Me. Dougall
Commençons, de préférence, par des récits directs de magiciens ; nous avons le bonheur d’en posséder quelquesuns. L'un des plus importants est l’histoire de l'initiation magique d’un docteur des Wiraijuri (S. N. S. W), rapportée par M. Howitt avec tous les détails nécessaires à la critique ‘. Justement, il est remarquable que si nous n'avions pas eu cette description anecdotique, historique, d’un cas particulier, nous eussions été tentés de ranger les Wiraijuri parmi les tribus qui n’ont de l'initiation magique qu’une image fort sommaire et incomplète”, alors qu'au contraire l’anecdote est des plus mouvementées et des plus riches en épisodes mythiques, des plus abondantes en renseignements psychologiques et présente, réunis, DESSqUe tous les thèmes connus.
Le futur magicien était un Kangourou de la classe matrimoniale Muri, son père était un Iguane de la classe matrimoniale Yibaï. Une première initiation, toute préparatoire, a lieu sous la direction du père, avant l’initiation religieuse du jeune homme à la tribu. Le père l'emmène dans la brousse, place contre sa poitrine deux gros morceaux de cristal de roche «et ilss’évanouirent en moi », ajoute notre magicien. « Je ne sais pas comment ils pénétrèrent, mais je les sentis me traverser comme une onde de chaleur. » Il lui donne aussi quelque chose comme des cristaux de quartz à boire dans l’eau. « On eût dit de la glace, etl'eau me parut extrêmement douce. » Après cela il put voir les esprits. Le jeune homme fut ensuite initié
4. 4. M. M,, p 49 à 51. Le récit a été confidentiel, apparemment sincère : d’ailleurs M. Howitt dit que, dans ces matières, il est incroyable qu'un Australien falsifie consciemment la vérité, quand bien même il sait impossible La vérification de ses dires.
2. Howitt, 4. M. M., p. 69, parle simplement de la montée au ciel
vers Baiamai ; cf. p. 51. On some Australian Ceremonies of Iniliulion. J. A. I., XIE, p. 445. Cf. plus haut, -p. 137, n. 1. ;
3. A remarquer que nous sommes ici dans une tribu à filialion utérine du clan et de la phratrie, mais à classes matrimoniales : la révélation magique suit la ligne maseuline, car le système des classes matrimoniales a pour but précisément de tenir compte cle fa filiation masculine.
régulièrement à la tribu; comme ses contemporains, il subit l'extraction de la dent et assista aux représentations de sorcellerie qui font partie intégrante de ces solennités tribales. |
Mais après celle-ci, une antreinitiation secrète et magique eut encore lieu, toujours sous la présidence du père. Un premier rite fut un isolement d’une certaine durée. Vint ensuite un vrai cycle de démonstrations du pouvoir magique du père, que nous ne pouvons pas bien comprendre, mais qui causent au jeune homme un grand émoi‘. Puis tous deux s’évanouissent sous terre, dans un tombeau, où deux morts frottent le néophyte avec des morceaux de cristal dont ils lui font cadeau. A la sortie ils trouvent un serpent tigré qui, à partir de ce moment, devient le totem personnel?, le nom secret, l'animal associé du magicien. À la queue du serpent, est enroulé un fils, une corde telle que les sorciers ont l'habitude d’en extraire de leur corps. Tous deux s’attachent à elle et, grâce à elle, l’un à l’autre; à travers plusieurs troncs d’arbres, ils arrivent‘ à l'habitation de Daramulun 5. Ils voient ce dieu et, avec lui, un certain nombre de « petits Darumulun * ». Puis le serpent tigré les mène dans un trou. « Un grand nômbre de serpents se frottèrent contre moi, mais ils ne me firent pas de mal, étant mes Budjan (totems). Ils ne le faisaient que pour faire de mi un «homme habile » et un « mulla mullung. » Puis le père
4. A. M. M., p. 50. Entre autres : le père montre au jeune homme un grand morceau de cristal de roche, s’évanouit dans le sol et revient couvert de poussière rouge (?). Ê