‹ Mélanges d'histoire bénédictineChapitre 29 sur 69 · Bruel, Chartes de Cluny, V · texte numérisé non relu

Bruel, Chartes de Cluny, V

4. Spicil., II, 578 ; P. L. t. 179, col. 126 ; t. 182, col. 556 ; Pfluck-Harttung, I, 147.

5. Les bulles du 16 mars ne portent plus la signature de Matthieu (P. L. t. 179, 132-133).

6. Miraeus, 0pp. dipl., I, 95 ; Acta SS. Belçii, I. 273; Hartzheim, Concil. Germ. ,111, 324 ; Franquinet, Oorkonden vanhet Kapittel van O. L. V. te Maestricht, I, 2 ; cf. Bemhardi, 424.

D'Aix-la-Chapelle le cardinal d'Albano avait dû regagner Cluny, où des attaques continuelles de dyssenterie l'obligèrent à séjourner une année entière. Cette maladie le retenait en France et l'empêchait de rejoindre le Pape, aussitôt que celui-ci l'eût désiré. Une lettre qu'il avait adressée à Innocent II, et dans laquelle il avait dévoilé sans réticence les sentiments de son cœur, peut-être même exprimé le désir de rester en France, avait vivement contrarié le pape, et comme celui-ci ne lui avait point adressé de réponse, Matthieu avait gardé le silence et différé son départ.

L'attitude du pape contristait le cardinal et son ami intime, Pierre le Vénérable. Celui-ci interposa aussi tôt ses bons offices entre Matthieu et Innocent, dans l'intention de rapprocher le cardinal du pontife ; il écrivit une lettre à Innocent. Rappelant au pape le zèle que la congrégation de Cluny avait témoigné pour son exaltation et le triomphe de sa cause, ainsi que le dévouement dont lui-même, en dépit des difficultés de sa position, avait fait preuve pour assurer la paix dans l'Eglise par la reconnaissance des droits d'Innocent, il exprimait l'espoir que ce zèle et ce dévouement lui donneraient accès auprès du pape et l'autorisaient à lui parler le langage de la vérité. Le dévouement des fils, disait-il, avait bien droit à être payé de retour par l'affection du père.

i Or entre tous ceux auxquels Votre Charité doit payer cette dette d'amour et de bienveillance, continue Pierre le Vénérable, je mets au premier rang le cardinal d'Albano. Ce qu'il a fait pour vous, ce qu'il a souffert, ce qu'il a perdu, quelle a été sa fidélité à votre service dès le premier moment de votre gouvernement, dans les missions qui lui ont été confiées, je n'ai pas besoin de le dire ; Votre Sagesse le connaît suffisamment ! D'ailleurs sa longue maladie, la mort elle-même, à laquelle il vient à peine d'échapper, le proclament hautement. Au reste il est de notoriété publique que ce sont ses immenses travaux, ses allées et venues continuelles à travers le monde pour votre service qui l'ont mis dans cet état.

« Étant donnés sa piété connue de tous, sa science, l'usage qu'il a fait de ses forces à votre service, dès le premier jour de votre pontificat, nous sommes profondément étonnés que vous n'ayez pas cru devoir, nous ne disons pas, le payer de retour, mais seulement lui accorder la réponse qu'il sollicitait de vous. Et c'est même, permettez-moi de le dire avec autant de franchise que de soumission et d'humilité, c'est au moment où il vous découvrait le plus intime de son cœur,que vous lui avez fermé l'accès du vôtre et que vous lui refusez une réponse. Cette ouverture de conscience, me semble-t-il,

devait lui mériter un redoublement d'afTection, loin de devoir diminuer le crédit dont il jouissait auprès de vous. Entre amis il n'y a pas de secrets ; était-il possible qu'entre un tel père et un tel fils il y eût un voile? Certes, s'il avait parlé à un autre qu'à vous, votre cœur de père eût dû ressentir une juste émotion ; mais à qui s'estil ouvert ? A celui pour lequel il ne pouvait avoir de secret. Permettez donc à un fils de vous le dire, avec toute l'affection qu'il vous porte, permettez-lui de su^jgérer un conseil. Votre conduite a profondément troublé votre évéque, votre conseiller, votre fidèle serviteur, mais sa sagesse lui a fait refouler dans son cœur l'indignation qu'il devait en éprouver. Ecrivez-lui donc sans tarder, et rendez la paix à son âme. On n'est jamais trop aimé, on n'a jamais trop d'amis, c'est un avis de Salomon. Et, croyez-moi, de tels amis, vous n'en aurez jamais assez, surtout en ce moment, où, vous-même en faites l'expérience tous les jours, l'iniquité abonde et la charité se refroidit.

« Le cardinal s'était proposé, au sortir de sa convalescence, dès qu'il aurait reçu vos ordres, de retourner vers vous. Ne sachant ce que signifiait votre silence, il a préféré se taire et attendre. Veuillez donc rompre ce silence inutile ; ou bien rappelez-le auprès de vous avec tous les honneurs dus à sa personne, ou bien laissez-le parmi nous, en France, pour éteindre le schisme et défendre votre cause ; vous serez le premier à recueillir les fruits de ce séjour. Si nous pouvions vous dire tout ce que notre cœur nous pousse à vous dire, mais vous n'auriez pas le loisir de nous entendre. Je vous en supplie, veuillez nous envoyer une prompte réponse, et, pour cette fois, faisant une exception aux mœurs de Rome, où l'on retient longtemps les messagers, renvoyez-nous vite un courrier avec la réponse désirée (').»

Il y a lieu de croire que Matthieu attendit à Cluny la réponse du pape ; peut-être doit-on rattacher à ce séjour la signature qu'il opposa à une charte non datée en faveur de ce monastère (^).

Une lettre d'Innocent au cardinal, expédiée sans doute avant la réception de celle de l'abbé de Cluny, obligea ce dernier à intervenir plus énergiquement auprès du pape. Dans sa lettre au cardinal d'Albano, Innocent II lui donnait l'ordre formel de le rejoindre immédiatement. Cet ordre causa un profond étonnement parmi les partisans du pape, car le chemin que devait prendre l'évoque d'Albano n'était pas sûr, et, dans l'état de santé où il se trouvait, on le

Page 1