Frazer, Gold B., Il, p. 21, 28 sqq., 43, 47 sqd
attribuée tout entière. C'était une façon de faire partici-
per le laboureur aux bénéfices de la consécration, et pent-
être ainsi, de confier à sa garde les forces qu’il s’assimilait
et que, dans d'autres cas, on fixait dans le champ. D'ail-
leurs, plus tard, on semait les reliefs de ce repas, lorsqu’on
ensemençait ou labourait*. Ou bien encore, on partageait une autre victime, nouvelle incarnation du génie agraire,
et l’on disséminait dans la terre la vie qui en avait été
autrefois retirée. Ce qu’on rendait à la terre c’était à la
terre qu'on l'avait emprunté*. Cette correspondance fonda-
mentale entre les rites de la profanation des prémices et
ceux de la fertilisation des Champs, entre les deux vic-
times. a pu, dans certains cas, donner lieu à une véri-
table fusion des Geux cérémonies, pratiquées alors sur une même victime. C'est ce qui est arrivé pour les Bouphonia. Elles sont un sacrifice à double face : elles sont un sacrifice du battage, puisqu'elles commençaient par une offrande de prémices, mais elles ont également pour but final la fertilisation de la terre. On à vu, en effet, d'après la légende, que la fête fut établie pour mettre fin à une famine et à une sécheresse. On pourrait même dire que la communion faite à l’aide de la chair du bœuf a, elle aussi, ce double but : permettre la consommation des nouyeaux grains, donner aux citoyens une bénédiction spéciale pour leurs futurs travaux agraires.
Mais poursuivons l’analyse de nos données. Nous touchons au troisième moment de notre rite. Sopatros, en tuant le bœuf, avait tué l'esprit du blé et le blé n’avait pas repoussé. D’après les termes de l’oracle, le second sacrifice doit ressusciter le mort. C'est pourquoi on empaille le bœuf ; le bœuf empaillé®, c'est le bœuf ressuscité. On
4. Monnhardt, W. F. K., 1, p. 350 sqq. — Frazer, Gold. B., I, p. 381 sqq- L
2. Le génie vivait l'hiver à la ferme. — Frazer, Gold. B., II, p. 16, 14.
3. Cf, Kondakoff et Reinach, Anliquités de la Russie méridionale, p.181 (tribu de l’Altaï). — Hérod., IV, 72. — Frazer, Golden B.. II. p. 42 (Chine) 1b., 94. 220, pour des usages du même genre.
l’attelle à la charrue ; le simulacre de labourage qu'on lui fait effectuer à travers le champ correspond à la dispersion de la victime chez les Khonds. Mais il faut remarquer que l’existence individuelle du bœuf, de son esprit, survit à la cousommation de ses chairs, et à la diffusion de sa sainteté. Cet esprit, qui est celui-là même qu'on a retiré de la moisson coupée, se retrouve là, dans la peau recousue et remplie de paille. Ce trait n’est pas particulier aux Bouphonia. Dans une des fêtes mexicaines, pour représenter
la renaissance du génie agraire, on dépouillait la victime
morte et l'on revêtait de sa peau celle qui devait lui succéder l’année suivante‘. En Lusace, à la fête du printemps
où l’on enterre « le mort », c’est-à-dire le vieux dieu de ‘Ja végétation, on enlève la chemise du mannequin qui le
représente et on la porte immédiatement sur l'arbre de mai? ; avec le vêtement, on emporte l'esprit. C’est donc
la victime elle-même qui renaît. Or cette victime, c’est
l'âme même de la végétation qui, concentrée d’abord dans les prémices, a été transportée dans la bête, et que l’immolation a, de plus, épurée et rajeunie. C’est donc le principe même de la germination et de la fertilité, c'est la vie des champs qui renaît et ressuscite ainsi %.
Ce qui frappe surtout dans ces sacrificés, c’est la continuité ininterrompue de cette vie dont ils assurent la durée et la transmission. Une fois que l'esprit est dégagé par le meurtre sacrificiel, il reste fixé là où le rite le dirige. Danses Bouphonia, il réside dans le mannequin du bœuf empaillé. Lorsque la résurrection n'était pas figurée par une cérémonie spéciale, la conservation d’une partie de la victime ou de l’oblation attestait la persistance et la présence de l’âme qui résidait en elle. A Rome, on ne conservait pas seulement la têle du cheval d'octobre, mais encore l’on