‹ Mélanges d'histoire des religionsChapitre 74 sur 197 · PAPE TE · texte numérisé non relu

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tête de la victime. Enfin, après ces lustrations et ces

onctions, vient dans le rituel védique, une dernière cérémo-

nie qui a pour effet d’enfermer la victime elle-même dans

un dernier cercle magique, plus étroit et plus divin que les autres. Un prêtre prend, du feu des dieux, un brandon

et, ce brandon à la main, 1l fait trois fois le tour de la bête.

On tournait ainsi dans l'Inde, autour de toutes les victimes avec ou sans le feu. C'était le dieu, Agni, qui entourait la

bête de toutes parts, la sacrait, la séparait {, RO

. Mäis tout en avançant ainsi dans le monde des dieux,

la victime devait rester en relations avec les homiaes. Le

moyen employé pour assurer cette communication est

fourni, dans les religions que nous étudions ici, par les principes de la sympathie magique et religieuse. Quelquefois, il y a représentation directe, naturelle : un père est représenté par son fils qu'il sacrifie, etc?. En général, le

1. C'est la cérémonie du parayagnikriya, de la circumambulation avec le feu. Ap. çr. sû., VII, 45, 1: Le rite est certainement de la plus haute . antiquité, car le prètre (le maitravaruna, cf. Weber, Ind. St., IX, p. 488) répète Acv. çr. sû., IL, 2. 9 sqq.) lhymne R. V.,1V..5, 1-3 (voy. Trad.

- Old. et notes in S. B. E., XLVI ad loc.}. — Le sens du rite est triple.

C'est d'abord un tour du feu, d’Agni, dieu prêtre des dieux, dépositaire des trésors, qui sacre la victime, la conduit vers les dieux en lui montrant le chemin (tel est le sens des trois vers du R. V. employés en

cette oécasion el composés spécialement pour elle, cf. Ait. Br. 6, 5. 1 et

6, 11,3. La victime est ainsi divinisée (cf. T. S., 6. 3. 8,2; Ç: B., 3, 8,1, 6). C'est ensuite un simple cercle magique. On écarte les démons, qui rôdent, comme le. dieu, autour de la victime. . C’est enfin un tour rituel bon, fait de gauche à droite, dans le sens des dieux (Baudh. çr., sä., IT, 2, cité par Caland), qui à une vertu magique par lui-même. Sur la question des circumambulations autour des victimes, voir Siripson, The Buddhist praying-wheel et le compte rendu que nous en avons fait, Ann. Soc., 1897, et surtout l'exhaustive monographie de M. Caland: Een Indogermaansch Lustralie-Gebruik, Versl. en Mededeel. d. Konink. Ak. ». Wetensch. Afd. Letterkunde, 4 Reeks, Deel II, 4898, p. 275 sqq. — Le : rite est, en, premier lieu, fondamental dans le rituel hindou, domestique (cf. Pér. grh. sû., 4,1, 2) et solennel (Hilleb. N. Y. O., p- 42. C£. C. B., 1, 2. 2. et 3; voir Caland, op. cit., n. 2 et 3, p. 300); en second lieu, à peu près en général dans les populations indo-européennes (voir Caland) ; enfin, fort répandu un peu partout.

2. I Roïs IT, 27; Ezech. XVI. 36 ; Cf. Genèse, XXII: Dent. XIL. 31: Ps. GVI, 87; Jes. LVII, 5. — Luc. Dea Syr. 58. — Légende d’Athamas. Preller,-Gr. Myth: If, p.312. — Cf. Basset, Nouv. Contes berbères, 1897, no 91. — Hoefler, Corr. BL. d. d. Ges, f. Anthr., 1896, 3. — Sacrifice d’un

sacrifiant étant tenu de faire personnellement les frais du sacrifice est par cela même, une représentation‘. Mais, dans d’autres cas, cette association de la victime et du sacrifiant se réalise par un contact matériel entre le sacrifiant (parfois le prêtre) et la victime. Ce contact est obtenu, dans le rituel sémitique, par l'imposition des mains, ailleurs par des rites équivalents?. Par suite de ce rapprochement, la victime, qui déjà représentait les dieux, se trouve représenter aussi le sacrifiant. Ce n’est pas assez de dire qu'elle le représente; elle se confond avec lui. Les deux personnalités fusionnent. Même l’identification esc telle, au moins dans le sacrifice hindou, que dès maintenant, la destinée future de la victime, sa mort prochaine ont une sorte d’eftet en retour sur le sacrifiant. De là résulte pour ce dernier une situation ambiguë. Il a besoin de toucher l'animal pour rester uni avec lui; et pourtant, il a peur de le toucher, car il s'expose ainsi à partagér son sort. Le rituel résout la difficulté par un moyen terme. Le sacrifiant ne touche la victime que par l'intermédiaire du prêtre qui ne la touche lui-même que par l'intermédiaire d’un des instruments du sacrifice *.

membre de la famille. Porphyre, De Abst,, Il, p. 27. — Cf. Légende de Gunahcepa (S. Lévi, Doctr., p. 135). Les exemples de cette nouvelle représentation sont particulièrement nombreux dans le sacrifice de construction. Voir Sartori, Bauopfer, Zeilschr. f. Ethn.. 1898, p. 17.

4. Voir plus haut, p. 11. Ex. : I Chron. XXE 23, sqq. histoire de David dans l'aire d'Ornan.

2. Lévr 1,4; I, 2: LV, 2; XVI, 1. — Ex. XXIX, 45, 19 — CE Nomb. NIIT, 40; XXVIL, 18. 23. — Cf. Deut. XXIV, 9. — Ps. LXXXIX, 26. — Tylor, Prim. Cult., W, p. 3. — Cf Rob. Smith, Rel. of Sem., p. 423.

3. Ap.. VII, 15.40, 41. Le mantra psalmodié, T. S., 3, 4, 4,3, exprime que « le souffle », la vie du sacrilian( est, comme son désir, liée à la destinée ‘de la bête. 3. 4. 5. 4. L'école du Yujur Veda Blane ne prescrit pas de mantra (Kd/. VI à, 5) et, de plus, ne fait pas célébrer d'offrandes uxpialoires à ce mmoment. différence nolable, Maïs le rile de communication, ainsi que <a (héorie restent les mêmes. Cat. Br., 3, 8,4, 10. T. S.. 6, 3.8. 1. « Les brabmanes disculent. « Il faut toucher lanimal. « disent les uns: mais ilest conduit à la mort, cet animal; s'ille touchaïl, « par derrière le yajamäna mourrait subitement. » D'autres disent : « fl « est conduit au ciel cel animal, S'il (le sacrifiant) ne le touchail pas par « derrière. il serait séparé du ciel. » Cest pourquor il faut Ie toucher

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C’est ainsi que ce rapprochement du sacré et du profane, que nous avons vu se poursuivre progressivement à tfavers les divers éléments du sacrifice, s'achève dans la victime. |

Nous voici arrivés au point culminant de la cérémonie Tous les éléments du sacrifice sont donnés ; ils viennent

d’être mis une dernière fois en contact: Mais l'opération |

suprême reste à accomplir ‘. La victime est déjà éminemment sacrée. Mais l'esprit qui est en elle, le principe divin qu’elle contient maintenant, est encore engagé dans son corps et rattaché par ce dernier lien au monde des choses profanes. La mort va l'en dégager, rendant ainsi la consécration définitive et irrévocable. C’est le moment solennel.

C'est un crime qui commence, uue sorte de sacrilège. Aussi, pendant qu'on amenait la victime à la place du meurtre, certains rituels prescrivaient-ils des libations et des expiations?. On s’excusait de l’acte qu’on allait accom-

avec les deux broches de la vapà, celles avec lesquelles on enlève la graisse de l'épiploon. Ainsi, il est comme touché et non touché » (cf. 6, 3, 5, 1). Le C. B. explique que la communication est mystérieuse, à la fois inoffensive et utile pour le sacrifiant dont le vœu et l'âme vont au ciel avec la victime.

1. Nous n'étudions pas la question de la « présentation » de la victime au dieu et de l’invocation qui l'accompagne le plus souvent. Nous serions entraînés à de trop longs développements, car il s’agit là des rapports du sacrifice et de la prière. Disons seulement qu'il y à : Lo des rites manuels : lier la bête au poteau (voir plus haut, p. 37), aux cornes de l'autel (Ps. CXVIIT, 27 ; cf. Rob. Smith. p. 322; Lév. I, 11); 2° des rites oraux : invitation des dieux, description des qualités de la victime, définition des résultats qu’on attend. On appelle la consécration d'en haut par tous ces moyens réunis.

2. Nous faisons allusion aux libations dites apavyäni du sacrifice animal hindou (voir Schwab, TA., p. 98, n. 4: Cf. comm.à 1. B, "3, SLT 9 : rattache le mot à la racine p, purifier). Elles ne se retrouvent que dans les écoles du Yajur veda Noir. Elles se font pendant la consécra-

tion de la bête à l’aide du tour du feu, et au moment où on la conduit

à là place du meurtre (4p., VII, 45, 4, les mantras sont : T. Dan TE 0

4.2 — expliqués T. $:, 3, 1,5, 4. Ils se retrouvent M.S., 4, 2, 4). Les formules expriment que lés dieux s'emparent de la bète et que celle-ci

. Va àäu Ciel; que cette bète représente les autres, parmi les bestiaux dont

Rudra-Prajäpati est le maître, lequel recouvrant sa progéniture, la liant, va « cesser de lier » (faire mourir) les vivants, bêtes et hommes, etc.

ESSAI SUR LA NATURE ET LA FONCTION DU SACRIFICE ln

plir, on gémissait sur la mort de la bête‘, on la pleurait comme un parent. On lui demandait pardon avant de la frapper. On s'adressait au reste de l'espèce à laquelle elle appartenait, comme à un vaste clan familial que l’on suppliait de ne pas venger le dommage qui allait lui être causé dans la personne d'un de:ses membres?. Sous l’influence des mêmes idées *, il arrivait que l’auteur du meurtre était puni ; on le frappait* ou on l’exilait. A Athènes, le prêtre du sacrifice des Bouphonia s'enfuyait en jetant sa haché; tous ceux qui avaient pris part au sacrifice étaient cités au Prytaneion ; ils rejetaient la faute les uns sur les autres ; finalement, on condampnait le couteau, qui était jeté à la mer’. Les purifications que devait subir le sacrificateur après le sacrifice ressemblaient d’ailleurs à l'expiation du criminelf.

A. Stengel. op. cil., p. 101. — Hérod., I, 39, 40. — À Rome, Marq., op. cit.. NI. p. 192. Rob. Smith. Rel. of Sem. p- 430, 431.—— Frazer, Gold. B., I, p. 364; IL, p. 402 sqq. — Peut-être faut-il rapprocher de ces pratiques le Eee de Flaminica, lors de la fête des Argei : PI. Qu. Rom., 86.

2. Ce rite, fort général, comme l’a montré M. Frazer, est remarquablement exprimé dns le rituel hindou. Au moment d’étouffer, parmi les formules que le prêtre ordonnateur, le mäitlravaruna, récite, celles de l'adhrqunigada (Ac. gr. sû., III, 3, 4 commenté Ait. Br., 6, 6, 4), qui comptent parmi les plus antiques du rituel védique, se trouve la suivante : «Ils nous l’ont abandonné cetêtre, sa mère et son père, sa sœur et son frère de même souche, et son compagnon de même race » Àp. { re a dE A var avec T. S., 3, 6, 11, 2. Voir Schwab, p. 14, n. et Cat. 3 Sr A: Àp., VII, 46, 7 "CL TS, 6,3, 8,3 et (. B., 3, 8. 1. re

3. Le camilar, V « apaiseur », nom euphémistique du sacrificateur, peut être ou es pas un brahmane (Ap., VIL, 47, 14). En tous cas, c’est un brahmane de rang inférieur, car il porte le péché d’avoir tué un être sacré, quelquefois inviolable. Il ÿ à dans le rituel une sorte d’imprécation contre lui : « Que dans toute votre race, jamais un tel apaiseur ne fasse de telles choses », c’est-à-dire, puissiez-vous n'avoir pas de sacrificateur parmi vos parents. (Nous suivons le texte d'Acv. CrNSTEA II, 8, 4, que suit M. Schwab, op. cit., p. 105, et non pas le texte d'Aik. Br OM

4. Ælien, Nat. an., XL, 34 (Tenedos).— Rob. Smith, Rel. of. Sem... p. 305.

5. Porph. De Abst., II, 29-30; Paus. 1, 24, 4; 28, 20. — Mythe de l’institution des Karneia : Paus., IT, 13, 4; Usener, Rhein. Mus., 1898, p. 359 sqq. — Stengel, op. cil., p.140. — Cf. Platon, Leg., IX, p. 865.

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