‹ Mélanges d'histoire ardennaiseChapitre 15 sur 24 · A MÉZIÈRES · texte numérisé non relu

A MÉZIÈRES

Un amusement fort en vogue chez nos aïeux de la fin du xvii' siècle et du commencement du xvin', ce furent les Sociétés et les Ordres burlesques. Jusque dans les petites villes, on vit se former des réunions dont le titre seul annonçait des prétentions beaucoup plus bouffonnes que sérieuses. C'est ainsi que prirent naissance les Chevaliers de la Grappe^ à Arles ; Y Ordre des Allumettes y à Chaumont-en-Bassigny ; V Ordre de la Table rondOy à Paris ; V Ordre de la

Boisson, à Avignon; YOrdre de la Ribalderiey V Ordre de la Malice, etc.

En 1696, quelques habitants de Mézières, « voulant bannir par une agréable Société la mélancolie qui régnoit si fort dans cette ville, » y instituèrent VOrdre des Chevaliers de la Joye, sous la protection de Bacchus et de V Amour.

Ce que dura cette association, nous l'ignorons, mais les Statuts en furent imprimés, et c'est ce document curieux et fort peu connu que nous mettons sous les yeux du lecteur.

Institution de VOrdre des Chevaliers de la Joye, sous la protection de Bacchits el de V Amour, établie à Mézières, le 18 janvier 1696.

Comme le Carnaval a été de tout temps la saison de la joye et des divertissements, il semble que ce serait être ennemi de soy-mesme que de passer dans la tristesse un temps consacré aux jeux et à la bonne chère ; c'est dans cette pensée que le sage instituteur de cet Ordre a prétendu bannir, par une agréable Société, la mélancolie qui règne si fort dans cette ville, et faire couler cet heureux temps dans des plaisirs continuels et toujours, nouveaux.

Pour éviter la confusion dans une si belle entreprise, il a luy-mesme donné les règles qui suivent, telles qu'elles luy ont été inspirées par Bacchus et par l'Amour, protecteurs de cet Ordre.

On a d'abord jugé à propos d'établir trois dignitez, qui seront remplies par trois personnes d'un

l'ordre des chevaliers de la joye 287

mérite distingué , ennemies mortelles du chagrin et capables d^inspirer de la joye dans les cœurs qui en sont le moins susceptibles. Ceux qui posséderont ces dignitez enivrantes seront :

L'éminentissime grand-maistre , le grand-commandeur de l'Ordre, le grand-prieur.

Ils seront distinguez : le grand-maistre, par un ruban vert, large de deux doigts, qu'il portera en bandoulière, au bout duquel sera attachée une médaille d'argent, relevée des armes de l'Ordre, qui représentera Bacchus et l'Amour avec leurs attributs, qui s'embrasseront pour marque de leur union, et seront couronnés d'une même couronne, composée de pampre et de mirthe, avec cette devise autour de la médaille : La joye nous unit.

Le grand-commandeur et le grand-prieur porteront une mesme médaille qui leur pendra au cou. Les simples chevaliers et officiers subalternes la porteront aussi avec un ruban vert attaché à la boutonnière du justaucorps. Sur le revers de la médaille de l'Ordre les chevaliers feront graver la devise qui conviendra le plus à la disposition de leurs cœurs.

L'eslection des trois premières dignitez de l'Ordre se fera à la pluralité des voix dans la première assemblée, où, après une ample effusion de yin, on implorera le secours et l'inspiration des divinités protectrices.

Règles des Chevaliers de la Joye.

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