‹ Mélanges d'histoire des religionsChapitre 40 sur 197 · RON TS RARES · texte numérisé non relu

RON TS RARES

Darwin, M. Tylor!, comparant des faits empruntés à des races et à des civilisations différentes, imagina une genèse des formes du sacrifice. Le sacrifice, selon cet auteur, est originairement un don,que.le sauvage fait à des êtres surnaturels qu’il lui faut s’attacher. Puis, quand les dieux grandirent et s'éloignèrent de l’homme, la nécessité de contiauer à leur transmettre ce don fit naître lesritessacrificiels, destinés à faire parvenir jusqu’à ces êtres spirituels les choses spiritualisées. Au don succéda Fhommage, où le fidèle n'exprima plus aucun espoir de retour. De là, pour que le sacrifice devint abnégation et renoncement, il n’y avait qu’un pas; l'évolution fit ainsi passer le rite des présents du sauvage au sacrifice de soi. — Mais, si cette théorie décrivait bien les phases du développement moral du phénomène, elle n’en expliquait pas lé mécanisme. Elle ne faisait en somme que reproduire en un langage défini les vieilles conceptions populaires. Sans doute, par elle-même, elle avait une part de vérité historique. Il est-certain que les. sacrifices furent généralement, à quelque degré, des dons? conférant au fidèle des droits sur son dieu. Ils servirent aussi à nourrir les divinités. Mais il ne suffisait pas de constater le fait ; il fallait en rendre compte. | En réalité, R. Smith * fut le premier qui tenta une explication raisonnée du sacrifice. Il était inspiré par la découverte récente du totémisme ‘. De même que l'organisation du clan totémique lui avait expliqué la famille arabe et

1, Civilisation primitive, 11, chap. xvur.

2. Voir une brochure un peu superficielle dè M. Nitzsch, Idee und Stufen des Opferkultus, Kiel, 1889. — À cette théorie se sont, au fond, successivement rattachés les deux auteurs qui ont adressé à Rob. Smith les plus fortes critiques : Wilken. Over eine Nieuwe Theorie des Offers. De . Gids, 489, p. 535, sq. ; M. Marillier, La place du totémisme dans T'évolulion religieuse, Rev. d'Hist. des Relig., 1897-1898 (voy. Compte rendu, Année sociologique, tome II. p. 202, sq.).

3. Art. Sacrifice, Encyclopædia Britannica. — Religion of Semites (Burnett Lectures, dre édit. 1890, 2% éd, 1894)

4. Article de Mac Lennan, Plant and Animal Worship, Fortnightly Reviens, 1869. 1870. |

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sémitique ‘, de même il voulut voir dans les pratiques du culte totémique la souche du sacrifice. Dans le totémisme, le totem, ou le dieu, est parent de ses adorateurs ; ils ont même chair et même sang; le rite a pour objet d'entretenir et de garantir cette vie commune qui les anime et l’association qui les lie. Au besoin, il rétablit l'unité. L’ « alliance par le sang » et le « repas en commun » sont les moyens les plus simples d'atteindre ce résultat. Or, le sacrifice ne se distingue pas de ces pratiques aux yeux de R. Smith. C'était pour lui un repas où les fidèles, en mangeant le totem, se l’assimilaient, s’assimilaient à lui, s’alliaient entre eux ou avec lui. Le meurtre sacrificiel n'avait d'autre objet que de permettre la consommation d’un animal sacré et, par conséquent, interdit. Du sacrifice communiel R. Smith déduit les sacrifices expiatoires ou propitiatoires, c’est-à-dire les piacula et les sacrifices dons ou honoraires. L’expiation n’est, suivant lui, que le rétablissement de l'alliance rompue ; or, le sacrifice totémique avait tous les effets d’un rite expiatoire. Il retrouve, d’ailleurs, cette vertu dans tous les sacrifices, même après l’effacement total du totémisme.

Restait à expliquer pourquoi la victime, primitivement partagée et mangée par les fidèles, était généralement détruite tout entière dans les piacula. C’est que, à partir du moment où les anciens totems furent supplantés par Îles animaux domestiques dans le culte des peuples pasteurs, ils ne figurèrent plus dans les sacrifices. que rarement et dans des circonstances particulièrement graves. Par suite, ils apparurent comme trop sacrés pour que les profanes pussent y toucher :les prêtres seuls en mangeaient, ou bien on faisait tout disparaître. Dans ce cas, l'extrême sainteté de la victime finit par se tourner en impureté ; le caractère ambigu des choses sacrées, que R. Smith avait si admirablement mis en lumière, lui permettait d'expliquer facile-

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