H. Hubert et M. Mauss, La Magie, 1. L., p. 65 sq
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que les images associées. Il faut s’attendre à y voir intervenir, à quelque titre, l’idée de pouvoir magique, de mana
. cu de säcré, qui fonde la croyance dont sont l’objet, en
magie et en religion, les autres associations de la même espèce. Il faut que les associations qui définissent les qualités des temps, aient un caractère sacré, ainsi que les termes qui les composent, autrement dit que les dates ou
leurs signes aient un pouvoir magico-religieux et que les
choses signifiées, événements ou actes, participent à la nature de ce pouvoir. Cette chose vague, mais très réelle, qui n’est, comme nous l’avons dit ailleurs, ni substance, ni qualité, ni acte, mais à la fois tout cela!, doit apparaître ici, au moins par éclair, sous l’une ou sous l’autre des formes dont elle est susceptible. C’est ce que nous allons vérifier sommairement. Or cette notion de sacré, nous l'avons déjà à moitié démontré, ne peut pas se former dans l'esprit de l'individu, en tant que tel ; elle résulte d’expériences subJectives de la collectivité. NO
On constate d’abord -que, si la qualification d’une date quelconque paraît définie par un nombre limité d'associations sympathiques, impératives ou persuasives, cette limitation n'est qu'apparente. Il y a bien pour une date donnée, dans une aire donnée, un noyau fixe de prescriptions et d’attentes; mais on voit s’en allonger la liste à mesure que s’allonge celle des documents?. En réalité, les dates attirent à elles les actes et les images, en raison de
la considération dont elles sont l'objet. Elles sont investies
d’une sorte de qualification générale qui s'exprime avec des déterminations particulières. Celles:ci, d'ailleurs, se confondent souvent et s’effacent parfois totalement dans la généralité de la qualification commune.
Sans affaiblir ce que nous avons dit de l'association nécessaire entre les faits et les temps, nous devons recon- 1. H. Hubert ct M. Mauss, ibid., p. 109.
2. Cf. Pineau, Revue des traditions populaires, p. 430 sq. (Touraine).
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naître que les jours qualifiés sont échangeables et que les rites passent de l’un à l’autre. Dans l’histoire des fêtes
populaires en Europe, on assiste à d’interminables échanges.
entre la Saint-Martin, la Saint-Michel, la Saint-Nicolas, Noël, l'Epiphanie, la Saint-Antoine, etc. Les qualités diftérentes des jours qualifiés sont, somme toute, les degrés et les modes d’une même qualité. Cette qualité est d’ailleurs ambiguë et produit les effets contradictoires dont on a observé depuis quelques années que les choses sacrées sont capables. Nous sommes déjà arrivés ailleurs à une “ecnclusion semblable dans l'étude des propriétés magiques. Aïnsi, derrière les qualités distinctives des parties du temps, nous trouvons une qualité commune, celle de sacré, à laquelle elles se réduisent exactement, dès qu'on fait abstraction des associations spéciales, qui s’attachent aux dates et aux périodes, ou dès qu’on les multiplie à l'infini. Mais gardons-nous de penser qu'affirmer ce trait commun revienne à nier leur hétérogénéité foncière; car nous savons que cette qualité générique est susceptible de degrés et de modes qui sont un principe suffisant de différenciation ; nous savons, en outre, que les choses sacrées ont, par définition même, une raison de se séparer de se singulariser aussi, puisqu'elles ne demeurent telles qu’en vertu. de l’effort constant au prix duquel on les distingue du profane, d’abord, et, ensuite, les unes des autres. |
Si nous considérons maintenant les prescriptions impératives dont les dates sont l’objet, nous constatons d’autres indications du caractère sacré qui s'y attache: Les rites d'entrée et de sortie, dont nous avons parlé plus haut, en sont une : les durées qu'ils encadrent sont comparables, à cetégard, aux cérémonies sacrées.
Le propre des choses sacrées est d’être entourées d'interdictions. Or, outré les interdictions spéciales attachées à certaines dates qualifiées, il y a des interdictions générales d'activité qui pèsent périodiquement sur le temps. Le sab-
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bat! en fournit un exemple typique. On connaît la période annuelle d’impuissance qui immobilisait les guerriers de l'Ulster?. Concentrées sur quelques points du calendrier ces interdictions, en vertu du fait, déjà connu, que le le sacré est éminemment déplaçable, d’autre part en raison des rapports étroits qui unissent les dates en question avec les durées qui les suivent, peuvent être considérées comme rachetant ces mêmes durées d’un interdit qui les frapperait également* : d'où il suit que celles-ci nous paraissent à leur tour investies d’un des caractères essentiels du sacré. En poursuivant ce raisonnement, on arriverait à la notion d’un temps essentiellement religieux, dangereux et grave, qui resterait. impropre à l’action, si l'interdit, qui affecte sa totalité, ne pouvait être levé momentanément et distribué intégralement sur quelquesunes de ses parties. Cette notion serait la représentation presque concrète d’une durée pure, existant en soiet tout à fait objective, au moins en ce qui concerne les actes humains, puisque le rythme de son écoulement ne serait pas marqué par leur succession, d'ailleurs non moins inerte, immobile et endormie que l’homme dont elle emprisonnerait l’engourdissement craintif : véritable éternité où, seule, la nécessité d'agir pour vivre engendrerait le temps, en y découpant des éternités successives, images rétrécies, mais substituts parfaits de la plus grande éternité. Somme toute, les jours qualifiés sont des fêtes, et c'est peut-être parce qu’il n’y à pas de jour qui ne soit qualifié à quelque titre que, en latin, feria a fini par désigné chacun des jours de la semaine. En tout cas, les dates cri-
4. Le sabbat est proprement, comme l'étymolugie du mot l'indique, une fin de période, cf. Fr. Bohn, o. £., pa?
2. E. Hull, Old risk Tabus, or Geasa, Folk-Lore, 1908. p. 58. Cf. G. Pinza, La conservazione delle teste umane e le idee e costumi coi quali si connelle, p. 78; cf. Archiv für Religionswissenschaft, 1904, VIX, p. 459.
3. Cf. Année sociologique, t. IT, p. 266. Cf. Lagrange, Études sur Les religions sémiliques, 2 édit, p. 284.
tiques du calendrier ont la même nature qualitative que les fêtes proprement dites. On constate ou bien qu’elles sont choisies pour la célébration des rites, ou bien qu'elles sont sanctifiées par des rites. Leur caractère religieux se manifeste de la même façon, que celui des fêtes : par des rites positifs, des interdictions !, la présence du surnaturel? en un mot par tout ce qui constitue l’anormal ?, par tout ce qui peut les distinguer de la masse des jours qui coulent sans bruit. Inversement les fêtes proprement dites ont été ou tendent à être des pivots du calendrier. Ce balancement, cet échange de caractères et de fonctions entre les dates calendaires et les fêtes est tout particulièrement facile à observer dans les époques d'incertitude, telles que les premiers siècles du moyen âge, où sétablissait l’équilibre des institutions romaines, chrétiennes, germaniques et celtiques, dans l’Europe du Nord et de l'Ouest. On voit, par exemple le 1° janvier, fête des Calendes, prendre décidément les traits d’une fête du type de la Saint-Jean* et, par contre, des fêtes sans fonction calendaire à l’origine, Pâques et Noël, se substituer progressivement, comme termes de la division du temps, aux vieilles fêtes saisonnières telles que la Saint-Martin.
Ainsi, les parties du temps où se passent les choses religieuses: sont sacrées comme ces choses elles-mêmes. Cette convention essentielle préside à la formation des conventions énumérées d’abord, qui ont précisément pour objet de définir les conditions dans lesquelles se réalise
1. Wuttke, 0. L T5; Rawlinson, Weslern Asias Inscriptions, V, 48, 49. {
3. Pouvoirs spéciaux de certains êtres aux dates critiques : Wuttke, L. L.: Eckhart, Sädhannoversches Sagenbuch, p. 28 (pouvoir des enfants nés le dimanche). — Circulation des esprits : Wuttke, {. L.; Peal, Zeilschrift für Ethnologie, 1899, p. 355 (retour des âmes, chez les Nägäs. à la nouvelle lune dé décembre); Talmud Babli, Baba Batra 14 a (retour des âmes tous les trente jours).
3. Interruption \de l'ordre social aux fins de périodes ; cf. Gessert, Globus, ASUS, IT, p. 250.