes les inscriptions et traduit tout ce que l'im peut en entendre à présent. Ceet une de ces figures agenouillées portant devant elles une espèee d'édicule, et qu'on appelle ordinairement figures tioaphorei. Le personnage représenté est un dignitaire qui, entre antres titres, prend ceux de sertie et de prêtre, charges qu'il exerça sous les règnes d'Amasis, de Psammachérites (le Psamménile d'Hérodote) et de Gambyse. Dans une partie des légendes, qui peut être traduite mot à mot avec ccrliUide, il est dit « que Gambyse est venu dans Sais à la demeure divine de iV<tlfc. Gomme onl fait loui let rm^ il a présenté une riche offrande à Ncith, divine mère des dieux principaux de Saïs. Il a fait toutes les cérémonies, il. a institué la célébration des libations au seigneur de râernité dans le temple de Neilh, eomme /«s rots oupararant, » etc.
Voilà donc, dit M. Ampère, un prêtre égyptien qui nous représente Gambyse un peu autrement qu*on ne se figure le meurtrier d'Apis.
* Ge renseignement m'était inconnu lorsque je lisais ce mémoire à l'Académie. G'est M. Ampère qui me Ta indiqué, comme étant la confirmation des vues que j'avais tirées uniquement des témoignages historiques. Ge fait si curieux peut s'eipliqiier par la distinction que je viens d*élablir entre les dt*ux époques du règne de Gambyse. Il doit être antérieur au départ de ce prince pour l'Êibiopie; il se lie avec la confiance du
prince envers i'oracle de Buto, et se coordonne surtout ÎMirTaitenient avec un autre passage d*Hërodote
auquel nul, ce nie semble, n'a fait atlenlion jusqu'ici. L'historiuD nous dit que, selon les Perses» c'était réellement à Cambyse qu'Amasis envopi b fille d'Apriès; mais les' (égyptiens, ajoute-t-il, fbnt une autre hii^loire, car iU préleiident que c était Cyrus, non son OU Gambyse, qui ût demander en mariage la fiHe d'Amasis, en sorte que Cambyse fut, non le mari, mais le fils de la iille d'Apriès\ En cela, dit 1 historien, les Egyptiens peivrrtimnt la tradition afin de i^approftrier Cambyse, d*en faire un de* leur»*. Or celle singulière prétention de déi'anger Tbisloire, pour faire de ce prince un E'jyfdien^ est tout justement œllc qu'ils manifestèrent deux siècles plus lard en faveur d'Alexandre, quand ils imaginèrent que Nectanébo, leur dernier roi, au lieu de s'enfuir en Ethiopie, comme on le disait, s'était réfugié à la cour de Philippe. Là, avec l'aide de la magie, il sédukit Olympia s, dont il eut Alexandre'. Au moyen de cette fiction, Alexandre devint un roi de la race égyptienne.
11 parait donc que les Égyptiens, forcés de courber la lète sous un joug étranger, essayaient de consoler
* Hérod., ni, ^. Aîfiimttn 6bnt7i9mu Kec{i,6û«tc.
•(•«1. (M Ibid,) — * Sur eette HaUoo, qui dmt diltr du vhnurt mtee ^ Aleûmin, wjw oit SUMe voealê 4ê Mmn&n, p. aS.
leur orgiMÎi nalioiuil en faiiant croire au aatres el en a'efforçaDt de eroire^inHnénes que les rois étrangers, leurs vainqueurs, étaient des rois légitimeg qui régnaient drmt d$ couquéu H par droit de naii»
Toutefois, si Cambyse leur eût fait tout le mal qu'on lui altrîbua filus lard, s'il eût persécuté leur religion, a*il ne l*eût pas ménagée, au moins dans le commencement, et ne s'y fût pas môme associé, ainsi que l'atteste le monument cité, on peut croire qu'ils n'auraient pas tenu à »*(^propiiet' œ prince, selon Texpression dWrodole. Il y a lieu de penser, en conséquence, que les Egyptiens, lui irnanl compte de 'ce qu'il avait fiût avant ses accès de folie, ne virent plus en lui qu'un esprit malade qui méritait moins de haine que de pitié.
Quel motif en effet, avant qu'il eût perdu tout à fiiit le sens, Taurait porté, non-seulement à mutiler les temples, mais à délruire les arts de l'Egypte? Ces arts, il les aimait, il en sentait la supériorité sur ceia de l'Asie, puisqu'il Ot transporter en Perse une mullilude de statues égyptiennes, dont on dit que IHoléinée £vergète rapporta deui mille cinq cents eu £gyple'i et que son premier soin fut d'envoyer dans ses Étals une foule d'artistes égyptiens pour travailler aux palais
* U Mmoignaga de «niit JMm (la DmUdm) «4 confimié I MMriplMid^Aàilii. (Ap. ChUMB, AnUq, mUU., ^ SS.)
m MiMOIRB
célèbres de Persépolis, de Suse et d'Ecbataoe^ ce qui eiplique Tinfliieiiee égyptienne qo*on reconnaît si clairement dans plusieurs sculptures porsanes.
Tout annonce donc qu'on a beaucoup exagéré les ravages causés par Gambyse. SelonStrabon et Diodora% il avait mutilé les monuments d*fléliopolis et ceux de Thèbes tant par le fer que par le feu. L*emploi du feu estasseï peu probable, à moins qu'il n'ait été borné à enfumer les sculptures peintes ; car, pour calciner par le feu des constructions massives en grès ou en granit» il aurait fallu des forêts entièresi et 1 Égypte a toujours manqué de bois.
Nous ne pouvons plus savoir quels ravages Cambyse avait exercés à Héliopolis, puisque, de toutt^s les constructions décrites par Strabon, il ne reste plus debout qu*un obélisque. Ce qu'il y a de certain, c'est que cet obélisque n'a été ni brûlé ni mutilé.
Quant aux édifices de Thèbes» ib présentent dea traces de violence qui semblent accuser la main des hommes, mais en plus d un endroit on reconnaît les efibts des tremblements de terre. Ce fléau semble avoir été un des agents les plus actifs de la destructioa de cette ville et de la chute de ses colosses monolithes,
* Diod. Sic, I, A6. — L'Iiisloricu ne noiiiinc pas Ecbatane; il dit gfliilwiMit < et ceuK lie Hédîe. i ♦mI ttuc n>po&; Ti^vîn; il rspsXrtCmatc mtmnmtému, tk let^iS^?* f^'ùmm nnèt tU^mKHm, mù •sk <v XcvoMs %$XrkU Mafts.
• Sinb., XVII, p. 865, 816.^ Diod., 1, 40.
qui durent dire souvenl traversés par des Ossures plus ou moins profoodesS 11 paraît que, sur la fin du
règne des Plolémées, on mellail tous ces ravages sur le oomple de Canibyse. Les égyptiens ne parlaient plus même du dernier roi perse, Artaxcnès Ochus, dont les dévastations avaient surpassé celles de Gambyse, ni de Sôter II, qui, pour punir Thèbes d'une révolte, l'avait, dit Pausanias*, ruinée de fond en comble : ce qui n*est ni vraisemblable, ni vrai, comme le démontrent les ruines de cette ville'; car, malgré ces dévastations sueoessivesi louies les parties conser- ▼ées des monuments de cette ville en présentent peu de traces; les sculptures peintes n'ont été ni effacées ni enfumées. Sauf en un seul endroit, au temple de Khons, à Kamak, on n'y aperçoit nulle trace de feu. Or c'est par les ornements qu'auraient dû commencer les mulilatious. Détruire les bas-reliels des temples, en les grattant ou en les détériorant par une brûlure superficielle, -était un genre de mutilation plus facile et non moins eflicaceque de renverser ces giganlcstjues colonnes, ces massifs pylônes, ces colosses en granit de quarante et de soixante coudées.
L'état de ces sculptures dépose donc contre le fait
> Vovez la Statue vocale de ilemnon, \f. 23-26. • Paûs., I, 9, 3.
^ M. CliampoUion-Figeac en a fait la reniait)ue {Annales des Laifides, t. II, p. 227). U est vnisemblabiA ^ cm défulalioiis porlèrent frinciplMiMBt wr la InliîUitioiis parlkolièreSy at qne les êdiSoii lacriéi Amat ërargnét.
des rmgtè qii*on prête à Cambyae autti bien qu'à OohiMet à VUi\èméè Sèter II. Hérodote, qui parle des dévastations du premier à Memphis et à Sais, ne dit pas un moi de Thèbes, et un fait seul démontre que cet insensé, en passant par eetia ville, à son retovr d'F^lliiopie (el il paraît bien que c'est la seule fois qu'il Tait visitée), n'y a pas accompli tous les désastres qu'on lui prête ; car les prêtres tbébains montrèrent à Héroilole les trois cent quarante et un colosses de bob qui marquaient la succession des grands prêtres de père en fils, depuis pins de ome mille ans^ Assurément si Cambyse , pour mutiler les édillees de Thèbes, avait iroulu les calciner el les détruire par le feu, comme on le dit plus tard, la première chose qu'il devait faire, dans «n |)ays oà le bois est si rare, était de brûltT cette forêt de colosses, comme il avait fait de ceux des Gabires à Sais. Ouelle fortune en elTet, pour nn furieux de son espèce, de pouvoir alimenter Tincendie d'un temple avec les statues mêmes de ses prêtres ou de ses dieux!
Quand on voit Hérodote ne pas 4tre un mot des ravages «le Cambyse à Thèbes, lui qui nous raconte si minutieusement ceux que ce prince avait ordonnés à Sais el à Nempfais, on se prend à croire que le bon sens de l'historien a senti que, si ces raTages eussent été réels, c'était par les trois cent quarante colosses
> Bérad., Il, ÏA% 143.
SIR LA CIVILISATION ÊGYPTlEiNiNË. m
eo bois qne Cambyse aurait dû cooiBieDcer. Qwint m IrembleineDts de terre, les Égyptiens n'en psrlaîenl pas non pins. Le colosse de Memnon. peu d années a^snl Strabon, atail été brisé |»ar une secousse violesrte. L*aeddent était trop voisin ponr <pi'on pAt alors mettre la mulilation sur le coniple du roi de Perse; aussi Strabon en donne la véritable cause; mais un. siècle et demi apvès, an temps d'Adrien et des Anto* nins, le nom de Cambyse reparut, et le brisement dn colosse tut mis sur la liste, déjà si longue» de ses mébits. Selon toute apparanee, il n'anra pas brisé dairanlage le fimeox colosse dit à^Oêyfnm fyas, q«i g!t mainlenanl sur le sol. Les voyageurs ont peine à comprendre qu'il ait pu être n'uversé sans le secours de la poudre ou sans une violente seooosse de tremblement de leiTc. Sir G. Wilkinson hasarde même la conjecture que ce colosse a pu être brisé, depuis Tinvention de la poudre, par Arabes, qui ont mutilé tant d'autres monuments^
11 y a donc beaucoup à rabattre des ravages attribués à Cambyse; mais cet insensé edt-il pu les aœomplir dans un espace de quinze mois ou deux ans tout au plus? Il est clair qu'un règne si court n'aurait pu être qu*un de ces orages passagers dont un peuple sait bientôt réparer les désastres. On fteut é.re assuré qu'en tout cas l'Égypte, après sa uiort, ne différait en
* Uoiêm EnpimidJhebii, U i, p. 144.
m NfiMOIlK
rieo de oe qu'elle était à son arrivée. Voyons à préaenl ce que firent ses soccesseors.
Lorsqu'il qiiilta l'Ègyple pour retourner en Perse, Gambyse avait établi gouverneur du pays conquis Âryandès, dont la oonduile oppressive et cruelle caasa une grave révolte^. Darius s*enipressa de la compriiner', aiiu de coosener toute la liberté de ses mouvements ponr ses expéditions projetées contre la Scythie et la Grèce; mais dès lors il s'efforça de faire oublier les excès de son prédécesseur en captant la bienveillance des Égyptiens. Avec un tel peuple, le moyen le plus sûr était de montrer dn respect pour sa religion, de Teslimc pour ses institutions puliliqucs : c'est ce que Darius prit à tâche de faire. Gambyse avait tué le bœuf Apis; DariiiSf an contraire^ arrivant à Memphis lors de la mort de ce( animal sacré, assista et prit part au deuil des Égyptiens. 11 alla jusqu'à promettre ceut latmU» d'ut à celui qui trouverait el amènerait un nouvel Apis. Les Égyptiens, admirant sa piété, dit Diodore, se soumirent aussitôt'. L'historien ajoute ces paroles remarquables : « Darius, détestant les profiinations de Cambyse à Tégard des temples de rfigypte, se distingua par sa douceur el par son attachement aux dieux du pap. Il eut de IVéquenls entretiens avec les prêtres égyptiens, étudia leur doctrine
• Hérod., IV, 160.
« FiDipn , Srrol^., VII, n, 7.
bUR LA CIVILISATION ÉGYPTIENNE. %ïî
reiigkaae et les aotîons consigiiées dans leun livres sacrés. Ayant appris è eonnatlre la magnanimité des
anciens rois el leur douceur envers leurs sujets, Darius TOttlui les imiter dam» sa conduite, et par là il aul in* apirer au Egyptiens one telle vénération, qu'il est le ieuldes auli cs rois (y^manjt) auxquels ils aientdonnc le nom de dieu^ el qu'à sa mort ils lai ont rendu les mémea honneurs qa*aux rois qui jadis possédèrent le plus logilinienient la couronne. » Une telle conduite, suivie pcudant un long règne de Irenle-six ans, put liMsilemeat réparer les malheurs passagers et partiels qu'avait pu causer Cambyse.
liërodute confirme par un trait l'exactitude de ce tableau. Darius voulut faire placer sa statue devant celle de Sésostris, qui précédait le temple de Phthah, et entrer en partage des honneurs rendus aux anciens rois du pays. Des préires ne craignirent pas de s'opposer à cette prétention ; ils osèrent donner pour raison (c que Darius n'avait pas encore fait autant de belles actions que Sésostris, etqu'il n'était pas justede mettre devant la alatue de ce roi celle d'un prince qui ne l'avait point surpassé par ses exploits. On dit, ajoute Hérodote, que Darius pardonna aux prêtres cette sévère remontrance*. »
A l'appui du récit de Diodore, on peut citer une observation faite par ChampoUion, Rosellini et sir Georges Wilkinson : c'est que Darius est le wtl roi dr
i Hérod., 11, 110.
21i MÉMOIRE
Pemt àfmi le nom hiéroglyphique sar let monoineiits égypliens mil «eoompngné da prénom divin, comme
ceux des anciens Pharaons, et plus tard ceux des Plolémée»et des empereun^
En preate de le protection dont il environna la religion égyptienne, comme le disent les historiens, on peut citer le grand temple d'El-Khargeh, dans la grande oasia, qui ne perle dans lonleaaes partieii conservées qu*un seul nom- royal, celui de Darius, d*où il faut conclure que ce temple, s'il n'a pasiété commencé aooa le règne de ee prinee, comme le eroil M. lioskin*, a du moins été complété et décoré par ses ordres. Ceci annonce, en outre, que l'oasis avait attiré de honne heure son aiieolion, et qu'elle nçot peut-être à cette époque une colonie composée k la fois d'Égyptiens et de Samii'ns de la (ribu jEachrionief qui la p(tssi*daient lors du vofage d'Hérodote.
Un bas-reliefremarqoabledeoe même temple raprésente Darius portant le costume religieux des anciens rois égypliens, el taisant une oiïrandeau dieu Âmmon- Ba ; et certes, sans ledonUe nom qui se Ht au devant de sa téte, selon Tusa^ie, on eroirail voir m de ces Pharaons si souvent ligures en semblables costume et altitude sur des monuments sacvés*. Celle conduite
* Bnsi'lîmi, II. 485. — Wilkins, Mnnnen atidCusionUt 1. 1, p. 499. * Vititto tlieGreal'Onsis,]^ 101.
> liant \"Égypte de M. ChiiDpoilîon-Pigeac, pl. uuvji, p. 380. (Iffif t«ri J^tlfiwifiie.)
politique fol oontimiée pendanl tout le règne de Oarios ; niefs ce prinee, qui, à ce qu'il stmble, ne revint plus en Égypte après l'avoir quillée une première fois, la fit administrer, comme les antres satrapies, p*ir des goaTemenrs qui probablement ne se content si<*nl pas du tribut modéré qu'il avait imposé au pays. L'Égypto, cependant, resta tranquille pendant ce long règne, et netesonlera que la dernière anm^^
Xencèsla soumit avant de passer en Grèce. Il appesantit ses chaînes, et lui donna pour gou\eroeur son propre frère Acbmnénès*, ce qui montre Timportanee qu'il attachait à la possession tranquille du pays. L'Egypte fournit alors deux cents v;iisseaux h son armée', et ce fut Âchménès qui les commanda . Le pays demeura tranquille durant tout ce règne; mais, ayant appris que Xerxès avait été assassiné, les Egyptiens crurent pouvoir se délivrer de la domination étrangère*. En 46i, Inaros, roi de Libye, o'est-à-dire d'un petit État indépendant sous la suzeraineté de rËgypte, et Amyrlée, Égyptien de la race royale, se mettent à la tête d'une insurrt*ction. Avec le secours des Athéniens, ils battent les Perses* et lueni Ach»ménès, oncle d'Artaxeroe\ Une nouvelle armée est
*8érod.,VnM.
* W., vil, 7.
^ Id., VII. 89.
* Id.. VII, 97.
* D>od Sic. XI. 71.
* W .XI, 7i.
. 'Uérod , III,12;VU,7.
su MÉMOIRE
envoyée contre eux. Ib suooombent en 450, nprès six ans de résistance. Inaros, trahi par les siens, est mis
en croix' ; Amyrtcese réfugie dans los marais du Dolla, où il résiste encore aux l'erses, et Thucydide continue de lui donner le titre de roi
Cependant quelle vengeance le vainqueur lira-t-il des Egyptiens? Hérodote nous 1 apprend : « Les Pei^esi dit-il, sont dans l'usage d'honorer les fit» de rof, et même de leur rendre le trône que leurs pères ont perdu parleur révolte. On pourrait apporter beaucoup de preuves de cet usage, entre autres ceux de Th«innyras, fllsd*Inaros, qui recouvra le royaume (celui de Libye) que son père avail possédé, et de Pausiris, fils d'Amyrtée, qui recouvra également les États de son père. Cependant jamais princes n'avaient fait aux Perses autant de mal qu'lnaros et Amyrtée*. »
D'après ce témoignage formel , on voitqu Artaxerce, nion-seuleroent pardonna aux Égyptiens, mais qu'il permit h Amyrtée de régner dans le Delta et de Iransmettre ses Ltats à son (ils Pausiris (peul-étr^Petosiris). C'est là un fait capital sur lequel on avait trop légèrement glissé, et qui prouve, ainsi que la conduite de Darius, avec quel ménagement les rois perses traitèrent PÉgypte toutes les fois qu'ils crurent pouvoir le faire sans danger. Cette conduite, du reste, n*a rien
i Thiic}d.p 1, 110» lis.
* IkSrad., 111, 15.
SUR LA CIVlLiSATIOiN ÉUYPTiËr^NB. ' Si5
d*eilraardinaire, car la domination persane ne fut
oppressive dans aucun des noml)reux |)ays soumis à l'empire de Cyrus. Ces contrées, comme le dit Hérodote, conservèrent des rois de lear nation'; on leur laissa lenrs vsages, leurs lois, leur religion, et l'on n'exigea d'elles qu'un iribut assez modéré, puisque de toute rÉgypte et de ses dépendances, qui comprenaient Cyrène, Baroé et le royaume de Libye, les Perses ne liraient que 700 talents d'argent, sans conipler la pèche du lac Mœris, la nourrilure en blé des garnisons persanes et d*autres légers tributs*. Ainsi, pendant cet intervalle d'environ cent vingt ans qui s'étaient écoulés depuis la mort de Cambyse, malgré plusieurs révoltes, toujours infructueuses et toujours punies, qui s'ensuivirent, elle fut traitée avec autant de douceur qu'aucune autre contrée conquise, et dans cet intervalle il est impoesible de concevoir, à s'en tenir aui faits que nous transmet 1* histoire contemporaine, que ce pays ait souffert d'une manière sensible dans sa religion, ses arts et ses institutions civiles.
On peut d'ailleurs facilement mettre à l'épreuve ce résultai en le rapprochant du tableau qu'Hérodote a tracé de rËgypte.
La date de son voyage peut cire déterminée avec
• HOrod., III, 91.
* Par exemple, le revenu de la ville d'Antliylla, assigné pour les fraii «Tmie partie de h toilette des raines. (Hérod., II, 98 ; Alhen., I. 53, P.)
m MÉMOIRE
une appraumatiim suffisante; la combinaison de tous
les faits qui s'y rapportent a permis à Frérel et à Larcher' de la placer vers Tan 400, ce qui tombe à peu près au milieu de la lutte des princes ë^ptiens contre les Perses, qui tenaient encore garnison à Dapluix^ près de Péluse, et à Éicpliaiitiue, c est-àdire anz deux eitrémités de TÉgypte. On ne pourrait opposer à cette date la mention que fait Hérodote de la fuite d'Amyrlée, et de la restitution à Pausiris et à Thannyras du royaume possédé par leur père Amyrtée et Inaros, car ce sônt là des additions ûiiles postérieurement à la narration primitive, comme on en trouve d'autres dans son histoire, qui n'a été complètement rédigée q«*aprè8 son émigration à Thurium, dans k Grande-Grèce, en 444*.
Rien, dans le récit de l'historien, ne fait présumer qu'il y eût alors en Egypte le mwndre changement. Les affaires civiles et religieuses y suivaient leur cours ordinaire; l'agriculture, l'industrie, le commei*ce, y étaient encore florissants. On peut dire môme que, dans le second livre d*ilérodote, l'antique Ëgypte se montre tout entière. Non-seulement soixante ans après la conquête des Perses la religion était restée intacte, mais encore les institutions civiles* qui paraissent le
« TraàuetUm iTBérodoU, t. VII, p. 06. — Fréret, Académie des iitteriptiow, Mémoins, t. XLVIl, tr5, note.
* Dahlnian, Hérodot.,S. il4, Ibig.
* 0érod^U,6S,67,S5,ii.
pkiB ÎDlimemeiit liées à la nature de Tancien gouvernement n'avaient souffert aucune altération sensible :
la division des castes était restdc tout aussi distincte i|u*auparavanL La classe des ifK^|)rè(eSy créée en vue du commerce avec les Grecs^ avait été maintenue par les Perses. Ceux-ci n'avaient pas touclié davantage à la caste des prêtres, qui était toujours propriétaire et joninait des mêmes prérogatives que sous les Pharaons, ni à celle des militaires, qui était toujours nombreuse, et où ils puisaient des contingents pour leura armées. de terre et de mer^ Les collèges des prêtres, à Memphis, à Héliopolis, à Sa!s, è Thèbes, étaient encore dans la splendeur; leur ascendant sur le peuple n*avait souffert aucune diminution*. Les ftles religieuses se célébraient comme auparavant; Hérodote en admire plusieurs fois le nombre et la variété'. Il vante surtout les grandes panégyries de Diane à fiubaste, de Minerve à Sais, dont la fête se répétait dans toute VÈgypie ; d'Isîsà Busiris, de Latone à Buto, du soleil à Uéliopolis, de Mars à Paprémis, où plurieurs milliers de prêti*es exécutaient les combats prescrits par les rits du dieu*. Toutes ces panégyries attiraient une ufiluence prodigieuse de spectateurs; à celle de Bubaste, entre autres, il se rendait
• llérod.»Ue,97;Vn,89;VUI,17.
• M., Il, la.