‹ Mélanges d'histoire du Moyen Âge publiés sous la direction de M. le Professeur Luchaire (volume 2)Chapitre 12 sur 51 · Housseau, n · texte numérisé non relu

Housseau, n

5. Cette date est, comme nous l'avons déjà dit, celle d’une donation faite à l’abbaye de Saint-Aubin (Housseau, n° 1568). L’acte est ainsi terminé : « Hoc iterum viderunt et audierunt homines de Fixa (la Flèche), Robertus Carraet, Herveus Gaudobertus, Johannes Gomer, Gaufridus senescallus et

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est une charte qui semblerait devoir être antérieure à l’année 1 12o 1 , et où Foulque V confirme certaines possessions de l'abbaye de la Boissière, monastère cistercien. Elle est datée du Mans, et souscrite par l’évêque du Mans, Hildebert de Lavardin, par le comte, la comtesse et leur fils Geoffroi, par Fulcoius, sénéchal, Foulque Ribol, Hugue de Glers, la comtesse de Bretagne, sœur de Foulque V, Rotrou de Montfort, Engebaud Boterius , et Boterius son fils. Quand même cette charte serait, dans la forme où elle se présente, d’une régularité parfaite2, elle ne

Hugo de Cleeriis , Aquinus de Dalmeriaco, Bevin de Essartis. » Geoffroi et Hugue de Clers apparaissent ici parmi les personnages importants de la localité, et non à titre de membres de la cour d’Angers.

1. Housseau, n° 760 (tome II). Nous supposons que cet acte est celui qui est visé par M. Gélestin Port quand il parle (au mot Foulque V du Dict. de Maine-et-Loire ) « d’une charte d’environ 1098, antérieure bien certainement à 1125 et où figure Hugue de Glers ». En 1125, en effet, un des signataires de l’acte, Hildebert de Lavardin, cesse d’être évêque du Mans, pour devenir archevêque de Tours.

2. Elle nous inspire des doutes assez motivés, à cause du caractère insolite des formules (l’invocation et le préambule diffèrent de ceux que nous rencontrons dans les autres chartes de Foulque V). Mais elle présente une difficulté bien plus grave pour la conciliation des dates. Nous avons dit que la charte de la Boissière était forcément antérieure à 1125 à cause delà souscription « Hildebert, évêque ». D’autre part, le fils de Foulque V étant mentionné comme associé au comté (Gaufridus cornes filius noster), elle ne peut qu’être postérieure à cette même date. En effet, c’est seulement à partir de 1127 que Geoffroi apparaît dans les chartes de son père comme participant au pouvoir comtal (Housseau, n° 1456 : « Crux Gaufridi comilis », acte de 1127 pour Saint-Florent de Saumur). Et cette donnée de la diplomatique se concilie on ne peut mieux avec le texte historique (Jean de Marmoutier, Histoire de Geoffroi le Bel , HF. XII, 521) qui établit que le jeune prince reçut la chevalerie à la Pentecôte de 1127, au moment où furent décidées ses fiançailles avec la fille de Henri I d’Angleterre, l’ex-impératrice Mathilde. Geoffroi, en effet, né à la fin d’août 1113, touchait alors à sa quinzième année, âge où souvent les fils des rois et des hauts barons du xii° siècle, étaient faits chevaliers, c’est-à-dire atteignaient la majorité féodale. Et l’on sait qu’habituellement, dans beaucoup de seigneuries, la prise d’armes de l’héritier du fief coïncidait avec l’association au pouvoir seigneurial. Il y a donc là, indépendamment des raisons de suspicion qui tiennent au style même de la charte, une contradiction presque insoluble. Notons d’ailleurs que cette charte ne nous est connue que par la copie de dom Housseau, et qu’elle nous est parvenue dans un vidimus épiscopal de la fin du xinc siècle. D’après le Gallia Christiana (t. XIV), les archives de l’abbaye de la Boissière auraient été complètement détruites à l’époque des guerres de religion.

prouverait pas que Hugue de Clers fît partie, dès cette époque, de l'entourage habituel du comte d'Anjou, car l'abbaye de la Boissière était voisine de celle de Mélinais, située à Clefs, et peu éloignée de la Flèche. Il n’est pas étonnant qu'une notabilité de la Flèche assistât à la confirmation solennelle des biens d’un des établissements monastiques de la région.

V. — D’après l’auteur du traité, Hugue de Clers serait allé à Paris, puis à « Guénort », lieu situé entre Pontoise, Beaumont et Chaumont, où il rencontra Louis VI qui s’y trouvait avec le comte de Beaumont (Mathieu Ier). Rendez-vous fut pris pour l’entrevue du roi de France et de Foulque V : elle eut lieu entre « Marchesneium » et « Bireium » en Beauce. Le comte d’Anjou y amena son fils Geoffroi, sur la demande du roi qui voulait le voir. Dans l’entrevue, le sénéchal de France, Guillaume de Garlande, aurait fait hommage au comte d’Anjou, pour sa fonction de sénéchal : ce que firent après lui ses successeurs, Étienne de Garlande et Raoul de Péronne (comte de Vermandois). Dans ces mêmes circonstances, ou ailleurs, Hugue de Clers entendit l’échanson, Gautier de Senlis, reconnaître qu’il tenait en fief du comte d'Anjou, tout ce qu'il possédait à Senlis, en dehors des murs de la ville. Il affirme que Raoul du Martroi, qui exerçait la charge de maréchal, et son frère Thomas, avaient l’habitude de servir leur fief en Anjou. A l'entendre, Louis VI aurait, devant lui, adressé ces mots à son maréchal, Raoul du Martroi : « Voici Hugue de Clers, chevalier du comte d’Anjou, ton seigneur : va lui faire le service qui incombe à ta charge, et prépare son logis, car tu tiens ton fief du comte ». Et il ajouta : « Grâce à Dieu, me voici bien avec le comte d'Anjou. »

Cette partie du traité attribué à Hugue de Clers donne lieu aux observations suivantes :

1° Pas plus que M. Bémont, nous n’avons pu découvrir à quel endroit de la France actuelle correspond le nom de Guenort. Mais Marchesneium et Bireium pourraient être identifiés à Marchenoir (Loir-et-Cher, arr. de Blois) et à Briou1 (canton de Marchenoir),deux localités voisines, situées, croyons-nous, dans le comté de Blois et contiguës à la frontière des possessions capétiennes de l’Orléanais. Il ne faut pas oublier cependant que le

1. Nous n’affirmons pas que, selon les lois de la phonétique, Briou corresponde régulièrement à Bireium : mais le copiste aura peut-être mal écrit le mot latin.

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roi de France était alors en guerre avec le comte de Blois, Thibaud IV ; le choix de ce lieu d’entrevue étonne un peu.

2° Il est difficile de savoir pourquoi Louis VI demanda à voir le petit prince angevin, Geoffroi, un enfant de quatre ou de cinq ans au plus, à l’époque où aurait eu lieu la conférence.

3° L’auteur du traité est au courant de la succession du dapiférat dans la famille de Garlande, puis dans celle de Vermandois. Ces renseignements exacts ont dû être communiqués aux officiers de Henri II par ceux de la cour capétienne pendant le séjour du roi d’Angleterre et de Thomas Becket à Paris, à moins de supposer que les premiers aient pu eux-mêmes prendre connaissance des archives royales ou lire une chronique comme celle de l’abbaye de Morigni qui donne beaucoup de détails précis sur l’histoire de la cour de Louis le Gros et en particulier sur la famille de Garlande. Aucun document contemporain, d’ailleurs, ne mentionne d’hommage féodal rendu par les sénéchaux du roi de France au comte d’Anjou. Il n’en est pas question dans les chroniques, ce qui est peu surprenant, mais il n’y en a pas trace non plus dans les chartes angevines et capétiennes du xne siècle.

4° Le comte de Beaumont, Mathieu I, faisait partie de l’entourage habituel de Louis VI. Il en était de même de Raoul du Martroi, fréquemment cité comme témoin dans les actes de ce roi. Nul autre texte ne nous apprend qu’il exerçât auprès de lui la fonction de maréchal : mais nous n’avons aucune donnée sur les maréchaux du temps de Louis VI. Un frère de Raoul du Martroi est nommé aussi dans une charte de ce roi1, mais il s’appelle Roger et non Thomas.

3° Il est difficile de ne pas trouver invraisemblables les paroles de Louis VI sommant son maréchal de servir l’homme du comte d’Anjou et lui apprenant qu’il tenait son fief de ce même souverain.

6° A entendre Hugue de Clers, ou du moins celui qui le fait parler, le bouteiller de France, pincerna (car il ne peut être question ici que du chef du service de la bouteillerie, et non pas des échansons proprement dits, scantiones , officiers inférieurs) aurait été, comme le sénéchal, tenu de faire hommage de son office au grand sénéchal, le comte d’Anjou. Aucun texte de ce temps ne montre le bouteiller placé dans la dépendance féodale du dapifer : on pourrait l’admettre cependant, à la rigueur, le sénéchal,

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