Pet. Ven., c. 6, col
moment de trancher la question de son avenir, elles se représentaient plus vivement à sa mémoire (i).
Matthieu eût voulu partir aussitôt pour Cluny, mais comme ce monastère était fort éloigné de Reims, il jeta les yeux sur le prieuré de Saint-Martin-des-Champs à Paris, qui jouissait aussi d'un excellent renom de discipline. Au témoignage de Pierre le Vénérable, la fille était si semblable à sa mère, qu'elle en reproduisait l'image aussi fidèlement que la cire rend l'empreinte d'un cachet (~). Ce prieuré avait alors à sa tête le moine Thibaut, qui devait être connu du chanoine de Reims, car il était intervenu dans la nomination de Raoul le Vert au siège métropolitain de cette ville (3).
Décidé à se faire moine, Matthieu partit pour Paris, mais en dissimulant à ses compagnons de route le véritable motif de son voyage. Sans tarder il se présente le soir même au monastère de Saint- Martin et supplie le prieur de l'admettre sur-le-champ au nombre des moines. Cette précipitation surprit Thibaut, qui demanda au postulant d'attendre jusqu'au lendemain, car l'heure était insolite, et il ne lui était pas possible de procéder en ce moment à la vêture d'un novice. Mais Matthieu insista,déclarant qu'il ne pouvait apporter de retard dans l'exécution de son dessein, car si ses compagnons venaient à connaître sa résolution, ils seraient capables d'y opposer de sérieux obstacles. Ces raisons et la dévotion extraordinaire qui animait le jeune clerc, firent céder le prieur. Aussitôt il convoque les frères en chapitre et Matthieu est reçu dans la communautés^). Peu de temps après, il était envoyé à Cluny pour y compléter sa profession par écrit, et recevoir la bénédiction de l'abbé, qui était considérée comme l'acte qui parachevait l'immolation religieuse (5).
Cluny était alors gouverné par l'abbé Ponce. Le texte de Pierre le Vénérable porte à croire que Matthieu ne dut pas être soumis au noviciat d'une année entière exigée par la Règle de St-Benoît. La faculté d'écourter l'épreuve canonique était un droit dont usaient les abbés de Cluny, et l'on sait que le défaut de probation régulière ou son peu de durée fournirent plus tard aux Cisterciens l'occasion de