Chroniques d'Anjou, p
5. Mousseau, V, n° 1722. Voir sur cet acte, Beautemps-Beaupré, 2e partie, I, 206, note 1, et 439.
HUGUE DE CLERS ET LE « DE SENESCALCIA FRANCliE » 7
intime de Geoffroi le Bel par la chronique d’un prieuré de Saint- Aubin L
IV. — Époque de Henri Plantagenet , comte d'Anjou, puis roi d'Angleterre (11 51 -11 89). C’est l’époque de la grande activité d’Hugue de Clers. Son nom est dès lors trop souvent mentionné dans les actes de la cour d’Anjou pour qu’il soit utile de citer nos sources. On voit même par la correspondance de Louis VII et celle de Thomas Becket, qu’il était au nombre des agents les plus dévoués et les plus souvent employés du roi Plantagenet 2. On ne sait en quelle année il est mort. M. Beautemps-Beaupré 3 affirme qu’il servit Henri II jusqu’aux environs de 1177.
Il ressort déjà de ces indications chronologiques, relatives à la carrière d’Hugue de Clers, qu’elles sont peu conciliables avec le récit où il est présenté comme un des principaux conseillers de Foulque le Jeune, chargé, entre 1117 et 1119, d’une mission de confiance auprès du roi Louis le Gros. Mais il faut étudier le traité de Senescalcia en lui-même et juger de la valeur historique des données qu’il renferme. A en croire ce document, Hugue de Clers aurait été l’acteur principal des négociations qui s’engagèrent entre le comte d’Anjou Foulque V et la cour capétienne, au sujet de la sénéchaussée de France. Il aurait conféré d’abord avec Louis VI et ménagé entre les deux princes l’entrevue de Marchenoir à laquelle il assista.
II. — EXAMEN CRITIQUE DU TRAITÉ DE SENESCALCIA Époque de la négociation.
Les partisans de l’authenticité ne s’accordent guère sur la date de la négociation. M. Port donne 1117. Brial écrit à la p. 337 :
1. Chroniques des églises d'Anjou , p. 88. « Quam utique visionem cum cornes expergefactus siniscallis suis, Gaufrido scilicet de Cleeriis et Hugoni fratri suo et Gosleno Turonensi per ordinem retulisset ».
2. Lettre de Frummaud à Louis VII (HF. XVI, 96). « Suggestum esse nunciis regis Anglorum, sicut et ego ipse et Gaucherius ab Hugone de Cleriis audivimus... quod clerici beati Martini qui ad vos vénérant et maxime ego, de rege Anglorum vobis malelocuti fueramus » (a. 1164). — Lettre de l’évêque Jean, de Poitiers, à Thomas Becket (HF. XVI, 217 et Robertson, Materials , IV, 40). Voir à la fin de notre étude ce que nous avons dit de cette lettre et des renseignements qu’elle apporte sur Hugue de Clers.
MÉLANGES D’HISTOIRE DU MOYEN AGE
« En 1118 ou 1119 , Hugue de Clers fut envoyé à la cour de France par Foulque V, comte d’Anjou » et à la p. 338 « relation et espèce de procès-verbal d’une négociation dont il avait été chargé en 1119 auprès de Louis VI ». M. Bémont dit de la mission d’Hugue de Clers « qu’elle est exactement de 1119 » et plus bas (p. 256) que « l’affaire de la sénéchaussée date de juilletaoût 1 1 1 9 ». La raison qui a fait adopter à ce dernier critique une date aussi précise est sans doute qu’en 1119, la prise de Dangu, le siège de Châteauneuf-sur-Epte, la bataille de Brémule et la levée en masse des contingents de la féodalité française par Louis le Gros appartiennent aux mois de juillet et d’août1. La seule indication chronologique que fournisse le traité même attribué à Hugue de Clers est tirée de ce fait que Guillaume de Garlande était sénéchal au moment de l’entrevue de Marchenoir. Or le dapiférat de Guillaume a commencé antérieurement au 3 août 1118 et fini avant le 3 août 1120 : c’est tout ce qu’on peut en dire avec certitude2. Il s’est donc étendu sur une partie des années 1118 et 1120, comme sur toute l’année 1119, et l’on peut choisir entre ces trois dates. L’attribution adoptée par M. Bémont, juilletaoût 1119, est précisément celle qui ne peut convenir, car c’est en mai 1119 que Henri I, l’ennemi contre lequel Louis VI invoquait l’appui de Foulque V, offrit la paix au comte d’Anjou3 et c’est en juin de la même année que la fille de Foulque, Mathilde, épousa le fils aîné du roi d’Angleterre4. On ne peut guère prendre non plus l’année 1120, car le 26 avril de cette année Foulque partait pour l’Orient d’où il ne revint que le 24 septembre de l’année suivante5. Au contraire, il est certain qu’en 1118, l’Angevin était en guerre avec Henri I. Dès le début de cette année6 il paraît
1. Luchaire, Annales de la Vie de Louis VI , n° 257 à 260. La détermination de Brial (Hist. litt ., XIII, 338) est due aussi à la même raison : « A cette époque le roi de France avait été battu à Brenneville. Pour réparer cet échec , il appela le secours de tous ses vassaux. Le comte d’Anjou refusa de faire le service, etc. »