‹ Mélanges d'histoire des religionsChapitre 131 sur 197 · MAPS · texte numérisé non relu

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rait lorsque sa femme coupa violemment le prépuce de l'enfant et le jeta aux pieds de [ahwe eu lui disant : « Tu

mes un époux de sang. » La destruction du prépuce a

satisfait le dieu qui ne détruit plus Moïse racheté. Il n’y a pas de sacrilice où n’intervienne quelque idée de rachat. .

Müis cette première explication n’est pas assez générale, car, dans le cas de J'offrande, la communication se fait également par un intermédiaire, et pourtant il n'y a pas. destruction. C'est qu'une consécration. trop forte a de graves inconvenients, alors même qu’elle n’est pas destructive. Tout ce qui est trop profondément engagé dans le domaine religieux est, par cela même, retiré du domaine profane. Plus un être est empreint de religiosité, plus il est chargé d’interdits qui l’isolent. La sainteté du Nazir le paralyse. D'un autre côté, tout ce qui entre en contact trop intime avec les choses sacrées prend leur nature et devient sacré comme elles. Or le sacrifice est fait pour des profanes. L'action qu’il excerce sur les gens et sur les choses est destinée à les mettre en état de remplir leur rôle dans la vie temporelle. Les uns et les autres ne peuvent donc entrer utilement dans le sacrifice qu’à condition de pouvoir en sortir. Les rites de sortie servent en partie à ce but. Ils atténuent la consécration ; mais, à eux seuls, ils ne pourraient l’atténuer assez si elle avait été trop intense. Il importe donc que le sacrifiant ou l'objet du sacrifice ne la reçoivent qu'amortie, c'est-à-dire d’une manière indirecte. C’est à quoi sert l'intermédiaire. Grâce à lui, les deux mondes en présence peuvent se pere ee tout en restant distincts.

Ainsi s'explique un caractère très particulier du sacrifice religieux. Dans tout sacrifice, il ya un acte d'abnégation, puisque le sacrifiant se prive et donne. Même cette abnégation lui est souvent imposée commé un devoir, Car le sacrifice n’est pas toujours facultatif; les dieux l’exigent. On leur doit le culte, le service, comme ait le rituel hébreu ; on leur doit leur part, comme disent les Hindous. — Mais

cette abnégation et cette soumission ne sont pas sans un retour égoïste. Si le sacrifiant donne quelque chose de soi, il ne se donne pas; il se réserve prudemment. C'est que, s’il donne, c’est en partie pour recevoir. — Le sacrifice se présente donc sous un double aspect. C'est un acte utile et c’est une obligation. Le désintéressement s’y méle à l'intérêt. Voilà pourquoi il a été si souvent conçu sous la forme d'un contrat. Au fond, il n'y a peut-être pas de sacrifice qui n'ait quelque chose de contractuel. Les deux parties en présence échangent leurs services et chacune y trouve son compte. Car les dieux, eux aussi, ont besoin des profanes. Si rien n’était réservé de la moisson, le dieu du blé mourrait; pour que Dionysos puisse renaître, il faut que, aux vendanges, le bouc de Dionysos soit sacrifié ; c'est le soma que les hommes donnent à boire aux dieux qui fait leur force contre les démons. Pour que le sacré subsiste, il faut qu’on lui fasse sa part, et c’est sur la part des profanes que se fait ce prélévement. Cette ambiguïté est inhérente à la nature même du sacrifice. Elle tient, en effet,

à la présence de l’intermédiaire, et nous savons que, sans

intermédiaire, il n’y a pas de sacrifice. Parce que la victime est distincte du sacrifiant et du dieu, elle les sépare tout en les unissant ; ils se rapprochent, mais sans se livrer tout entiers l’un à l'autre.

Il y a pourtant un cas d’où tout calcul égoïste est absent. C’est le sacrifice du dieu; car’ le dieu qui se sacrifie se donne sans retour. C’est que, cette fois, tout intermédiaire a disparu. Le dieu, qui est en même temps le sacrifiant, ne fait qu’un avec la victime et parfois même avec le sacrificateur. Tous les éléments divers qui entrent dans les sacrifices ordinaires rentrent ici les uns dans les autres et se confondent. Seulement, une telle confusion n’est possible que pour des êtres mythiques, imaginaires, idéaux. Voilà comment la conception d’un dieu se sacrifiant pour le monde a pu se produire et est devenue, même pour les peuples les plus civilisés, l'expression la plus

arte

haute et comme la limite idéale de l’abnégation sans réserve.

Mais, de même que le sacrifice du dieu ne sort pas de la sphère de l'imagination religieuse, de même on pourrait croire que le système tout entier n’est qu'un jeu fantastique d'images. Les pouvoirs auxquels s'adresse le fidèle qui sacrifie ses biens les plus précieux semblent n'être rien de positif. Qui ne croit pas, ne voit dans ces rites que de vaines et coûteuses illusions et $ ‘étonne que toute |’ humanité se soit acharnée à dissiper ses forces pour des dieux fantomatiques. Mais il y a peut-être de véritables réalités auxquelles il est possible de rattacher l’institution dans son intégralité. Les notions religieuses, parce qu'elles sont crues, sont; elles existent objectivement, comme faits sociaux. Les choses sacrées, dieux et autres, par rapport auxquelles fonctionne le sacrifice sont des choses sociales, Et cela suffit pour expliquer le sacrifice. Pour que le sacrifice soit bien fondé, deux conditions sont nécessaires. Il faut d’abord qu’il yait en dehors du sacrifiant des choses qui le fassent sortir de lui-même et auxquelles il doive ce qu’il sacrifie. Il faut ensuite que ces choses soient près de lui pour qu’il puisse entrer en rap-

port avec elles, y trouver la force et l'assurance dont il a

besoin et retirer de leur contact le bénéfice qu’il attend de

.ses rites. Or, ce caractère de pénétration intime et de sépa-

ration, d’immanence et de transcendance est, au plus haut degré. distinctif des choses sociales. Elles aussi existent à la fois, selon le point de vue auquel on se place, dansethors l'individu. On comprend dès lors ce que peut être la fonction du sacrifice, abstraction faite des symboles par lesquels le croyant se l’exprime à lui-même. C’est. une fonction sociale parce que le sacrifice se rapporte à des choses sociales. ‘,

D'une part, ce renoncement personnel des individus ou des groupes à leurs propriétés alimente les forces sociales.

Non, sans doute, que la société ait besoin des choses qui sont la matière du sacrifice ; toutse passe ici dans le monde des idées, et c'est d'énergies mentales et morales qu'il est question. Mais l'acte d'abnégation qui est impliqué dans tout sacrifice, en rappelant fréquemment aux consciences

particulières la présence des forces collectives, entretient

précisément leur existence idéale. Ces expiations et ces purifications générales, ces communions, ces sacralisations

de groupes, ces créations de génies des villes donnent ou

renouvellent périodiquement à la collectivité, représentée par ses dieux, ce caractère bon, fort, grave, terrible, qui est un des traits essentiels de toute personnalité sociale. — D'autre part, Les individus trouvent à ce même acte leur avantage. Ils se confèrent, à eux et aux choses qui leur tiennent de près, la force sociale tout entière. Ils revètent d'une autorité sociale leurs vœux, leurs serments, leurs mariages. Ils entourent, comme d’un cercle de sainteté qui les protège, les champs qu'ils ont labourés, les maisons qu'ils ont construites. En même temps, ils trouvent dans le sacrifice le moyen de rétablir les équilibres troublés : par lexpiation, ils se rachètent de la malédiction sociale, conséquence de la faute, et rentrent dans'la communauté ; par les prélèvements qu’ils font sur les choses

dont la société a réservé l'usage, ils acquièrent le droit -

d’en jouir. La norme sociale est donc maintenue sans danger pour eux, sans diminution pour le groupe. Ainsi la fonction sociale du sacrifice est remplie, tant pour les individus que pour la collectivité. Et comme la société est faite non seulement d'hommes, mais de choses et d’événements, on entrevoit comment le sacrifice peut suivre et reproduire à la fois le rythme de la vie humaine et celui de la nature ; comment il a pu devenir périodique à l’usage des phénomènes naturels, occasionnel comme les besoins momentanés des hommes, se plier enfin à mille fonctions.

Au reste, on a pu voir, chemin faisant, combien de croyances et de pratiques sociales, qui ne sont pas propre-

Mauss-HuBERT. 9

l’âme es à l'immortalité re sont encore à it Per de morale commune. C’est dire de quelle importance est pour à Ja sociologie la notion du sacrifice. Mais, dans ce travail, PR nous n'avions pas à la suivre dans son développement et.

à travers toutes ses ramifications. Nous nous sommes sim- x . plement donné pour tâche de chercher à Ja constituer. ;

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