‹ Mélanges d'histoire des religionsChapitre 12 sur 197 · XIV - PRÉFACE · texte numérisé non relu

XIV - PRÉFACE

ment mais, aujourd’hui, les textes rituels sont aisément

- accessibles, grâce au beau travail de Victor Henry et de

M. Caland, il ne reste plus qu’à y ajuster les commentaires

théologiques donnés par les Brdhmana. Ce que nous disons

du sacrifice du soma est aussi vrai du sacrifice du hikuli,

ou peyote chez les Huichol, les Tarahnmare du haut Mexique et les anciens Aztèques ?. Nous pensons donc que. le sacrifice du Dieu‘ remonte, dans l’histoire de la civilisa-

tion, un peu plus haut, que le point d'où neus semblions le

faire partir. Mais il est précisément très remarquable que. ces sacrifices de dieux, assez barbares, que nous venons

de mentionner n’aient rien du sacrifice totémique, puisque

ni le peyote, ni le soma ne sont des totems Il nous faut

donc élargir les données sur lesquelles nous avons édifié . notre théorie mais nous maintenons notre explication

génélique du sacrifice du dieu. Le point de départ est

toujours, selon nous, l’oblation et la destruction d’une

chose susceptible, en raison des représentations qui s’y attachent, de devenir divine entre toutes les victimes sanc-

tifiées. :

Sauf en ce qui concerne le sacrifice du dieu, ce que nous avons voulu faire, c’est une étude schématique, une analyse générale du sacrifice, nullement un exposé généalogique

1. W. Caland et V. Henry, L'Agrastoma. 1906 (ce livre n'expose que le rituel opératoire et oral).

2. Lumholtz, Unknown Meæiko, I, p. 126 sqq.; I, p. 299. Le culte de de cette dernière plante s’est étendu très loin, et du côté des Prairies, où il est pratiqué par les Cheyennes, et vers le Sud. Cf. K. Th. Preuss, Die religiüsen Gesünge and Mylhen einiger Slämme der Mexikanischen Sierra Madre Archiv für Religions wissenschaft, XI, 1908, p. 383 sqq.

3. Le culte du Lako, le grand fétiche tribal de l’une des sections des Pawnee, est un excellent exemple du culte d’un dieu qu'une consécration, sacrificielle seulement par partie, fait descendre dans. un objet. . À. Fletcher, The Hako, a Pawnee Ceremony, XXII. Arn. Report of the Bureau of Amer. Ethnol. Le mécanisme de la consécration peut déjà, par lui-même, incarner régulièrement le dieu.

PRÉFACE xv

de ses formes. Elle doit être de toute nécessité complétée ___-par une histoire, une phylogénèse des sacrifices.

Ë Mais nous pouvons dès à présent signaler l’un des bénéfices que nous avons trouvé. La place du sacrifice dans 3 l'ensemble des rites nous est apparue. Son mécanisme com- — pliqué n’est pas celui d'un rite primaire. Il n'a pu sé pro- ; duire qu’assez tard dans l’évolution religieuse après et sur

d'autres systèmes plus anciens. D'une part, son institution . suppose, dans les religions où il s’est établi, la pratique 4 du don rituel comme l'avait bien vu M. Tylor, et surtout, .

le système entier des rites conSécratoires, lustrations,

purifications, etc. D'autre part il fallait que les choses sacrées se fussent définitivement séparées des profanes et fussent représentées déjà sous la forme d’esprits divins Fe presque purs, plus ou moins personnels.

C’est d’ailleurs pour cette raison que le sacrifice pleinement constitué ne nous paraît pas compatible avec tous les - degrés du totémisme : chez un peuple à religion totémique, ce qui est sacré pour un clan ne l'est pas pour les autres; et le clan, dans le sacré, n’a nul besoin de l'intermédiaire

totem identique à lui-même ; il se consacre par rapport à celui-ci, directement, par les voies immédiates de l’effu- : sion du sang et de la communion alimentaire. Ce sont, comme le voulait Robertson Smith, des facteurs indispen- sables du sacrifice, mais ce ne sont pas ses raisons néces- saires et suffisantes.

Une autre conclusion de nos recherches, est que le sacri-

fice est une institution, un phénoiène social. Le rite n’est pas une forme, un vêtement des sacrifices personnels, du renoncement moral, autonome et spontané.

__ Ilne peut y avoir sacrifice sans société. Dans les sacri-

fices que nous avons décrits, la société est présente d'un

bout à l'autre. Ilest peu de rites qui soient plus foncière-

. ment publics que le sacrifice. Quand ce n’est pas Ja société

Mauss-Hueerr. - b

sacrificiel qu'est la victime, pour communiquer avec un

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