‹ Mélanges d'histoire des religionsChapitre 118 sur 197 · Cf. Frazer. Gold. B., p · texte numérisé non relu

Cf. Frazer. Gold. B., p

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l’Oeta. Attis! et Eshmoun : furent animés après leur mort d'une vie divine. La constellation de la Vierge n’est autre * qu'Erigone, une déesse agraire qui s'était pendue*. Au Mexique, un mythe rapportait que le soleil et. la lune avaient été créés par un sacrifice’; la déesse Toci, la mère des dieux, était également présentée comme une femme qu'un sacrifice aurait divinisées, Dans le même pays, lors de la fête du dieu’ Totec, où l’on tuait et dépouillait des captifs, un prêtre revêtait la peau de l’un d’eux ; il devenait alors l’image du dieu, portait ses ornements et son Costume, s'asseyait sur un trône et recevait à la place du dieu les images des premiers fruits 5. Dans la légende crétoise de Dionysos, le cœur du dieu, qui avait été massacré par les Titans était placé dans un roanon où il devait être adoré”. Philon de Byblos emploie, pour exprimer l'état d'Oceanos, mutilé par son fils Kronos, une expression bien significative : « il fut consacré », dpteowbr*. Dans : ces légendes subsiste Ja conscience obscure de la vertu du sacrifice. La trace en persiste également dans les rites. Par exemple, à Jumièges, où le rôle de génie annuel de la végétation était tenu par un homme dont l'office durait un an et commençait à la Saint-Jean, on feignait de jeter le tutur : Loup vert dans le feu du bücher ; après cette feinte exécution, son prédécesseur lui remettait ses insignes». La céré- ‘1. Ainôbs dde. au, V, 5 syq. (Mythe d'Agdistis qui obtient de Zeus fn le cadavre d’Attis ne se Corrompe pas). — Julien, Or., V, p.180. Phil. Byblos, éd, Orelli, 44. | Roscher, Lexikon, art, Tkarios.

- Chavero, Mexico, ete., p: 363.

. Cod. Ramirez. Relation del origen de los.Indios, éd. Vigil., p.28. - Sahaguu. Historia de las cosas da N. España, II, 11 et 30.

6. Bancroft, Native Races of the Pacific Stales, IL; 319 sqq.; CE. Frazer, Gold. B., IL, p. 221.

7. Firmicus Maternus, De errore profanarum religionum, 6 — Rohde, + II, p. 166. — Frazer, Pausanias, t. V, p. 148.

+ Phil. Bybl. (éd. Orelli), 3%. — Cf. peut-être, Bull. Cor. Hell., 1896, p. dos sqq. Inscript. de El-Bardj : äm00: swbéyrog èv To XGrT.. 9. Maunhardt; W. Æ, KML p" 358 l

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monie n'avait pas simplement pour effet d'incarner le génie agraire. {1 naissait au sacrifice même‘. — Or, étant donné qu'il n’y à pas lieu de distinguer les démons des victimes agraires, ces faits sont précisément des exemples de ce que nous avons dit à propos de la consécration et de ses effets directs. L'apothéose sacrificielle n’est pas autre chose que la renaissance de la victime. Sa divinisation est un cas spécial et une forme supérieure de sanctification et de séparation. Mais cette forme n'apparaît guère que dans les sacrifices où, par la localisation, la concentration, l’accumulation d’un caractère sacré, la victime se trouve investie d’un maximum de sainteté que le sacrifice organise et personnifie.

Voilà la condition nécessaire pour que le strifice du dieu soit possible. Mais pour qu'il devienne une réalité, ce n’est pas assez que le dieu soit sorti de la victime : il faut qu'il ait encore toute sa nature divine au moment où il rentre dans le sacrifice pour devenir victime lui-même. C'est dire que la personnification d'où il est résulté doit devenir durable et nécessaire. Cette association indissoluble entre des êtres ou une espèce d'êtres et une vertu surnaturelle est le fruit de la périodicité des sacrifices dont il s’agit précisément ici. La répétition de ces cérémouies, dans lesquelles, par suite d’une habitude ou pour toute autre raison, une même victime reparaissait à intervalles réguliers, a créé une sorte de personnalité continue. Le sacrifice conservant ses effets secondaires, la création de la

4. En Lusace l'esprit qui vivait dans les blés était appelé le mort. Frazer, Gold. B., 1, 263 sqq. Cf. Mannhardt, W. F. K., 1, p. 420. Ailleurs on figurait la naissance du génie en donnant à la dernière gerbe, aux premiers grains, la forme d’un enfant ou d’un petit animal (le corn-baby des auteurs anglais) : le dieu naissait du sacrifice agraire. Voir Mannhardt, Myth. Forsch., p. 62 sqq. — Frazer,. Gold. B., I p. 344: Il, p. 23 sqq. (Naissance des dieux :. de Zeus sur FlIda), Gruppe, Griech. ie p. 248. — Lydus, De Mens., IV, 48. — Voir Pausan., VII, 26, 4, pour la naissance d’Athéna à Aliphera ot le culte de Zeus Acy247n5 ten couche). — Soma cest de mème fort souvent appelé un jeune dieu, le plus jeune des dieux (comme Agni). Bergaigne, Rel. Véd., I, p.244

divinité est l'œuvre des sacrifices antérieurs. Et ceci n’est pas un fait accidentel et sans portée, puisque, dans une “religion aussimétaphysiquequele christianisme, la figure de l'agneau pascal, victime habituelle d’un sacrifice agraire ou pastoral, a persisté et sert encore aujourd’hui à désigner le Christ, c’est-à-dire le dieu. Le sacrifice a fourni les éléments de la symbolique divine.

Mais c’est l'imagination des créateurs de mythes qui a parachevé l'élaboration du sacrifice du dieu. En effet, ellé a donné d'abord un état civil, une histoire et, partant, une vie plus continue à la personnalité intermittente, terne et passive qui naissait de la périodicité des sacrifices. Sans compter qu’en la dégageant de sa gangue terrestre, elle l’a rendue plus divine. Parfois même, on peut suivre dans le mythe les différentes phases de cette divinisation progressive. Ainsi, la grande fête dorienne des Karneia, célébrée en l'honneur d’Apollon Karnéios, avait été instituée, racontait-on, pour expier le meurtre du devin Karnos tué par l'Héraclide Hippotès !. Or, Apollon Karnéios n’est autre que le devin Karnos dont le sacrifice est accompli et expié comme celui des Dipolia ; et Karnos lui-mêine « le cornu?», se confond avec le héros Krios « le bélier* », hypostase de la victime animale primitive. Du sacrifice du bélier, la mythologie avait fait le meurtre d’un héros et elle avait ensuite transformé ce dernier en grand dieu national.

Cependant, si la mythologie a élaboré la représentation du divin, elle n’a pas travaillé sur des données arbitraires. Les mythes conservent la trace de leur origine : un sacrifice plus ou moins dénaturé forme l'épisode central et comme le noyau de la vie légendaire des dieux qui sont

1; Théopomnpe, fr. 474 (F. HUGY I, p. 307) — Pausan., III, 43, 4. Oinomaos dans Eusèbe, Praep. Ev., V, 20,3, p. 219. — Cf. Usener,

Rh. Mus, LIT, 359 sqq. — Cf. pour une légende du même genre d.; Rh. Mus., LIT p. 365 sqq.

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