‹ Mélanges d'histoire des religionsChapitre 11 sur 197 · PRÉFACE EXT · texte numérisé non relu

PRÉFACE EXT

ciel indépendant. Nous attendrons qu’une pareille démons-

tration ait été faite pour nous croire obligés de faire remonter jusqu’au totémisme l’origine du sacrifice. Nous ne sommes donc pas amenés à modifier notre théorie du sacrifice en géné-al, ni même celle du sacrifice du dieu.

C'était au sacrifice du dieu que Robertson Smith songeait

quand il cherchait le sacrifice dans le totémisme ; il pensait

avant tout à la communion chrétienne. Le totem sacrifié c'était, et cela dès l'origine, le dieu sacrifié, puisque le totem, pour les hommes d’un clan, fait fonction de dieu. Nousavons dit, au contraire, que le sacrifice du dieu n’était ni au début des religions ni au début même du sacrifice, mais qu'il s'était développé après le sacrifice au dieu et, à partir d’un certain moment, parallèlement à lui. Nous pensons encore de même.

Recherchant les traces du FRE dans l’antiquité gréco-romaine, M. S. Reinach ‘ a fixé son attention sur le sacrifice du dieu. Il a. ajouté plusieurs bons exemples de mythes sacrificiels à la liste fort incomplète que nous avions produites. Mais il diffère de nous en ce qu’il veut voir des totems dans tous les dieux sacrifiés du monde gréco-romain : Orphée, Hippolyte, Actéon, Phaéton ?, etc...

. Mais tout animal sacrifié n'est pas un totem. Pour qu’il y

ait totem il faut qu'il y ait un clan, M. Reinach le sait bien.

4. M. Toutain, dans article signalé plus haut (p. n), se plait à joindre le nom de M. Durkheim à celui de M. $S. Reinach et à les confondré dans la même réprobation. Ces deux savants, dont nous connaissons fort bien la pensée, n’ont rien de commun l’un avec l’autre. En matière

de totémisme, M. Durkheim, comme nous, ‘est en désaccord complet

avec M. Reinach. Nous n'avons pas d’ailleurs rttendu pour contredire, très amicalement à vrai dire, les explications totémmistiques des mythes grecs, dont M. Reinach a le secret. ,

PS: Rcinach, Culles, Mythes et Religions, 3 vol., Paris, 4905, 1908 ; t. I, p. 30. Les survivances du totémisme chez les anciens Celtes PNA p. 58, Zagreus ; p. 85, La mort d'Orphée ; t. IF, p. 24, Actéon ; p. 54, Hippolyte.

XIT PRÉFACE

Pourtant nous attendons encore qu’il nous démontre

* l’existénce des clans auxquels auraient appartenu lesdits

totemst. Mais, même s’il nous la prouvait à l’aide de survivances certaines, héritage sur le sol grec et sur le sol latin.

de prédécesseurs depuis longtemps oubliés, nous ne serions trs pas encore satisfaits en raison de ce que nous avons dit

plus haut. JT faudrait encore que, dans les cultes en ques- ve tion, la tradition sacrificielle remontât jusqu'aux origines totémiques, en d’autres termes que le cheval — Hippolyte, — le faon — Penthée, le bouc ou le taureau — Dionysos eussent été de tous temps déchirés (sparagmos) et mangés tout crus (omophagia) dans des fêtes orgiastiques. et qu’ils l’eussent été à titre de totems. A cette condition seulement les faits allégués par M. Reinach pourraient prou- : ver que le sacrifice du dieu est un sacrifice totémique ou Sort d'un pareil sacrifice. A notre avis, dans les cultes dont traite M. Reinach, s’il y a d'anciens totems ils n’ont servi qu'à habiller les dieux, baptiser leurs prêtres, fournir les victimes toutes sacrées ; ils ne sont que des paraphernalia totémiques de religions non totémiques: Dans le culte de la vigne, par exemple, ce qui est’ primitif, ce n’est pas, comme le prétend M. Reinach, le sacrifice d’un animal dieu, c’est la consécration des prémices de la vendange ; puis est venu le sacrifice d’un animal, totem ou non, offert au dieu de la vigne dans l'intérêt de la vigne ; et c'est en dernier lieu que le dieu est descendu dans la victime. Dans toutes ces prétendues suites du totémisme il n’y a qu’amalgame et syncrétisme. à Mème en Egypte?, où l’on serait tenté de chercher dans

4. M. $S. Reinach nous signale bien lui-même l'existence à Rome d'un véritable clan, la gens Fabia, clan de la fève (Oo: AMEN; p. 47). Mais le fait que, dans ce cas, le clan totémique ait pu subsister jusqu'aux temps historiques nous donneraït le droit d'être fort exigeants en ce qui concerne les autres exemples allégués. À vrai dire, le clan des Fabii, n’est pas pourvu d un culte de la fève.

2. A. Moret, Du Sacrifice en Egypte, Revue de l'Histoire des Religions, 1908, t, LVIL, p. 81 sqq. Cf. A. Moret, Le Rituel du Culte divin journa-

le sacrifice des restes. de totémisme, les travaux récents n’en n’ont point montré. Les sacrifices y paraissent presque uniformément répéter le thème du dépeçage et de la résurrection d'Osiris. Les victimes, taureaux, porcs, gazelles, etc., sont données comme des animaux typhoniens, ennemis d'Osiris et représentants du dieu Set. Ce ne sont pourtant point des totems, formes premières de ce dieu; ce ne sont pas non plus des totems correspondants à Osiris. On dit qu’ils sont mis à mort en punition d'avoir mangé le dieu, parce que une fois sacrifiés, ils exhalent le dieu, ce qui revient à dire que leur esprit, attribué au dieu est identique à lui ; de quelque façon que la mythologie représente ce qui se passe alors, ils portent le dieu et ils sont divins parce que le sacrifice, en Egypte, est essentiellement un sacrifice du dieu: Mais c’est un sacrifice du dieu qui n’a rien de totémique et dont nous savons avec certitude qu’il a son origine dans le culte du blé.

Pour montrer que le schème général du sacrifice contient en puissance le sacrifice du dieu, nous avons choisi nos exemples dans la série des sacrifices agraires. Nous nous sommes défendus de dire que seul le sacrifice agraire fût de nature à donner’ naissance au sacrifice du dieu; il eùüt pourtant mieux valu établir notre démonstration sur des bases plus larges et ne pas paraïtre- la fonder en apparence exclusivement sur les faits du culte des animaux domestiques et des plantes comestibles. Nous aurions dû parler en même temps des cultes qui concernent la végétation en général et tout l’ensemble de la nature.

Ainsi le sacrifice du soma, que nous avons considéré :

-comme un sacrifice agraire et qui est un parfait sacrifice du dieu, n’est pas le sacrifice d’un végétal cultivé, mais celui d’une plante choisie entre toutes, quisymbolise toutes les plantes. Nous n'avons pas pu alors l’exposer complète-

lier en Egypte, d’après les papyrus de Berlin et les textes du temple de Séti Ier à Abydos, Paris, Leroux, 1902.

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