‹ Mélanges d'histoire du Moyen Âge publiés sous la direction de M. le Professeur Luchaire (volume 2)Chapitre 33 sur 51 · Cf. Inv. n° 85 notes, ad finem · texte numérisé non relu

Cf. Inv. n° 85 notes, ad finem

MÉLANGES d’hISTOIRE DU MOYEN AGE

« pain chault, aincy qu’il vendra du four et le metes dedens le « vin froissie et le lessez juques a ce que il ait tout beu, tant « qu’il pourra; et prendre tout et mettre dedens la chapelle et « faire distiller et puis prendre ladicte eaue et laver le visage « jusques a ce que la couleur soit retournée l. » Et encore : « Pour « ung home qui seroit grevé, fault prendre d’une herbe qui croist « au bois... et en braié avecques vin blanc au matin et puis ce « coucher à l’envers et demorer une pièce sans soy mouvoir par « IX jours 2. » C’était aussi sur quelques-uns de ses livres qu’il marquait ce que son honnêteté voulait éviter d’oublier (ce qu’un autre moins scrupuleux eûtnoté pour n’y plus songer) : ses dettes3.

Devant sa table de travail, placée dans la salle de retraict et couverte de tapis de Venise4, il lui arrivait, comme jadis en Angleterre, de demeurer de longues heures, car il avait copié de sa main onze manuscrits entiers. De fréquents changements dans son écriture témoignent cependant qu’il évitait de courir d’un bout à l'autre d’une page tout d’une haleine : il s’interrompait pour prendre ou bien quelque repos, ou bien le loisir de la réflexion 5.

On voit, du moins que, sans cesse, il ouvrait, feuilletait et annotait ses manuscrits. Ils étaient bien véritablement ses familiers. Il les prenait pour confidents de ses intimes pensées.

Dès lors, en dehors de leur valeur propre, ils se trouvent en avoir une autre : ils deviennent des documents qui nous renseignent sur le comte. Et opérer leur classement, peser leur importance, c’est, jusqu’à un certain point, reconnaître les tendances intellectuelles et morales de Jean d’Angoulême.

Or, les livres dont il goûtait le plus volontiers le commerce étaient certainement les livres de liturgie et de prière 6. Il avait transcrit lui-même tout un psautier et pourtant il en avait quantité d’autres. Le prince était, en effet, avant tout, un croyant et c’est là le premier trait de sa nature.

Le second c’est que sa piété ne l’entraînait pas à l’extase ; il

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