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Mélanges d'histoire bénédictine

Matthieu d'Albano est une des figures les plus caractéristiques de la société religieuse du XII^ siècle. Disciple de l'ancienne école deCluny,il fut le type du prieur clunisien,de même qu'il se constitua pendant toute sa carrière le défenseur des observances de la grande abbaye bourguignonne. Élevé aux hoimeurs du cardinalat par Honorius II, il fut le bras droit d'Innocent II et fit triompher sa cause en France. Légat du Saint-Siège, il travailla avec ardeur à la restauration de la discipline claustrale, mais sans dévier de sa ligne de conduite, sans modifier son idéal. Moine sous la pourpre, il vécut et mourut en clunisien. Matthieu professa une profonde estime pour Bernard, et celui-ci dut le payer de retour. Néanmoins l'idéal de Cîteaux ne fut pas celui du cardinal, et, quand les abbés bénédictins de la province de Reims tentèrent de modifier leurs coutumes, il crut voir dans ces dérogations aux observances de Cluny comme une sorte d'apostasie de l'ordre. La polémique qu'il engagea avec eux mettra mieux en relief les deux courants qui entraînaient alors l'ordre monastique. Mais il était trop tard. Matthieu laissait bien un héritier de ses idées, celui-là même qui devait être son biographe, mais Pierre le Vénérable arrivait trop tard pour rendre à Cluny une force nouvelle, et un élan assez vigoureux qui pût contrebalancer les succès de l'ordre naissant de Cîteaux. Cette biographie de son ancien frère et ami, Pierre le Vénérable l'a écrite avec amour, comme un témoignage de sa vénération et de son affection. L'âme du grand abbé de Cluny, cette âme si noble, si pondérée,si discrète, avait compris celle de Matthieu, et discerné, sous les apparences austères du rigide observateur des coutumes claustrales, le moine humble et dévoué, un maître de la vie spirituelle, le défenseur des droits de l'Église, l'âme droite et fière qui ne pliait que devant Dieu et devant la Règle, interprète de ses volontés. C'est à cette biographie que nous avons largement puisé, en élargissant toutefois son cadre à l'aide d'autres documents

Mélanges.- IV i

contemporains, qui ont gardé des traces de l'activité du cardinal

d'Albano (0-

Matthieu naquit au pays de Laon (2), dans la province ecclésiastique de Reims (3), de parents distingués par leur noblesse et leur fortune ('^). Des liens de famille l'unissaient à Hugues d'Amiens, qui devint plus tard abbé de Reading et archevêque de Rouen (5). Il fit ses études à Laon, sous la direction d'un maître alors célèbre en France, Anselme, qui dirigea l'école de cette ville à partir des dernières années du onzième siècle jusqu'en 11 17, année de sa mort, et qui eut la gloire de former tant d'illustres disciples. C'est en effet autour de la chaire de ce maître distingué que l'on rencontre Abélard, Guillaume de Champeaux, Gilbert de la Porée, et nombie d'autres étudiants qui devaient, quelques années plus tard, être élevés aux honneurs de l'épiscopat, tels que Geoffroi le Breton et Hugues d'Amiens à Rouen, Guy d'Étampes au Mans, Agara à Coutances, Anselme et Olric à Milan, Vicelin à Aldenbourg, Guillaume de Corbeil à Cantorbéry, Robert de Béthune à Hereford (^).

Au sortir des écoles qu'il avait fréquentées de bonne heure, Matthieu entra dans les rangs du clergé de Laon (J). La vie désordonnée d'un grand nombre de clercs lui inspira un profond dégoût pour les vices du siècle. Il se lia d'amitié avec un ecclésiastique de bonne vie, Raoul, dit le Vert, qui occupait. la charge de trésorier de l'église de Reims, et, quand celui-ci eut été élevé, en 1 106, au siège archiépiscopal de cette ville, il alla le retrouver à Reims et y reçut une prébende canoniale à la cathédrale. Un acte de la fin de 1109 mentionne un chanoine du nom de Matthieu, alors sous-

1. Les principaux auteurs qui ont parlé de Matthieu d'Albano sont, à la suite de Pierre- ]e-Véuérnh\c {De fntr<rcu/ù, ]\h. II, c. 4-23, ap. Pat. lat. t. 189, col. 913-936), D. Marrier, {Regnlis vionast. S. Martini de Catnpis hisforia, Paris. 1637, 156 sqq. ) ; Ughelli {/ta lia sacra, I, 253-254) ; D. Marlot {Hist. de Reims, 1846, III, 248-249); l'Histoire litt. de la Frauce{YA\\, 51-55); D. François (Z//^/. gen., IV, 163-164); Pignot, Histoire de fordrede Cluny, m. 63-66. 166-168.

2. Hugues d'Amiens dit dans ses Dialogues : nos eniin una generis cons.inguinitas et ejusdeni prufessionis in Christo iunxit societas, quos Laudunense solum educavit et docuit (Martène, Anecd., V, 891 ; Pat. lat. t. 192, 1142).

3. Ortusex Reinensi provincia (Petr. Ven., De tnirac, II, 4; Pat lat., 189, 913), ce qui ne contredit pas le texte de Hugues d'Amiens.

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