‹ Mélanges d'histoire ardennaiseChapitre 6 sur 24 · Charles-François de Châteauneuf de Roche · texte numérisé non relu

Charles-François de Châteauneuf de Roche

bonne j devint abbé d'Elan en 1710. Il fut depuis évêque de Noyon, puis archevêque de Lyon.

34 JHllon, nommé par le roi abbé commendataire d'Elan au mois de mai 1740.

L'ABBAYE DE MOIZOPI

L'abbaye de Mouzon était, dans Torigine, un couvent de religieuses sous l'invocation de Notre- Dame. Ce couvent, « ayant été ruiné par l'injure des guerres et les calamités du temps, en sorte qu'il n'en étoit resté presqu'aucun vestige, il fut donné après à des chanoines par Hérivée, archevêque de Reims, qui demeurèrent en ce lieu jusques au temps

d'Adalberon » ' Ces chanoines étaient au nombre

de douze ; ils devaient se consacrer tout entiers au serv'ice divin. Ils répondirent mal aux intentions d'Hérivée. Bientôt le relâchement s'introduisit parmi

* Chroniques générales de VOrdre de saint Benoist, T. Vl, p. 872.

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eux ; non-soulement roftîce divin lut négligé^ mais, oubliant toute décence, les chanoines poussèrent le scandale jusqu'à se marier publiquement et à doter leurs enfants dés biens de leur ëglise *.

Adalberon ^ n'était pas homme à tolérer de pareils désordres. Il se rendit ù Mouzon, accompagné d'une escorte imposante, convoqua les chanoines et leur adressa cette courte mais énergique harangue : « La mahce du siècle est grande, et les hommes sont, dès leur jeunesse, naturellement enclins au mal. Je vous exposerai en peu de mots ce que j'ai à vous dire. Ce monastère a été placé sous l'invocation de Marie, mère de Dieu, ce qui s'y passe n'est pas digne d'un si saint patronage. Vous ne vous êtes dérobés à aucune des misères propres aux hommes de votre temps, et, de plus, vous n'avez que peu de science ; vous manquez de la sagesse et de la continence qui donnent au clergé régulier et séculier la faculté de connaître et de comprendre Dieu. Inutile de vous en dire davantage : vous n'avez le choix qu'entre deux partis, ou rester ici comme moines, ou quitter la place. Que celui qui veut être moine fasse ses vœux sur-le-champ, et que les autres s'éloignent. J'ai sous la main des religieux qui vivront selon la règle de saint Benoit. » ^

Cette harangue parut dure aux chanoines et quel-

» Annales d'Yvois-Ccmgnan, par Ch.-J. Delahaut, p. 305.

s II avait été élu archevêque de Reims en 969.

' Voir, dans le Spicilége de Luc d'Achery, Chronkon inù» Mwwnse, T. VII, p. 649.

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ques-uns d'entre eux seulement, — ceux qui n'avaient pas d'autres moyens d'existence, — se décidèrent à endosser le froc.

Les nouveaux religieux, qui se tenaient tout prêts à la porte du couvent, furent aussitôt introduits. « Ce n'est pas sans raison, leur dit le prélat, que je vous ai fait venir ici et que je vous ai préférés aux chanoines. Faites en sorte de répondre à nos pieuses intentions. Votre devoir est de prier pour nous et pour nos frères ; le nôtre sera de ne vous laisser manquer de rien. Nous ferons reconstruire le plus tôt possible les cloîtres et les autres bâtiments indispensables. Quant à vous, ne vous occupez que de Dieu et des choses divines; conformez votre vie à la règle de saint Benoît que vous avez embrassée. »

Les religieux amenés par Adalberon venaient du prieuré de Thin, lequel appartenait à l'abbaye de Saint-Remi de Reims, mais avait été cédé à l'archevêque par l'abbé et le chapitre, moyennant certaines compensations.

Adalberon fit approuver sa réforme par le pape Jean XIII et par le Concile du Mont-Notre-Dame au diocèse de Soissons; il la compléta par de généreuses UbéraUtés. Il donna à l'abbaye de Mouzon des prés, des terres, des vignes, situés à Voncq, à Brévilly, à Aillicourt et à Remilly, ainsi que des droits divers tant dans l'intérieur que hors du diocèse. Il lui donna aussi un avonfé pour défendre ses intérêts, et pour que la protection de cet avoué ne fût pas onéreuse, il le choisit dans sa propre famille :

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ce fut Godefroi, comte d'Ardenne, son frère, qui fut investi de ce titre.

« Par succession de temps, disent les Ch^oni/jms générales de Tordre de Saint-Benoît, la sainteté de vie et la parfaite observance des moines qui avaient embaumé toute la province, convièrent les peuples, princes, rois, empereurs et surtout les archevêques Arnoul, Sanson et Guillaume de faire à cette abbaye des donations si magnifiques, qu'encore aujourd'hui, nonobstant les misères de la guerre, qui l'ont affligée depuis un siècle et plus, elle est une des plus célèbres et seignemûales de tout le diocèse. »

Quant à l'histoire de l'abbaye de Mouzon, le catalogue de ses abbés va nous en raconter les faits les plus importants.

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