Ibid
JEAN d’oRLÉANS, D’APRÈS SA BIBLIOTHÈQUE
physionomie bien à elle et si reconnaissable qu’on ne saurait s’y méprendre. Ainsi nous avons pu, là même où l’Inventaire n’en disait rien, la signaler dans trois manuscrits avec une entière certitude 1 .
L’écriture du comte une fois bien déterminée, il restait seulement, dans les quarante-cinq volumes que nous avons identifiés avec ceux que nous rapporte l’Inventaire2, à rechercher avec un soin patient toutes les traces de sa main
Elles se retrouvent à chaque pas. Ici, ce sont les mille menus artifices qui rendent la lecture plus facile : les lettres ornées, les rubriques, les manchettes, les titres courants, les numéros aux feuillets, les tables3 : on sent partout le souci d’accélérer les recherches, de rendre plus maniable le volume, de permettre au travailleur de s’en assimiler mieux la matière. Là, ce sont des corrections, des commentaires, des gloses4 : un mot obscur est expliqué, un synonyme est indiqué5. Les efforts d’esprit du comte demeurent partout visibles. Ailleurs, on surprend encore à quels passages il arrêtait son attention : il les marquait pour y revenir ; il écrivait en marge : Nota , exemplum 6 *. Si bien que nous pourrions peut-être aujourd’hui revivre les émotions ou les réflexions de ses heures de labeur.
Bien mieux : il n’est pas jusqu’aux élans de son âme que nous ne retrouvions, quand il s’écrie : « Mater , ora Filium ut, post hoc exilium, nobis donet gaudium sine fine1. » Nous avons les prières qu’il aimait8, celles qu’il composait, et la « précieuse oraison9 » qui valait vingt et une prières, s’il la chantait une fois, qui en valait trois cents s’il la disait dix fois 10.
Nous devinons, où et à quoi se déridait son esprit, à quels jeux il se délassait11.
Nous savons enfin que le comte considérait les pages blanches de ses manuscrits comme autant de mémentos : il y traçait les « bonnes recettes » dont il savait le secret : « Pour avoir couleur « quand on est trop pâle, prenes une qarte de vin roge et ung