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COMMENT LE SCHÈME VARIE SUIVANT LES FONCTIONS SPÉCIALES DU SACRIFICE

Nous venons de montrer comment notre schème varie pour s'adapter aux différents états religieux dans lesquels se trouve l’être, quel qu’il soit, affecté par le sacrifice. Mais nous ne nous sommes pas encore préoccupés de ce qu'était cet être en lui-même, mais seulement s’il avait ou non un caractère sacré avant la cérémonie. Cependant, il

est aisé de prévoir que le sacrifice ne saurait être le même quand il est faiten vue du sacrifiant lui-même ou d'une chose à laquelle ce dernier porte intérêt. Les fonctions qu’il remplit doivent alors se spécialiser. Voyons quelles différenciations se produisent de ce chef.

Nous avons appelé personnels les sacrifices qui concernent directement la personne même du sacrifiant. De cette définition il résulte qu’ils présentent tous un premier caractère commun : puisque le sacrifiant est l'origine et la fin du rite, l’acte commence et finit avec lui. C’est un cycle fermé sur le sacrifiant. Sans doute, nous savons bien qu'il ya toujours au moins attribution de l'esprit de la chose sacrifiée au dieu ou à la puissance religieuse qui agit dans . le sacrifice. Il reste pourtant que l’acte accompli par le sacrifiant lui profite d’une façon immédiate

En second lieu, dans toutes ces sortes de sacrifices, le. sacrifiant, à l’issue de la cérémonie, a amélioré son sort, soit qu’il ait supprimé.le mal dont il souffrait, soit qu'il se soit remis en état de grâce, soit qu’il ait acquis une force. divine. Il y a même un très grand nombre de rituels où une formule spéciale, soit à la sortie, soit au moment solent nel de la sacrification, exprime ce changement, ce salut qui survient‘, la façon dont le sacrifiant est transporté dans le monde de la vie?. Il arrive même que la communion détermine comme une aliénation de la personnalité. En mangeant la chose sacrée où le dieu est censé résider,

1: On sait que c'est un thème fondamental des Prophètes et des Psaumes que cette « mort » où est plongé le fidèle avant le retour de Iahve (Cf. Ezéch. XXXVIIL, 2 ; Job, XXXIII, 28, et commentaire in Talm. J. Baba qamma, NVIL, 8, 4, Gem.). — Voir Ps: CXVI en entier et CXVII à partir de 17 : « Je ne mourrai point, mais je vivrai, ete. » Nous nous ‘lispensons de rappeler les formules catholiques de la messe.

2. Dans l'Inde, tout lemonde, ausacrifice. est réputé vivre dans ce monde nouveau. Quand on fait lever le sacrifiant assis, on lui dit : « Debout. dans la vie ». Pendant qu'on va, portant une chose sacrée. la formule est: « Va le long de la vaste atmosphère » (T. $., 1,1,-2, 4), Au début dé tous les rites, un des premiers mantras est « Toi pour le suc, toi pour sévo ETS MAN Et, à la fin du sacrifice, la régénérescence est totale (cf. plus haut, p. 69, n. 4).

Le

le sacrifiant l’absorbe ; il est possédé de lui, xdroyoc Ëx Toÿ 0eo5 yivera!, comme la prêtresse du temple d’Apollon sur l’'Acropole d'Argos, quand elle a bu le sang de l’agneau sacrifié. Il semblerait, il est vrai, que le sacrifice expiatoire n’eût pas les mêmes effets. Mais, en réalité, le jour « du Pardon » est aussi Le « jour de Dieu ». C’est le moment où ceux qui échappent au péché par le sacrifice, sont inscrits «au livre de vie ? ». Comme dans le cas de la sacralisation, le courant qui s'établit, à travers la victime, entre le sacré et le sacrifiant, régénère celui-ci, lui donne une nouvelle force. Par cela seul que le péché, la mort ont été éliminés, les puissances favorables entrent en scène pour le bien du

-sacrifiant. -

Cette régénérescence par le sacrifice personnel a donné naissance à un certain nombre de croyances religieuses. On doit d’abord y rattacher la théorie de la renaissance par le sacrifice. Nous avons vu les symboles qui font du diksita un fœtus, puis un brahmane et un dieu. On sait quelle fut l'importance des doctrines de la renaissance dans les mystères grecs, les mythologies scandinaves et celtiques, les cultes osiriens, les théologies hiudoues et avestiques, dans le dogme chrétien lui-même. Or, le plus souvent, ces doctrines sont nettement rattachées à l’accomplissement de certains rites sacrificiels : la consommation du gâteau d'Éleusis, du soma hindou, du haoma iranien, etc. ®.

1. Paus., IL, 24, 1. — Sur le transport par le soma, sur la façon dont les »sis qui l’ont bu se sentent soit emportés dans l’autre monde, soit possédés par le dieu Soma, voir Bergaigne, Rel. Ved., I, 151 sqq. : Rg Veda, X, 119; X, 136, 3, 6, sqq.; VIL, 48 en entier. Cf. Oldenberg, Rel. d. Ved., p. 530. Sur la possession, voir Wilken. Hel shamanisme bij den volken van den Indischen Archipel, extr. de Bijdr. tot de Taal- Land- en . Volkenkunde v. Ned. Ind, 18178, p. À sqq. Frazer, Pausanias, t. V.

. p. 384 ; cf. Paus. I, 34, 3. Roscher, Rhein., Mus.. LIT, p. 172 sqq.

2. Ces expressions sont empruntées aux spéculations bibliques et talmudiques sur le jour du « jugement », du Kippour.

3. Voir nos comptes rendus des livres de A. Nutt, Rohde, Cheetham (Année Sociologique, U, p. 214 et sqq.). — En ce qui concerne les doctrines

hindoues, voir Sylv. Lévi, Doctr., 102, 108, 164 : en ce qui concerne ke

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Souvent, un changement de nom marque cette recréation de l'individu. On sait que le nom est, dans les croyances religieuses, intimement lié à la personnalité de celui qui le porte : il contient quelque chose de son âmet. Or le sacrifice s'accompagne assez souvent d’un changement de nom. En certains cas, ce changement se réduit à une addition d’épithète. Encore aujourd’hui, dans l'Inde, on porte le titre de diksita?. Mais parfois le nom est complètement changé. Dans l’ancienne Église, c'était le jour de Pâques qu'on baptisait les néophytes après les avoir exorcisés : après ce baptème, on les faisait communier et on leur imposait leur nouveau nom *. Dans les pratiques judaïques, encore de nos jours, le même rite est employé quand la vie est en danger ‘. Il est probable qu'il accom- : pagnait autrefois, un sacrifice; on sait qu’un sacrifice expiatoire, lors de l’agonie, a existé chez les Juifs comme”, d’ailleurs, dans d’autres religions sur lesquelles nous sommes suffisamment renseignés. Il est donc naturel: de penser que changement de nom et sacrifice expiatoire faisaient partie d'un même complexus rituel, exprimant la

haoma, voir Darmesteter, Haurvetdi et Amretät, p- 54; Ormazd et Ahriman, p. 90.

1. Voir Lefébure, Mélusine, 1897 ; Brinton, Relig. of Prim. Peoples, p. 89 sqq. °

2. Le pelerin de la Mecque. l’ancien sacrifiant du hkagg. prenait et

prend encore le titre de hadj. Voir Welhausen, Reste d. Arab. Heid.. p. 80. u

3. Voir Duchesne, Origines du culte chrélien, p. 282, sqq. Voir plus haut, p. 72. Sur la relation entre le sacrifice et les rites de l'initiation et de l'introduction de la nouvelle âme, cf. Frazer, G. B.,'I, p. 3#4 sqq. — L’accession à la vie chrétienne a toujours été considéré comme un vrai changement de nature.

4. Nous savons que, dans-bien des cas parallèles, et même dans celuici, un autre cffetest visé, dépister les mauvais esprits en changeant de nom, dérouter la malchance. Voir Midrasch à l’Ecclésiaste, 1, 19, Talm. B. fol. 16 a; Gemara de Schebouoth. Talm. J.,' VI, 10. Schwab, IV, p19; Cf. Snouck Hurgronje, Mekka, IL, p. 122,

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