Bruel. V
jugeait incapable de rendre aucun service au pape. « Pourquoi, disait-on, vu son état de faiblesse, ne pourrait-il suivre l'exemple de Moïse priant sur la montagne, tandis que le peuple combattait ? Ses prières, ses conseils serviraient bien plus la cause du pape, s'il restait en France, que les combats où l'on voudrait le lancer en Italie, Tel était l'avis de l'abbé de Clairvaux, qui l'avait déclaré au cardinal en présence des abbés de Vézelay et de Pontîgny. € Nous nous disposions à vous écrire de plusieurs côtés à la fois, continue Pierre le Vénérable, mais le cardinal lui-même nous en a empêchés. Il se hâte d'exécuter vos ordres pour autant que ses forces le lui permettent. Il va reprendre le chemin de l'Italie, sans s'inquiéter de sa faiblesse, des troubles causés par la guerre, des difficultés du chemin. De grâce recevez avec bonté cet utile et fidèle serviteur, et chassez loin de vous les nuages qui ont pu obscurcir l'éclat de votre affection envers lui. Je répète ce que j'ai osé vous écrire, si les lettres nombreuses qu'il vous envoyait contenaient des expressions un peu fortes, n'envisagez que l'affection qui les dictait. Les blessures d'un ami valent mieux que les baisers d'un ennemi. Son affection pour vous est inébranlable, bien qu'à l'occasion il exprime sans détours ses sentiments. Cette manière un peu rude de parler qui lui est familière, je la connais d'expérience, mais je l'ai supportée aisément, sachant bien de quel cœur sortaient ces paroles. Et qui ne supporterait avec joie celui qui vient, non pas vous réprimander en public, mais vous avertir comme dans le secret du cœur et vous reprendre en toute charité? Encore, dans ses lettres ou dans ses paroles, ne commande-t-il pas en maître, mais suggère-t-il en toute humilité comme un sujet. Recevez donc votre évêque avec les honneurs auxquels il a droit auprès de Dieu et des hommes, avec cette aff'ection surtout qu'il ajustement méritée, et que cet exemple serve à vous attacher davantage les cœurs. Et si son séjour en Italie devait être sans utilité immédiate, renvoyez-le en France : le prestige de son nom et l'autorité dont il y jouit y serviront d'autant plus fidèlement votre cause ('). »
Le séjour du cardinal à Cluny avait été d'un an. En supposant qu'il y était rentré vers le milieu de 1132 ou un peu plus tard, on peut admettre qu'il ne quitta l'abbaye que vers la fin de l'été de 11 33. C'est probablement un peu après que le cardinal d'Albano rejoignit le pape; son nom se retrouve dans un acte pontifical du 20 décembre de cette année (2).