Kabi. Voir textes plus haut, p. 35, n
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traditionnelles. Nous hésitons à dire, qu’il a une âme de plus*, il ne l’a qu’en partie et quelquelois, dans quelques sociétés ; la vérité est qu'il a toujours une vie, une faculté mythique toute nouvelle. Il est devenu, il reste, et il est | obligé de rester un autre. ;
C'est ainsi que le magicien australien acquiert les pouvoirs qui le rendent apte à sa profession. Cette âme neuve qui lui permet d’avoir des relations plus particulières avec les dieux et les âmes des morts, avec les esprits de la nature et des espèces totémiques (toutes notions alors confondues), est précisément son pouvoir magique, son mana comme on dirait dans les langues mélanésiennes. Il l’a puisé dans le monde des forces surnaturelles, dans le monde du mana lui-même. Mais ces esprits, ces pouvoirs, n’ont d'existence que par le consensus social, l'opinion publique de la tribu. C’est elle que le magicien suit, et dont il est à la fois l’exploiteur et l’esclave.
Lui-même est à moitié sincère. D'une part, les extases qui réalisent l’image traditionnelle de l’acquisition des pouvoirs magiques ne sont pas simulées ; surle candidat émacié par le jeûne, isolé dans le désert, et souvent au moment trouble de la puberté, l'idée de l’origine surnaturelle de ce mana, imposée même avant la recherche de la réyélation, exerce une fascination suggestive. Les méditations subséquentes, la parfaite crédulité des clients du magicien finissent ensuite par convaincre ce dernier de la vérité des sensations éprouvées : les croyances traditionnelles se corroborent de son expérience propre et corroborent celle-ci. D'autre part, quand c’est uneinitiation traditionnelle qui se produit, ce ne sont pas les transmissions orales et manuelles de formules, de rites et de substances qui sont l’essentiel pour le novice. Le principal, c’est qu'il
4. Cf. Hubert, Préface à Chantepie de la Saussaye, Manuel de l’Hisloire des Religions, trad. fr. 4903, 1. XXXV. Nous ne savons si le fait | observé par M. Haddon (Head Hunters, 4901, p. 194), d’un homme Yar-
rakaninia (Cap York) avec trois âmes extérieures totémiques, dont deux venues en rêve. est relatif à un magicien.
sent que les initiateurs lui transmettent intimement les
pouvoirs qu’il leur prête, qu'ils lui donnent accès direct
aux esprits, à un monde supérieur et brillant, qu'ils le gratifient de qualités et de substances magiques. Ce sont ces sensations éprouvées en une fois qui lui donnent cette confiance et cette demi-sincérité qui ont toujours été en propre au magicien professionnel de tous les pays‘.
Le magicien australien est ce qu’il est, sent ce qu'il sent, se traite comme il fait, et est traité comme il’'est traité, parce que, pour lui et pour les autres, il est un être que la société détermine et pousse à remplir son personnage.
4. « There are docters or priests ot several vocations. The office is alleged to be obtained by the individuals visiting, while in à trance of two or three days duration, the world of spirits and there receiving the necessary initiation : but there are natives who refuse to become doctors and disbelieve altogether the pretensions of those persons ». Stanbridge. The Aborigines of Victoria in Transactions of the Ethnologicul Society, of London, 1, 1861, p. 300.
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