‹ Mélanges d'érudition et de critique historiqueChapitre 29 sur 62 · OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES

La description du moumnent d'Osymandyas, que

Diodore a insérée dans son ouvrage, a été mise au nombre des renseignements les plus précieux qui nous soient restés sur Tancienne Ëgypte. Les proportions colossales de l'édifice, larichessede sa décoration, ses dispositions extraordinaires, tout, dans cette description curieuse, semble se réunir pour exciter Tadmiration et donner la plus haute idée des ressources de r£gypte à r époque très-reculée qui vit s'élever ce monument prodigieux.

Les premiers toyageurs modernes qui portèrent

leur atlenlion 8ur les ruines de Tlièbes s'empressèreut de chercher celles du monument d'Osyman-

dyas. Mais les reconnaître n'était pas facile, supposé même qu'elles y existassent encore ; car, pour seDedre une idée eiacle du plan et de la disposition d'ëdiGces ^ tels que ceux de Tlièbes, il faut des connaissances d'architecture dont la plupart des voyageurs sont dépourvus. Aussi Ton ne peut être étonné quel*opinion du P. Sicard et de Pococke, qui crurent retrouver ce monument dans le palaisde Louksor, ail été abandonnée dès que Ton a pu fonder une telle recherche sur des plans exacts et détaillés. Il résulte de ceux qui accompagnent la Description de Thèbes dans le grand ouvrage sur rËgypte, qu'il est impossible que ce monument ait existé sur la rive droite du Nil ; c'est d'ailleurs ce que prouvait le texte seul de Diodore de Sicile.

Mais peutron en retrouver les ruines sur la rive

opposée? Les auteurs de la Description de Thèbes Tout pensé| comme Jablonski et Zoëga \ ils ont même voulu prouver que l'édifice dit Memnonium^ ou pabis deMemnon, répond à la description de Phistorien grec avec une exactitude suffisante. M. llaniilton, dans les jEgypiiaca^ prétend, au contraire, que le monument d'Osymandyas est une pure invention de Diodore de Sicile.

Ayanl examiné de nouveau ce point d'antiquité, j'ai trouvé que Paasertion du voyageur anglais est trop

SUR LE MONUMENT D'OSVMANDVAS. 2i5

absolue el ineiacte dans les termes où il Ta présentée, mais que les autears de la Deicriptim de Thèhenmmt loin d'avoir prouvé l'identité du tombeau d'Osymandyas avec Tédifioe appelé ▼ttlgairemeai Afemnofitiim. Il m'a semblé qu'ils ont beancoapaidéà la iMtre, pris pour des preuves d'identité des dispositions communes à beaaeoup d'édifices égyptiens, et glissé sur des différences caractéristiques et essentielles qui font du tombeau d'Osymandyas un édifice entièrement à part. J*ai exposé mes doutes plutôt qu'une opinion formelle à ce sujet dans un essai dont j'ai fait une simple communication à l'Académie, ne jugeant ni la question ni mon travail dignes d'une attention plus grande de sa pari^ Dans cet opuscule, j'ai donné les raisons qui me portent à croire que le monument d'Osymandyas n'existe plus parmi les ruines de Thèbes ; qu'il n'y existait plus au temps de Diodore de Sicile ni à l'époque de l'établissement de la domination grecque en Égypte; enlin, qu'il y a eu bien difliciiement place à Thèbes pour un monument pareil ; d'où j'ai conclu que sa description est une inTontion des prêtres égyptiens, toujours jaloux de donner aux Grecs une idée gigantesque de leur pays.

Cet essai a excité beaucoup plus d'attention qu'il n'en méritait. On lui a fait l'honneur de s'en occuper en France et dans i'éti*anger ' : il y a trouvé des

< Iiiiprimé dam Je Journal des Savants, ImWal 1823. . * MM. CrvuMT «t C. 0. MûUer en oai donné une nSceasion, run

m NtMOIRB

adversaires et des partisans. Les objections des premiers ne m'ont paru loucher le nœud de la difGculté sur aucun point imporlaul ; j'aurais même pu les prévenir presque toutes^ si j'avais cru d'abord que le sujet méritftl les développements que je vais lui donner. Au reste, mon opinion s'est trouvée soumise à l'épreuve plus difficile des nouvelles découvertes dont les voyageurs et les philologues ont tour à tour enriclù la science.

Ën eifet, à peine mon Esioi était-il imprimé, que M. Huyot, maintenant membre de TAcadémie des beaux-arls, revint de ses voyages, rapportant une magnifique collection de desseins d'architecture. Pendant un séjour de plusieurs mois à Thèbes, il avait mesuré et dessiné de nouveau tous les vestiges qui restent encore de celte grande cité. 11 n avail eu garde d'oublier les restes d'un des monuments les plus remarquables, du prétendu tombeau d*Os^maiidya$» Le plan détaillé qu'il en a dressé nous présente ce monument sous une fiiee nouvelle, et il achève de détruire toute apparence d^identité avec celui qu*a décrit Diodore de Sicile. Aussi M. Huyot n'a pas balancé à adopter mon opinion dès qu'il l'a connue ;

dans le Heidelb, Jakrbûch. der UUeratur, Taulre dans les gelehrU Anzeigen de Gôtlingon. M. de II»-cron, dans la t)n:ilrièine rdilion de ses Ideen iiber die Volilih rr. s. f. der alten Welt, uv. Th. iiv. Àbik. S. 240, 241,01':» fait qut Kjiics objections auxfjuelle.s j'espère que ce savant et iiigeuieux iiùtoncn ne tiendra pas beaucoup après avoiir lu ce Mémoire.

SUR LB MONUMENT D^OSYMANDYAS. Ul

il a lu à cette Académie des Obsci-vatiom où il l'appuie de son autorité et de son expérience.

Une autre confirmation m^est arrivée peu de temps après. On sait que lesmoaumenb égyplieus portent dans leurs sculptures le nom des princes qui les ont fà\i construire, achever ou réparer. Si les cartouches hiéroglyphiques du prétendu Memnoniam ne renferment que le nom d'Osymandyas, ou le montrent dans toutes les scènes principales, ce sera un argunicnt Irès-forl en faveur de l'opinion que j'ai combattue ; mais si, au contraire, ce nom ne se lit nulle part au milieu de tous les cartouches royaux qui s*y trouvent, ce sera une preuve décisive qu'on s'était trompé sur l'origine et la destination de cet ancien édifice.

Lorsque je publiai mon /sssa/, je ne pouvais soumettre mon opinion à cotle épreuve, parce qu'on ne savait pas encore lire les cartouches hiéroglyphiques des anciens Pharaons. Bientôt les découvertes de H. Champollion le jeune en ont fourni les moyens. Son alphabet phonétique a été appliqué à tous les cartouches recueillis sur le prétendu tombeau d*Osymandyaspar MM. Gau, Huyot, Caillaud, MinutoH et Sait; mais le nom d'Osymandyas ne s'est trouvé dans aucun d*eux ; tous les cartouches qu'on a recueillis sur les diverses parties de l'édilice, dans les sculptures qui représentent des scènes, soit militaires, soit religieuses, où le roi joue un rôle prin -

IS

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ci pal, portent le nom de Ramessès, le Sésoetris des

Grecs.

Les débris du grand colosse qui existent dans l'édifice en question ont été le principal arginncnt, ou, pour mieux dire, le seul de quelque importance, en ftyeur de l'identité de cet édi£ce aTec le tombeau d*08ymand]as; mais, en faisant ressortir des diffé» renées notables, et en insistant sur le IVoquent usage que les Égyptiens faisaient des colosses de granit le plus soufent placés à rentrée des temples, j'avais soutenu qu'une ressemblance de ce genre ne pouvait suffire pour établir l'ideutilé ; le fait est encore venu me donner raison. La statue d'Osymandyas, dit Diodore» portait le nom de ce prince ; or les deux cartouches gravés sur le bras du colosse dont les débris se voient encore contiennent également le nom de Ramessès le Grand ou Sésoslrîs, et Ton ne peut douter que ce colosse ne soit la statue de ce prince, et non celle d'Osymandyas^

Je sais qu'à la faveur de Tobscorité qui couvre encore, je ne dis pas Tancienne histoire d'Egypte

« Ces observations ont été confirmées depuis par M. Chainpollion sur les lieux mêmes. Une lettre qu*U a tente de TUbet, le S4 niK vemlira 1838. porte ce qui ndt : « Je visitai... hpréUndu tombeau d'O^mandias, qui ne porte aucune autro légende que cette de Bams^s le Grand, et de deux de srs descendants. Le nom de ce palais est écrit «ur toutes ses mnr ùUes : lor. Égyjilii'ns l'apprlairnl 1]ntiu >^!^n'ori , cnintnc ils nommaient Amàiophion le Meauioniuio et MémptUhéioti le paLm de Ikouriiab. •

sua LE MONUMENT B^OSYMÂNaYAS. M» (car elle est en grande partie perdue pour nous), mais la série de ses rois, qui laisse un vaste champ à loutoB lfi§ conjeoiareB, on fNmmit, es désespoir de cause, prétendre qu'Osymandyas est le mène ((ne Sésostris. Mais, quand on voit le nom célèbre de Ba* meseèa convrir toutes les parties de ce menwBMaC, serait-il probable que les prfitras^ anqnels en wt peut conlester d'avoir su le lire, y eussent substitué celui d'Osymamlyas, qui ne se treuTO nulle ptrit D'ailleurs^ une supposition à gralnlie serait détruite par Diodore de Sicile lui-même, qui détermine l'époque de ce prince, du moins reiativemeiità Sésoatiis, puisqu'il compte buii règnes entre Osymandyas et Uchoréus, fondateur de Memphis^ ; douze rê^es entre Uchoréus et Mœris, etsepl règnes entre Mœhs et Sésostris, ce qui établit un intenralle de vingt^ept règnes entre Osymandyas et Sésostris; il n'y a de&c pas moyen de les confondre ; et nous verrons plus basque la baute antiquité du roi auquel on attribuait la construction du menreilleux tombeau est un trait caractéristique lié aux motiis qui ont guidé les

• En effet, dans la phrase twv t&6tco toù paoïXt'w; dtTrop'vwv o-^f^coç 4 clnô roO narpc; iT^coa-Kcpt-jOiî; Oùx'ptù; licTiot irdXiv Mtp.^iv, le pronom t«mii0 peut tenppoiier qu'à Ùsymandyas, dont il i été question ta t defoii dans 1» deKription qui procède imnédiaftanieot. 11 est im- . |N»iibl0diiiiBgiii0r<|o*ki Dioden vcttUedérigner liririi» doiK il n*«8t , bit mention qM diiq chapitres plus haut. S*il Défait pas voulu parler du roi dont le nom précède, il aurait tivideauneol rappelé cdui auquel, lans cette précaation nécesnire, ion lecteur ne poôviit peiner.

m MÉMOIRE

prêtres égyptiens, lorsqu^ib en ont fût aux Grecs la

description.

C'est ainsi que deux genres fort différents de prett> Tes se réunirent pour démontrer le point principal

(le ma thèse, que l'on avait spécialement attaqué comme trop faiblement établi. Encouragé par celte double confirmation, j*ai repris mon premier Enot, en mettant à profit les lumières nouvelles qui m'avaient été fournies. Je l'aurais communiqué depuis longtemps à l'Académie, sans la crainte de lui prendre des moments qu'elle peut employer beaucoup mieux; mais la publication du huitième volume de sesMé* moires m*ayant appris qu'elle ne juge pas indignes d'y figurer les discussions surOsymandyas et son meux tombeau, j'ai pensé qu'elle voudrait bien y donner aussi une place au travail dont elle a d'avance accueilli la réfutation. Je le lui soumets donc de nouveau, cl avec d'autant plus de confiance, qu'il se présente maintenant appuyé de deux dessins de M. Huyot, dont l'un donne le plan du préleDdu Mernnmhmy et l'autre, celui du tombeau d'Osymandyas, restitué d'après les données mêmes du texte de Diodore. La vue seule de ces deux plans, dressés sur la même échelle, dépose si clairement de la dif> férence radicale des deux cdifices, qu'ils prouvent la première partie de ma tbèse, presque sans qu'il me &oit nécessaire d'ouvrir la bouche. Mais, comme laqiji ^linn ne consiste pas seulement à établir que

SUR LB MONUMINT ITOSYMANDYAS. 9M

l'édifice qui existe encore n'est point le même dont rhistoriea Diodore nous a oonfierré la description^ j'espère qu'on ne trouvera pas superflu Feiamen suivi que je vais entreprendre.

Si ce problème historique est borné dans son objet, il n'est pas sans importance par le résultat auquel la solution conduit. On soupçonnait bien, depuis longtemps, que les prêtres égyptiens avaient souvent abusé de la crédulité des Grecs ; mais on ne savait pas que leur orgueil national avait été jusqu'à leur faire composer un édifice magnifique, nfin d'exciter l'enthousiasme et d'accroître l'admiration , déjà si grande, des étrangers pour la puissance et les richesses de l'ancienne Egypte attestées par tant de beaux monuments,

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