‹ Mélanges d'histoire ardennaiseChapitre 22 sur 24 · POUR LES ÉTATS-GÉNÉRAUX DE 1789, ET LES CAHIERS DU BAILLIAGE DE REIMS · texte numérisé non relu

POUR LES ÉTATS-GÉNÉRAUX DE 1789, ET LES CAHIERS DU BAILLIAGE DE REIMS

M. Henri Paris, avocat distingué du barreau de Reims, a publié en 1869 un certain nombre de documents relatifs aux élections pour les Etats-Généraux de 1769, dans le bailliage de Reims, et à la rédaction des Cahiers qui devaient être remis aux députés des trois Ordres.

Ce qui s'est passé à cette époque dans le bailliage de Reims nous intéresse d'une façon toute particulière, puisque le bailliage de Reims, qui comprenait les trois villes de Reims, Donchery et Cormicy, comprenait en outre trois cent douze bourgs, viÛages et

hameaux, dont la plus grande partie appartient aujourd'hui au département des Ardennes, et puisque, parmi les noms qui figurèrent 4ans les listes officielles de ce temps, nous en retrouvons bon nombre qui se rattachent soit à des familles existant encore dans notre contrée, soit à des familles qui ont disparu, mais dont quelques-unes ont laissé des souvenirs qui ne sont pas encore éteints.

L'intéressant volume de M. Paris nous fournira quelques notes précieuses sur la part que prirent nos ancêtres à la rédaction des Cahiers de doléances et aux élections qui devaient être la préface de notre grande révolution.

C'est le 24 janvier 1789 que furent signées à VersaiDes les Lettres-patentes par lesquelles Louis XVI convoi^uait l'assemblée des Etats de toutes les provinces du royaume « tant pour le conseiller et l'assister que pour faire connaître les souhaits et doléances du peuple »

Chaque Ordre devait être représenté à raison de son importance ; mais, préalablement à l'élection des Députés, les Assemblées provinciales devaient faire rédiger par des Commissaires spéciaux, et avec le plus de précision et de clarté possible, les Cahiers de doléances de chacun des trois Ordres.

On parle du suffrage universel en France comme d'une conquête toute récente. Eh bien, c'est par le suffrage universel qu'eurent lieu les élections de 1789, mais par le suffrage universel astreint à de certaines conditions qu'on trouverait aujourd'hui

les unes beaucoup trop restrictives et les autres beaucoup trop larges.

Tout français, (Jomicilié, était électeur s*il était âgé de 25 ans au moins, et s'il était imposé au rôle des contributions pour quelque chiffre que ce fût. Les femmes elles-mêmes étaient admises à voter, si elles faisaient partie d'une communauté religieuse possédant des biens compris dans la répartition de l'impôt, ou si elles possédaient des fiefs. Toutefois elles ne votaient pas elles-mêmes; elles se faisaient représenter.

L'élection du clergé se faisait à deux degrés, pour les corps et communautés tant séculiers que réguliers, et les ecclésiastiques sans bénéfices habitant les villes. Les autres votaient directement.

La noblesse votait directement aussi, avec faculté, pour les posses'seurs de fiefs, de se faire représenter par des mandataires.

Le Tiers-Etat votait à deux degrés. Les villes avaient un privilège sur les campagnes : elles nommaient deux députés par cent citoyens, tandis que les campagnes n'en nommaient que deux par deux cents feux; mais chaque 'paroisse, même inférieure à deux cents feux, n'en eût-elle que six, ayant toujours droit à deux députés, et le nombre de ces paroisses étant le plus considérable, l'avantage des villes était plus apparent que réel.

Chacune des paroisses ou baiUiage rédigea donc son Cahier, et ce Cahier, lu et approuvé par tous les électeurs, était confié aux députés élus ensuite pour l'apporter à l'Assemblée générale.

Cette Assemblée générale se réunit le 16 mars^ à Reims, dans l'église des Révérends Pères Prêoheurs. L'Ordre du clergé avait à sa tête Mgr de Talleyrand'Périgord^ archevêque de Reims, et entre autres, Mgr Dillony archevêque de Narbonne, à cause de l'abbaje royale de Signy, dont il était alors abbé commendataire, — Mgr Moreau^ évêque de Mâoon, à cause de l'abbaye de Notre-Dame de MoUEoni ^— Mgr de La Farre^ évoque de Nancy, Prieur de Saint-Onésime de Donchery.

Le lendemain, les membres des trois Ordres prêtèrent serment de procéder fidèlement à la rédaction de leur Cahier et à l'élection de leurs Députés^ et chaque Ordre Be retira ensuite dans la salle de ses déUbérations*

Après l'approbation et la rédaction de son Cahier, l'Ordre du clergé passa à l'élection de ses Députés. Le premier nommé fut l'archevêque de Reims, et le second maître Nicolas Dunwnt^ prêtre et curé de Viller6-4evant4e-Thour. Mais M. Dumont, qui avait été élu par le bailliage de Vitry, n'accepta pas sa nomination par le bailliage de Reims et fut remplacé par un chanoine du Chapitre.

Dans la Commission chargée par l'Ordre de la noblesse de la rédaction du Cahier figurèrent le baron de Grandpréy le baron île Coucy^ M. Dessaulx, de Montlaurent, et M. Dufian^ de Mazerny. — Les Députés nommés furent le marquis d'Ambly et M. de Sillery. — MM. Duhan^ de Mazerny, et Goujon^ de Thuizy, furent désignés comme Députés de remj»lacernent.

Parmi les Commissaires désignes pour rédiger le Cahier du Tiers-Etat, nous trouvons les noms de MM. Bretagne^ de Beaumont-en-Argonne, Cunis du Verger^ de Vendresse, LegrandnLejeunej de Bouvellemont, Roberê, de Voncq, Henrat, de Charbogne, Alexandre, de Signy-P Abbaye, Mail fait, de Saint- Jean-aux-Bois, et Bourbon, d'Asfeld.

Des quatre Députés nommés, le premier fiit M. Bazile-Joseph Rau^, maître de forges au Hurtault, paroisse de Signy-l' Abbaye. — M. Antoine Henrat, notaire à Charbogne, fut un des deux Députés suppléants.

Les députés reçurent pour mandat spécial : P de ne consentir à aucun impôt, que la Constitution de l'Etat ne soit fixée préalablement; 2" d'exiger qu'il soit fourni un état exact de la situation actuelle des finances ; 3* de faire fixer, pour chaque département, les arrérages de la dette nationale et la somme destinée aux remboursements ; 4* de faire établir une comptabilité rigoureuse qui [réponde à la nation du juste emploi des deniers provenant des impositions qu'elle aura accordées, et empêche qu'une partie ne soit distraite à d'autres objets quels qu'ils soient; d'agir de concert pour tout le reste avec les Députés des autres districts et provinces du royaume, et d'employer tous les moyens possibles pour arrêter toutes dissipations dans les finances et établir un ordre fixe et durable dans toutes les parties de l'administration, pour la prospérité générale du royaume et le bien de tous et un chacua les sujets du roi ; leur a été recommandé

expressément de ne rien faire qui puisse préjudicier aux droits et à la liberté des trois Ordres, aux lois fondamentales du royaume et à la propriété des citoyens, soit en général ou en particulier.

Les Assemblées générales du bailliage de Reims terminèrent leurs travaux et se séparèrent le 3 avril 1789. Le 5 mai, le roi faisait l'ouverture des Etats- Généraux, et le 17 juin suivant, les Etats-Généraux se transformaient en Assemblée nationale.

Voici maintenant la nomenclature alphabétique des VilleSy Bourgs^ Villages^ Ho/meaux et autres lieux qui font aujourd'hui partie du département des Ardennes, et qui, en 1789, dépendaient du bailliage de Reims. Ce document n'est pas sans intérêt, ne serait-ce que comme terme de comparaison entre le chiffre de la population actuelle et celui de la population des mêmes locaUtés à la fin du xvm* siècle. Nous reproduisons les noms avec l'orthographe du temps.

Page 1